Comte de Buffon, Le Castor, 1760

Autant l’homme s’est élevé au dessus de l’état de nature, autant les animaux se sont abaissés au dessous ; soumis et réduits en servitude, ou traités comme rebelles et dispersés par la force, leurs sociétés se sont évanouies, leur industrie est devenue stérile, leurs faibles arts ont disparu, chaque espèce a perdu ses qualités générales, et tous n’ont conservé que leurs propriétés individuelles, perfectionnées dans les uns par l’exemple, l’imitation, l’éducation, et dans les autres par la crainte et par la nécessité où ils sont de veiller continuellement à leur sûreté. Quelles vues, quels desseins, quels projets peuvent avoir des esclaves sans âme, ou des relégués sans puissance ? Ramper ou fuir, et toujours exister d’une manière solitaire, ne rien édifier, ne rien produire, ne rien transmettre, et toujours languir dans la calamité, déchoir, se perpétuer sans se multiplier, perdre en un mot par la durée autant et plus qu’ils n’avaient acquis par le temps.Lire la suite »