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Posts Tagged ‘eau’

Barrages populaires, 2018

2 décembre 2018 Laisser un commentaire

Le 21 décembre 2017, une nouvelle étape du « projet de territoire » pour la vallée du Tescou a été franchie. Les acteurs invités à participer à ce « processus de concertation » ont signé une « charte préalable », sorte de déclaration de principe censée permettre la « co-construction » du futur « projet de territoire ».

Sans surprise, il s’agit d’un pur exemple de langue de bois bureaucratique, avec tout le jargon à la mode (développement durable, gouvernance, solutions innovantes, etc.). Néanmoins, un cap clair est donné : tandis que la question des « besoins en eau non satisfaits » est martelée, il s’agit de « développer le tourisme, l’attractivité de la vallée et une économie autour des énergies renouvelables et des nouvelles technologies ». Bref, alors que chaque jour nous prouve mieux que le développement économique met en danger la vie sur terre, il semble hors de question de laisser cette petite vallée indemne.

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François Jarrige, Contre les ravages des barrages, 2015

9 septembre 2015 Laisser un commentaire

Depuis plusieurs mois, la question des barrages a surgi au grand jour à la faveur de l’affaire de Sivens qui a vu la mort tragique d’un manifestant, Rémi Fraisse, tué par la police.

Cette affaire a depuis pris une ampleur considérable, au grand désespoir des notables locaux et des élites productivistes sidérés de voir leur projet d’aménagement ainsi contesté. Tout ou presque a déjà été dit sur les circonstances de cette lutte, sur les lacunes du projet, sur ses aberrations environnementales, sur les impasses de l’irrigation du maïs dans le Sud-Ouest, sur l’absence de démocratie qui accompagne un peu partout les grands chantiers inutiles et imposés. Mais peut-être est-il temps de s’éloigner un instant de la désormais célèbre zone humide du Testet, dans le Tarn, pour interroger de façon plus globale la question des barrages, ce que recouvre ce terme, pour examiner aussi les luttes qui n’ont cessé d’accompagner ces grands édifices de la modernité et du pouvoir.

Un barrage désigne une structure construite en travers d’un cours d’eau afin d’en retenir l’eau, pour la stocker ou pour créer une chute. Les plus anciens barrages connus remontent à plusieurs milliers d’année en Égypte, en Chine ou en Mésopotamie. Jusqu’à la fin du XIXe siècle toutefois, leur taille demeurait limitée par les contraintes de construction en terre et en pierre. Par la suite, l’évolution du génie civil, des techniques, et de la science de l’hydraulique ont levé toute limite pour imposer des constructions toujours plus gigantesques. Au début du XXe siècle, les anciens barrages utilisés principalement pour l’irrigation ont été dépassés par les nouveaux barrages hydroélectriques qui doivent fournir l’énergie. Depuis les années 1930 et la construction des premiers grands barrages géants aux États-Unis et en Russie – notamment sur le Colorado et la Volga – leur nombre et leur démesure n’a cessé de s’étendre. Ils ont accompagné l’industrialisation du monde et son explosion démographique.

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Low-Tech Magazine, Les moulins-bateaux: des fabriques sur l’eau actionnés par la force du courant, 2010

19 mars 2015 Laisser un commentaire

Voici une traduction d’un article de la revue en ligne Low-Tech Magazine. Vous pouvez également télécharger cet article au format PDF avec la totalité des illustrations de l’article original.

Moulins-bateaux sur le Rhin, 1531

Moulins-bateaux sur le Rhin, 1531

Du Moyen-Âge jusqu’à la fin du XIXe siècle, la roue hydraulique a été la source d’énergie la plus importante dans le monde. Lorsque les plus petites rivières sont devenues inutilisables en raison de leur encombrement par ces roues, les constructeurs médiévaux se sont tournés vers des rivières plus grandes, ce qui a abouti à la mise en place des barrages de retenue ou chaussées comme on en connaît encore aujourd’hui. Les étapes intermédiaires qui ont menées à ces dispositifs sont moins connues, telles que les moulins-bateaux, les moulins sous un pont et les moulins pendants. Les moulins-bateaux existaient déjà au VIe siècle en Italie et se sont répandus dans le monde entier. La plupart sont restés en usage jusqu’à la fin des années 1860, quelques uns survivant après les années 1900.

Jusqu’à récemment, les moulins-bateaux, aussi connus sous le nom de moulins flottants, ne suscitaient que de la curiosité, une simple note de bas de page dans la longue histoire de l’énergie hydraulique. Aujourd’hui quelques historiens pensent qu’ils furent aussi répandus que les moulins à vent – bien qu’il faille remarquer que les moulins à vent à l’inverse de la croyance populaire furent moins courants que les moulins à eau. Les premières études internationales sur les moulins-bateaux ne paraissent qu’en 2003 et 2006 (voir la bibliographie). Elles contiennent parmi beaucoup d’autres faits nouveaux la découverte de trois moulins-bateaux minuscules sur une célèbre peinture médiévale de 1435 (La Vierge du Chancelier Rodin par le peintre flamand Jan Van Eyck). Personne ne les avait encore remarqués auparavant ou ne s’était spécialement aperçu de leur existence à cet endroit. Lire la suite…

Qui veut la peau des ZAD ?, 2015

17 mars 2015 Laisser un commentaire

Était-ce de l’ironie ? Le 6 mars, jour même où la « Zone à Défendre » (ZAD) de la forêt de Sivens a été une nouvelle fois évacuée par la police, Manuel Valls s’est inquiété du « silence de la société et des intellectuels » devant la montée de l’extrême-droite (Le Monde du 7 mars 2015). Vue du Tarn, où les opposants à la construction du barrage de Sivens ont été pendant tout le mois de février confrontés à des pratiques d’inspiration fasciste, la déclaration du Premier ministre apparaît comme une insolente provocation. Car c’est bien sur une frange de l’extrême-droite que son gouvernement s’est appuyé pour affaiblir la lutte contre le projet de barrage et faciliter l’évacuation de la ZAD du Testet. Pour rendre intelligible cette affirmation, un bref retour sur des faits peu médiatisés est nécessaire. Lire la suite…

Sans aucune retenue, journal de la forêt de Sivens, 2014

14 janvier 2015 Laisser un commentaire

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Sans Aucune Retenue, Journal de la forêt de Sivens n°1/7

25 octobre 2014

 

Les zones humides, on n’en a rien à foutre

ou

Comment, après avoir dévasté la nature, la société industrielle et écologiste achève de la détruire en « l’aménageant »

 

« Les passionnés de la nature sont à l’avant-garde de sa destruction. »

Bernard Charbonneau, Le Jardin de Babylone

1. Ce bulletin, qui paraîtra quotidiennement pendant sept jours, tiendra sur le projet d’aménagement d’une retenue d’eau sur la rivière Tescou, dans la forêt de Sivens, des propos qui seront, justement, sans retenue et sans ménagement. Y seront posées certaines questions que le mouvement esquive : des tendances technocratiques de l’écologie à la question de la violence comme méthode de lutte.

2. Les arbres tombent, les opposants restent. À la fin du déboisement, la résistance au barrage du Testet a pris un nouveau cours. Pourtant, elle parle toujours le même langage : celui du moratoire et de la contre-expertise, tenu par les écologistes légalistes du collectif « Sauvegarde du Testet ». Ce collectif a vu disparaître, avec la zone humide, son argument principal de protection et de conservation de la nature. Pourtant, la lutte continue : et au-delà de l’écologie, sur quoi se fonde t-elle ? Lire la suite…