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Posts Tagged ‘autonomie du vivant’

Jacques Dewitte, Hans Jonas, 2007

16 février 2017 Laisser un commentaire

philosophe de la nature

Hans Jonas (1903-1993) est principalement connu en France comme le philosophe par excellence de l’écologie critique. Comme celui qui s’oppose à l’artificialisation du vivant et à l’exploitation sans frein de la nature, au nom d’un nouvel impératif catégorique : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » ; ou, pour l’exprimer négativement : « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie » ; « Ne compromets pas les conditions de la survie indéfinie de l’humanité sur terre » ; ou encore, formulé de nouveau positivement : « Inclus dans ton choix actuel l’intégrité future de l’homme comme objet secondaire de ton vouloir. » [Le principe responsabilité, 1990, pp. 30-31.] Qu’on l’accepte ou qu’on le refuse, il ne fait pas de doute que le « principe responsabilité » est au cœur des débats contemporains les plus aigus et les plus lourds de conséquences pour l’avenir. Toutefois, on en saisirait mal la portée si on l’isolait de l’ensemble de la trajectoire philosophique de Hans Jonas, qui est beaucoup plus riche et importante qu’on ne l’imagine le plus souvent dans l’hexagone. Lire la suite…

Recension: S. Pouteau (dir.), Génétiquement indéterminé, 2007

15 novembre 2016 Laisser un commentaire

Sylvie Pouteau (dir.),
Génétiquement indéterminé.
Le vivant auto-organisé,
éd. Quae, 2007, 169 p.

Le vivant obéit à des lois internes, difficiles à appréhender. Faut-il pour autant recourir à des explications de mécanismes et de programmes conçus sur le modèle des machines fabriquées par l’homme ? Plus les hommes de science étudient le vivant comme s’il s’agissait d’une machine encore inconnue, plus le « moteur » leur paraît compliqué et plus il y a de questions. Le vaste domaine que représente la génétique animale et végétale n’a pas échappé aux interrogations de ses chercheurs.

Ce questionnement a atteint un seuil très sensible, au point d’avoir ébranlé le confort intellectuel jusqu’ici offert par le « vivant-machine » et le déterminisme génétique. D’où la dédicace assez émouvante présentée en tête de ce livre par la coordinatrice scientifique, S. Pouteau :

« à tous ceux qui auront l’enthousiasme et le courage de frayer de nouvelles approches pour comprendre l’organisme vivant et le délivrer du statut de machine dans lequel il est resté confiné depuis les Lumières dont il est permis de penser qu’elles n’ont pas suffisamment brillé en la matière. »

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Craig Holdrege, L’évolution comme mouvement vers l’autonomie, 2014

17 juin 2016 Laisser un commentaire

Bernd Rosslenbroich

L’Origine de l’autonomie

Un nouveau regard sur les transitions majeures dans l’évolution des espèces

éd. Springer, 2014, 297 pages, 61 illustrations.

Les protozoaires unicellulaires, les méduses, les oursins, les calmars, les espadons, et les dauphins sont tous merveilleusement adaptés à la vie dans l’eau. Mais ce fait nous dit peu de choses sur la façon dont chacune de ces créatures vit sa vie. Tous ces animaux sont organisés différemment les uns des autres – ils appartiennent à des embranchements ou des classes différentes – et la façon dont ils sont organisés leur permet d’interagir avec des environnements et de créer des relations qui sont propres à chacun. Ils ont tous leur « manière d’être ». Selon la théorie de l’évolution darwinienne classique, les animaux ont évolué et survécu parce qu’ils sont bien adaptés aux circonstances que présente l’environnement (ils sont le produit de ce que l’on appelle la sélection naturelle). Mais la sélection naturelle ne tient pas compte des formes et de l’organisation particulières des différents animaux. Elle ne peut interagir qu’avec ce qui existe déjà et « éliminer » ce qui est pas adapté. Lire la suite…

Bernd Rosslenbroich, L’Origine de l’autonomie, 2014

10 juin 2016 Laisser un commentaire

Bernd Rosslenbroich

L’origine de l’autonomie

Un nouveau regard sur les transitions majeures dans l’évolution des espèces

éd. Springer, 2014.

Nous proposons ci-dessous au lecteur la traduction de la présentation et du résumé des chapitres de l’ouvrage de Bernd Rosslenbroich, biologiste évolutionniste à l’Université Witten-Herdecke en Allemagne, L’origine de l’autonomie, un nouveau regard sur les transitions majeures dans l’évolution des espèces (éd. Springer, 2014, env. 300 pages). En effet, celui-ci rejoint par certain aspect les réflexions et les recherches que nous avons ici publiées sur l’autonomie du vivant. Néanmoins, et sans encore en proposer une critique détaillée, nous ferons rapidement quelques remarques d’ordre général : Lire la suite…

Bernd Rosslenbroich, On the Origin of Autonomy, 2014

10 juin 2016 Laisser un commentaire

Bernd Rosslenbroich

On the Origin of Autonomy

A New Look at the Major Transitions in Evolution

Springer, 2014.

This volume describes features of biological autonomy and integrates them into the recent discussion of factors in evolution. In recent years ideas about major transitions in evolution are undergoing a revolutionary change. They include questions about the origin of evolutionary innovation, their genetic and epigenetic background, the role of the phenotype, and of changes in ontogenetic pathways. In the present book, it is argued that it is likewise necessary to question the properties of these innovations and what was qualitatively generated during the macroevolutionary transitions.

The author states that a recurring central aspect of macroevolutionary innovations is an increase in individual organismal autonomy whereby it is emancipated from the environment with changes in its capacity for flexibility, self-regulation and self-control of behavior.

The first chapters define the concept of autonomy and examine its history and its epistemological context. Later chapters demonstrate how changes in autonomy took place during the major evolutionary transitions and investigate the generation of organs and physiological systems. They synthesize material from various disciplines including zoology, comparative physiology, morphology, molecular biology, neurobiology and ethology. It is argued that the concept is also relevant for understanding the relation of the biological evolution of man to his cultural abilities.

Finally the relation of autonomy to adaptation, niche construction, phenotypic plasticity and other factors and patterns in evolution is discussed. The text has a clear perspective from the context of systems biology, arguing that the generation of biological autonomy must be interpreted within an integrative systems approach. Lire la suite…

Étienne Rabaud, L’interdépendance générale des organismes, 1934

3 février 2016 Laisser un commentaire

I. Multiplicité des germes et concurrence vitale

Suivant l’opinion commune, les rapports que les organismes soutiennent entre eux seraient ceux d’une compétition constante et inéluctable. Que cette compétition se traduise ou non par une lutte sanglante, elle aboutirait à la disparition d’une partie des concurrents.

L’opinion commune dérive, en partie, de l’un des aspects les plus frappants de la vie courante, de la concurrence qui s’exerce fréquemment entre les Hommes. Mais elle tire sa plus grande force de l’interprétation que Darwin donne d’un fait général : la disproportion entre le chiffre des germes émis et celui des individus qui, finalement, survivent. Souvent, le plus souvent peut-être, si tous les germes émis atteignaient leur complet développement, une seule lignée suffirait à couvrir rapidement la terre entière. Cette expansion démesurée engendrerait une lutte sans trêve et sans pitié, qui s’effectuerait par tous les moyens et se terminerait par la destruction du plus grand nombre. Lire la suite…

Stephen Jay Gould, l’évolution sans histoire, 2015

5 décembre 2015 Laisser un commentaire

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« Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage. »
Proverbe

Comment faire pour discréditer une idée ? Il suffit de la caricaturer, d’en donner une image grossière et inconsistante, de l’entourer de la plus extrême confusion, pour ensuite la démolir à l’aide de toutes sortes d’arguments qui en montrent le caractère simpliste, incohérent et ridicule.

On lit parfois et l’on entend dire souvent que Stephen Jay Gould (1941-2002), avec son ouvrage L’éventail du vivant, le mythe du progrès (1996), aurait « démontré » que l’évolution n’est pas dirigée par une tendance vers le « progrès » ou qu’il aurait « prouvé » qu’il n’existe pas de tendance à la complexification des êtres vivants au cours de l’évolution.

Petit détail qu’oublient au passage ceux qui soutiennent ces affirmations : il est logiquement impossible de prouver qu’un phénomène ou qu’une chose n’existe pas… En logique, en mathématiques et en science, il est uniquement possible de prouver que des objets existent, que les phénomènes suivent telle ou telle loi. Tout au plus, à partir de la connaissance de ce qui est possible, peut-on estimer qu’un phénomène où une chose ont une existence plus ou moins probable.

Quoiqu’il en soit de ce point d’épistémologie élémentaire, la lecture de ses livres et articles 1 fait comprendre que rien n’est plus faux : Gould n’a rien « démontré » ni « prouvé » en la matière ; comme à son habitude, il n’a fait que marteler (drill en anglais), en les enrobant dans beaucoup de verbiage sans rapport avec le problème, les quelques idées qui lui tiennent lieu de pensée sur le sujet.

Cela, nous allons véritablement le démontrer et positivement le prouver. Lire la suite…

Roger Alfred Stamm, L’intériorité, dimension fondamentale de la vie, 1999

28 septembre 2015 Laisser un commentaire

La question « qu’est-ce que la vie ? »

Supposons que soit posée la question « qu’est-ce que la vie ? ». Nous espérons trouver une réponse dans un manuel de biologie. Mais, voilà qu’à notre grande surprise nous constatons que le mot « vie » ne figure pas dans l’index. Manifestement, les auteurs ont estimé que celui qui veut savoir ce qu’est la vie n’a qu’à étudier tout le livre. La réponse viendra d’elle-même lorsqu’il se sera fait une idée complète des structures et fonctions qui constituent un organisme. C’est la raison pour laquelle on ne trouvera pas non plus, à la fin du livre, de synthèse rassemblant tout le contenu en une formule et donnant la réponse à notre question. Le scientifique n’en voit pas la nécessité.

A l’époque où j’ai fait mes études, et où j’ai eu Portmann comme professeur, la plupart des manuels contenaient, dans leur introduction, une liste des caractères de la vie. On trouvait par exemple :

« Êtres vivants (organismes) qui apparaissent toujours comme des individus, peuvent être distingués des choses inanimées sur base des propriétés typiques suivantes sur l’ensemble desquelles reposent les performances de la vie  : composition chimique particulière, formation à partir de cellules, métabolisme, excitabilité et performances psychiques, systèmes de régulation, hérédité, développement individuel, évolution. » [1]

C’est ce que nous appelons les systèmes fonctionnels.

Portmann critiquait cette manière de procéder. Celui qui n’envisage qu’une suite de fonctions particulières, disait-il, perd de vue le tout, alors que notre expérience immédiate de la vie est une rencontre avec un être vivant, plante, animal, être humain, dans sa manifestation immédiate, c’est-à-dire totale. Et c’est également en tant que totalité, en tant qu’individu (du latin in-dividuus = non-divisé) que l’organisme est en relation avec l’environnement. Tous les aspects particuliers qu’envisage le scientifique sont des parties, des fragments. On ne peut comprendre leur rôle qu’en les mettant en rapport avec le tout, car c’est seulement ainsi qu’ils sont réellement vivants et non pas en étant isolés sous la forme d’une préparation microscopique ou chimique. Lire la suite…

Roger Alfred Stamm, Une exploration «intégrative» de la vie, 2007

27 septembre 2015 Laisser un commentaire

Le morphologiste Adolf Portmann (27 mai 1897-28 juin 1982) était un chercheur et un enseignant reconnu. Avec sa « biologie de la forme », et sa conception de l’être humain en tant qu’entité libre et culturelle, il œuvra contre la perte de l’intégrité du vivant. Vingt-cinq ans après sa mort, en cette époque de technologie génique, cela vaut la peine de se souvenir de lui. Roger Alfred Stamm – professeur émérite de l’université de Lunebourg et curateur des archives Portmann à l’Université de Bâle – donne ici un bref aperçu sur lui.

 

Adolf Portmann grandit à Bâle et enseigna, de 1926 à 1968, la zoologie à l’Université de cette ville, pendant plus de 35 ans comme professeur titulaire et directeur de l’Institut de Zoologie.

Parmi les zoologistes du XXe siècle, Adolf Portmann était sans conteste quelqu’un dont la recherche méritait tout particulièrement le qualificatif de « gœthéenne ». Portmann était morphologiste, et donc le représentant d’une spécialité aujourd’hui à peine soutenue, cependant fondamentale pour la connaissance des êtres vivants. L’évolution embryonnaire et celle du jeune animal étaient son point fort, et Portmann a découvert des choses essentielles sur les stades évolutifs des crabes, des escargots et des seiches, des oiseaux et des mammifères. Nous lui devons les aperçus décisifs sur la fonction des oiseaux et mammifères nidicoles et nidifuges, mais aussi une connaissance approfondie de l’évolution du cerveau chez ces groupes d’animaux. Lire la suite…

Robert Shapiro, Les premiers pas de la vie, 2007

5 février 2015 Laisser un commentaire

L’apparition soudaine d’une grande molécule telle que l’ADN ou l’ARN est improbable. En revanche, des petites molécules fonctionnant en réseau ont pu constituer l’ébauche de la vie sur Terre.

Les découvertes extraordinaires inspirent souvent de grandes déclarations. Ainsi, James Watson, immédiatement après avoir élucidé la structure de l’ADN avec Francis Crick, courut au Eagle, le pub local, et y annonça qu’ils avaient découvert le secret de la vie. Rien de moins ! La structure en question – la double hélice – méritait-elle un tel enthousiasme ? Presque, car elle stocke les informations nécessaires au fonctionnement cellulaire dans un langage constitué de quatre éléments chimiques, des nucléotides (A, T, C et G), qui jouent le même rôle que les 26 lettres de notre alphabet.

Ces informations sont stockées dans deux longs brins, chacun imposant la nature de son partenaire grâce à la complémentarité des bases (A et T, C et G). On en déduisit un mécanisme de réplication : les deux brins se séparent et de nouveaux nucléotides s’alignent le long de chacun des brins isolés conformément aux règles de complémentarité puis sont associés, de sorte qu’ils constituent deux nouveaux brins. On obtient deux doubles hélices identiques, un préalable à la division cellulaire. Lire la suite…