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Posts Tagged ‘communaux’

Recension : E. P. Thompson, Les usages de la coutume, 2015

27 avril 2017 Laisser un commentaire

Edward P. Thompson, Les Usages de la coutume. Traditions et résistances populaires en Angleterre (XVIIe-XIXe siècle), trad. de l’anglais par Jean Boutier et Arundhati Virmani, Paris, EHESS/Gallimard/Seuil, 2015.

Avec la publication de ce recueil d’articles, paru initialement en Angleterre il y a 25 ans sous le titre Customs in Common, on peut désormais considérer l’œuvre de l’historien anglais comme intégralement disponible en français. Fruit d’un long et minutieux travail de traduction réalisé par Jean Boutier, historien moderniste, et Arundhati Virmani, historienne indienne spécialiste de la politisation des campagnes françaises et de l’Inde contemporaine, ce volume offre à la fois le testament intellectuel de Thompson et la manifestation la plus claire de sa profonde originalité. Publié en 1991, il devait initialement constituer le pendant rural et campagnard à La Formation de la classe ouvrière anglaise (1963), mais il est bien plus que cela. Lire la suite…

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De la ZAD aux communaux, 2014

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Dossier La Tragédie des Communaux

Pour toute une famille de pensée, le peuple est incapable de gérer collectivement une ressource naturelle sans la surexploiter. Récit d’une imposture et de ses racines. Un dossier spécial que nous terminons avec ce texte sur l’avenir de la Zone à Défendre de Notre-Dame des Landes…

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Quelques pistes à explorer pour aller plus loin…

1.

Beaucoup de questions se posent actuellement sur le devenir des terres de Notre-Dame des Landes une fois le projet d’aéroport abandonné. Des pistes sont explorées par plusieurs composantes du mouvement, mais en réduisant trop souvent la question foncière à celle du statut juridique futur de ces terres, la question des usages à un enjeu de propriété. D’un autre côté, sur la ZAD, intronisée « zone de non droit » de l’aveu même du pouvoir, beaucoup de conflits d’usage se déploient. Qu’il s’agisse de l’usage des prairies et des champs ou de celui des routes et des chemins, de la chasse ou des pratiques agricoles, ces conflits sont multiples.

Le devenir de ces terres dépend entièrement de notre capacité à y vivre en commun aujourd’hui. Ces deux problématiques sont indissociables. Si nous ne parvenons pas, ici et maintenant, à concilier les différentes pratiques et la multiplicité des usages qui cohabitent sur les terres de la ZAD, alors il nous sera difficile de nous projeter ensemble dans un avenir sans aéroport. Lire la suite…

Allan Greer, Confusion sur les Communs, 2015

29 avril 2016 Laisser un commentaire

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Dossier La Tragédie des Communaux

Pour toute une famille de pensée, le peuple est incapable de gérer collectivement une ressource naturelle sans la surexploiter. Récit d’une imposture et de ses racines. Un dossier spécial.

Au moment où la question de la propriété intellectuelle domine Internet, la lutte pour la mainmise sur l’univers numérique est de plus en plus présentée comme le « second mouvement des enclosures » : un emprunt trompeur, affirme Allan Greer.

En réaction à la progression galopante de la propriété intellectuelle (PI) et à sa domination croissante d’Internet, un mouvement s’est développé pour résister à l’intrusion des entreprises aux quatre coins du cyberespace. Inspirés par le potentiel des médias numériques dans la distribution et la diffusion à grande échelle de données, d’images et de textes au profit de tous, des militants font campagne en faveur d’un réseau neutre et du libre accès à ce réservoir mondial d’informations et d’œuvres de création toujours croissant. Des sites comme Wikipédia et divers logiciels en libre accès, signalent-ils, reposent sur la collaboration gratuite de millions de collaborateurs à travers le monde et offrent gratuitement des avantages à toute personne ayant accès à un ordinateur et à une connexion Internet. Contre cette éthique appliquée du partage, ils voient surgir une phalange de grandes entreprises déterminées à privatiser pour leur seul profit les ressources intellectuelles d’un monde interconnecté.

Cette lutte pour la maîtrise de l’univers numérique, fruit des avances technologiques des deux dernières décennies, peut sembler absolument sans précédent ; pourtant, de nombreux militants d’Internet se donnent du mal pour y voir des liens avec les luttes agraires des siècles passés. Le juriste James Boyle désigne l’expansion des droits de propriété intellectuelle dans les médias numériques sous le nom de « second mouvement des enclosures », expression qui renvoie à une étape bien connue de l’histoire agraire de l’Angleterre, lorsque les terres communales furent divisées et clôturées pour un usage privé [1]. D’autres personnes ont adopté la même référence historique et l’ont appliquée non seulement à Internet, mais à une multitude d’autres sphères où des entreprises revendiquent des droits sur des ressources auparavant à accès libre ou partagé. Parfois présentée comme une métaphore, parfois comme une analogie, cette idée selon laquelle nous assistons à une « enclosure des terres communales » intellectuelles a pris racine. Lire la suite…

Allan Greer, Confusion on the Commons, 2014

29 avril 2016 Laisser un commentaire

At a time when the issue of intellectual property dominates the Internet, the struggle for control of the digital universe is increasingly known as the « second enclosure movement » – a misleading moniker, argues Allan Greer.

Responding to the galloping advance of intellectual property (IP) and its increasing domination of the Internet, a movement has developed to resist the intrusion of corporate interests into every corner of cyberspace. Inspired by the potential of digital media to distribute data, images and texts, and to share these widely for the benefit of all, activists campaign for a neutral network and open access to the growing global storehouse of information and creative works. Sites such as Wikipedia and various open-access software systems, they note, depend upon the free collaboration of millions of contributors around the world and they provide benefits without charge to anyone with a computer and an Internet connection. Arrayed against this applied ethic of sharing, they see a phalanx of corporate giants determined to privatize the intellectual resources of a connected world for their own profit. This struggle for control of the digital universe might seem to be completely unprecedented, the product of technological advances of the past two decades, yet many internet activists are at pains to suggest links with struggles over land in earlier centuries. The legal scholar James Boyle calls the expansion of digital IP rights “the second enclosure movement,” referring to a well-known phase of English agrarian history when common lands were divided up and fenced in for private use. Others have adopted the same historical allusion, applying it not only to the internet, but to a variety of other spheres where corporations are laying claim to previously open or shared resources. Sometimes presented as a metaphor, sometimes as an analogy, the notion that we are experiencing an intellectual “enclosure of the commons” has gained considerable traction. Lire la suite…

Eva Hemmungs Wirtén, Passé et présent des biens communs, 2013

28 avril 2016 Laisser un commentaire

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Dossier La Tragédie des Communaux

Pour toute une famille de pensée, le peuple est incapable de gérer collectivement une ressource naturelle sans la surexploiter. Récit d’une imposture et de ses racines. Un dossier spécial.

De l’utilisation des terres au partage d’informations

La notion de biens communs (commons), autrefois un mode ancien de gestion des forêts et pâturages, désigne aujourd’hui nos recherches et nos collectes d’informations. Pour comprendre cette mutation, cet essai montre comment l’ancienne économie des communaux permet d’éclairer le paysage moderne de l’information.

Ouverture et enclosure

Dans son film documentaire, Les Glaneurs et la glaneuse (2000), Agnès Varda revisite la pratique traditionnelle du glanage dans la France d’aujourd’hui. Son voyage à travers le pays à la recherche de déchets et d’objets de rebuts variés commence justement par la terre et par les tonnes de pommes de terre trop peu uniformes pour la vente en supermarché. En fouillant le tas de légumes imparfaits, elle trouve rapidement la première des pommes de terre en forme de cœur qui deviendra le symbole de son film et de sa suite, Les glaneurs et la glaneuse : deux ans après en 2002. Des grappes de raisin à l’art du collage, des pommes aux installations, Varda juxtapose avec fluidité nos usages de ressources tangibles et plus intangibles – ce qui « tombe entre les mots », comme le viticulteur et psychanalyste Jean Laplanche le dit poétiquement de son œuvre. Le film de Varda me servira ici de point de départ pour explorer les deux processus parallèles d’ouverture et d’enclosure. Lire la suite…

Eva Hemmungs Wirtén, The Commons, Old and New, 2013

28 avril 2016 Laisser un commentaire

From Land Use to Information Sharing

The idea of the Commons prospers today as a powerful trope of twenty-first century sharing. To tell the story of how yesterday’s digging and grazing became today’s googling and sampling, we need to look more closely at the way the unique properties of the modern information landscape come into focus by reference to the old commons economy: through the concepts of user rights, openness and enclosure.

Openness and Enclosure

In her documentary Les glaneurs et la glaneuse (2000), Agnès Varda revisits the traditional practice of gleaning within present-day France. Her cross-country travels searching for waste and miscellaneous discarded items begin appropriately with the land and tons of potatoes not uniform enough for the supermarket. Rummaging through the far-from-perfect heap, she quickly finds the first of the heart-shaped spuds that were to become a symbol of the successful film and her 2002 follow-up Les glaneurs et la glaneuse: deux ans après. From grapes and apples to art, collages, and installations, Varda seamlessly juxtaposed our use of tangible resources with more intangible ones – including that which ‘falls in-between language,’ as the viticulturist/psychoanalyst Jean Laplanche poetically described his own work. In this text, I want to use Varda’s film as a starting point to explore the two parallel processes of enclosure and openness. Lire la suite…

Fabien Locher, Les pâturages de la Guerre froide, 2013

26 avril 2016 Laisser un commentaire

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Dossier La Tragédie des Communaux

Pour toute une famille de pensée, le peuple est incapable de gérer collectivement une ressource naturelle sans la surexploiter. Récit d’une imposture et de ses racines. Un dossier spécial.

Résumé

L’article de Garrett Hardin paru en 1968, « La tragédie des communs », est une référence essentielle dans les débats sur la propriété, l’environnement, l’économie des ressources matérielles et immatérielles. Sa thèse : l’incompatibilité entre propriété commune et durabilité. Or, si ce texte est sans cesse mobilisé, on sait très peu de choses des logiques historiques qui ont présidé à son élaboration, à sa réception ; très peu de choses sur son auteur Garrett Hardin, sur sa trajectoire, ses motivations, les éléments vis-à-vis desquels son propos fait sens lorsqu’il décide, fin 1968, de formuler un raisonnement dont l’onde de choc s’est propagée jusqu’à notre époque de crise environnementale, de réflexion sur les communs numériques. Ce constat a motivé notre enquête. Son ambition est de contribuer, par le détour de l’histoire, aux réflexions contemporaines sur les différentes formes du « commun ». S’y révèlent aussi certaines dimensions méconnues de l’environnementalisme américain au XXe siècle : ses liens étroits et complexes à la configuration de Guerre froide ; la place qu’y occupent des courants combinant souci de l’environnement et projet de contrôle de la « qualité » des populations. Enfin, cette histoire de la « tragédie des communs » est aussi un chapitre de l’histoire du néolibéralisme, lorsque celui-ci s’empare de la question du gouvernement des ressources et des environnements. Lire la suite…

Hervé Le Crosnier, Elinor Ostrom ou la réinvention des biens communs, 2012

21 avril 2016 Laisser un commentaire

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Pour toute une famille de pensée, le peuple est incapable de gérer collectivement une ressource naturelle sans la surexploiter. Récit d’une imposture et de ses racines. Un dossier spécial.

Première femme à obtenir un Prix Nobel d’économie (en 2009) pour ses développements sur la théorie des communs [1], Elinor Ostrom est décédée le mardi 12 juin 2012, à l’âge de 78 ans. Chercheuse politique infatigable et pédagogue ayant à cœur de transmettre aux jeunes générations ses observations et analyses, elle avait, malgré sa maladie, continué son cycle de conférences et la rencontre avec les jeunes chercheurs du domaine des communs au Mexique et en Inde. Récemment encore, elle exprimait son sentiment d’urgence à propos de la conférence Rio+20 qui se déroule actuellement [2]. Une conférence durant laquelle le terme de « communs » devient un point de ralliement, jusqu’à figurer dans le titre du « Sommet des Peuples pour la justice sociale et environnementale en défense des biens communs ».

La théorie des biens communs, ou plus précisément des « communs », suivant le terme anglais commons, qui est plus général et moins focalisée que la traduction française actuellement utilisée, a connu plusieurs périodes : les études historiques, l’analyse du fonctionnement des communs naturels et la construction des communs du numérique. Elinor Ostrom et l’approche institutionnelle de l’économie politique des communs est essentielle dans ce parcours pour comprendre le renouveau de l’étude des communs et l’apparition de mouvements sociaux qui se revendiquent de la défense ou de la construction des communs. Lire la suite…

Hervé Le Crosnier, Une bonne nouvelle pour la théorie des Biens Communs, 2009

20 avril 2016 Laisser un commentaire

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Dossier La Tragédie des Communaux

Pour toute une famille de pensée, le peuple est incapable de gérer collectivement une ressource naturelle sans la surexploiter. Récit d’une imposture et de ses racines. Un dossier spécial.

Le prix Nobel d’économie a été décerné le 12 octobre 2009 à Elinor Ostrom, qui travaille sur les Communs, cette forme spécifique de propriété et de gouvernance qui place les décisions collectives des « communautés » au centre du jeu socio-économique. Cette question des Biens communs a longtemps été ignorée par la science économique, par la politique et par les mouvements sociaux, mais elle est en passe de redevenir un « outil pour penser » majeur.

Le prix Nobel d’économie a été décerné le 12 octobre 2009 à Elinor Ostrom et Oliver Williamson. Leurs travaux, quoique très différents, s’écartent des travaux de modélisation économique appuyée sur le modèle néo-classique, mais portent sur un « retour au réel ». Ils prennent en compte des interactions humaines et leurs effets, pour Williamson dans le cadre de la firme et pour Ostrom dans le modèle des biens communs, en s’échappant du modèle de la « rationalité économique » qui a longtemps prévalu dans les constructions mathématiques à la mode au cours de la décennie précédente. C’est une confirmation du changement d’orientation des Nobels entamé par la reconnaissance du travail de Paul Krugman l’an passé. Un changement qui va dans le sens d’un rapprochement entre l’économie et la politique, dans le même ordre d’idée que l’attribution du Prix Nobel de la Paix accordé au financier alternatif Mohamed Yunus précédemment. L’économie n’est plus cette théorie univoque qui servirait de hochet aux politiciens en mal d’instruments de pression sur les peuples (le There is no alternative de Margaret Thatcher, repris sous toutes ses formes par nos dirigeants néo-libéraux de tous bords depuis presque trente ans). Les décisions des humains de construire ensemble leur mode de production et de trouver des règles qui ne ressemblent pas à l’imagerie du marché afin d’autogérer leur actions communes pourraient enfin revenir au centre de la réflexion.

En soi, ce simple fait serait une bonne nouvelle. Ajoutons que Elinor Ostrom est aussi la première femme récompensée par un Prix Nobel d’économie… pour des travaux sur l’organisation collective de la vie. Mais c’est pour d’autres raisons encore qu’il faut se féliciter aujourd’hui de la décision de Stockholm. Lire la suite…

Ian Angus, Le Mythe de la tragédie des communaux, 2008

18 avril 2016 Laisser un commentaire

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Dossier La Tragédie des Communaux

Pour toute une famille de pensée, le peuple est incapable de gérer collectivement une ressource naturelle sans la surexploiter. Récit d’une imposture et de ses racines. Un dossier spécial.

Les ressources partagées feront-elles toujours l’objet d’usages pervers et de surexploitation ? La communauté de la terre, des forêts et des zones de pêche est-elle la voie assurée véritable désastre écologique ? La privatisation est-elle la seule façon de protéger l’environnement et de mettre un terme à la pauvreté du Tiers-Monde ? La plupart des économistes et des planificateurs en développement répondront « oui » – et comme preuve ils signaleront l’article le plus influent jamais écrit sur ces questions importantes.

Depuis sa publication dans Science en décembre 1968, La Tragédie des communaux a été reproduite dans au moins 111 anthologies, ce qui en a fait un des articles les plus réimprimés à être paru dans une quelconque revue scientifique. C’est aussi l’un des plus cités : une recherche Google récente a permis de trouver « à peu près 302 000» résultats pour le syntagme « tragédie des communaux ».

Suivant les termes d’une monographie de la Banque Mondiale, il constitue depuis 40 ans, « le paradigme dominant à travers lequel les savants en sciences sociales évaluent les questions relatives aux ressources naturelles. » (Bromley et Cernea, 1989 : 6) Il a été utilisé à plusieurs reprises pour justifier le vol des terres de peuples indigènes, la privatisation de la couverture médicale et d’autre services sociaux, l’octroi de « permis vendables » de polluer l’air, l’eau et beaucoup plus.

Le Dr. G.N. Appell (1995), anthropologue réputé, écrit :

« Cet article a été adopté comme un texte sacré par les spécialistes et les professionnels dont le fond de commerce est de concevoir des futurs pour d’autres et d’imposer leur rationalité économique et environnementale à des systèmes sociaux étrangers dont ils ont une compréhension et une connaissance incomplètes. »

Comme la plupart des textes sacrés, La Tragédie des communaux est plus souvent citée que lue : comme on le verra, bien que son titre sonne sérieux et scientifique, il est bien éloigné de la science. Lire la suite…