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Edward P. Thompson et l’« économie morale de la foule »

12 mars 2017 Laisser un commentaire

« Avancer de nos jours devant une personne de gauche que les paysans du Doubs au temps de Courbet, disposaient probablement de bases concrètes bien meilleures que nous pour construire une société juste et humaine, c’est s’exposer immanquablement à être taxé d’idéalisme irresponsable, voire d’obscurantisme rétrograde. Et risquer, en tout les cas, d’être rejeté sans ménagement dans le camp des Ennemis du Progrès ».

Matthieu Amiech et Julien Mattern, Le Cauchemar de Don Quichotte, retraites, productivisme et impuissance populaire, éd. La Lenteur, 2013 1.

Le grand historien britannique Edward Palmer Thompson (1924-1993) est plus généralement cité en référence à sa magnifique histoire du mouvement luddite, que pour son concept d’ « économie morale de la foule » 2 qui est pourtant d’une pertinence remarquable pour bien saisir les premières formes d’opposition à l’« invention de l’économie » aux XVIIe et XVIIIe siècles 3. En effet, l’historien, en opposition à des courants historiographiques (notamment marxistes) qui propageaient une vision spasmodique de l’histoire populaire, a toute sa vie voulu montrer que les actions populaires désignées par le mot « émeutes », « rumeurs », « bruits » ou « émotions » dans les sources judiciaires, ne pouvaient pas être réduites à des réactions instinctives provoquées par la faim. Pour Thompson l’émeute rurale est aussi le vecteur d’une politique latente, d’une culture et d’une morale ordinaire fruit du bon sens des gens de peu. Lire la suite…

Edward P. Thompson, Modes de domination et révolutions en Angleterre, 1976

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Résumé

Dans cet exposé, consacré une discussion sur les modes de domination et les luttes de classes en Angleterre au XVIIIe et au début du XIXe siècle principalement, E. P. Thompson (1924-1993) reprend les résultats de ses travaux sur la formation de la classe ouvrière et de travaux plus récents sur les luttes de classes au XVIIIe siècle. Il montre comment, pour construire une histoire marxiste de la domination de classe en Angleterre, il faut remettre en question divers schèmes ou présupposés associés à la tradition historiographique marxiste et forgés propos de l’histoire française : représentation des transformations des modes de domination sur le modèle des révolutions brutales (modèle cataclysmique) ; représentation d’une opposition radicale sans interpénétration entre aristocratie et bourgeoisie ; représentation des modes de domination sur le modèle de imposition hégémonique de la domination. Il propose des analyses de la mise en scène de la domination de la gentry et de la contre-violence de la terreur populaire. Lire la suite…