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Posts Tagged ‘Chine’

Renaud Garcia, Le Progrès arrive en gare de Lhassa, 2020

Il était une fois dans l’ouest de la Chine, un peuple, les Tibétains, qui n’avait rien demandé. Rien d’autre que leur indépendance, depuis 1913, sans que jamais le géant voisin ne la reconnaisse. Un peuple de nomades, de pasteurs transhumants avec leurs caravanes de yacks. Des nonnes, des moines bouddhistes, fidèles envers et contre tout à leur chef spirituel, Tenzin Gyatso, le quatorzième dalaï-Lama en exil en Inde, à Dharamsala, depuis 1959. Des gardiens du « troisième pôle », disséminés sur le toit du monde, le plateau du Qinghai, où se trouvent la troisième concentration de glace de la planète et les sources de dix fleuves et rivières contribuant à la vie de plus de deux milliards d’hommes. Des humains vivant avec l’animal, avec le sauvage, antilopes et ours noirs notamment.

Depuis 1951 et l’invasion de 80 000 soldats de l’Armée populaire de libération, le Parti Communiste Chinois promet le « paradis socialiste » aux Tibétains. Un Éden mécanique, conquis à toute vapeur par le « Dragon de fer », ce train projetant sa carcasse depuis Pékin jusqu’à Lhassa, capitale de la Région autonome du Tibet, en 48 heures seulement pour 4 561 km. Lire la suite…

Écran Total, Ne laissons pas s’installer le monde sans contact, 2020

27 avril 2020 Laisser un commentaire

Appel au boycott de l’application Stop-COVID19

 

Ne nous y trompons pas, la distance sociale a commencé il y a des années.

Du point de vue sanitaire, l’épidémie de COVID-19 mettra du temps à livrer tous ses mystères. Le brouillard qui entoure l’origine de la maladie, sa diffusion et sa létalité ne pourra se dissiper que lorsqu’elle cessera de frapper dans autant de pays à la fois. A ce jour, personne n’a l’air de savoir quand une telle accalmie se produira. D’ici là, pour continuer de vivre, nous ne devons ni sous-estimer, ni surestimer cette épidémie en tant que telle.

Par contre, ce que nous sentons très clairement, c’est que la crise sanitaire a des chances importantes de précipiter l’avènement d’un nouveau régime social : un régime basé sur une peur et une séparation accrues, encore plus inégalitaire et étouffant pour la liberté. Si nous prenons la peine de lancer cet appel, c’est que nous pensons que cela n’est pas joué d’avance et que des possibilités vont se présenter, pour les populations, de l’empêcher. Mais alors que nous, simples citoyens, ressentons violemment la fragilité de nos existences face à la menace du virus et d’un confinement long, l’ordre politique et économique en vigueur semble, lui, à la fois ébranlé et renforcé par la secousse en cours. Il paraît en même temps fragile, et très solide sur ses bases les plus « modernes », c’est-à-dire les plus destructrices socialement. Lire la suite…

Mara Hvistendahl, Bienvenue dans l’enfer du social ranking, 2018

23 juin 2019 Laisser un commentaire

Quand votre vie dépend de la façon dont l’État et les banques vous notent

Dans “Nosedive”, un épisode de la série télévisée de science-fiction Black Mirror, Lacie Pound, une Emma Bovary 2.0, rêve de pouvoir acquérir un appartement luxueux et de rejoindre les hautes sphères de la jeunesse en vue. Mais pour cela, elle doit être bien « notée » sur les réseaux sociaux. Toute interaction est l’occasion d’évaluer son interlocuteur : a-t-elle été polie avec sa voisine ? Son chef est-il content de son travail ? Les efforts de la jeune femme tournent au désastre et l’effondrement de sa note la relègue au rang de paria. En Chine, aujourd’hui, le scénario catastrophe de la série britannique est déjà une réalité : par le biais d’applications pour smartphones, l’État, en partenariat avec des entreprises privées, note les citoyens. Et ce classement social a des implications concrètes : pouvoir louer un vélo, obtenir un prêt, accéder à certains services sociaux, s’inscrire sur un site de rencontres… Plongée vertigineuse dans la nouvelle gouvernementalité numérique. Lire la suite…

Mara Hvistendahl, Inside China’s Vast New Experiment in Social Ranking, 2018

23 juin 2019 Laisser un commentaire

In 2015, when Lazarus Liu moved home to China after studying logistics in the United Kingdom for three years, he quickly noticed that something had changed: Everyone paid for everything with their phones. At McDonald’s, the convenience store, even at mom-and-pop restaurants, his friends in Shanghai used mobile payments. Cash, Liu could see, had been largely replaced by two smartphone apps: Alipay and WeChat Pay. One day, at a vegetable market, he watched a woman his mother’s age pull out her phone to pay for her groceries. He decided to sign up.

To get an Alipay ID, Liu had to enter his cell phone number and scan his national ID card. He did so reflexively. Alipay had built a reputation for reliability, and compared to going to a bank managed with slothlike indifference and zero attention to customer service, signing up for Alipay was almost fun. With just a few clicks he was in. Alipay’s slogan summed up the experience: “Trust makes it simple.” Lire la suite…