André Pichot, Darwinisme, altruisme et radotage, 1998

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Dans Le Monde du 25 juin, un article de Jean-Paul Dufour nous annonce que des mathématiciens auraient démontré, grâce à la théorie des jeux, la supériorité de l’altruisme sur l’égoïsme dans le comportement social, ce qui serait une preuve que la sociobiologie peut contredire le darwinisme social. Pour une nouvelle, c’est une nouvelle. Lire la suite »

Alain Drouard, Un cas d’eugénisme «démocratique», 1996

Quarante-cinq ans d’«hygiène génétique» au Danemark

Contrôle des mariages, stérilisation, castration, avortement, internement obligatoire… Pendant près d’un demi-siècle le Danemark a expérimenté un arsenal de mesures visant à éviter la perpétuation de tares mentales ou de maladies reconnues héréditaires, voire à endiguer des phénomènes sociaux, tel l’alcoolisme. Même si certaines dispositions sont proches de l’eugénisme nazi, les lois danoises ont été adoptées dans un contexte démocratique loin de toute hystérie idéologique. À l’heure des débats bioéthiques, cet exemple peut se révéler riche d’enseignements.

Dès 1788, le Danemark rendit obligatoires la déclaration et le traitement des maladies vénériennes et contagieuses, d’abord à l’échelle d’une province puis, un an après, pour l’ensemble du pays. Le premier en Europe du Nord, il adopta, en 1929, une loi de stérilisation et pratiqua une politique d’eugénisme « négatif » (c’est-à-dire visant à prévenir la procréation d’individus atteints de tares ou de maladies héréditaires), qui sera également celle de la Suède, de la Finlande et de la Norvège (1). Il se distingue aussi de ces pays parce qu’il n’a connu ni mouvement ni institutions eugénistes.Lire la suite »

Jacques Roger, Biologie du fonctionnement et biologie de l’évolution, 1983

« Pour expliquer une machine, on ne sçauroit mieux faire que de proposer son but et de montrer comment toutes ses pièces y servent »

Leibniz, Suite de la réponse à Nicaise

 

« Dans l’étude de n’importe quel système biologique, à n’importe quel niveau de complexité, on peut poser deux types de questions : quel en est le fonctionnement ? et quelle en est l’origine ? »

François Jacob, Le jeu des possibles, p. 65.

 

Résumé :

La biologie expérimentale classique est une science relativement jeune. Annoncée par les intuitions de Descartes et le projet théorique de Lamarck, elle ne s’est affirmée que dans la seconde moitié du XIXe siècle grâce aux travaux des grands physiologistes allemands (Dubois Reymond, Karl Ludwig von Helmholtz) et français (Claude Bernard et ses disciples, Paul Bert, etc.). De la physiologie, elle a gagné l’embryologie, puis la bio-chimie. Adoptant la physique classique comme modèle de scientificité, cette biologie s’est voulue expérimentale, opérant sur des objets identiques, réductionniste, déterministe et causale. Par ses succès ininterrompus depuis 1850, elle s’est acquis un statut scientifique bien défini et parfaitement respecté.

Cependant, depuis la renaissance du darwinisme sous la forme de la Théorie synthétique de l’évolution, un nouveau type d’explication biologique s’est développé. Déjà décrite par Julian Huxley (1942), G.G. Simpson et Th. Dobzhansky, cette biologie a été développée par Ernst Mayr sous le nom de « biologie de l’évolution », par opposition à la « biologie du fonctionnement » que constitue la biologie classique. Cette nouvelle biologie cherche à expliquer l’existence des structures morphologiques ou comportementales par l’évaluation de leur « valeur sélective ». Par son caractère de reconstruction historique et son usage de la téléonomie, elle relève d’une épistémologie spécifique, exige une prudence particulière, mais contribue à notre compréhension de la nature et des formes vivantes.Lire la suite »

Peter J. Bowler, l’hagiographe darwinien paradoxal

L’hagiographie darwinienne s’est donnée libre cours en 2009, lors du bicentenaire de la naissance de Darwin. C’est est au point où certains “historiens des sciences” se permettent de réécrire l’histoire de la biologie pour la plus grande gloire de leur idole au mépris de toute réalité historique et de la réflexion logique la plus élémentaire.

Peter J. Bowler, auteur d’une bonne dizaine d’ouvrages anglais sur Darwin, cité comme une référence sur le sujet à travers le monde, nous en donne un exemple dans un article intitulé L’originalité de Darwin (Darwin’s Originality) publié en janvier 2009 dans la prestigieuse revue scientifique internationale Science. Cet article a été ensuite traduit et quelque peu adapté par Courier International n°954 du 12 février 2009 sous le titre passablement inepte et prétentieux L’homme qui tua Dieu : le bicentenaire de Charles Darwin.

Ce texte est absolument remarquable par la capacité de son auteur à dire une chose et son contraire en faisant comme si de rien n’était et à soutenir des positions en tous points opposées, sans moufter… Un échantillon de « double pensée » (Georges Orwell, 1984, 1948) générée par l’idéologie scientifique qu’est en réalité le darwinisme ? Petit commentaire de texte, donc…

L’originalité de Darwin

 On considère souvent que la publication de L’Origine des espèces par Charles Darwin, en 1859, a inauguré une révolution des sciences et de la culture occidentale. Il a aussi souvent été dit que le darwinisme était alors « dans l’air du temps » et qu’on attendait simplement que quelqu’un fasse la synthèse de connaissances déjà disponibles. Une position étayée par le fait qu’Alfred Russel Wallace [naturaliste britannique, 1823-1913] avait lui aussi formulé, en 1858, une théorie de la sélection naturelle. Qu’en est-il ?Lire la suite »

Massimo Pigliucci et la fin de l’histoire de la biologie

C’est bien connu, l’histoire de la biologie commence avec Darwin. Il y en a même qui prétendent que cette histoire est sur le point d’être terminée puisque plus rien, selon eux, ne peut venir bouleverser radicalement la théorie synthétique de l’évolution…

Dans l’ouvrage Les mondes darwiniens, deux de ses directeurs Marc Silberstein et Philippe Huneman nous proposent la traduction d’un article de Massimo Pigliucci, « biologiste de l’évolution écologue et philosophe des sciences », intitulé Avons-nous besoin d’une « synthèse évolutive étendue » ? (pp. 685-701) qui passe en revue les éléments nouveaux que la théorie synthétique de l’évolution (TSE) devra à l’avenir intégrer.Lire la suite »

Jacques Roger, La sociobiologie est-elle à l’heure ?, 1980

Compte-rendu : Yves Christen, L’Heure de la sociobiologie, Paris, Albin Michel, 1979.

La sociobiologie, qui a soulevé des tempêtes de polémiques aux Etats-Unis, de vives contestations en Angleterre et de sérieux débats en Allemagne, est restée presque inconnue du public français. Quand il en a entendu parler, c’est à propos de la nouvelle droite et de l’hérédité de l’intelligence, problèmes fort secondaires. La grande presse, en particulier, s’est signalée par son silence, ou par la rareté et la superficialité des articles qu’elle a publiés sur la question. Sans doute ne juge-t-elle pas ses lecteurs capables de digérer les nourritures un peu fortes que le New York Times ou la New York Review of Books fournissent au public américain. Pour un public plus averti cependant, un article de Pierre Thuillier dans La Recherche posait quelques questions importantes, mais sans pouvoir les développer. Lire la suite »

André Pichot, Mémoire pour rectifier les jugements du public sur la révolution biologique, 2003

À en croire les médias, la biologie serait le dernier bastion de la révolution permanente. Il ne se passe pas un mois sans qu’on nous trompette une fabuleuse découverte susceptible d’éradiquer à jamais la misère et la faim, un bouleversement conceptuel annonciateur d’ébouriffantes perspectives thérapeutiques, à moins que ce ne soit, plus modestement, un exploit technique incongru ou photogénique, et donc riche de sens supposé. Merveilles répétitives forcément doublées d’enjeux financiers superlatifs, mais prudemment commentées au futur, temps des promesses sans garanties, et conjugaison préférée des biologistes — avec le conditionnel, qu’ils utilisent quand le morceau est un peu dur à avaler.Lire la suite »

Stéphane Tirard et la notion de vie

C’est bien connu, Darwin est un grand génie qui a abordé tous les problèmes de la biologie de manière novatrice et fructueuse, y compris en ce qui concerne l’origine de la vie.

Stéphane Tirard, historien et philosophe des sciences, en est bien convaincu qui nous déclare, dans son article « Vie » de l’ouvrage Les mondes darwiniens [noté dans la suite MD] :

L’œuvre de Darwin correspond à un tournant en révélant certaines modalités de l’historicité du vivant et elle s’associe à l’abandon des générations spontanées pour imposer le cadre d’une réflexion nouvelle sur les origines de la vie. [MD, p. 231]

Pourtant, il doit bien admettre quelques pages plus loin que :

En traitant de l’origine des espèces, Darwin ne formule pas de définition circonscrite de la vie. Cependant, c’est au travers de sa conception de la descendance avec modification qu’il livre les caractéristiques du vivant. [MD, p. 233]

Belle pirouette pour rattraper ce pauvre Darwin, n’est-ce pas ? Car de fait, Darwin ne se soucie pas de savoir ce qu’est un être vivant :Lire la suite »

Bertrand Louart, Frères ennemis, 2007

Un spectre hante l’Europe… le spectre du créationnisme.

C’est du moins ce que l’on peut lire dans le dernier numéro de Science & Vie. En effet, on se souvient qu’en janvier 2007, des écoles et des universités françaises ont reçu gratuitement un luxueux Atlas de la Création rédigé par un certain Harun Yahya – pseudonyme du prédicateur turc musulman Adnam Oktar – dont le contenu s’employait laborieusement à réfuter l’idée d’évolution des espèces avancée par Darwin et à faire de Dieu le créateur unique de tous les êtres vivants.

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Philippe Grandcolas et la notion d’adaptation

L’adaptation est certainement la notion la plus floue et la moins bien définie de toute la biologie, et cela alors même qu’elle est au cœur de la théorie darwinienne de l’évolution.

Un volumineux ouvrage publié en 2009 à l’occasion des 150 ans de L’Origine des espèces et du bicentenaire de la naissance de Darwin, Les mondes darwiniens, et qui a été pour cela qualifié – sans ironie – de « bible du darwinisme », nous propose dans son chapitre 4 consacré à l’Adaptation, la définition suivante :

L’adaptation peut-être définie de manière complète comme un caractère nouveau apparu chez un organisme et maintenu par la sélection naturelle. [Grandcolas in MD, p. 88]

Voici donc des darwiniens qui ont oublié que Darwin a élaboré le mécanisme de la sélection naturelle précisément pour expliquer les adaptations : on tourne en rond dans un cercle de 150 ans de circonférence ! D’autre part, cette définition ne nous dit pas ce qu’est l’adaptation, mais seulement comment elle se produit. Autrement dit, cette définition, qui se veut rien moins que « complète », n’en est tout simplement pas une !Lire la suite »