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Résumé & Radio: Groupe MARCUSE, La liberté dans le coma, 2012

essai sur l’identification électronique
et les motifs de s’y opposer

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Le texte qui suit est un résumé d’un ouvrage de 244 pages. De nombreux exemples qui viennent à l’appui des idées et des analyses ici exposés succinctement n’ont donc pas été reproduits ni cités. Ce résumé ne peut donc se substituer à la lecture de l’ouvrage entier ; il n’est là que pour donner un aperçu des thèses développées dans le livre.

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Sommaire de l’ouvrage :

Introduction

1. Bureaucratie et informatique, le pacte du siècle.

2. La liberté, pour quoi faire ?

3. L’insoumission possible, ou ne pas laisser le monde se refermer.

Annexes

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Miquel Amorós, Vent debout contre le mal français, 2017

20 janvier 2018 Laisser un commentaire

Le recul théorique causé par la disparition de l’ancien mouvement ouvrier a permis l’hégémonie d’une philosophie surprenante, la première qui ne se fonde pas sur l’amour de la vérité, objet primordial du savoir. La pensée faible (ou philosophie de la postmodernité) relativise ce concept, qu’elle fait dériver d’un mélange de conventions, de pratiques et de coutumes instables dans le temps, quelque chose de « construit », et, par conséquent, d’artificiel, sans aucun fondement. Et dans la foulée, toute idée rationnelle de réalité, de nature, d’éthique, de langage, de culture, de mémoire, etc.

De plus, certaines autorités du petit monde postmoderne n’ont pas manqué de qualifier certaines d’entre elles de « fascistes ». Finalement en récupérant Nietzsche, il n’y a donc plus de la vérité, mais seulement de l’interprétation. En vérité, une telle démolition systématique d’une pensée qui naît avec les Lumières et réclame la constitution de la liberté – qui donnera naissance, plus tard, avec l’apparition de la lutte de classes moderne, à la critique sociale et aux idéologies révolutionnaires – par ceux qui plutôt que de se baigner dans l’eau claire de l’authenticité préfèrent se vautrer dans la boue de l’imposture – principalement les professeurs et les étudiants –, a toute les apparences d’une démystification radicale menée à bien par de véritables penseurs incendiaires, dont la finalité ne serait rien d’autre que le chaos libérateur de l’individualité exacerbée, la prolifération d’identités et l’abrogation de toute norme de conduite commune. Au lendemain d’une telle orgie de déconstruction, aucune valeur ni aucun concept universel ne tiendrait plus debout : être, raison, justice, égalité, solidarité, communauté, humanité, révolution, émancipation… seront tous qualifiés d’« essentialistes », c’est-à-dire, d’abominations « pro-natura ». Lire la suite…

Miquel Amorós, Une critique libertaire de la gauche du capitalisme, 2016

18 janvier 2018 Laisser un commentaire

Le capital a prolétarisé le monde et dans le même mouvement a visiblement supprimé les classes. Si les antagonismes ont été intégrés, s’il n’y a plus de lutte des classes, il n’y a plus de classes. Et il n’y a pas de syndicats dans le véritable sens du terme. En effet, si le scandale de la séparation sociale entre riches et pauvres, dirigeants et dirigés, exploiteurs et exploités n’est plus la source principale du conflit et que les rares luttes qui en découlent restent à l’intérieur du système sans jamais le remettre en question, alors il n’y a plus de classe en lutte, mais une société de masse à la dérive.

Les syndicats, la carcasse d’une classe dissoute, poursuivent un autre objectif : maintenir la fiction d’un marché du travail régulé. Aujourd’hui, l’ouvrier est la base du capital, et non sa négation. Le capital s’empare de toute activité, et son principe structure la société entière : il réalise le travail et transforme le monde en un monde de travailleurs. De travailleurs consuméristes. Fin d’une classe ouvrière en marge, extérieure et opposée au capital, avec ses valeurs propres, et en même temps généralisation du salariat et des valeurs marchandes. Lire la suite…

Venant Brisset, Travail et mépris, 2012

18 septembre 2016 Laisser un commentaire
Travailler dur et penser mou...

Travailler dur et penser mou…

« Moi, je fais partie de ceux qui défendent que le rapport au travail n’est pas contingent, n’est pas accessoire, n’est pas anecdotique, que tout être humain cherche d’une certaine façon à travers le travail l’occasion de se mettre à l’épreuve de soi, pour devenir soi-même, pour s’accomplir. Je pense que c’est un invariant humain. Le mépris dans lequel est tenu le travail n’est pas d’aujourd’hui. Ça a existé déjà dans l’Antiquité, c’étaient les esclaves, c’est passé par les serfs de l’Ancien régime, ça continuait avec le taylorisme et le fordisme, et aujourd’hui on est dans le suprême mépris du travail. Cet écart, et cette manipulation qui est faite en faveur du patrimoine et des revenus spéculatifs contre le travail dont on est prêt à détruire toutes les caractéristiques, celles qui sont nécessaires à l’exercice de l’intelligence et à l’exercice de l’accomplissement de soi, oui, je pense que nous sommes dans une évolution qui ressemble beaucoup à une décadence de la civilisation. »

Christophe Dejours 1.

I

Le documentaire La mise à mort du travail est composé de trois parties intitulées « La destruction », « L’aliénation », et « La dépossession ». L’intervention de C. Dejours vient en conclusion de la troisième partie : on peut y voir légitimement le résumé-synthèse de l’enquête.

La première partie est consacrée aux troubles actuels éprouvés dans le monde du travail : souffrance morale ou physique dans l’entreprise, harcèlements, licenciements disciplinaires, procédures aux prud’hommes. La deuxième partie est tout entière occupée par l’étude d’une entreprise de services, Carglass (réseau de points de réparation et de changement de pare-brise) et de ses techniques perverses de management pour pressurer aussi bien ouvriers que cadres de base. La troisième montre le lien entre le rachat d’une vieille firme industrielle, Fenwick (chariots élévateurs), par un fond d’investissement américain (KKR) et ce qui en résulte comme procédures d’extraction de gisements de productivité, issues du « toyotisme », sur les ouvriers de la chaîne de montage et d’exigence d’agressivité commerciale accrue pour les cadres. Lire la suite…

Miquel Amorós, La peste citoyenne, 2015

16 juillet 2015 Laisser un commentaire

La classe moyenne et ses angoisses

Que l’économie et la politique marchent main dans la main est une chose connue. La conséquence logique d’une telle relation est que la politique réelle se doit d’être fondamentalement économique : à l’économie de marché correspond une politique de marché. Les forces qui dirigent le marché mondial, dirigent de facto la politique des États, à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur, ainsi qu’au niveau local. La réalité est la suivante : la croissance économique est la condition nécessaire et suffisante pour la stabilité sociale et politique du capitalisme. En son sein, le système de partis évolue selon le rythme du développement. Lorsque la croissance est importante, le système tend vers le bipartisme. Lorsqu’elle ralentit ou entre en récession, comme si elle obéissait à un mécanisme homéostatique, le panorama politique se diversifie. Lire la suite…

Nadine et Thierry Ribault, Fukushima : cogérer l’agonie, 2015

16 mars 2015 Laisser un commentaire

En ce 11 mars 2015, quatre ans après l’inachevable désastre nucléaire de Fukushima, on peut, bien entendu, établir un bilan officiel : 87 enfants atteints d’un cancer de la thyroïde, 23 autres suspectés de l’être, 120 000 « réfugiés », 50 000 liquidateurs mobilisés au seuil sacrificiel dûment relevé, des piscines remplies de combustibles prêtes à nous exploser au nez, des rejets massifs et réguliers d’eau contaminée dans l’océan, pas moins de 30 millions de m3 de déchets radioactifs à stocker pour l’éternité.

Ce bilan existe. Nous vous y renvoyons.

L’État fait des habitants de Fukushima des cogestionnaires du désastre

Une fois ce « bilan » dressé, une fois les victimes et les inquiétudes considérées avec respect, il s’agit de tirer les conclusions qui s’imposent. L’une d’entre elles est la suivante : au fur et à mesure que se mettait en place l’aide fournie par des groupes citoyens, des ONG, des structures plus ou moins indépendantes, l’État faisait des habitants de Fukushima, indéniablement et sous couvert de « participation citoyenne », des cogestionnaires du désastre. On pourra nous opposer que cet élan civique a relevé de la spontanéité, voire de l’amour du prochain, que l’État n’a donné aucun ordre allant dans ce sens, que chacun était, et reste, libre de « s’engager » dans de tels mouvements, certes ! Cependant, beaucoup des hommes et des femmes qui l’ont fait, même si c’est inconsciemment, ont fait le jeu de l’État. Lire la suite…

Le Postillon, Quand les poubelles puent le Kafka, 2012

14 décembre 2013 Laisser un commentaire

Homme dans une PoubelleSavez-vous que chez vous, prochainement, votre mode de gestion de la collecte et du traitement des déchets devrait changer et passer sous la coupe de la « redevance incitative » ? Moi, je ne le savais pas. Alors quand un ami m’a expliqué que ce système est déjà mis en place à quarante kilomètres de Grenoble, que là-bas des « brigades vertes » fouillent les poubelles pour trouver les noms des mauvais « écocitoyens », que des habitants reçoivent des lettres leur reprochant de ne pas jeter assez de poubelles (et que c’est donc louche), forcément ça a piqué ma curiosité. J’ai donc pris mon vélo pour partir à la rencontre des moloks, des bons et des mauvais « écocitoyens ».

Depuis le début de l’année 2012, un curieux sujet hante les conversations des habitants du Sud-Grésivaudan, cette région que l’on traverse pour aller de Grenoble à Valence. De Vinay à Saint-Marcellin, de Pont-en-Royans à Saint-Antoine-l’Abbaye, des champs de noyers aux sommets des falaises du Vercors, un thème lancinant revient en boucle et résonne comme un long râle. Ce dont on parle tant dans ce pays, c’est de poubelles. Ou plutôt de « collecte et de traitement d’ordures ménagères », selon les mots des communicants.

Car ici, les habitants ont l’honneur de disposer d’un nouveau « système de gestion des déchets ». Un système « innovant », bien loin de ces antiques et primaires poubelles vertes et grises comme on en voit encore dans les rues des grandes villes. Ce système, en plus d’être « innovant », est « écologique » voire « éco-citoyen », car il n’a officiellement qu’un seul but : « diminuer la production des Ordures Ménagères Résiduelles », comme l’énonce si bien la novlangue qui a également inventé une expression pour dénommer le concept global : « la redevance incitative ». Lire la suite…

Miquel Amorós, Le parti de l’État, 1998

« Celui qui est cause du pouvoir d’autrui, l’est aussi de sa propre perte. »

Machiavel

 

Un spectre hante le monde à l’affût des vivants ; le spectre de l’État. La question de sa nature a cessé d’être la question centrale de notre époque. Après avoir vaincu le second assaut prolétarien contre la société de classes, les intérêts de l’État se soumettent à ceux du capital et l’initiative passe directement à la puissance financière. En effet, la bourse a dissout les frontières et partout le holding, le trust, la multinationale passent au dessus des instances politiques et administratives. Les députés, les leaders syndicaux, les intellectuels, les ministres, etc. cèdent le pas aux managers, aux experts, au marketing. Le principe de la compétitivité prend le pas sur le principe de l’organisation et l’État se plie à la suprématie du marché. Le pouvoir réel se manifeste peu dans la conduite administrative et la politique quotidienne parce qu’il n’est déjà plus aux mains du fonctionnariat. Le pouvoir, en grandissant, échappe à l’État. Le progrès de la bureaucratisation s’est arrêté et à nouveau, État et capital, bureaucrates et financiers, sont des réalités séparées. A l’opposé de l’évolution des cinquante dernières années, la tendance historique actuelle se dirige dans le sens de la perte progressive d’hégémonie de l’État. Lire la suite…

Catégories :Critique sociale Étiquettes : , , , ,

Miquel Amorós, El partido del estado, 1998

«Quien es causa del poder de otro, lo es de su propia ruina»

Maquiavelo

 

Un fantasma pena por el mundo al acecho de los vivos; el fantasma del Estado. La pregunta sobre su naturaleza ha dejado de ser la cuestión central de nuestra época. Vencido el segundo asalto proletario contra la sociedad de clases, los intereses estatales se supeditan a los del Capital y la iniciativa pasa definitivamente a las finanzas. En efecto, la Bolsa ha disuelto fronteras, y en todas partes, el holding, el trust, la multinacional, pasan pon encima de las instancias políticas y administrativas. Los diputados, los líderes sindicales, los intelectuales, los ministros, etc., ceden paso a los mánagers, a los expertos, al marketing. El principio de competitividad se impone sobre el principio de organización y el Estado se doblega ante la supremacía del Mercado. El poder real se manifiesta poco en la actuación administrativa y en la política cotidiana, porque ya no está en manos del funcionariado. El poder, en su crecimiento, se escapa del Estado. El progreso de la burocratización se ha detenido y, de nuevo, Estado y Capital, burócratas y financieros, son realidades separadas. En contraste con la evolución de los últimos cincuenta años, la tendencia histórica actual se dirige en el sentido de la pérdida progresiva de hegemonía del Estado. Lire la suite…

Miquel Amorós, Die Partei des Staates, 1998

« Wer Ursache der Macht von anderen ist,
ist es auch zu seinem eigenen Verderben. »

Machiavelli

Ein Gespenst geht um die Welt, auf der Lauer nach Lebenden; das Gespenst des Staates. Seine Beschaffenheit ist nicht mehr die zentrale Frage unserer Epoche. Den zweiten proletarischen Ansturm gegen die Klassengesellschaft einmal überwunden, ordnen sich die Interessen des Staates jenen des Kapitals unter und die Initiative fällt endgültig dem Finanzwesen zu. Die Börse hat tatsächlich Grenzen aufgelöst, und überall setzen sich die Holding, der Trust, das multinationale Unternehmen über die politischen und administrativen Instanzen hinweg. Die Abgeordneten, die Gewerkschaftsführer, die Intellektuellen, die Minister, etc. treten hinter die Manager, die Experten und das Marketing zurück. Das Konkurrenzprinzip setzt sich gegen das Organisationsprinzip durch und der Staat fügt sich der Vormachtstellung des Marktes. Die tatsächliche Macht manifestiert sich wenig in der administrativen Führung und der täglichen Politik, denn sie liegt nicht länger in den Händen des Funktionariats. Während die Macht anwächst, entrinnt sie dem Staat. Das Fortschreiten der Bürokratisierung hielt inne und Staat und Kapital, Bürokraten und Finanzleute sind wieder getrennte Realitäten. Im Gegensatz zur Entwicklung der letzten fünfzig Jahre zeigt die gegenwärtige historische Tendenz in Richtung eines allmählichen Verlustes der Hegemonialmacht des Staates. Lire la suite…