Archive

Posts Tagged ‘Bernard Charbonneau’

Bernard Charbonneau, Écologie, espace géographique, temps historique, 1989

4 octobre 2018 Laisser un commentaire

Résumé

L’originalité de l’écologie est d’être une science synthétique, étudiant les ensembles ou écosystèmes naturels. Elle a inspiré un mouvement « écologique », dénonçant les menaces que le système industriel fait peser sur la nature : id est l’écosystème planétaire où intervient l’homme.

Or deux autres disciplines à vocation synthétique pourraient compléter une écologie limitée à la nature : la Géographie et l’Histoire. La géographie étudie les ensembles naturels et humains dans le cadre de l’espace local et terrestre, comme l’histoire dans celui du temps. Mais l’accumulation des informations contraint la géographie et l’histoire à devenir de plus en plus scientifiques, techniques et spécialisées. Elles risquent ainsi de trahir leur vocation de connaissance synthétique dans le cadre de l’espace-temps. L’écologie, la géographie et l’histoire peuvent-elles s’unir pour une connaissance de l’ensemble vivant, naturel et culturel, fruit de l’action humaine sur terre ? Dans l’état actuel de la recherche scientifique est-ce possible ? Est-ce la seule affaire des sciences ? Lire la suite…

Publicités

L’enfer vert, Un projet pavé de bonnes intentions

12 août 2013 Laisser un commentaire

Publié une première fois sous forme de brochure en décembre 2011, L’enfer vert, Un projet pavé de bonnes intentions de Tomjo, rédacteur au sein du journal lillois La Brique, vient d’être republié avec des compléments aux éditions L’Echappée. Ci-dessous, quelques extraits.

A Lille, les écolo-technocrates sont au pouvoir. Ils sont élus et techniciens des collectivités locales ou ingénieurs en R&D. Sous couvert de « sauver la planète » et les « générations futures », les Verts enrobent de tout leur savoir faire écologiste l’édification de la « technopôle » de la « ville ubiquitaire », de la « France augmentée ». A parti de leur projet de traçabilité des clients des transports en commun par des cartes à puces RFID, ce livre déroule l’histoire de la plus-value écologiste dans la réquisition du territoire et la mobilisation des populations par l’économie. […]

A la première publication de ce livre, je n’ai constaté aucune réaction publique de la part des premiers visés, élus et militants verts. Certains continuant à me serrer la main après avoir promis, en privé, de me mettre la leur dans la figure. Peut-être leur manque-t-il un « indicateur de pertinence » pour évaluer les critiques émises à leur encontre. Rats gestionnaires confortablement installés dans leur fromage vert, pourquoi se défendraient-ils face à un individu sans importance collective? Ils comprennent trop bien ce qu’on leur reproche pour ne pas feindre l’incompréhension. Pirouettes, balourdises, feintes méprises, toute la panoplie de la mauvaise foi sert leur dérobade. «Regarde, les V’Lille, ça marche, les gens en veulent.» «Je te casse la gueule tout de suite ou plus tard, ha ha?» – tape dans le dos. «Tu vois, on a crypté les données, faut pas faire de parano!» Les arguments ne peuvent se rencontrer, la critique politique émise ici ne peut les atteindre. Aucune controverse n’est possible, la gestion est sourde à la politique. Lire la suite…

Bernard Charbonneau, An deux mille, 1945

25 juin 2013 Laisser un commentaire

Le fait

Le 6 août 1945, une déclaration du président des Etats-Unis Truman suivie d’une déclaration de l’ancien premier ministre anglais Winston Churchill nous annonçait que l’aviation américaine s’était servie pour la première fois de bombes atomiques. Un seul engin lancé sur le port de guerre japonais d’Hiroshima avait anéanti la plus grande partie de la ville. La fumée de l’explosion, visible de 200 km, s’était élevée à 23 km de hauteur. Les chefs d’Etat prévoient l’emploi de bombes plus puissantes encore.

Sur deux risques à courir

Il me faut d’abord proclamer le caractère prodigieux de l’événement. Pour une fois, l’importance de l’accident historique est directement en rapport avec sa puissance de sensation. Une lumière fulgurante nous illumine sur la marche du monde où nous vivons ; le seul danger est d’en être ébloui. On ne passe pas impunément du plan de la vie quotidienne à celui du roman d’anticipation, de la lutte journalière pour le bifteck à celui de l’Apocalypse.

Comme pour tout événement essentiel, il faut s’attendre à voir se déclencher les processus de justification qui permettent au monde d’assimiler l’inassimilable, d’autant plus inévitables que si l’emploi de l’énergie atomique risque d’être un danger mortel pour l’homme, la prise de conscience de ce danger risquerait d’être mortelle pour ce monde. Lire la suite…

Bernard Charbonneau, La gueule bourée, 1973

16 mars 2012 Laisser un commentaire

Dans le terrain vague tout est vague, les mots n’ont plus de sens précis. Et pas seulement les grandes entités : la Liberté, la Paix, la Justice, mais ceux qui désignaient les objets les plus concrets : le poulet, la pêche, le pain. On est en train de nous l’ôter de la bouche pour la bourrer de plastique ; il faut le crier sur les toits.

Au rayon des fruits et légumes

La production – de bagnoles, d’acier et de plastique – augmente. En vertu de quoi celles d’arbres, de maisons et de nourriture dignes de ce nom, diminue. La quantité progresse, donc (qu’on excuse ce donc, mais dans notre système il en est ainsi) la qualité régresse. On le sait et on le dit maintenant de “l’environnement”, mais guère encore des aliments. Et pourtant la mainmise de l’industrie sur l’agriculture, autant que par le ravage des paysages, se traduit par la disparition des nourritures qui, tout en nourrissant le corps sont une délectation pour les sens et une joie pour l’esprit. Ah ! Tous les jours casser la croûte ! Essayez donc avec l’étron blanchâtre qui sort de “l’usine à pain” ! Certes, si l’on s’en tient à la taille, à la forme et à la couleur, nos fruits sont beaux, mais si l’on s’en réfère au goût, il détecte vite que le spectacle de la pêche est gonflé d’eau et de chimie. On produit, paraît-il, du poulet en un mois, mais ce n’est plus du poulet, c’est son cadavre, son fantôme. Les mots trompent : la miche, la fraise… Tentés par la couleur, nous y mordons à pleines dents, mais pouah ! ce n’est plus de la fraise, c’est du vermillon de la Badische Anilin. Ces fruits de cire ne sont pas faits pour les dents, mais pour les yeux. Sous prétexte de nourrir le peuple, on le soumet au supplice de Tantale : ces raisins d’Espagne sont trop beaux, ce n’est plus du Malaga mais du Dattier. Et pour l’eau, c’est pareil : crevant de soif, vous vous précipitez vers le robinet : ce n’est plus de l’eau, mais de l’eau lourde, du protoxyde d’azote qui gonfle votre estomac. Au lieu d’étancher, on étouffe notre soif.

Et ne l’oublions jamais, cette société se développe. Sans cesse, il lui faut plus de fric, sans cesse l’impérialisme industriel cherche de nouveaux domaines à conquérir. Hier c’était la pomme, demain, ce sera la patate, et après le poulet, le bœuf sera mis en batterie ; restent le mouton et la crevette qui se baladent encore dans la nature et prétendent y trouver leur provende. Mais bientôt ce sera leur tour, et nous n’aurons plus qu’un plat au menu quotidien : du plastique, de toutes sortes de formes et de couleurs. Et un beau jour, quand le dernier mitron aura disparu, les Français ayant perdu le goût du pain, il n’y aura plus de problème.

En attendant, il faut réagir, et d’abord s’informer. Lire la suite…

Bernard Charbonneau, Le mouvement écologiste mis en question, 1974

14 mars 2012 Laisser un commentaire

1. Ambiguïté du mouvement écologique.

Bien des mouvements d’opposition et même des révolutions sont ambiguës. Autant ils détruisent une société, autant ils régénèrent le gouvernement, l’économie, la morale, l’armée et la police. L’histoire de l’U.R.S.S. en est un bon exemple. Elle a réussi un renforcement de l’Etat et de la société russes que le régime tsariste était impuissant à réaliser. Le mouvement d’opposition à la société industrielle occidentale que l’on qualifie de « mouvement écologique » n’échappe pas à cette ambiguïté, surtout en France où il s’est manifesté tardivement à la suite des U.S.A.

D’une part, il s’agit bien d’une critique et d’une opposition au monde que nous vivons. Ses thèmes (critique de la croissance, de la production, etc.) sont neufs par rapport aux thèmes traditionnels de la droite et de la vieille gauche (n’étaient-ce les œuvres de quelques isolés sans audience qui ont mis en cause la société industrielle dès avant la guerre). A ses débuts, surtout après mai 68, ce mouvement a été le fait de personnes marginales, comme Fournier, de groupes de jeunes et de quelques sociétés (Maisons paysannes de France, Nature et progrès, etc.), réagissant spontanément à la pression grandissante de la croissance industrielle. Nouveauté des thèmes, marginalité, spontanéité du mouvement, ce sont là les signes d’une véritable révolution (rupture dans l’évolution) en gestation.

Mais très vite, ce mouvement est devenu l’expression de cette même société qu’il critique et entend changer. Tout intellectuel ou militant français engagé dans cette lutte ne devrait jamais oublier à quel point l’éveil de l’opinion a été une entreprise préfabriquée. Lire la suite…

Catégories :Histoire Étiquettes : , , ,

Henriette Charbonneau, Pédagogie des catastrophes?, 2001

14 mars 2012 Laisser un commentaire

Après tant de catastrophes écologiques, il était permis de douter de leur efficacité pédagogique. Mais celle du 11 septembre est d’une autre nature. Plutôt que Pearl Harbour elle est la réplique d’Hiroshima dont les USA payent le prix un demi-siècle plus tard. Comme à Hiroshima, l’attaque matinale fût foudroyante, l’effet spectaculaire sur les bâtisses et la mort massive instantanée. Mais pas de sang à la une, pas de brûlés aveugles titubant dans les ruines. Les humains ont été pulvérisés, les kamikazes leur ont charitablement épargné les longues souffrances des rescapés d’Hiroshima.

Sidérés, les New-Yorkais ont vu l’anéantissement du symbole de l’Extrême-Occident. Ces tours géantes défiaient le ciel, et leur destruction est venue du ciel. Sans faire de psychologie subtile, on peut penser que dans la tête des concepteurs comme dans celle des destructeurs, il y avait de très vieux réflexes humains : orgueil démesuré d’une part, révolte démoniaque de l’autre. Car il faut un mépris absolu de la vie, une haine mortelle de l’autre et de soi pour être kamikaze – et il y en avait cinq dans chaque avion. Notons en passant l’objectivation du kamikaze par les médias qui parlent d’avion-suicide, d’auto-suicide, comme pour évacuer le sujet : cet homme qui « cherche le salut par la mort » (B. Charbonneau, Réforme, 5 mai 1956). En temps de guerre totale, toutes les sociétés sont atteintes de ce syndrome auquel il vaut mieux ne pas trop réfléchir… Lire la suite…