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Posts Tagged ‘Bertrand Louart’

Bertrand Louart, Technologie contre Civilisation, 1999

30 août 2015 Laisser un commentaire

Genèse de la technologie

« La puissance, telle une pestilence désolante,
Pollue tout ce qu’elle touche ; et l’obéissance,
Fléau de tout génie, vertu, liberté, vérité,
Fait esclaves les hommes et, de la charpente humaine,
Un automate mécanisé. »

Percy Bysshe Shelley, 1813.

Technology est à l’origine un mot qui désigne simplement une technique particulière ; le terme de technologie est un anglicisme qui s’est imposé pour désigner les techniques les plus modernes : on parle volontiers de technologie spatiale pour désigner la fabrication et l’usage des fusées, mais on ne parlerait de technologie à propos de menuiserie, de plomberie ou de maçonnerie que pour des outils ou des matériaux faisant intervenir un élément de ces techniques de pointe (par exemple, une machine à commande numérique, des pièces normalisées ou des matériaux nouveaux). Nous entérinons cet usage en utilisant ce mot selon le sens qui lui restera pour désigner le complexe industriel et technique propre à notre époque et l’idéologie du progrès matériel qui l’accompagne. Lire la suite…

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Bertrand Louart, Tecnología contra civilización, 1999

30 août 2015 Laisser un commentaire

Génesis de la tecnología

El poder, como una pestilencia desoladora,
Contamina todo lo que toca; y la obediencia,
Azote de todo genio, virtud, libertad, verdad,
Hace esclavos a los hombres y al andamiaje humano,
Un autómata mecanizado.

Percy Bysshe Shelley, 1813.

Technology es en su origen una palabra que designa simplemente una tecnología particular; el término “tecnología” es un anglicismo que se ha impuesto para designar las técnicas más modernas: se habla de buen grado de tecnología espacial para designar la fabricación y el uso de cohetes, pero no se hablaría de tecnología a propósito de carpintería, plomería o albañilería más que para referirse a las herramientas o los materiales que hagan intervenir un elemento de esas técnicas-punta (por ejemplo, una máquina con cerebro electrónico, piezas normalizadas o materiales nuevos). Ratificamos tal uso utilizando esa palabra según el sentido que le será ya propio para designar el complejo industrial y técnico característico de nuestra época y la ideología del progreso material que lo acompaña. Lire la suite…

Bertrand Louart, Technology vs. Civilization, 1999

30 août 2015 Laisser un commentaire

The Genesis of Technology

Power, like a desolating pestilence,
Pollutes whate’er it touches; and obedience,
Bane of all genius, virtue, freedom, truth,
Makes slaves of men, and of the human frame,
A mechanized automaton.”

From Percy Bysshe Shelley, Queen Mab: A Philosophical Poem, 1813.

Technology was originally a word used to designate merely a particular technology; the term, “technology”, is an Anglicism that has been imposed to designate the most modern techniques: one speaks of a highly advanced aerospace technology for designing the manufacture and the use of rockets, but one would not speak of technology with regard to carpentry, plumbing or bricklaying except in reference to the tools or materials that are used as elements of these particular techniques (a computer, standardized parts or new materials, for example). We confirm this usage by the practice of using this word in the sense that would be appropriate for designating the industrial and technical complex characteristic of our time and the ideology of material progress that accompanies it. Lire la suite…

Bertrand Louart, Quelques éléments d’une critique de la société industrielle, 2003

20 août 2015 Laisser un commentaire

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Introduction

Du 9 au 11 octobre 2002 à Paris, l’association OGM Dangers a organisé des Rencontres de Vendémiaire, série de conférences sur le thème La science contestée avec deux intervenants chaque soir, suivie d’un débat avec le public (environ 20 à 25 personnes étaient présentes). Hervé Le Meur, président de l’association, m’avait invité à prendre la parole à la fin de ce cycle, après les autres intervenants 1.

Le texte qui suit a donc été rédigé – et grandement augmenté – à partir des notes prises pour organiser mon intervention orale, qui ne devait pas dépasser une demi-heure. C’était l’occasion d’exposer la critique de la société industrielle, de dénoncer les mythes sur lesquels elle est fondée et également de préciser certaines choses concernant les Lumières et la science qui bien souvent sont décriées sans beaucoup de nuances ni de précision historique. En conclusion, c’était plus particulièrement pour moi l’occasion de mettre en avant des perspectives pour s’opposer au développement délirant de cette société et pour tenter de sortir un tant soit peu de son système de faux besoins. Je n’avais fait alors qu’évoquer dans ses grandes lignes la nécessité de cette démarche de réappropriation des arts, des sciences et des métiers, et c’est à approfondir et développer cette dernière partie que je me suis attaché ici. Lire la suite…

Recension: J.B.S. Haldane et B. Russel, Dédale & Icare, 1923

11 juin 2015 Laisser un commentaire

Livre Dédale et IcareNote de lecture sur un débat entre un scientifique et un philosophe à propos de la science et de l’avenir qu’elle nous réserve…

J.B.S. Haldane, B. Russell, Dédale & Icare, éd. Allia, 2015, 112 p.

 

En 1923, au cours d’une conférence donnée à Cambridge et intitulée Dédale ou la science de l’avenir, l’éminent biologiste et marxiste anglais John Burton Sanderson Haldane, au sortir de la Première Guerre mondiale et de ses atrocités mécanisées et industrielles, se demandais si :

« L’homme devient un simple parasite de la machine, un appendice du système reproducteur d’immenses moteurs compliqués qui usurpent ses activités l’une après l’autre, et finissent par lui retirer la maîtrise de notre planète. »

Et en conséquence :

« Y a-t-il le moindre espoir d’arrêter la recherche scientifique ? »

Mais en bon progressiste, sa réponse est évidement non. Pour lui, science et industrie sont indissociables. Mais s’il ne distingue pas la science de l’usage capitaliste qui en est fait, ce n’est pour s’opposer au développement ni de l’un ni de l’autre :

« Les avancées dans cette direction tendent à unifier de plus en plus l’humanité, à rendre la vie de plus en plus complexe, artificielle et riche de possibilités, et à augmenter indéfiniment la capacité humaine à faire le bien et le mal. »

Et donc, pour l’avenir, il n’y a plus qu’à considérer quels sont les problèmes techniques et quelle sont les capacités scientifiques nécessaires pour les résoudre. Car ce marxiste et scientifique n’imagine pas un seul instant qu’il soit possible non pas de sortir de la société industrielle, mais seulement de refuser ses progrès ou simplement de critiquer ses innovations comme de nouvelles formes de dépossession. Pour lui, il faut s’y adapter le moins mal possible, non en laissant faire le marché libre et autorégulateur, mais en s’en remettant aux spécialistes, experts et scientifiques bienveillants et humanistes… de la trempe de Haldane ! Lire la suite…

Orwell et Mumford, la mesure de l’homme, 2014

17 juin 2014 Laisser un commentaire

Le numéro 11 de Notes & Morceaux choisis, bulletin critique des sciences, des technologies et de la société industrielle vient de paraître aux éditions La Lenteur. Voici un extrait de l’éditorial qui présente son contenu.

La couverture du n°11

La couverture du n°11

Comme le précédent, ce numéro 11 de Notes & Morceaux choisis résulte pour une bonne part d’initiatives de nos lecteurs.

Pierre Bourlier, déjà auteur de deux ouvrages (De l’intérieur du désastre, éditions Sulliver, 2011, et un essai sur le roman d’Orwell, Au cœur de 1984, l’héroïsme anti-utopique, Verbigédition, 2002), avec son article “Notre communauté viscérale”, nous propose une interprétation originale et stimulante du 1984 de Georges Orwell, tournée vers l’analyse de ce qui fait et défait le sens commun (common sense) dans les collectivités humaines.

Ce roman de politique-fiction est de nos jours trop aisément réduit à la dénonciation de l’absurdité et de l’horreur des régimes totalitaires du milieu du XXe siècle. Pierre Bourlier restitue à cette œuvre son actualité en montrant que si la violence politique et le despotisme de ces régimes ont certes aujourd’hui disparu de la plupart des nations industrialisées, les résultats obtenus par les formes plus modernes de domination et d’aliénation marchande sont fondamentalement les mêmes: désœuvrement, démoralisation et déraison des masses, technologiquement suréquipées cette fois. En effet, le totalitarisme, tel que Hannah Arendt l’a définit, participe à un certain processus de totalisation du Pouvoir, par lequel celui-ci renforce son emprise et s’immisce dans tous les aspect de la vie sociale, que cela soit ou non perçu comme despotique. Avec ce roman, l’objectif d’Orwell était, selon notre auteur, moins de faire une peinture repoussante du totalitarisme (soviétique, plus particulièrement) que de mettre en lumière les ressorts qui aboutissent à l’effacement du sens commun dans la civilisation actuelle – et par contraste de faire apparaître les conditions qui lui permettent de se maintenir et de se perpétuer.

Ce que le Parti, dans 1984, obtenait par le dénuement matériel et la domination policière, la société industrielle l’obtient aujourd’hui par l’abondance marchande et l’abrutissement médiatique: la perte du sens commun, c’est-à-dire aussi bien la confiance en les capacités individuelles et collectives de modifier le cours des choses que la faculté d’imaginer une organisation sociale fondée sur autre chose que la séparation, la guerre de tous contre tous.

En complément à cette importante note, il nous a donc semblé judicieux d’ajouter deux morceaux choisis, “Techniques autoritaires et techniques démocratiques” (1963) et “L’héritage de l’homme” (1972) de Lewis Mumford dont Annie Gouilleux de Lyon nous a fort obligeamment proposé la traduction, ainsi que le texte “La filiation intellectuelle de Lewis Mumford”, ajouté à notre demande.

Comme Orwell, Mumford ne conçoit pas l’élaboration de la raison indépendamment du raffinement de la sensibilité, lesquelles ne peuvent s’épanouir conjointement que dans la mise en commun des expériences de chacun à travers des activités collectives et une vie sociale partagée. Là où Orwell en tant qu’écrivain se concentre sur les ressorts psychologiques et politiques, Mumford est plus enclin, de par son approche historique, à mettre au centre de son analyse la «Mégamachine», c’est-à-dire les hiérarchies, la bureaucratie, les grandes organisations sociales que sont l’Etat et l’Armée, puis l’entreprise industrielle moderne, de la simple usine jusqu’à la multinationale opérant à l’échelle du Marché mondialisé. Il veut ainsi mettre en lumière la contradiction au cœur de toute civilisation, à savoir qu’une organisation de plus en plus rationnelle et efficace de l’activité sociale tend à empiéter sur la liberté et l’autonomie des individus.

Au-delà de certains seuils, la rationalisation de la vie sociale en vue d’une plus grande efficacité administrative, technique et économique engendre de nouvelles forme d’oppression, en s’opposant au mouvement spontané de la vie, en réduisant l’autonomie de ses membres et en portant atteinte à la liberté des individus. Pour Mumford, la «Mégamachine» est l’organisation sociale dont le modèle est la machine, dont les éléments ont des rapports fixes et déterminés une fois pour toutes et dont l’action est calculable et prévisible, réduite à ses fonctions strictement matérielles: organisation de la production et de la distribution des biens et des services. Pour lui, le totalitarisme dépasse donc largement le cadre des seuls régimes nazis ou staliniens, et ses tendances sont encore à l’œuvre dans le «monde libre», les sociétés industrielles avancées.

Mumford est surtout conscient du fait que le rôle de la machine dans la civilisation n’a pas encore été véritablement appréhendé, tant son apparition et les bouleversements qu’elle a engendré ont été foudroyants. Cette histoire toute jeune des rapports entre l’homme et la machine porte à des excès de confiance et d’enthousiasme envers les sciences et les technologies au détriment d’une réflexion plus critique et historique, que lui entend mener, afin de montrer les limites à l’intérieur desquelles la connaissance scientifique et la machine peuvent véritablement participer à l’émancipation.

Bertrand Louart

 

Sommaire:

Editorial, par Bertrand Louart

Notre communauté viscérale, par Pierre Bourlier

La filiation intellectuelle de Lewis Mumford, par Annie Gouilleux

Techniques autoritaires et techniques démocratiques, par Lewis Mumford

L’héritage de l’homme, par Lewis Mumford

 Editeur:

Notes & Morceaux choisis n°11

Bulletin critique des sciences, des technologies et de la société industrielle

“Orwell et Mumford, la mesure de l’homme”

Ed. La Lenteur, 154 pages, 10 euros.

Editions La Lenteur

Bertrand Louart, Eine kritische Geschichte der Biologie, 2013

4 avril 2014 Laisser un commentaire

It is above all against this shabby mechanization of our scientific imagination, which kills all ability to notice the unforeseen, that I protest, against this mat finish over a chaos of unrecognized ignorance, this butcher-like brutality with things that cry for gentle caution.

Erwin Chargaff, Essay on Nucleic Acids, chapter 11, 1963.

 

The comparison of the universe to a machine of human contrivance is so obvious and natural, and is justified by so many instances of order and design in nature, that it must immediately strike all unprejudiced apprehensions, and procure universal approbation. Whoever attempts to weaken this theory, cannot pretend to succeed by establishing in its place any other, that is precise and determinate.

David Hume, Dialogues concerning Natural Religion, 1779.

 

André Pichot ist Historiker und Wissenschaftsphilosoph. Er forscht an der Universität von Nancy. 2011 hat er ein umfangreiches Werk publiziert, das eine sehr kritische Analyse der modernen Biologie beinhaltet. Hier eine Übersicht über dieses ungewöhnliche Buch.

 

Seit den Neunzigerjahren hat André Pichot ein Dutzend Werke über Wissenschaftsgeschichte geschrieben, im speziellen über seine Lieblingsdisziplin, die Biologie. Die Geschichte, die er schreibt, ist allerdings nicht die eines ruhig dahingleitenden Forschungsprozesses, der wie selbstverständlich zum Triumph der aktuellen Theorien über das Leben führt. Im Gegenteil, es ist eine überraschende und komplexe Geschichte, voller Irrtümer und Sackgassen, plötzlicher Wendungen und unbrauchbarer Neuorientierungen. Eine Geschichte, umgeben von Mythen, Legenden und falschen Ideen, von Betrügereien und zweifelhaften Angelegenheiten mit dem Resultat, dass es etliche Leichen im Keller gibt… Es ist vor allem die Schilderung des Triumphs einer völlig irre geleiteten Auffassung, die sich entgegen allen Beweisen des Gegenteils durchgesetzt hat, nämlich die des Lebewesens als Maschine. Lire la suite…

Notes & Morceaux choisis

22 mars 2014 Laisser un commentaire

Bulletin critique des sciences, des technologies et de la société industrielle

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Numéro 1 en 1998

– Numéro 13 paru en février 2018 –

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Déclaration d’intention

Notes & Morceaux Choisis est né en 1998, au moment où le mouvement des chômeurs de Paris (Assemblée de Jussieu) opérait une éphémère liaison avec le mouvement anti-OGM, qui, sous le « parapluie » de la Confédération paysanne, avait réalisé les premières destructions de maïs génétiquement modifié. Les deux premiers numéros – alors simples « feuilles » de quelques pages photocopiées à une centaine d’exemplaires et distribuées gratuitement de la main à la main –, ne prétendaient pas nécessairement avoir de suite ; ils évoquaient un certain nombre de thèmes (la destruction de l’autonomie du vivant par les OGM et le scientisme ambiant, et l’éthique de la peur qui paralyse l’imagination et la critique) portés par l’actualité et auxquels mon parcours m’avait rendu attentif. Ayant fait quelques années auparavant l’expérience du dogmatisme, du conformisme et, pour tout dire, du néant de sa pensée de l’enseignement des sciences à l’université, je venais d’abandonner mes études officielles en la matière pour les poursuivre officieusement à ma manière, si bien que le moment me semblait opportun pour articuler la critique sociale et la critique scientifique. Lire la suite…

L’imposture historique de la technoscience, 2001

3 décembre 2013 Laisser un commentaire

« Que nous le voulions ou non, cette présence accidentelle [d’OGM dans l’alimentation] est une réalité, souligne David Byrne, commissaire européen chargé de la santé et de la protection des consommateurs, C’est l’œuvre de la nature. A moins de mettre fin aux cultures d’OGM dans le monde entier ou de fermer les frontières, il n’y a pas grand-chose à faire contre ce phénomène. »

Le Monde, 26 juillet 2001.

C’est au nom de la raison que nous voulons dénoncer l’imposture scientiste et technoscientifique. Mais puisque les ministres, les industriels et les scientifiques se réclament aussi de la raison et de la rationalité, il nous faut dire ce que nous entendons par là. Lire la suite…

Lettre ouverte au Musée de la préhistoire des gorges du Verdon de Quinson, 2009

3 décembre 2013 Laisser un commentaire

Cette lettre ouverte a été envoyée aux responsables et aux personnels du Musée de la préhistoire des gorges du Verdon de Quinson le 27 juin 2009, lors de l’année Darwin. L’auteur s’est également rendu à une des conférences organisées par ce musée avec Patrick Tort. Il fut impossible de discuter du contenu de cette lettre avec aucun des conférenciers ou des organisateurs. Personne n’a répondu aux questions qui étaient posées dans cette lettre.

Mesdames, Messieurs,

J’ai découvert récemment le Programme départemental 2009, publié par le Conseil Général des Alpes de Haute Provence, intitulé Du temps du monde au temps de l’homme où se trouve la présentation de votre exposition « Les sciences de l’évolution : de Darwin aux biotechnologies du XXIe siècle ». Je salue votre initiative et surtout votre volonté de « donner des clés objectives de réflexion au public », comme vous l’écrivez p. 30. Mais, en matière de « clés objectives », je constate que le texte de votre « Panneau introductif de l’exposition » comporte de graves lacunes et inexactitudes: Lire la suite…