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Posts Tagged ‘chimie’

Thomas Le Roux, Comment industrialiser la France ?, 2013

14 juillet 2017 Laisser un commentaire

Qu’elle ait été rapide ou progressive, la « révolution industrielle » ou l’industrialisation a été, en tout état de cause, un changement suffisamment important pour remettre en cause un certain nombre de caractéristiques des sociétés d’Europe occidentale de l’Ancien Régime, même dans sa première phase, entre 1750 et 1830. En quelques générations, le rapport de l’homme à l’environnement s’est transformé sous la poussée de l’accroissement de la production artisanale et industrielle. Les réticences de nombreux citadins et la vigilance exercée par les autorités locales à l’encontre de certaines activités de production réputées dangereuses ou insalubres ont du céder le pas, dans le champ de l’expertise, à une approche différente beaucoup plus conciliante avec le processus d’industrialisation. Quand les autorités locales se fondaient sur des pratiques et des savoirs « policiers » (selon le terme de l’époque, repris dans cet article) ancrés dans la jurisprudence et l’ordre judiciaire, la nouvelle expertise relevait davantage de la science au sein d’un ordre de plus en plus administratif.

C’est cette mutation que cet article entend exposer, en soulignant qu’elle n’a pas été forcément linéaire, et qu’elle s’est finalement réalisée au profit d’une expertise sur l’autre. Les rapports de force entre instances liées au pouvoir ont été déterminants pour construire les nouvelles légitimités et inscrire l’industrialisation à l’ordre du jour officiel, malgré des nuisances déjà reconnues par nombre de contemporains. Trois principales phases rythmèrent le processus, avec ses à-coups et accélérations déterminantes. A partir des années 1770, les reconfigurations s’ancrèrent sur l’industrie chimique naissante, notamment celle des acides. Puis, avec la Révolution française, les secteurs stratégiques pour l’État furent à leur tour touchés par la concurrence des expertises. Enfin, le régime napoléonien inscrivit dans le marbre les nouvelles régulations de l’industrie, qui discréditèrent les anciennes préventions contre les pollutions et participèrent à l’industrialisation. Lire la suite…

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Roger Heim, Préface du Printemps Silencieux, 1968

22 avril 2017 Laisser un commentaire

Le livre de Rachel Carson est arrivé à son heure en Amérique où il a obtenu un énorme succès, et le voici désormais en Europe où nous étions moins préparés peut-être à rédiger un ouvrage aussi nourri de faits, aussi bourré de chiffres, aussi creusé d’exemples. Pareillement indiscutable, pour tout dire. Car le procès est dorénavant ouvert, sans risque cette fois d’étouffement. Et c’est aux victimes de se porter partie civile, et aux empoisonneurs de payer à leur tour. Nos avocats seront ceux qui défendent l’Humain, mais aussi la Vie, toute la Vie. C’est-à-dire notre berceau, puis notre lit de repos, l’air et l’eau, le sol où dorment les semences, la forêt où chante la faune, et l’avenir où luit le soleil. En d’autres termes : la Nature. Celle d’où nous venons ; celle où nous allons souvent ; celle où nous irons à tout jamais. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Interview par Article11, 2010

9 avril 2017 Laisser un commentaire

Tu ne t’intéresses pas au contenu de ton assiette ? L’agriculture, ça te broute ? Tu ne devrais pas, tant se joue là notre avenir. Avec l’industrialisation de l’agriculture et la marchandisation du vivant, c’est la mort qui pointe le bout de son nez. Celle de la diversité et – donc – de l’humanité. Le chercheur Jean-Pierre Berlan en livre ici une démonstration limpide et effrayante.

L’agriculture. Un petit tour dans l’actu, et puis s’en va… Vitrine cosmétique, le salon qui lui est dédié a eu droit – comme chaque année – aux honneurs des médias feignant de s’intéresser au sujet. Leur traitement reste toujours le même : le cul des vaches, la visite présidentielle et – de façon générale – le chant lyrique d’une profession fantasmée. En filigrane, la volonté farouche de ne pas aborder les questions qui fâchent. As-tu par exemple vu le moindre reportage sur la désastreuse industrialisation de l’agriculture ? Absolument pas. En a-t-on profité pour revenir sur les brevets déposés sur le vivant par les multinationales, la dangereuse évolution des clones pesticides brevetés, ou encore la pente mortifère empruntée depuis des dizaines d’années par (presque) tout le secteur ? Pas plus. T’a-t-on – enfin – expliqué ce que tu avais dans ton assiette ? Encore moins [1]. D’où cet étrange paradoxe : le mot « transparence » a beau être mis à toutes les sauces, l’origine et le mode de production de ce qui arrive dans nos gamelles reste un mystère. Lire la suite…

Robert Shapiro, Les premiers pas de la vie, 2007

5 février 2015 Laisser un commentaire

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L’apparition soudaine d’une grande molécule telle que l’ADN ou l’ARN est improbable. En revanche, des petites molécules fonctionnant en réseau ont pu constituer l’ébauche de la vie sur Terre.

Les découvertes extraordinaires inspirent souvent de grandes déclarations. Ainsi, James Watson, immédiatement après avoir élucidé la structure de l’ADN avec Francis Crick, courut au Eagle, le pub local, et y annonça qu’ils avaient découvert le secret de la vie. Rien de moins ! La structure en question – la double hélice – méritait-elle un tel enthousiasme ? Presque, car elle stocke les informations nécessaires au fonctionnement cellulaire dans un langage constitué de quatre éléments chimiques, des nucléotides (A, T, C et G), qui jouent le même rôle que les 26 lettres de notre alphabet.

Ces informations sont stockées dans deux longs brins, chacun imposant la nature de son partenaire grâce à la complémentarité des bases (A et T, C et G). On en déduisit un mécanisme de réplication : les deux brins se séparent et de nouveaux nucléotides s’alignent le long de chacun des brins isolés conformément aux règles de complémentarité puis sont associés, de sorte qu’ils constituent deux nouveaux brins. On obtient deux doubles hélices identiques, un préalable à la division cellulaire. Lire la suite…

Robert Shapiro, A Simpler Origin for Life, 2007

5 février 2015 Laisser un commentaire

The sudden appearance of a large self-copying molecule such as RNA was exceedingly improbable. Energy-driven networks of small molecules afford better odds as the initiators of life.

Extraordinary discoveries inspire extraordinary claims. Thus James Watson reported that, immediately after they had uncovered the structure of DNA, Francis Crick “winged into the Eagle (pub) to tell everyone within hearing that we had discovered the secret of life”. Their structure – an elegant double helix – almost merited such enthusiasm. Its proportions permitted information storage in a language in which four chemicals, called bases, played the same role as twenty six letters do in the English language.

Further, the information was stored in two long chains, each of which specified the contents of its partner. This arrangement suggested a mechanism for reproduction, that was subsequently illustrated in many biochemistry texts, as well as on a tie that my wife bought for me at a crafts fair: The two strands of the DNA double helix parted company. As they did so, new DNA building blocks, called nucleotides, lined up along the separated strands and linked up. Two double helices now existed in place of one, each a replica of the original. Lire la suite…

Recension: J.B. Fressoz, L’apocalypse joyeuse, 2012

11 novembre 2013 Laisser un commentaire

Jean-Baptiste Fressoz, L’apocalypse joyeuse. Une histoire du risque technologique, coll. L’Univers historique, éd. du Seuil, 2012, 320 p.

On aurait parfois tendance à l’oublier, mais l’histoire possède – lorsqu’elle est bien faite – une force critique extraordinaire. Par sa capacité à décentrer notre regard en éclairant les configurations passées, elle peut nous aider à dévoiler les enjeux du présent. L’une des forces du livre de Jean-Baptiste Fressoz, maître de conférences à l’Imperial College (Londres), est précisément de nous rappeler cette grandeur du métier d’historien. Dans L’Apocalypse joyeuse, l’auteur propose une histoire politique du risque technologique et défend une idée forte : l’Europe n’a pas attendu l’ère postmoderne pour penser le risque ; les acteurs du XIXe siècle positiviste et industriel n’ont cessé de percevoir et de penser les dangers du progrès, mais ils ont choisi de passer outre consciemment. Lire la suite…

François Jarrige, L’histoire de la pollution, 2011

9 novembre 2013 Laisser un commentaire

Longtemps invisible dans les travaux des historiens, la pollution et son histoire sont devenues un front pionnier de la recherche, un objet qui permet d’interroger les grands aspects de la modernité industrielle. François Jarrige nous propose ici un tableau de ce champ de recherche nouveau et des questions inédites qu’il permet de soulever.

« Pollutions» Si certains mots expriment plus que d’autres l’air du temps, celui ci appartient bans nul doute aux concepts clés de notre époque La pollution est partout, elle a envahi les médias, sort des robinets, des pots d’échappement et naît de nos actes les plus quotidiens : surfer sur Internet génère par exemple 20 mg de CO2 par seconde. Pour nous, contemporains de la crise écologique globale, la pollution a acquis une évidence immédiate et inexorable Elle est locale et globale, elle concerne l’air, les eaux et les sols, elle peut être sonore, visuelle, paysagère, insidieuse ou massive, invisible ou spectaculaire. L’infinie diversité de ses formes, de ses manifestations et de ses effets donne le vertige. On ne compte plus les tableaux écologiques de la planète tentant d’établir un inventaire des pollutions, ni les rapports, livres et articles d’experts présentant l’ampleur des dégâts. Mais on commence tout juste à s’intéresser a l’histoire de ces rejets polluants. Lire la suite…

Pierre-Gilles de Gennes, un physicien sur tout compétent, 2003

8 juillet 2010 Laisser un commentaire

Parmi les scientistes notoires, Pierre-Gilles de Gennes (1932-2007) nous montre la suffisance du grand ponte de la physique. Homme bien en place (prix Nobel de physique), mais qui passe pour « anti-conformiste » (forçément !), il se croit autorisé de ce fait à donner un avis sur tout et n’importe quoi. Les clichés qu’il nous débite à cette occasion exposent en plein jour tout le ridicule du personnage… Requiem in pace…

Pierre-Gilles de Gennes : « Pas de panique sur les OGM ! » – L’Est Républicain – 18/09/2003

Le prix Nobel de physique appuie la pétition lancée sur Internet par plus de 1.500 chercheurs contre les destructions de plantations. Parce que vingt-cinq « essais au champ », destinés à évaluer de nouvelles variétés végétales, ont été détruits au cours de cet été en France, « dans la plus grande indifférence », huit chercheurs et enseignants de Paris, Toulouse, Aix-en-Provence, Jouy-en-Josas et Montpellier ont pris l’initiative sur Internet d’une pétition qui a déjà dépassé, selon le site « défendonslarecherche » qui en donne la liste, 1.500 signataires. Leur objectif est « d’adresser un signal fort à l’opinion publique ». Pour eux, ces « actes de destruction empêchent la progression du savoir et occultent tout débat sur les plantes génétiquement modifiées ». Un blocage qui présente deux risques majeurs, outre la désertion, déjà constatée, des filières de formation en biologie végétale par les étudiants : le départ des entreprises et des chercheurs les plus inventifs, la dépendance dans l’avenir de l’agriculture française qui ne disposerait plus que de semences « obsolètes ou importées ».

[commentaire: Il est en effet scandaleux que ces destructions de champs de culture transgénique se soient fait «dans la plus grande indifférence», merci à vous d’en faire la publicité !; Par ailleurs, le «débat sur les plantes génétiquement modifiées , ce sont les saboteurs d’OGM qui l’on lancé depuis 5 ans déjà (cf. L’action de la Confédération Paysanne à Nérac avec Novartis en 1998). Si ces destructions n’avaient pas été opérées, vos sales petits bidouillages, on en aurait entendu parler que lorsqu’il aurait été question de nous les faire avaler sans nous demander notre avis. Ce «débat», vous l’avez toujours méprisé, la preuve en est que vous feignez d’ignorer tout ce qui a déjà été dit là-dessus depuis 5 ans par les opposants (même les moins extrémistes).] Lire la suite…

Marcellin Berthelot, En l’an 2000…, 1894

5 avril 1894 Laisser un commentaire

Marcellin Berthelot (1827-1907), chimiste et homme d’État (il fut ministre de l’Instruction publique, puis des Affaires étran­gères), « pontife du scientisme républicain » (selon Pierre Thuillier), prononça ce discours au banquet de la Chambre Syndicale des Produits Chimiques, le 5 avril 1894.

Messieurs,

Je vous remercie d’avoir bien voulu nous inviter à votre banquet et d’avoir réuni dans ces agapes fraternelles, sous la présidence de l’homme dévoué au bien public qui est assis devant moi, les serviteurs des laboratoires scientifiques, parmi lesquels j’ai l’honneur de compter depuis bientôt un demi-siècle, et les maîtres des usines industrielles, où se crée la richesse nationale. Par là vous avez prétendu affirmer cette alliance indissoluble de la science et de l’industrie, qui caractérise les sociétés modernes. Vous en avez le droit et le devoir plus que personne, car les industries chimiques ne sont pas le fruit spontané de la nature : elles sont issues du travail de l’intelligence humaine. Lire la suite…