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Posts Tagged ‘bio-industrie’

Faut pas pucer, « Notre Bio n’a rien à cacher », 2012

29 avril 2017 Laisser un commentaire

Nous sommes des éleveurs de vaches et de brebis. Nous refusons de mettre des puces électroniques d’identification aux bêtes. Nous n’avons jamais considéré nos bêtes comme des machines, et nous ne nous considérons pas comme des producteurs de viande ou de lait, nous sommes des éleveurs, nous vivons avec des animaux, des compagnons.

C’est cette différence, un monde, qu’on nous vole lorsque des normes, des experts viennent décider les choses à notre place pour gérer, perfectionner, et sécuriser l’approvisionnement d’une organisation sociale démesurée, ou du moins en donner l’illusion. Les contrôles de plus en plus fréquents de notre travail nous humilient, nous rabaissent au rang de simples exécutants. Cette humiliation semble être devenue une conséquence obligée du mode de vie moderne, un mal nécessaire pour le bien de tous. Aujourd’hui, l’important succès de la traçabilité auprès de la population nous complique considérablement la tâche dans notre refus de mettre des puces électroniques aux brebis. Comment en est-on arrivé à un tel degré d’embrigadement et de soumission ? Comment, en France, le mouvement bio y a-t-il contribué, notamment en agriculture, en travaillant presque depuis sa naissance, dans les années 1960, au succès de la notion de traçabilité ? Lire la suite…

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Jean-Pierre Berlan, Interview par Article11, 2010

9 avril 2017 Laisser un commentaire

Tu ne t’intéresses pas au contenu de ton assiette ? L’agriculture, ça te broute ? Tu ne devrais pas, tant se joue là notre avenir. Avec l’industrialisation de l’agriculture et la marchandisation du vivant, c’est la mort qui pointe le bout de son nez. Celle de la diversité et – donc – de l’humanité. Le chercheur Jean-Pierre Berlan en livre ici une démonstration limpide et effrayante.

L’agriculture. Un petit tour dans l’actu, et puis s’en va… Vitrine cosmétique, le salon qui lui est dédié a eu droit – comme chaque année – aux honneurs des médias feignant de s’intéresser au sujet. Leur traitement reste toujours le même : le cul des vaches, la visite présidentielle et – de façon générale – le chant lyrique d’une profession fantasmée. En filigrane, la volonté farouche de ne pas aborder les questions qui fâchent. As-tu par exemple vu le moindre reportage sur la désastreuse industrialisation de l’agriculture ? Absolument pas. En a-t-on profité pour revenir sur les brevets déposés sur le vivant par les multinationales, la dangereuse évolution des clones pesticides brevetés, ou encore la pente mortifère empruntée depuis des dizaines d’années par (presque) tout le secteur ? Pas plus. T’a-t-on – enfin – expliqué ce que tu avais dans ton assiette ? Encore moins [1]. D’où cet étrange paradoxe : le mot « transparence » a beau être mis à toutes les sauces, l’origine et le mode de production de ce qui arrive dans nos gamelles reste un mystère. Lire la suite…

Recension: Le corps, matière première de la croissance, 2015

13 septembre 2015 Laisser un commentaire

Après La Société postmortelle, paru en 2008, qui abordait les transformations de notre rapport à la mort, la sociologue québécoise Céline Lafontaine vient de publier Le Corps-marché (éd. du Seuil). Fruit de ses réflexions sur l’industrie biomédicale et d’un travail de terrain auprès de chercheurs en médecine régénératrice, elle y montre comment le corps (le sang, les tissus, les cellules, les ovules…) est devenu une source de profit, une nouvelle matière première au cœur d’un modèle économique dans lequel la vie en elle-même se réduit à sa seule productivité.

 

Cédric Biagini : Vous parlez tout au long de votre livre de la bioéconomie comme étant une nouvelle phase de la globalisation capitaliste. Que signifie ce terme ?

Céline Lafontaine : La bioéconomie est l’idée que dans un monde où la croissance risque d’être ralentie par l’épuisement des énergies fossiles, le vivant est une nouvelle source de profit. La possibilité de le transformer et de le manipuler permettra de poursuivre la croissance. Dans ce cadre, les processus biologiques dans leur ensemble doivent être exploités. Les organismes vivants sont considérés comme une ressource renouvelable et non polluante grâce à laquelle la croissance infinie peut continuer.

C. B. : La bioéconomie a fait l’objet d’un rapport de l’OCDE (la bioéconomie à l’horizon 2030) qui pose les bases d’un plan d’action visant à favoriser la mise en place d’un modèle de développement dans lequel la manipulation du vivant devient une source de productivité. Pourquoi ?

C. L. : L’OCDE prévoit toujours sur le long terme. S’intéresser au vivant est la poursuite de cette idée que les processus biologiques, grâce au développement des biotechnologies, nous permettront de trouver une nouvelle forme de productivité. C’est très paradoxal car la bioéconomie, à l’heure de la crise écologique, vient encourager l’exploitation des énergies fossiles en entretenant l’idée d’un vivant infini que l’on peut manipuler. Continuons donc à polluer, l’horizon c’est la croissance. C’est tout l’enjeu de la bioéconomie : poursuivre la croissance et penser le vivant comme la nouvelle énergie à exploiter. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Agriculture et élevage: sélection aristocratique et sélection bourgeoise, 2009

10 février 2015 Laisser un commentaire

De l’influence sociale sur les pratiques de sélection

Le vivant possède deux propriétés fondamentales et paradoxales : celle de se reproduire et de se multiplier en conservant ses caractéristiques; celle de changer, d’évoluer, de s’adapter. Le temps géologique a accumulé une extraordinaire variabilité génétique inter et intraspécifique. Au cours de leur bien brève histoire, les hommes ont domestiqué les plantes et les animaux, les ont sélectionnés et adaptés de plus en plus finement à leurs besoins en utilisant cette variabilité naturelle et en l’élargissant. L’agriculture est le produit de ces deux propriétés complémentaires qui se sont constamment appuyées l’une sur l’autre.

Mais vers 1760 pour les animaux et un siècle plus tard pour les plantes, ces deux propriétés deviennent antagoniques avec l’émergence d’une nouvelle catégorie sociale, celle du sélectionneur/investisseur. Il ne s’agit plus d’améliorer les animaux pour satisfaire des besoins, mais pour faire de l’argent de transformer « l’hérédité » en marchandise. La faculté du vivant de se reproduire et de se multiplier s’oppose alors au « droit naturel » du profit et l’agriculture et l’élevage à la sélection et au sélectionneur. La sélection n’est qu’un moyen de faire un profit. Dès lors, l’objectif final du sélectionneur/investisseur (et plus tard de la génétique agricole) ne peut être que de lutter contre cette malheureuse propriété des plantes et des animaux de se re-produire et de se multiplier dans le champ du paysan. Lire la suite…

Alexis Escudero, La reproduction artificielle de l’humain, 2014

13 juillet 2014 Laisser un commentaire

couv_RAHLa procréation médicalement assistée (PMA) n’a rien à voir avec l’égalité des droits ; elle doit être combattue en tant que telle, et non pas pour son extension aux homosexuels ; nous n’avons rien à gagner, et tout à perdre à la reproduction artificielle de l’humain : autant d’évidences que ce livre doit hélas rappeler.

Eugénisme, marchandisation du vivant, manipulation génétique des embryons, transhumanisme.

Nous, luddites et libertaires, anti-industriels et anti-capitalistes, simples humains et animaux politiques, nous défendons le progrès social et humain, ou plutôt nous tâchons de défendre ce qui reste d’humain, de libre et d’animal en ce monde, contre le nihilisme technologique. Pour aller au fin mot de ces pages : l’émancipation sera politique ou ne sera pas.

La PMA, ni pour les homos, ni pour les hétéros !

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Le clip vidéo de promotion, en exclusivité !


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Alexis Escudero

La reproduction artificielle de l’humain

Chapitre 1 : La Stérilité pour tous et toutes !,

Chapitre 2 : Au Bazar du Beau Bébé

Chapitre 3 : De la reproduction du bétail humain

Chapitre 4 : Les crimes de l’égalité

Conclusion : 10 thèses sur la reproduction artificielle de l’humain

éditions Le monde à l’envers

Grenoble, 2014.

230 pages, 7 euros.


La reproduction artificielle des animaux non-humains

Depuis la sortie du film Mouton 2.0 nous n’avons cessé d’affirmer que la lutte contre le puçage n’était pas une lutte agricole. Qu’elle ne concernait pas que les ruraux et pas seulement les agriculteurs, mais bien au contraire toute la société.

Toutes les personnes mangeant cette nourriture produite de cette façon. Que de nombreux ponts étaient à construire avec les urbains, avec d’autres métiers (ou même avec les chômeurs) ou d’autres situations. Que de cette situation faite aux éleveurs, chacun en avait l’expérience dans sa propre vie.

Quiconque ayant eu affaire à une administration (c’est-à-dire à peu près tout le monde) a ressenti un jour ce sentiment de solitude face à une bureaucratie kafkaïenne désormais informatisée. Ce sentiment de n’être qu’un numéro de sécu. Appuyez sur la touche étoile. Nous persistons: la lutte contre le puçage ne peut être victorieuse qu’avec tous les puçés, des villes et des campagnes. L’affaire Snowden qui dure maintenant depuis un an ne faisant que confirmer ce que d’autres disaient avant nous: tout le monde est concerné, plus personne ne peut prétendre y échapper. Ce qui signifie en substance que les éleveurs ne gagneront pas seuls. Ce n’est qu’en se tournant vers d’autres («la société civile», «la masse», «le peuple», bref les gens) qu’ils pourront s’en sortir et emmener d’autres personnes dans leur lutte.

Si nous avons voulu ces ponts, c’est que la nourriture est une question centrale dans cette société. Et que la façon de la produire en dit long sur le monde dans lequel nous vivons. Elle peut servir d’entrée à une critique du monde industriel de manière générale. Là encore nous n’inventons rien. Les procédés de rationalisation d’après-guerre de l’agriculture et notamment de l’élevage ont été étudiés sous toutes les coutures.

Mais aujourd’hui c’est le troupeau humain qui réclame le même traitement que celui des moutons. Le journal Libération faisait récemment sa une en offrant une tribune aux 343 fraudeuses ayant eu recours à la PMA (1). Rendant hommage aux «343 salopes» qui eurent recours illégalement à l’avortement, « les fraudeuses » réclament ici la PMA pour toutes – c’est-à-dire pour les femmes homosexuelles, sans discrimination. Pourtant, si la légalisation de l’avortement et le fait pour les femmes de pouvoir choisir fut un grand progrès social, nous voyons au contraire dans la PMA un danger.

Les technologies développées dans le cadre de l’élevage industriel (insémination artificielle, fécondation in vitro) ont, au cours des années 1970 et 80 progressivement été appliquées aux femmes pour le traitement de l’infertilité humaine. «Au-delà des importantes questions éthiques que soulève l’expérimentation, au nom du désir d’enfant, de méthodes issues de l’élevage industriel sur le corps des femmes, il faut bien voir qu’à travers ce transfert technologique ce sont les valeurs productivistes de l’économie industrielle qui ont été transférées», écrit la sociologue Céline Lafontaine dans un livre sur la bioéconomie (la mise sur le marché de pièces détachées humaines: sang, tissus, cellules, ovules…) (2). «En ayant permis de contrôler les paramètres biologiques et génétiques de la reproduction, les biotechnologies développées dans le cadre de l’agriculture industrielle sont au fondement même de la bioéconomie, dont le premier objectif est d’accroître la productivité». La transposition au corps féminin de biotechnologies conçues pour contrôler la reproduction d’animaux d’élevage est donc à l’origine de l’exploit scientifique qu’a représenté la naissance du premier «bébé-éprouvette». Ce passage de l’élevage industriel à la reproduction humaine est historiquement attesté par le fait que Jacques Testart, le père scientifique d’Amandine (première Française née de fécondation in vitro en 1982), a commencé sa carrière à l’INRA (recherche agronomique) comme biologiste spécialiste de la reproduction des bovins.

Jacques Testart écrit d’ailleurs à propos de la reproduction artificielle: «Comme l’a montré Jean-Pierre Berlan (3), le but des nécrotechnologies est d’exproprier « cette propriété malheureuse des plantes et des animaux: se reproduire et se multiplier« . Il s’agit donc de séparer la production qui reste dans les mains des agriculteurs, de la reproduction qui devient le privilège de l’investisseur, c’est-à-dire de quelques multinationales. D’où le projet «séculaire mortifère de stérilisation du vivant.» (4)

Dans Mouton 2.0 nous parlons de génétique. De l’histoire de la sélection bovine car celle-ci nous est connue. Cette histoire s’est faite sans puce RFID il est vrai, tout simplement parce que celle-ci n’était pas encore au point dans les 1960 et 70. Mais aujourd’hui la puce et les fichiers auxquels elle est reliée sont l’outil ultime de gestion. Ils sont intimement liés à l’amélioration de la race à laquelle travaillent les généticiens de l’INRA. Pour sélectionner il faut connaître. Identifier et générer de l’information. Le plus d’information possible. Créer des chiffres et les exploiter de manière exponentielle – desquels découleront d’autres chiffres. Grâce à des banques de données, recouper des informations, faire des statistiques pour ensuite trifouiller les gènes. Bref, faire un travail génétique. Pour aboutir au mouton blond aux yeux bleus, à la brebis qui produira le plus de lait ou le plus d’agneaux, comme les bovins ont leur Holstein (5) ou désormais leur Blanc Bleu Belge (6). Bref à l’eugénisme.

Testart, qui est passé des animaux aux humains, sait de quoi il parle lorsqu’il affirme que «les techniques d’insémination artificielles de mères porteuses d’embryons sélectionnés conduisent à des monopoles sur les géniteurs et œuvrent à la raréfaction variétale (sélection)». Et de poursuivre pour les mêmes procédés adaptés aux humains: «qui souhaiterait choisir un embryon génétique taré quand des dizaines de normaux seront disponibles? Une telle banalisation de la norme par sélection compétitive ouvre la porte d’un nouvel eugénisme».

A ce sujet nous ne pouvons que conseiller la lecture d’un livre fraîchement sorti: La reproduction artificielle de l’humain (7). Ce livre rappelle d’abord (chapitre 1: La stérilité pour tous et toutes) que la baisse de la fertilité chez les hommes est due à la dégradation de notre environnement et de nos modes de vies. La PMA face à ce constat arrive en sauveur pour résoudre le problème. On connaît la chanson: la nouvelle vague d’innovations prétend résoudre les problèmes posés par la précédente. Le serpent se mord la queue. Le livre explique ensuite les promesses, déjà à l’œuvre ou à venir de la PMA: eugénisme, marchandisation du vivant, manipulation génétique des embryons, transhumanisme…

La PMA n’a donc rien de naturel ni d’une simple aide à la procréation. Elle implique un lourd dispositif biomédical avec nombre de risques pour les patientes. Elle exige la création de banques de données. D’une hiérarchie dans la classification de ces données (gamètes de prix Nobel par exemple). Elle accroît notre dépendance vis-à-vis de l’industrie médicale et ouvre la voie à l’eugénisme. Non pas l’eugénisme négatif (par élimination) mais un eugénisme «positif». Comme le proposaient les biologistes soviétiques partisans d’un eugénisme socialiste «vu l’état actuel de l’insémination artificielle (largement utilisée pour le bétail) la sélection humaine pourrait faire un gigantesque bond en avant […] par insémination artificielle de femmes choisies pour leurs qualités, par du sperme d’hommes non moins choisis» (8). Voici l’eugénisme du libre choix, de la mondialisation et du libéralisme. Non pas contraint mais choisi, sauf peut-être pour cette Indienne payée vingt mille dollars pour porter votre enfant.

N’en déplaise aux libérateurs d’animaux pour qui la nature n’existe pas ou à certaines féministes (comme Clémentine Autain) la déclarant «fasciste», la barbarie de notre époque réside sans doute plus dans cette illusion de vouloir la contrôler et la dominer que dans le fait de se soumettre à elle. «Toute tentative ayant pour but de briser la contrainte exercée par la nature en la brisant n’aboutit qu’à une soumission plus grande au joug de celle-ci» (9). Qui plus est, il est paradoxal de constater que derrière cette revendication du droit à l’enfant et son discours ultra moderniste (revendiquant une technologie de pointe) se cache le désir archaïque d’une parentalité biologique. Le sang de mon sang, l’ADN de mon ADN. Comme si l’important dans la parentalité était d’ordre génétique.

Revenons à nos moutons. Une distance s’est faite chez les éleveurs en lutte entre ceux voulant une dérogation pour ajouter leur label «agneau non puçé» et ceux voulant porter la critique plus loin. Au-delà de leur élevage, vers le cheptel humain. On conviendra après ce qui précède qu’aménager son pré carré au milieu de ce monde est une politique vouée à l’échec. Nous ne voulons pas être les derniers des Mohicans. Nous voulons rester humains.

Fin avril 2014, José Bové déclarait son opposition à la PMA. «Je crois qu’il faut être très prudent sur ces questions-là. Mais, pour moi, tout ce qui est manipulation sur le vivant qu’il soit animal, végétal ou humain doit être combattu». Ce à quoi l’écolo-technocrate Esther Benbassa sénatrice EE-LV répondait avec mépris «À trop suivre la nature on finit par vivre avec des animaux dans une ferme du Larzac». Après cela, libre à chacun de choisir son camp et d’en tirer les conséquences.

Notre inquiétude ne découle pas de l’irruption de quelques savants fous et de leurs manipes, mais de la tranquille assurance de tous les autres à nous fabriquer un avenir sur commande. Un monde meilleur. Le meilleur des mondes. Sommes-nous la dernière génération d’enfants nés et non pas produits ?

La PMA, ni pour les homos, ni pour les hétéros. Ni pour les humains, ni pour les animaux.

Par un des réalisateurs du film documentaire Mouton 2.0: la puce à l’oreille.

Notes:

  1. Procréation médicale assistée, technique autorisée en France pour les couples hétéros mais pas encore pour les couples de femmes homos.
  2. Céline Lafontaine, Le Corps-marché, La marchandisation de la vie humaine à l’ère de la bioéconomie, éd. du Seuil, 2014.
  3. Jean-Pierre Berlan, La guerre au vivant, OGM et mystifications scientifiques, éd. Agone, 2001.
  4. Jacques Testart, « Fabrique du vivant et décroissance », revue Entropia n°3, 2007.
  5. Race inconnue en France avant les années 1960, elle domine maintenant la plupart des troupeaux.
  6. Voir l’article « La BBB, vache XXL », Le Monde du 3 mai 2014.
  7. Alexis Escudero, La reproduction artificielle de l’humain, éd. Le monde à l’envers, 2014.
  8. André Pichot, La société pure, de Darwin à Hitler, éd. Flammarion, 2001.
  9. Adorno et Horkheimer, La dialectique de la raison, 1947.

 

A lire, l’nterview d’Alexis Escudero dans le mensuel La Décroissance n°111, juillet-août 2014.

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Controverses et contre-sens

A ceux et celles qui estiment que les propos de l’auteur sont « anti-féministes », « sexistes », « homophobes » et autres amabilités…

Pour autant que nous ayons pu en juger jusqu’à maintenant, la plupart de ceux et celles qui qualifient Escudero d’ « anti-féministe », « sexiste », « homophobe », et autres amabilités l’on fait sur la base de confusions et de lecture hâtive ou biaisée idéologiquement, qui ne savent plus lire sans des lunettes fumées d’idéologies qui leur font sur-interpréter et déformer les propos de l’auteur. Signe, selon nous, de la très grande décomposition de la capacité à penser d’une certaine « gauche » progressiste qui ne sait plus très bien au juste pourquoi être contre le capitalisme, qui trouve finalement assez confortable le monde de la marchandise et qui ne s’indigne plus que des inégalités dans la distributions de ces marchandises (et en effet, la PMA réservée aux couple hétérosexuels constitue un refus de vente pour tous les autres).
Mais on a pas le droit de dire cela : car ce serait « mépriser, ignorer et traiter ouvertement en ennemi les critiques féministes radicales » prétendent certain(e)s.

C’est pourquoi nous reproduisons ici une réponse à un article de blog qui nous semble résumer assez bien ce que l’on peut dire de cet ouvrage et ce que l’on peut répondre à de telles calomnies proférées à l’encontre de son contenu et des intentions de l’auteur :

Le mardi 26 août 2014, 12:02 par thomas

Bonjour,

Désolé, mais votre lecture du bouquin me semble complètement à côté de la plaque.
Quelques constats que nous partageons vous et moi, je crois : le ton du bouquin est pamphlétaire, c’est assumé ; l’auteur ne place pas d’un point de vue féministe ; il critique l’invasion technologique et médicale dans un « secteur » qui y échappait relativement.

J’entends votre critique lorsque vous dites que l’auteur aurait du prendre plus en compte les points de vue féministes, ou à tout le moins laisser la porte ouverte à des lectures féministes. Pour autant, vous faites là je crois une lecture biaisée du livre : vous le transformez en un brûlot anti-féministe, misogyne et homophobe ! Le livre ne me paraît évidemment pas misogyne (le caractère révoltant de l’exploitation des femmes du tiers-monde pour la GPA est par exemple critiqué), ni homophobe (cf. la citation dans l’interview dans La Décroissance – où je n’ai pas lu l’auteur « s’excuser », mais préciser sa position), ni anti-féministe ( Les propos de S. Agancisky et M.J. Bonnet – quoi qu’on pense de celles-ci, elles sont féministes – entrent ainsi en résonnance avec le texte).

Il s’agit d’une critique de la PMA sous l’angle de la marchandisation de l’humain et de l’eugénisme. La médicalisation est abordée, mais rapidement (ou avec un autre langage : l’auteur préfère parler de « pouvoir des experts » – les experts de la médecine ce sont les médecins). Sur ce point, il me semble évident qu’il y a des convergences avec nombre d’analyses féministes. A ce sujet, je ne peux que vous conseiller la lecture de « Le corps marché » de Céline Lafontaine qui veint de sortir, ouvrage passionnant sur la marchandisation du vivant, qui critique mondialisation du capitalisme et biotechnologies avec une grille de lecture féministe.

Détail (?) : quand l’auteur parle de l’insémination « artisanale » et affirme que la seule question qu’elle pose est « la question de l’accès aux origines, c. à d. dira-t-on à l’enfant qui est son géniteur? », je ne pense pas qu’il cherche à déligitimer le combat pour la légalisation de ce genre de pratique, au contraire. Il s’agit simplement, pour moi, de couper court à tous ceux qui dénient aux couples de lesbiennes le droit à la parentalité (refus de l’altérité, un enfant a besoin d’un papa, etc etc). Je crois qu’il s’agit d’un faux procès que vous lui faites là.

Voir en ce livre un texte misogyne, homophobe ou masculiniste me semble une aberration complète de votre part. Il s’agit au contraire d’une contribution importante (par un homme) à la critique d’une technologie aliénant le corps des femmes sous prétexte d’émancipation libérale. Et jusqu’à maintenant -et je le déplore- les voix féministes ont globalement oublié de prendre la parole pour se distancier de la PMA-GPA.

Si l’auteur y va à la hache sur certaines assertions ou formulations, je ne crois pas que vous ferez avancer le débat en employant des arguments encore plus outranciers que lui.

Cordialement,
Thomas


A lire également sur le même sujet:

« Mise au point » par les éditions Le monde à l’envers

Juin 2015

Il est remarquable que cette mise au point, publiée un an après la sortie du livre et après une intense polémique, n’a suscité aucun commentaire de la part de ceux qui avaient cloué au pilori son auteur.


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Théodore Kaczynski, Frapper où ça fait mal, 2002

12 avril 2014 Laisser un commentaire

1. Pourquoi cet article ?

Le propos de cet article est de signaler un principe très simple des conflits humains que les opposants au système techno-industriel paraissent négliger. Ce principe réside en ceci que, quelle que soit la nature du conflit, si vous voulez l’emporter vous devez frapper votre adversaire où ça fait mal.

Je m’explique. Lorsque je parle de « frapper où ça fait mal » je ne fais pas nécessairement allusion à des coups ou à une autre forme de violence physique. Dans un débat, par exemple, « frapper où ça fait mal » ce serait mettre en avant les arguments face auxquels la position de vos contradicteurs est la plus vulnérable. Dans une élection présidentielle « frapper où ça fait mal » reviendrait à l’emporter sur votre rival dans les États où il y a le plus de votants. Je n’utiliserai donc l’analogie avec un combat physique que parce qu’elle est claire et frappante. Lire la suite…

Théodore Kaczynski, Golpear donde duele, 2002

12 avril 2014 Laisser un commentaire

1. El propósito de este artículo.

El propósito de este artículo es discernir un principio muy simple del conflicto humano, un principio que los oponentes del sistema industrial parecen pasar por alto. El principio es que en cualquier forma de conflicto, si quieres ganar, tienes que golpear a tu adversario donde duela.

Tengo que aclarar que cuando hablo de “golpear donde duele” no me tengo porqué referir necesariamente a un golpe físico o a cualquier otra forma de violencia física. Por ejemplo, en el debate oral, “golpear donde duele” significará expresar los argumentos donde la posición de tu rival es la más vulnerable. En las elecciones presidenciales, “golpear donde duele” significaría ganar a tu oponente los estados que más votos electorales tengan. Aún así, en la discusión sobre este principio utilizaré la analogía con el combate físico, porque es más gráfico y claro. Lire la suite…

Theodore Kaczynski, Hit Where It Hurts, 2002

12 avril 2014 Laisser un commentaire

1. The Purpose of this Article.

The purpose of this article is to point out a very simple principle of human conflict, a principle that opponents of the techno-industrial system seem to be overlooking. The principle is that in any form of conflict, if you want to win, you must hit your adversary where it hurts.

I have to explain that when I talk about “hitting where it hurts” I am not necessarily referring to physical blows or to any other form of physical violence. For example, in oral debate, “hitting where it hurts” would mean making the arguments to which your opponents position is most vulnerable. In a presidential election, “hitting where it hurts” would mean winning from your opponent the states that have the most electoral votes. Still, in discussing this principle I will use the analogy of physical combat, because it is vivid and clear. Lire la suite…

Le sperme de ruminant est une marchandise

4 février 2013 Laisser un commentaire

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Tuer la vie dans l’œuf

« Pour les agriculteurs, ressemer sa propre récolte sera interdit ou taxé », titrait Le Monde du 29 novembre 2011. Dans le meilleur des mondes, l’étape suivante serait d’interdire aux éleveurs l’échange de gamètes mâles non certifiés… Et nous vivons dans le meilleur des mondes ! Rencontre avec un éleveur ovin.

Le mois dernier, CQFD vous promettait un papier sur « l’interdiction des mâles reproducteurs dans les fermes ». Entretemps, on s’est rendu compte que ce n’était pas écrit. Pas encore. Pas en ces termes. Ce qui est écrit depuis 2007 dans le Code rural et de la pêche maritime que Jean-Louis Meurot a sorti de ses archives et posé sur la table de sa cuisine, c’est ça :

« Art. L. 653-6. – À compter du 1er janvier 2015, le matériel génétique support de la voie mâle acquis par les éleveurs de ruminants est soumis à obligation de certification, qu’il s’agisse de semence ou d’animaux reproducteurs. » Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, OGM ou la science contre la démocratie, 2012

2 octobre 2012 Laisser un commentaire

Les contrefeux destinés à discréditer l’étude de Gilles-Eric Séralini et sa personne ne sont pas près de cesser : « rien de nouveau, manque d’information sur la composition de la ration alimentaire, protocole expérimental biaisé, échantillon statistique insuffisant, présence possible de mycotoxines, coup médiatique, etc. » Séralini témoignerait d’un  biais anti-OGM, accusent ses critiques – parabole de la paille et de la poutre. Mais la toxicologie est la seule discipline scientifique où ne rien trouver assure une carrière paisible. Montrer des dangers des éthers de glycol, du nucléaire, du sel, des OGM expose à des déboires sûrs plutôt qu’à des promotions. Le courage et le mérite de Séralini et de quelques rares scientifiques d’aller à contre-courant sont d’autant plus grands. Tout aussi délicat à manier est l’argument que Séralini utilise une souche de rats sensible aux tumeurs. C’est suggérer qu’il aurait dû utiliser une souche résistante pour ne gêner personne et, bien sûr, laisse soupçonner que cette toxicologie sous influence peut choisir, si nécessaire, la « bonne » souche pour obtenir les « bons » résultats. Lire la suite…