Guillaume Carnino, Clément Ader, entrepreneur d’invention, 2013

Résumé

Clément Ader est l’inventeur de l’avion (le véhicule et le mot). Or, la vie du « père de l’aviation » se trouve affublée d’une dimension mythologique, ayant invariablement pour but de révéler la gloire éternelle (et en son temps méconnue) du génial inventeur. En réalité, Ader est loin d’avoir été un martyr, et il a même amassé une considérable fortune au cours de sa brillante carrière d’entrepreneur d’invention. À partir de l’étude des archives du fonds Ader au CNAM, cet article retrace la façon dont la légende noire de l’inventeur s’est progressivement instaurée, au détriment de la réalité historique. Lire la suite »

Radio: Atelier Paysan, La technoscience contre l’agriculture paysanne, 2019

Durant l’automne 2019, l’Atelier paysan, coopérative d’auto-construction de matériel agricole, a organisé une tournée de soirées-débats sur le thème « La technologie va-t-elle sauver l’agriculture ? La place de la machine dans l’autonomie paysanne » pour rencontrer localement les paysans et paysannes et prendre connaissance du poids et des impacts des machines, des robots, de l’informatique et des biotechnologies sur les vies des paysans et paysannes, sur l’environnement comme sur l’ensemble du modèle alimentaire. […]

Dans la série Racine de Moins Un, voici la troisième émission réalisée à partir de ces enregistrements (les deux précédentes) :

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Jean-Pierre Berlan – La technoscience contre l’agriculture paysanne

Le cas du maïs hybride : un mensonge historique des agronomes

L’affaire Terminator et la contestation des OGM ont révélé au grand public que les grands semenciers sont prêts à tout pour empêcher les agriculteurs d’utiliser le grain qu’ils récoltent. Mais pour Jean-Pierre Berlan, ancien économiste de l’INRA, cette confiscation du vivant à des fins de profit ne date pas d’hier.

Dans La Planète des clones, il montre que la grande innovation agronomique du XXe siècle, le maïs hybride, relève de la même logique : faire croire que les semences mises au point par des chercheurs sont plus productives que le grain récolté dans les champs. Ce livre se lit comme une enquête policière et démasque l’imposture du progrès le plus célébré de la science agronomique. Lire la suite »

Maria Mies, Pas de communs sans communauté, 2014

Maria Mies, 2011

Résumé

L’intérêt actuel pour les nouveaux communaux est bienvenue. Cela montre que de plus en plus de gens comprennent que notre système mondial capitaliste actuel ne peut résoudre aucun des problèmes qu’il a lui-même créés. La plupart des gens qui veulent créer de nouveaux communaux recherchent un nouveau paradigme économique et social. Pourtant, je pense qu’il est nécessaire de porter un regard plus critique sur les principaux concepts et arguments utilisés dans le discours contemporain sur « les biens communs ». Aujourd’hui, les « nouveaux biens communs » font l’objet d’un battage médiatique, notamment le mythe d’Internet comme bien commun et source de nouvelles communautés. Dans cet article, je pose plusieurs questions : Que voulons-nous dire lorsque nous parlons de « nouveaux biens communs » ? Que pouvons-nous apprendre des anciens communaux ? Qu’est-ce qui doit être changé aujourd’hui ? Y a-t-il une perspective réaliste pour les nouveaux biens communs ? Lire la suite »

Maria Mies, No commons without a community, 2014

Maria Mies, 2011

Abstract

The present interest in new commons is a very welcome development. It shows that more and more people understand that our present capitalist world system cannot solve any of the problems it itself has created. Most people who want to create new commons are looking for an altogether new paradigm of economy and society. Yet I think it is necessary to look more critically at the main concepts and arguments used in the contemporary discourse on “the commons”. Today there is a new hype about the “new commons”, including myths about the Internet as a commons and that it has created new communities. In this article I ask: what do we mean when we speak of “new commons”? What can we learn from the old commons? What has to be changed today? Is there a realistic perspective for new commons? Lire la suite »

Jean-Pierre Berlan, Brevet du vivant: progrès ou crime?, 2001

« Les monstres existent. Mais ils sont trop peu nombreux pour être vraiment dangereux. Plus dangereux sont les fonctionnaires prêts à croire et à agir sans poser de questions. »

Primo Levi

Le 17 juillet 1997, lors de la première discussion de la directive européenne 98/44 de « brevetabilité des inventions biotechnologiques », les parlementaires furent accueillis à Strasbourg par une manifestation de handicapés, vêtus par le cartel des industriels des « sciences de la vie » de maillots jaunes portant l’inscription Patents for life, « des brevets pour la vie ». La protection de nos inventions est nécessaire, expliquaient ces philanthropes, pour débarrasser l’humanité des fléaux de la faim et de la maladie [1]. La Commission et les gouvernements faisaient leurs ces assertions sans examiner si le brevet avait ou pouvait avoir un effet incitateur sur l’innovation.

Pourtant, aucune étude économique empirique n’a réussi à démontrer l’effet incitateur du brevet sur l’innovation, effet postulé par le bon sens à quoi se réduit ici la théorie économique. Et lorsqu’un effet a pu être mis en évidence, il était inverse. Ce paradoxe s’éclaire si l’on replace le brevet actuel dans son contexte historique, celui de l’économie concurrentielle du XIXe siècle et du libéralisme qui en est la traduction théorique et politique. Peut-être a-t-il pu jouer alors un rôle incitateur par sa disposition clé, l’exigence de rendre publique l’invention en échange du monopole (anathème pour tout libéral) temporaire conféré à l’inventeur. En sortant de la protection par le secret, le brevet stimule la concurrence entre inventeurs, laquelle subvertit la protection que confère le brevet et contribue au progrès technique. Ce brevet-concurrence est, on le voit, une construction subtile dans le droit fil de la conception libérale qui fait de la concurrence le principe régulateur d’une société d’individus égoïstes. L’inventeur est ainsi conduit « par une main invisible à promouvoir une fin qui n’est aucunement dans ses intentions » [2]. Lire la suite »