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Annie Gouilleux, Lewis Mumford et Le Mythe de la machine, 2019

17 février 2020 Laisser un commentaire

Présentation d’une nouvelle traduction

Entretien avec Annie Gouilleux, qui nous procure, avec Gregory Cingal, une nouvelle traduction de l’ouvrage Le Mythe de la machine de Lewis Mumford (1895-1990), aux Editions de l’Encyclopédie des Nuisances (420 p., 28€).

 

PMO : Pourrais-tu nous retracer ton chemin politico-intellectuel ? D’où pars-tu ? Que faisais-tu ? Comment en es-tu arrivée finalement au courant anti-industriel ? puis à Lewis Mumford ?

Annie Gouilleux : Je suis née dans les Vosges il y a 71 ans, mais mes parents ont dû rapidement chercher du travail ailleurs et j’ai été élevée dans la banlieue grenobloise où sont nés mes frères et sœurs. J’ai eu une enfance des plus ordinaires. Je ne sais plus comment j’ai appris que mon père avait été déporté en camp de concentration pendant la guerre (Neuengamme), car c’était un sujet tabou à la maison, à tel point qu’en classe de troisième, seule fille de déporté, j’ai été la seule à ne pas être autorisée à assister à une projection de Nuits et brouillards. Je suis convaincue que mon père voulait nous protéger. Mais ma mère lisait L’École émancipée (publication destinée aux instituteurs) et elle avait laissé traîner un numéro que je me suis empressée de lire en cachette, et ainsi de suite avec toute la « littérature concentrationnaire » sur laquelle j’ai pu mettre la main à l’époque (pas grand-chose, en vérité). Je signale cela parce que ce genre de découverte ne donne pas vraiment confiance dans l’humanité, dans les institutions, et peut être source d’une certaine anxiété, surtout lorsqu’on ne peut pas en parler. Mon père est mort d’une leucémie en 1970. Lire la suite…

Edward P. Thompson, L’esprit whig sans l’élitisme, 1992

Entretien avec Edward Palmer Thompson

La Formation de la classe ouvrière anglaise a mis plus de vingt ans à être traduite en France : c’était à la fin des années 1980, sa lecture est restée un émerveillement. Pionnier de l’« histoire vue d’en bas », attentif aux processus et interactions individuelles plus qu’aux superstructures, militant pacifiste soucieux de politique non gouvernementale, Edward P. Thompson (1924-1993) compte parmi les figures intellectuelles dont l’œuvre sert de balise. Son parcours, ici retracé, mobilise les trois derniers siècles. Où il apparaît que, face à l’histoire courte, c’est d’une connaissance des possibles passés que nous avons besoin pour tenir et ouvrir le présent.

Cet entretien prend place dans une série d’interviews d’historiens par des collègues plus jeunes, lancée par l’Institute of Historical Research de l’Université de Londres. Il a été publié en français en 1993, à l’occasion du décès d’E. P. Thompson, dans Liber, revue européenne des livres, supplément au n°100 des Actes de la Recherche en sciences sociales, n°16, décembre 1993. Lire la suite…

Lewis Mumford, Ce que je crois, 1930

10 juillet 2014 Laisser un commentaire

Il me semble intéressant de proposer une traduction de « Ce que je crois »; ce n’est certes pas le texte le plus abouti de Mumford, c’est une sorte d’introspection intellectuelle, une tentative d’exprimer un élan intérieur qui cherche à se réaliser. Mais on peut presque le considérer comme une feuille de route tant il évoque déjà les grands thèmes de son œuvre à venir.

Présentation

La publication de The Golden Day en 1926 avait attiré l’attention de lecteurs et d’éditeurs jusque-là indifférents au travail de Lewis Mumford (The Story of Utopias et Sticks and Stones). Certains éditeurs voyaient en lui un critique littéraire et un biographe potentiellement intéressant et lui suggérèrent d’écrire la biographie d’Herman Melville. C’était très important pour Lewis Mumford qui avait besoin d’argent et n’avait pas renoncé à ses ambitions littéraires. Les éditions Harcourt lui proposaient un contrat. De Melville, Mumford ne connaissait bien que Moby Dick, mais une biographie exigeait une plongée dans l’œuvre intégrale, ce qui n’était pas une mince affaire, d’autant plus qu’il était fort occupé par le lancement de The American Caravan, revue littéraire à laquelle il participa avec Paul Rosenberg et Alfred Kreymborg, ainsi que par l’écriture d’une pièce de théâtre retraçant l’épopée de la construction du pont de Brooklyn [1] par John A. Roebling et son fils Washington. Lire la suite…