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Recension : D. Noble, Le progrès sans le peuple, 2016

David Noble, Le progrès sans le peuple. Ce que les nouvelles technologies font au travail, traduit de l’américain par Célia Izoard, éd. Agone, 2016.

Publié initialement en anglais au début des années 1990, ce petit ouvrage regroupe divers textes de combats rédigés au cours des années 1980, lorsque les discours managériaux, la mondialisation économique et les mutations technologiques remodelaient en profondeur les mondes du travail aux États-Unis. Très loin d’un travail universitaire classique, il s’agit d’un ouvrage engagé et pamphlétaire, qui visait à diffuser un « message de résistance » auprès des classes populaires confrontées à « la propagande des grands groupes qui se poursuit sans relâche et sans honte » (p. 8).

Le livre de David Noble est à la fois un essai politique, une synthèse historique, mais aussi un témoignage personnel et vivant sur les mutations du capitalisme contemporain. En dépit de son ancienneté et de ses références évidemment un peu datées, ce livre reste précieux pour penser les enjeux contemporains ; vingt ans après sa première publication sa lecture demeure d’ailleurs toujours aussi rafraîchissante et éclairante pour appréhender le monde en train d’advenir. Lire la suite…

Radio: Le progrès m’a tuer

9 décembre 2016 Laisser un commentaire

Dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, en voici une nouvelle sur le thème de la technique et du progrès.

Je vous propose d’écouter d’abord une conférence de l’historien Jean-Baptiste Fressoz, intitulée Technologie et progrès, qu’il commence en retraçant « l’histoire de cette idée étrange selon laquelle on ne croit plus au progrès » :

« Une des tarte à la crème de la philosophie et de la sociologie actuellement, c’est l’idée qu’il y aurait eu une époque mythique, le XIXe siècle qui aurait eu confiance dans le progrès, dans la technique, et nous, à partir de la fin du XXe siècle, beaucoup plus éclairés, nous aurions pris conscience des dégâts du progrès, nous serions devenus “réflexifs”, selon le terme consacré par le sociologue allemand Ulrich Beck avec son ouvrage La Société du risque ; la modernité questionne maintenant sa propre dynamique et l’on serait capable de critiquer la technique, de prendre conscience des impacts de l’industrialisation sur nos modes de vie et sur l’environnement. »

Jean-Baptiste Fressoz, Technologie et progrès,
conférence donnée à la Fondation Copernic, janvier 2014.

Ensuite je présente un certain nombre d’ouvrages parus récemment sur ces thèmes.

D’abord, un grand classique Lewis Mumford, Technique et civilisation (1934), réédité cette année dans une nouvelle traduction et une mise en page généreuse et agréable par les éditions Parenthèses de Marseille. Une grande fresque historique comme sait en faire cet écrivain américain (voir par exemple La Cité à travers l’histoire, éd. Agone ou Les Transformations de l’homme, éd. Encyclopédie des Nuisances, en attendant prochainement Le Mythe de la machine) sur les évolutions techniques et leurs répercutions sociales à travers l’histoire, essentiellement occidentale.

Ensuite David Noble, Le progrès sans le peuple (1992), traduit et publié encore cette année par les éditions Agone, toujours de Marseille. Ancien professeur au prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology, USA), cet historien américain est très critique sur les évolutions récentes de la technologie. A partir de son enquête sur l’automatisation des machines-outils utilisées dans le façonnage des métaux, il livre une réflexion curieuse et intéressante sur la fascination qu’exerce la machine automatique sur les ingénieurs et les patrons, et nous met en garde sur les conséquences de la mise en place de ce qu’il estime être en fait « machine de guerre contre les ouvriers ».

Encore ensuite, je présente l’ouvrage coordonné par le mensuel La Décroissance, Le Progrès m’a tuer, leur écologie et la nôtre, publié conjointement par les éditions L’Échappée et Le Pas de Coté. C’est un recueil de textes réunis à l’occasion du contre sommet organisé par La Décroissance lors de la COP 21, et qui finalement n’a pas eu lieu pour cause d’attentats. Critique du développement, durable ou non, de la croissance, du capitalisme, de la technologie, de l’endoctrinement publicitaire, du néo-colonialisme, etc., mais aussi un chapitre de propositions pour « en sortir ».

Enfin, je termine avec un survol de l’ouvrage de l’ingénieur Philippe Bihouix, et de la journaliste Karine Mauvilly, Le Désastre de l’école numérique (éd. du Seuil). Nous avons déjà relayé dans nos colonnes la critique de l’école numérique, projet phare du gouvernement Hollande, voici un livre de plus sur le sujet qui aborde les différents aspects de la chose. Il contient un retour historique assez curieux: depuis l’invention de ce que l’on appelait il n’y a encore pas si longtemps les diapositives (souvenez-vous, les photos prises avec un appareil argentique que l’on projetait en grand sur un mur avec une lampe…) au siècle dernier, toutes les nouvelles techniques (radio, cinéma, télévision, etc.) ont suscité leur lot d’enthousiasme pour un enseignement ludique et sans peine. Et maintenant, le numérique ; rien de neuf sous le soleil, donc.

Bonne écoute !

Tranbert

Téléchargez et écoutez sur le site de Radio Zinzine l’émission :

Le progrès m’a tuer

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Racine de moins un, une émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle sur Radio Zinzine.