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Posts Tagged ‘cybernétique’

Résumé & Radio: Groupe MARCUSE, La liberté dans le coma, 2012

essai sur l’identification électronique
et les motifs de s’y opposer

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Le texte qui suit est un résumé d’un ouvrage de 244 pages. De nombreux exemples qui viennent à l’appui des idées et des analyses ici exposés succinctement n’ont donc pas été reproduits ni cités. Ce résumé ne peut donc se substituer à la lecture de l’ouvrage entier ; il n’est là que pour donner un aperçu des thèses développées dans le livre.

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Sommaire de l’ouvrage :

Introduction

1. Bureaucratie et informatique, le pacte du siècle.

2. La liberté, pour quoi faire ?

3. L’insoumission possible, ou ne pas laisser le monde se refermer.

Annexes

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Georges Canguilhem, Article “Vie”, 1989

5 février 2018 Laisser un commentaire

« Qui sait si la première notion de biologie que l’homme a pu se former n’est point celle-ci : il est possible de donner la mort. »

Cette réflexion de Valéry dans son Discours aux chirurgiens (1938) va plus loin que sa destination première. Peut-être n’est-il pas possible, encore aujourd’hui, de dépasser cette première notion : est vivant, est objet de la connaissance biologique, tout donné de l’expérience dont on peut décrire une histoire comprise entre sa naissance et sa mort. Mais qu’est-ce précisément que la vie d’un vivant, au-delà de la collection d’attributs propres à résumer l’histoire de cet être né mortel ? S’il s’agit d’une cause, pourquoi sa causalité est-elle strictement limitée dans le temps ? S’il s’agit d’un effet, pourquoi est-il générateur, chez celui des vivants qui s’interroge sur sa nature, de la conscience illusoire d’une force ou d’un pouvoir ?

Dans La Logique du vivant (1972), François Jacob a écrit : « On n’interroge plus la vie aujourd’hui dans les laboratoires. » S’il est vrai que la vie n’est plus un objet d’interrogation, il est vrai aussi qu’elle ne l’a pas toujours été. Il y a une naissance – ou une apparition – du concept de vie au XIXe siècle, attestée par la multiplication d’articles dans les dictionnaires et les encyclopédies scientifiques et philosophiques. Un bref historique de l’apparition de ce concept n’est pas superflu. Lire la suite…

Erich Hörl, The unadaptable fellow, 2007

3 janvier 2018 Laisser un commentaire

Notes sur Günther Anders et la question de la cybernétique

Une critique de l’ « adaptive behaviour »

L’idée selon laquelle le sens de l’être-ensemble a radicalement changé sous l’influence des hautes technologies traverse toute l’œuvre de Günther Anders depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle est le nerf de son opposition virulente à la technique. Si, autrefois, l’être-avec, l’être-les-uns-avec-les-autres ou l’être-à-plusieurs a été la relation ontico-ontologique prédominante – et Anders ne cessera de reprocher à Heidegger de l’avoir oublié ou du moins négligé –, dans l’ère technocratique, c’est l’être-avec-des-machines qui est passé au premier plan. Cette transformation a profondément modifié l’être-avec, la co-existence 1. L’ « agir-avec », le « collaborer-avec », le « faire-avec », le « fonctionner-avec » sont devenus les formes dénaturées de l’être-avec dans lesquelles l’homme vit avec les machines et conformément à leurs exigences.

À l’époque métatechnique, comme on pourrait l’appeler en reprenant ce néologisme à Max Bense 2, les phénomènes techniques semblent avoir tellement pénétré les relations humaines que la question de la co-existence et les problèmes relatifs à la constitution d’une analytique co-existentiale semblent d’abord se poser – et c’est là qu’est le scandale – à propos du mode d’être des machines. Car une machine n’est jamais seule, comme le souligne Anders, elle travaille toujours avec d’autres machines, elle appartient à un « parc de machines » (AM, 119) qui marque de son empreinte – celle du dispositif technocratique – toutes les relations possibles, celles entre les hommes et les machines aussi bien que celles entre les hommes eux-mêmes. L’historicité même de l’ère technocratique, une ère dans laquelle le monde est devenu essentiellement technique, se révèle déterminée par une forme bien particulière de coexistence entre l’homme et la machine. Comme l’explique Anders, « le Sujet de l’Histoire », c’est désormais la technique ; nous, nous ne sommes plus que des êtres « co-historiques » (AM, 9 et 227 sq.). Lire la suite…

Céline Lafontaine, Le corps cybernétique de la bioéconomie, 2014

23 novembre 2017 Laisser un commentaire

Résumé

La molécularisation du corps à travers la déconstruction de ses composantes biologiques constitue le socle épistémologique sur lequel s’est instituée la bioéconomie. Cette dernière repose sur un modèle cybernétique du vivant et de l’économie. De manière tangible, le corps ne disparaît évidemment pas, mais la vision moléculaire participe de sa dématérialisation et de sa décomposition technoscientifique camouflant ainsi les nouvelles logiques d’appropriation économique dont il est l’objet. Lire la suite…

TomJo, Écologisme et transhumanisme, 2016

21 novembre 2016 Laisser un commentaire

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

Ecologistes, végans et sympathisants de gauche prolifèrent au sein du mouvement transhumaniste. Après Le Monde, Le Nouvel Obs et Politis, Primevère, le plus grand salon écologiste français, invitait en 2016 un de ses représentants à s’exprimer. Didier Cœurnelle, vice-président de l’Association française transhumaniste, est élu Vert en Belgique. Il aurait eu les mots pour séduire les visiteurs de Primevère, avec une « vie en bonne santé beaucoup plus longue, solidaire, pacifique, heureuse et respectueuse de l’environnement, non pas malgré, mais grâce aux applications de la science » 1. Il aura fallu les protestations d’opposants aux nécrotechnologies pour que le salon annule son invitation 2. Les transhumanistes ne luttent pas contre les nuisances. Technophiles et « résilients », ils comptent sur l’ingénierie génétique, la chimie et les nanotechnologies pour adapter la nature humaine et animale à un milieu saccagé.

Faut-il un État mondial inter-espèces pour lutter contre les dominations entre humains et animaux ? Voire entre animaux, avec des prédateurs devenus herbivores après modification génétique ?

Même si leurs idées prêtent à rire, les transhumanistes ne sont pas des ahuris victimes d’une indigestion de mauvaise science-fiction. Ils sont écologistes et végans (c’est-à-dire refusant de consommer les produits issus des animaux), certes. Parfois même bouddhistes. Mais aussi philosophes, généticiens, informaticiens, sociologues ou start-uppers rétribués par Harvard, Oxford, la London school of economics ou Google. La plupart d’entre eux veulent le bien de la planète et de ses habitants, lutter contre les oppressions, tout en augmentant notre espérance de vie jusqu’à « la mort de la mort ». Lire la suite…

Bernd Rosslenbroich, L’Origine de l’autonomie, 2014

10 juin 2016 Laisser un commentaire

Bernd Rosslenbroich

L’origine de l’autonomie

Un nouveau regard sur les transitions majeures dans l’évolution des espèces

éd. Springer, 2014.

Nous proposons ci-dessous au lecteur la traduction de la présentation et du résumé des chapitres de l’ouvrage de Bernd Rosslenbroich, biologiste évolutionniste à l’Université Witten-Herdecke en Allemagne, L’origine de l’autonomie, un nouveau regard sur les transitions majeures dans l’évolution des espèces (éd. Springer, 2014, env. 300 pages). En effet, celui-ci rejoint par certain aspect les réflexions et les recherches que nous avons ici publiées sur l’autonomie du vivant. Néanmoins, et sans encore en proposer une critique détaillée, nous ferons rapidement quelques remarques d’ordre général : Lire la suite…

Bernd Rosslenbroich, On the Origin of Autonomy, 2014

10 juin 2016 Laisser un commentaire

Bernd Rosslenbroich

On the Origin of Autonomy

A New Look at the Major Transitions in Evolution

Springer, 2014.

This volume describes features of biological autonomy and integrates them into the recent discussion of factors in evolution. In recent years ideas about major transitions in evolution are undergoing a revolutionary change. They include questions about the origin of evolutionary innovation, their genetic and epigenetic background, the role of the phenotype, and of changes in ontogenetic pathways. In the present book, it is argued that it is likewise necessary to question the properties of these innovations and what was qualitatively generated during the macroevolutionary transitions.

The author states that a recurring central aspect of macroevolutionary innovations is an increase in individual organismal autonomy whereby it is emancipated from the environment with changes in its capacity for flexibility, self-regulation and self-control of behavior.

The first chapters define the concept of autonomy and examine its history and its epistemological context. Later chapters demonstrate how changes in autonomy took place during the major evolutionary transitions and investigate the generation of organs and physiological systems. They synthesize material from various disciplines including zoology, comparative physiology, morphology, molecular biology, neurobiology and ethology. It is argued that the concept is also relevant for understanding the relation of the biological evolution of man to his cultural abilities.

Finally the relation of autonomy to adaptation, niche construction, phenotypic plasticity and other factors and patterns in evolution is discussed. The text has a clear perspective from the context of systems biology, arguing that the generation of biological autonomy must be interpreted within an integrative systems approach. Lire la suite…

Fabien Locher, Les pâturages de la Guerre froide, 2013

26 avril 2016 Laisser un commentaire

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Dossier La Tragédie des Communaux

Pour toute une famille de pensée, le peuple est incapable de gérer collectivement une ressource naturelle sans la surexploiter. Récit d’une imposture et de ses racines. Un dossier spécial.

Résumé

L’article de Garrett Hardin paru en 1968, « La tragédie des communs », est une référence essentielle dans les débats sur la propriété, l’environnement, l’économie des ressources matérielles et immatérielles. Sa thèse : l’incompatibilité entre propriété commune et durabilité. Or, si ce texte est sans cesse mobilisé, on sait très peu de choses des logiques historiques qui ont présidé à son élaboration, à sa réception ; très peu de choses sur son auteur Garrett Hardin, sur sa trajectoire, ses motivations, les éléments vis-à-vis desquels son propos fait sens lorsqu’il décide, fin 1968, de formuler un raisonnement dont l’onde de choc s’est propagée jusqu’à notre époque de crise environnementale, de réflexion sur les communs numériques. Ce constat a motivé notre enquête. Son ambition est de contribuer, par le détour de l’histoire, aux réflexions contemporaines sur les différentes formes du « commun ». S’y révèlent aussi certaines dimensions méconnues de l’environnementalisme américain au XXe siècle : ses liens étroits et complexes à la configuration de Guerre froide ; la place qu’y occupent des courants combinant souci de l’environnement et projet de contrôle de la « qualité » des populations. Enfin, cette histoire de la « tragédie des communs » est aussi un chapitre de l’histoire du néolibéralisme, lorsque celui-ci s’empare de la question du gouvernement des ressources et des environnements. Lire la suite…

Célia Izoard, Lettres aux roboticiens, 2015

9 janvier 2016 Laisser un commentaire

La revue Z écrit à des chercheurs du LAAS-CNRS à Toulouse

CouvertureZ9Philippe Soueres et Jean-Paul Laumond font partie des roboticiens de l’équipe Gepetto du LAAS-CNRS qui nous ont reçus pour nous expliquer quel sens ils voyaient à développer des robots humanoïdes dans la société d’aujourd’hui. Quelques semaines plus tard, nous leur avons adressé ces courriers.

Situé sur le campus de la fac de sciences, le Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes (LAAS) est, avec ses quelque 500 chercheurs, la plus grosse unité du CNRS en France. En partenariat étroit avec les grands groupes (Alcatel, Orange, Siemens, Freescale…), on y développe depuis 1968 tout un monde d’objets emblématiques de ce qu’on appelle le high-tech et de sa convergence avec les paysages de la science- fiction : réseaux informatiques, puces électroniques, capteurs, micro-drones, robots-compagnons, interfaces vivant- machine, bio- et nanotechnologies.

Z est allé à la rencontre des chercheurs de l’équipe Gepetto, qui travaillent sur les grands programmes actuels de robotique humanoïde, et leur a soumis un questionnaire sur la responsabilité sociale des chercheurs, qui leur demandait notamment :

« Disposez-vous d’un moyen de contrôler quel organisme va exploiter vos travaux et à quelles fins ? »

« Qu’est-ce qui définit, selon vous, une recherche socialement bénéfique ? »

« Pensez-vous que le scientifique/ l’équipe de recherche devrai(en)t avoir plus de contrôle sur les applications résultant de ses/leurs découvertes ? »

« Pensez-vous que des revendications de ce type (le fait d’exiger un contrôle sur les applications, ou le financement d’une recherche scientifique socialement bénéfique) devraient trouver leur place aux côtés de revendications pour le statut ou le salaire ? »

Le but de ces rencontres était d’ouvrir un débat « à la source » sur les conséquences de la robotisation du monde. Après avoir entendu plusieurs chercheurs exposer leurs travaux, nous avons adressé à deux d’entre eux une lettre ouverte contestant les justifications de la recherche actuelle en robotique. Lire la suite…

Norbert Wiener, Lettre au syndicaliste Walter Reuther, 1949

8 janvier 2016 Laisser un commentaire

South Tamworth, 13 août 1949.

A Walter Reuther,
Union of Automobile Workers (UAW),
Détroit, Michigan.

Cher Monsieur Reuther,

Tout d’abord, je vais me présenter. Je suis professeur de mathématiques au Massachusetts Institute of Technology, et auteur d’un livre paru récemment, La Cybernétique. Comme vous le verrez si vous connaissez ce livre, je m’intéresse depuis longtemps à la question des automates et de leurs conséquences sociales. Ces conséquences me paraissent tellement énormes que j’ai tenté à plusieurs reprises d’entrer en contact avec le mouvement syndical, pour essayer de leur expliquer ce que l’on peut attendre des automates dans un futur proche. Cette situation a atteint un point critique, car j’ai été approché récemment par un grand groupe industriel qui m’a demandé de le conseiller sur l’opportunité de fabriquer des servo-mécanismes, c’est-à-dire des mécanismes de commande artificielle, dans le cadre de son programme de développement. Lire la suite…