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Posts Tagged ‘CEA’

François Jarrige, Bure, des hiboux face aux autruches, 2018

12 janvier 2019 Laisser un commentaire

Le futur centre de stockage géologique des déchets les plus radioactifs du parc français de Bure (Meuse) est le théâtre de résistances que le gouvernement français tente d’étouffer par tous les moyens. Ces militants responsables ne font pourtant que répondre à l’injonction présidentielle de juin 2017 consistant à « make our planet great again ».

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La répression se déploie avec une force inédite autour du projet d’enfouissement des déchets nucléaire à Bure, témoignant des enjeux politiques considérables qui se jouent là-bas. Une cinquantaine de procès, 28 interdictions de territoire, deux ans de prison ferme et plusieurs centaines de mois avec sursis cumulés, voici le résultat d’une situation absurde qui se déroule sans que personne ou presque ne s’en offusque.

Depuis l’ouverture en juin 2017 d’une instruction judiciaire pour « association de malfaiteurs » et l’évacuation, en février 2018, du bois Lejuc, la police et la justice surveillent et tentent d’asphyxier la lutte locale dans un contexte où le projet doit entrer dans sa phase de réalisation concrète. Les premiers travaux pour construire une voie ferrée censée acheminer les déchets démarrent cet automne alors que la demande d’autorisation de construction n’a pas officiellement été déposée, prévue initialement mi-2018 elle le sera en 2019. Les autorités inquiètent vont tout faire pour que le calendrier soit respecté et que l’opposition reste confinée, il ne faut surtout pas que Bure devienne une grande cause comparable à Notre-Dame-des-Landes. Lire la suite…

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Philippe Godard, Fukushima, le nucléocrate et le catastrophiste, 2011

25 janvier 2014 Laisser un commentaire

La « gestion » de la crise nucléaire de Fukushima montre comment l’idéologie catastrophiste sert du mieux qu’il est possible les nucléocrates et tous les technolâtres qui contaminent le monde contemporain. Les écologistes catastrophistes, qui à longueur de textes et de conférences nous prédisent un monde invivable d’ici quelques décennies, au mieux un ou deux siècles, sont pris ici à leur propre piège. Il serait temps pour eux de reconnaître leur erreur et d’abandonner cette tactique politique qui confine à la démagogie, y compris chez les décroissants.

Les informations, les déclarations, les décisions prises au Japon et partout dans le monde dès les premières heures de l’emballement du réacteur n°1 de Fukushima et encore plus dans les jours qui ont suivi permettent de démonter comment fonctionne l’« administration d’un désastre ». En toute lumière, se met en place le mécanisme par lequel les nucléocrates peuvent être certains de récupérer en toute occasion et à tout moment le catastrophisme d’écologistes peu conscients des réalités politiques. Lire la suite…

Thierry Ribault, Nucléaire au CNRS: attention, académiciens de garde!, 2013

23 janvier 2014 Laisser un commentaire

Au CNRS, on est « idéologue » quand on critique le nucléaire,
mais rationnel quand on le promeut…

Le président du CNRS, Alain Fuchs, a confié en mars dernier une « mission sciences citoyennes » à Marc Lipinski, directeur de recherche au CNRS, conseiller régional EE-LV. Convaincu que « la recherche peut à la fois rester libre et répondre à la demande sociale », M. Lipinski proposera au CNRS :

« des dispositifs pour favoriser le dialogue et le rapprochement entre la recherche et les citoyens, essentiellement représentés et organisés dans des associations. »

L’annonce de cette mission ayant fait l’objet d’attaques virulentes, notamment de la part de plusieurs membres de l’Académie des sciences, il me revient, en tant que chercheur au CNRS, d’éclairer publiquement la mauvaise foi de ses détracteurs, dont l’objectif n’est autre que d’exercer sur cet organisme des pressions politiques, notamment dans le domaine du nucléaire. Lire la suite…

Roger Belbéoch, Le Commissariat à l’Énergie Atomique, 1996

2 octobre 2013 Laisser un commentaire

Sa raison d’être, la bombe, son alibi, la recherche

A propos de la reprise des essais nucléaires français, il y a eu dans la presse de nombreuses libertés vis à vis des faits historiques concernant les places respectives de la recherche militaire et civile au Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) : l’erreur la plus commune est d’inverser les rôles respectifs du militaire et du civil dans les motivations du CEA.

Le CEA est généralement présenté comme un organisme ayant été créé en octobre 1945 pour développer tous les aspects pacifiques de l’énergie nucléaire (à l’époque on disait « énergie atomique »). Sa création était en fin de compte l’accomplissement administratif des déclarations enthousiastes des scientifiques français : l’avenir ne pouvait être que radieux avec cette énergie « inépuisable », « quasi-gratuite », sans danger, déclarations qui suivirent la destruction totale d’Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945. L’orientation militaire du CEA ouvertement affirmée dans les années 50 est apparue alors comme une dérive perverse des buts assignés au CEA à sa création. Cela donna lieu à de vives protestations pour exiger le retour vers « l’atome pour la paix ». Lire la suite…

Interview de Pierre Guillaumat, le constructeur de la bombe française, 1986

24 septembre 2013 Laisser un commentaire

« L’opinion publique… l’opinion publique, qu’est-ce que c’est l’opinion publique ? », nous demanda-t-il. Le Parlement, l’opinion publique, à quoi bon ? Pierre Guillaumat se sentait sûr de ce qu’il faisait, du service des mines à la recherche pétrolière, du nucléaire civil à la bombe. « Aux enfers, il y a l’opinion publique, ailleurs, je ne l’ai jamais vue », ajouta-t-il sans regret.

Pierre Guillaumat nous a reçu dans son bureau au dernier étage de la tour Elf, le 10 septembre 1986, cinq ans avant sa mort. L’entretien faisait partie d’une grande enquête pour le quotidien allemand Die Tageszeitung (taz) sur le nucléaire en France. La rencontre avec Pierre Guillaumat était cruciale pour l’enquête journalistique en cours. Elle m’a laissé en outre une forte impression de sa personnalité.

Au cours de l’entretien, Pierre Guillaumat me paraissait avant tout d’une franchise certaine et d’une volonté presque étonnante de répondre aux questions les plus diverses. Ses récits de l’histoire de la bombe, du marchandage autour d’Euratom ou du fonctionnement de « son Corps des mines » apportent des éléments politiques et historiques intéressants. Mais ils sont aussi une démonstration rare du mode de fonctionnement d’un haut fonctionnaire de l’État, d’un « corpsard » en sus. Il est dommage – et dommageable – qu’aujourd’hui encore trop souvent l’arrogance des hommes d’État l’emporte sur le débat et l’échange. Les membres du prestigieux Corps des mines apparaissent particulièrement souvent comme au-dessus de toute demande de justification de leurs discours et de leurs actes de la part des représentants de « l’opinion publique »… si demande en est faite. Le cinquantième anniversaire du CEA est une bonne occasion pour rendre publique ce document dans sa quasi totalité, Pierre Guillaumat ayant été l’architecte de son développement.

Georg Blume et Mycle Schneider Lire la suite…

Louis Armand, Sur la politique nucléaire de la France et sur l’Euratom, 1956

18 septembre 2013 Laisser un commentaire

Le 5 juillet 1956, lors des débats parlementaires en France sur l’Euratom, Louis Armand (1905-1971), commissaire du gouvernement français et président de la commission de l´équipement industriel au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), insiste sur l’importance d’une coopération européenne dans le domaine du nucléaire. Un des discours à l’origine du programme nucléaire français.

Monsieur le président, mesdames, messieurs,

Je ressens très profondément l’honneur que me fait le gouvernement en me demandant d’exposer à cette tribune le point de vue des experts français. Mais je ressens aussi lourdement la responsabilité qui m’échoit.

Je tiens à dire tout d’abord que, conscients de l’importance de l’avis des techniciens dans un monde où la complexité technique croît constamment et où l’aspect économico-technique des grands problèmes de l’heure est un des facteurs principaux des décisions politiques, les experts français engagés dans les travaux préparatoires de la négociation qui nous occupe ont mûrement pesé leurs opinions. Celles-ci, je ne saurais les exprimer que bien imparfaitement, et j’espère que l’Assemblée voudra bien m’en excuser.

D’une part, je n’ai pas l’expérience de cette tribune et j’ai à combattre l’émotion qu’elle inspire – c’est normal – à un citoyen ; d’autre part, le domaine industriel et économique dont j’ai à vous parler est si vaste, il s’imbrique si étroitement avec la technique dont vient de traiter M. Francis Perrin et se mêle si incontestablement aux négociations politiques en cours que je serai inévitablement très incomplet. Lire la suite…

Francis Perrin, Sur la politique nucléaire de la France, 1956

18 septembre 2013 Laisser un commentaire

Le 5 juillet 1956, Francis Perrin (1901-1992), Haut-commissaire à l’Énergie atomique et membre du Centre européen pour la recherche nucléaire (CERN), expose devant l’Assemblée nationale française les enjeux de l’utilisation de l’énergie atomique et évoque la question de la collaboration internationale dans le domaine du nucléaire. Un des discours à l’origine du programme nucléaire français…

 

Monsieur le président, mesdames et messieurs,

Si M. le président du Conseil a demandé que des techniciens soient entendus par l’Assemblée avant que s’ouvre à proprement parler le débat qui doit suivre les interpellations qui viennent d’être présentées, c’est que les questions que soulève ce débat, tout en étant d’ordre politique au sens large du terme, doivent être discutées en tenant compte de fondements techniques qui, dans ce domaine de l’énergie atomique, sans être plus difficile que beaucoup d’autres, se rattachent à certaines branches de la science fondamentale de développement récent et dont même les aspects généraux n’ont pu encore s’incorporer dans le fonds commun de connaissances non spécialisées sur lesquelles doivent reposer les jugements des hommes responsables de la conduite des affaires publiques.

Ce caractère exceptionnel du rôle que doivent jouer les techniciens dans la direction générale de la politique atomique est d’ailleurs clairement marqué et précisé par l’ordonnance de 1945 créant le Commissariat à l’énergie atomique, laquelle stipule explicitement que l’administrateur général et le Haut-commissaire sont les conseillers du gouvernement pour toutes les questions générales relatives à l’énergie atomique. Lire la suite…

Jean Giono, Protestation contre l’installation d’un centre nucléaire à Cadarache, 1961

La municipalité de Manosque (Je cite cette ville parce que c’est la plus importante de la région), le Conseil général des Basses Alpes et les élus du département ont accepté bêtement (je tiens au mot), et même avec un enthousiasme de naïveté primaire et de politique de comice agricole, la création du Centre nucléaire de Cadarache.

Je voudrais poser trois questions :

1. Le centre, qui a été présenté aux populations comme un centre d’étude, ne serait il pas en fin de compte un centre de production ?

2. Est-il exact que le recrutement des spécialistes destinés à ce centre, qui devait être assuré par volontariat, a les pires difficultés pour trouver des volontaires et qu’on est obligé de désigner le personnel d’office ?

3. Étant donné qu’on va me répondre sûrement que même la production à Cadarache ne présentera aucun danger, pourquoi ce centre inoffensif n’a t il pas été installé tout simplement à Paris et plus spécialement dans les jardins inutiles de l’Élysée ? La proximité de la Seine lui assurerait plus certainement que la Durance le débit d’eau nécessaire à son fonctionnement.

Cadarache est à 8 kilomètres à vol d’oiseau de Manosque : 10 000 habitants ; à 4 kilomètres de Corbières, Sainte-Tulle, Vinon : ensemble d’environ 4 000 habitants ; à 9 kilomètres de Gréoux-les-Bains : station thermale ; à 600 mètres de la route nationale Marseille-Briançon, à trafic intense.

Si on me répond que le site de l’Élysée est magnifique, sans en disconvenir, je répondrai que celui de Cadarache ne l’est pas moins. Si on me dit que, malgré son innocuité certifiée, ce centre nucléaire ferait courir quelque danger à Paris et aux hôtes de l’Élysée, je répondrai que notre sort et celui de nos enfants présents et futurs nous sont également très chers.

Bref, il s’agirait de savoir quel est le prétexte qu’on peut faire valoir pour justifier physiquement et métaphysiquement l’implantation de ce centre nucléaire (assuré inoffensif comme tous les centres nucléaires) dans le site de Cadarache.

Jean Giono (1895-1970)

Bertrand Louart, ITER ou la fabrique d’absolu, 2006

22 novembre 2011 1 commentaire

Article au format PDF (16 pages)

Le 28 juin 2005, les grandes puissances (Union Européenne, Etats-Unis, Japon, Corée du Sud, Fédération de Russie, Chine, Inde) décidaient officiellement l’implantation d’ITER à Cadarache. Le 26 janvier 2006, des opposants au nucléaire perturbaient la réunion d’ouverture de la procédure du débat public à Aix en Provence. En effet, ce « débat public » n’est qu’un simulacre puisque toutes les décisions ont déjà été prises.

Ces miracles utilitaires, œuvres de la science, sont antidémocratiques moins par le mauvais usage que l’on peut en faire ou même par leurs résultats pratiques que par leur forme et leurs fins premières. Ceux qui se révoltaient contre le système avaient raison ; non pas de se dire que les machines réduiraient le nombre des ouvriers ; mais de se dire que les machines réduiraient le nombre des patrons. Plus de rouages veut dire moins de leviers de commande, moins de leviers de commande veut dire moins d’hommes. La machinerie de la science doit être individualiste et solitaire. Le spécialiste apparaît et, d’un seul coup, c’en est presque fait de la démocratie.

G.-K. Chesterton, Le monde comme il ne va pas, 1924.

Pendant longtemps, des savants ont cherché à réaliser le mouvement perpétuel, c’est-à-dire une machine qui tournerait sans consommer d’énergie – certains imaginaient même qu’elle pourrait en produire à partir de rien. Au XIXe siècle, suite à l’invention de la machine à vapeur, Sadi Carnot établit les principes de la thermodynamique qui démontrent l’impossibilité physique de tout mouvement perpétuel.

Premier principe : dans n’importe quel système ou machine, l’énergie est conservée, sa quantité reste constante, c’est-à-dire qu’aucun dispositif ne peut produire plus d’énergie qu’il n’en consomme.

Second principe : dans n’importe quel système ou machine, l’énergie est transformée, une partie se dégrade nécessairement. Elle passe spontanément de formes concentrées, canalisées et dirigées à des formes plus diffuses, dispersées et désorganisées (frottements, fuites, dissipation et déperditions diverses de chaleur, etc.). Le rendement est le rapport entre l’énergie engagée dans une tâche et le travail effectivement réalisé. L’entropie mesure cette tendance spontanée et irréversible de l’énergie utile à se transformer en énergie perdue, en déchet ou en pollution.

Au XXe siècle, Albert Einstein démontre l’équivalence entre la matière et l’énergie (la fameuse formule E=mC2) et depuis les physiciens croient de nouveau pouvoir produire de l’énergie à partir de rien, ou presque rien, par la désintégration de la matière à l’aide de réaction nucléaires de fission ou de fusion.

Il semblerait donc que ces scientifiques n’aient toujours pas compris ce que signifie l’existence de l’entropie. Elle a pourtant de nombreuses conséquences, et pas seulement dans le domaine abstrait et conceptuel de la science physique. Lire la suite…

Bertrand Louart, ITER oder die Fabrik des Absoluten, 2006

22 novembre 2011 Laisser un commentaire

Am 28. Juni 2005 beschlossen die Großmächte (Europäische Union, USA, Japan, Südkorea, Russische Föderation, China und Indien), dass das Projekt ITER [1] in Cadarache in Südfrankreich angesiedelt würde.

Am 26. Januar 2006 störten Atomkraftgegner die erste einer Reihe von öffentlichen Debatten zu diesem Thema in Aix-en-Provence. Dem Sprecher der Vereinigung «Sortir du nucléaire» (in etwa: «Weg von der Atomkraft!») zufolge ist die öffentliche Debatte über ITER eine Farce, weil alle wichtigen Entscheidungen bereits getroffen sind. Wir beginnen in dieser Nummer eine Reihe von Artikeln über dieses Projekt. Lire la suite…