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Posts Tagged ‘autonomie du vivant’

Goulven Laurent, La Biologie de Lamarck, 1996

21 février 2019 Laisser un commentaire

I. Invention du mot Biologie,
une nouvelle science

Il est significatif que ce soit dans les toutes premières années qui ont suivi son invention de la théorie Transformisme (ou de l’Évolution), que Lamarck ait éprouvé le besoin de créer un mot nouveau pour désigner l’étude de la vie. Le rapprochement des dates de ces deux événements dans l’œuvre de Lamarck est en effet assez suggestif : 1800, première proclamation et première formulation de la théorie de la transformation des espèces ; 1801, première proposition du mot Biologie.

Lamarck avait conscience de professer une nouvelle représentation du monde animé quand il défendait sa « conclusion particulière » [1], opposée à la « conclusion admise jusqu’à ce jour », sa vision transformiste opposée à la vision fixiste et créationniste de Cuvier.

Cette vision révolutionnaire de la transformation historique des êtres vivants allait entraîner immédiatement un autre élargissement de la pensée du naturaliste. II étend sa « physique terrestre » à l’origine des êtres vivants, et, par conséquence, à celui de l’apparition de la vie elle-même sur la terre. En raccordant les êtres entre eux dans une vision de passages graduels des uns aux autres, Lamarck entrevoit en effet la possibilité de les relier, à leur base, directement avec la matière elle-même. Lire la suite…

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Céline Lafontaine, L’économie du vivant, 2015

14 février 2019 Laisser un commentaire

De la cybernétique au vivant pensé comme information

La Cause du désir : Votre premier sujet de recherche était la cybernétique. Pourriez-vous nous dire quelques mots de cette passion pour l’informationnel qui anime la science contemporaine ?

Céline Lafontaine : J’ai étudié ces questions dans mon travail de thèse. À l’époque, à la fin des années 1990, on commençait à parler de cyberespace. J’ai essayé de comprendre l’origine de cette révolution technoscientifique, et c’est ainsi que je suis remontée à la cybernétique. Très peu de gens s’y intéressaient alors, parce que la discipline cybernétique a disparu au tournant des années 1980, tout le monde étant devenu cybernéticien. Cette science a perdu sa crédibilité du fait d’un trop grand engouement. Lire la suite…

André Pichot, La Philosophie zoologique de Lamarck, 1994

12 avril 2018 Laisser un commentaire

Portrait de LamarckLa Philosophie zoologique passe souvent pour un livre confus. Ce jugement est injuste. Il est vrai que le style de Lamarck est parfois assez relâché ; il est également vrai que l’ouvrage comprend quelques répétitions fastidieuses, et que son plan n’est pas parfait. Mais ces défauts cèdent assez facilement dès qu’on y met un peu de bonne volonté. Les principales difficultés tiennent surtout à ce que Lamarck se réfère à la biologie et à la chimie du XVIIIe siècle, et que celles-ci sont un peu oubliées de nos jours. En effet, bien que ses principaux ouvrages datent du début du XIXe, Lamarck est un homme du XVIIIe siècle (il a 65 ans quand paraît la Philosophie zoologique), et plus spécialement du XVIIIe siècle matérialiste et sensualiste (avec, en arrière-plan, un vague déisme). Pour bien saisir sa démarche et ne pas se méprendre sur ce qu’il écrit, il convient de le replacer dans ce cadre historique.

Un autre point important pour comprendre la Philosophie zoologique est de ne pas la limiter à un exposé du transformisme (Lamarck n’emploie ni le mot de transformisme, ni celui d’évolution qui n’avait pas à l’époque le sens que nous lui donnons aujourd’hui). Le transformisme n’occupe, avec la taxonomie, que la première des trois parties de l’ouvrage. Lamarck dit même s’être surtout intéressé aux deuxième et troisième parties, qui sont consacrées, respectivement, à une biologie générale, où sont établies les caractéristiques organisationnelles qui différencient les êtres vivants et les objets inanimés, et à une sorte de psychophysiologie, où la psychologie est présentée dans le prolongement de la biologie grâce aux présupposés évolutionnistes. Le projet de Lamarck était bien plus large que la seule transformation des espèces ; il entendait, par sa Philosophie zoologique, jeter les bases d’une biologie en tant que science autonome, et d’une psychologie continuant cette biologie ; l’invention du transformisme y est subordonnée. Lire la suite…

Aurélien Berlan, Libérer les animaux ou se délivrer d’eux ?, 2016

L’élevage n’a pas bonne presse, de nos jours. Il essuie de nombreuses critiques : sociales en raison de son emprise sur les terres arables, écologiques du fait des pollutions qu’il génère, sanitaires à cause des épidémies qu’il provoque et qui affectent parfois la santé humaine, mais aussi éthiques, liées à la violence qu’il fait subir aux animaux. C’est à cette critique éthique que je voudrais m’intéresser dans la perspective de ses implications pratiques et de ses présupposés politiques. L’« éthique animale » ouvrent sur deux démarches possibles : soit on cherche à minimiser la souffrance des bêtes en se préoccupant de leur « bien-être », de manière plutôt « réformiste » puisqu’il s’agit d’une politique des « petits pas en avant » supposant de collaborer avec les pouvoirs en place : exploitants, politiques, chercheurs ; soit on milite, dans le sillage du mouvement vegan, pour leur « libération » sur un mode apparemment plus « révolutionnaire » puisqu’il s’agit de rompre radicalement avec l’exploitation des animaux. Dans le monde des préoccupations « animalitaires » 1, la première position est celle des « welfaristes » (de l’anglais welfare, « bien-être ») et la seconde celle des « abolitionnistes » 2.

Tout l’intérêt du travail de Jocelyne Porcher, sur lequel je vais largement m’appuyer, est de dynamiter les lignes de front de ce débat. Elle propose une critique radicale de « l’élevage industriel » (en dévoilant la contradiction que cette expression occulte) et, dans le même mouvement, de ses critiques « welfaristes » et « abolitionnistes ». Car pour elle, toutes ces positions apparemment inconciliables vont en réalité dans le même sens : en finir avec l’élevage, rompre le lien multimillénaire qu’il tisse entre humains et animaux. Lire la suite…

Thomas Droulez, L’homme, la bête et le zombi, 2009

24 décembre 2017 Laisser un commentaire

L’originalité de l’esprit animal :
entre le réflexe et la réflexion, la conscience

La définition du terme « animalité » apparaît d’emblée comme très problématique si l’on entend par là, non simplement une sorte de qualification morale servant à établir un repoussoir par rapport à l’« humanité », mais plutôt une caractérisation positive de ce qui constitue l’originalité et la spécificité de l’essence de la vie animale, à la fois par rapport à l’essence de la vie végétale et celle de la vie humaine.

Il est intéressant de revenir aux implications de l’étymologie même des mots « animal » et « animalité ». L’animal c’est d’abord, dans une approche intuitive ancienne, l’animé, l’être doté d’une anima, c’est-à-dire d’un souffle de vie, d’une respiration gonflant ses tissus ou d’un tressaillement agitant ses membres, et, par extensions et abstractions successives, d’une force subtile communiquant un mouvement autonome à son corps.

Mais cette approche « pneumatologique » primitive et naïve ne permet pas, en soi, de distinguer ce qui, dans la communauté des êtres dits « animés », sépare la croissance d’une plante des mouvements coordonnés et parfois imprévisibles d’un animal. Ne faudrait-il pas, à l’intérieur même du domaine du vivant, établir une distinction entre différents types d’« âmes » spécialisées assurant différentes fonctions, un peu à la manière d’Aristote qui distinguait l’âme végétative ou nutritive, l’âme sensitive ou désirante et l’âme intellective ou réflexive ? L’on retrouve une idée semblable dans certaines conceptions orthogénétiques de l’évolution du vivant ou dans certaines interprétations récapitulationnistes de la psychologie du développement : cette hiérarchie et cette imbrication des fonctions seraient ainsi réinterprétées non plus dans un sens fixiste mais dans un sens évolutionniste, en faisant de chaque être vivant une sommation ou une récapitulation de certaines fonctions qu’il partage avec ses précurseurs et de certaines autres fonctions qui lui sont propres et préfigurent elles-mêmes l’avènement d’êtres ultérieurs. Le problème qu’il y a à surmonter dans l’optique d’une définition unitaire de ce qui fonde l’originalité de la vie animale provient surtout de la multiplicité des créatures vivantes plus ou moins exotiques et complexes que l’on entend regrouper et englober sous une même définition. Il y a donc un effort à faire si l’on tient à discerner et distinguer rigoureusement ce qui doit l’être. Il sera donc question ici de l’« animalité » de l’animal dans une perspective existentielle et surtout psychologique, cherchant à naviguer entre les écueils respectifs du « chauvinisme » anthropocentriste et du « libéralisme » panpsychiste. Ces deux types d’annexion de la vie animale oublient que l’un des véritables tournants de l’évolution du vivant s’est joué dans l’apparition des animaux, à savoir, comme nous allons le voir, la constitution d’une ouverture perceptive au monde et d’une auto-mobilité qui, libérée du réflexe, a rendu possible l’apparition de la conscience. Lire la suite…

Jacques Dewitte, Hans Jonas, 2007

16 février 2017 Laisser un commentaire

philosophe de la nature

Hans Jonas (1903-1993) est principalement connu en France comme le philosophe par excellence de l’écologie critique. Comme celui qui s’oppose à l’artificialisation du vivant et à l’exploitation sans frein de la nature, au nom d’un nouvel impératif catégorique : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » ; ou, pour l’exprimer négativement : « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie » ; « Ne compromets pas les conditions de la survie indéfinie de l’humanité sur terre » ; ou encore, formulé de nouveau positivement : « Inclus dans ton choix actuel l’intégrité future de l’homme comme objet secondaire de ton vouloir. » [Le principe responsabilité, 1990, pp. 30-31.] Qu’on l’accepte ou qu’on le refuse, il ne fait pas de doute que le « principe responsabilité » est au cœur des débats contemporains les plus aigus et les plus lourds de conséquences pour l’avenir. Toutefois, on en saisirait mal la portée si on l’isolait de l’ensemble de la trajectoire philosophique de Hans Jonas, qui est beaucoup plus riche et importante qu’on ne l’imagine le plus souvent dans l’hexagone. Lire la suite…

Recension: S. Pouteau (dir.), Génétiquement indéterminé, 2007

15 novembre 2016 Laisser un commentaire

Sylvie Pouteau (dir.),
Génétiquement indéterminé.
Le vivant auto-organisé,
éd. Quae, 2007, 169 p.

Le vivant obéit à des lois internes, difficiles à appréhender. Faut-il pour autant recourir à des explications de mécanismes et de programmes conçus sur le modèle des machines fabriquées par l’homme ? Plus les hommes de science étudient le vivant comme s’il s’agissait d’une machine encore inconnue, plus le « moteur » leur paraît compliqué et plus il y a de questions. Le vaste domaine que représente la génétique animale et végétale n’a pas échappé aux interrogations de ses chercheurs.

Ce questionnement a atteint un seuil très sensible, au point d’avoir ébranlé le confort intellectuel jusqu’ici offert par le « vivant-machine » et le déterminisme génétique. D’où la dédicace assez émouvante présentée en tête de ce livre par la coordinatrice scientifique, S. Pouteau :

« à tous ceux qui auront l’enthousiasme et le courage de frayer de nouvelles approches pour comprendre l’organisme vivant et le délivrer du statut de machine dans lequel il est resté confiné depuis les Lumières dont il est permis de penser qu’elles n’ont pas suffisamment brillé en la matière. »

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Craig Holdrege, L’évolution comme mouvement vers l’autonomie, 2014

17 juin 2016 Laisser un commentaire

Bernd Rosslenbroich

L’Origine de l’autonomie

Un nouveau regard sur les transitions majeures dans l’évolution des espèces

éd. Springer, 2014, 297 pages, 61 illustrations.

Les protozoaires unicellulaires, les méduses, les oursins, les calmars, les espadons, et les dauphins sont tous merveilleusement adaptés à la vie dans l’eau. Mais ce fait nous dit peu de choses sur la façon dont chacune de ces créatures vit sa vie. Tous ces animaux sont organisés différemment les uns des autres – ils appartiennent à des embranchements ou des classes différentes – et la façon dont ils sont organisés leur permet d’interagir avec des environnements et de créer des relations qui sont propres à chacun. Ils ont tous leur « manière d’être ». Selon la théorie de l’évolution darwinienne classique, les animaux ont évolué et survécu parce qu’ils sont bien adaptés aux circonstances que présente l’environnement (ils sont le produit de ce que l’on appelle la sélection naturelle). Mais la sélection naturelle ne tient pas compte des formes et de l’organisation particulières des différents animaux. Elle ne peut interagir qu’avec ce qui existe déjà et « éliminer » ce qui est pas adapté. Lire la suite…

Bernd Rosslenbroich, L’Origine de l’autonomie, 2014

10 juin 2016 Laisser un commentaire

Bernd Rosslenbroich

L’origine de l’autonomie

Un nouveau regard sur les transitions majeures dans l’évolution des espèces

éd. Springer, 2014.

Nous proposons ci-dessous au lecteur la traduction de la présentation et du résumé des chapitres de l’ouvrage de Bernd Rosslenbroich, biologiste évolutionniste à l’Université Witten-Herdecke en Allemagne, L’origine de l’autonomie, un nouveau regard sur les transitions majeures dans l’évolution des espèces (éd. Springer, 2014, env. 300 pages). En effet, celui-ci rejoint par certain aspect les réflexions et les recherches que nous avons ici publiées sur l’autonomie du vivant. Néanmoins, et sans encore en proposer une critique détaillée, nous ferons rapidement quelques remarques d’ordre général : Lire la suite…

Bernd Rosslenbroich, On the Origin of Autonomy, 2014

10 juin 2016 Laisser un commentaire

Bernd Rosslenbroich

On the Origin of Autonomy

A New Look at the Major Transitions in Evolution

Springer, 2014.

This volume describes features of biological autonomy and integrates them into the recent discussion of factors in evolution. In recent years ideas about major transitions in evolution are undergoing a revolutionary change. They include questions about the origin of evolutionary innovation, their genetic and epigenetic background, the role of the phenotype, and of changes in ontogenetic pathways. In the present book, it is argued that it is likewise necessary to question the properties of these innovations and what was qualitatively generated during the macroevolutionary transitions.

The author states that a recurring central aspect of macroevolutionary innovations is an increase in individual organismal autonomy whereby it is emancipated from the environment with changes in its capacity for flexibility, self-regulation and self-control of behavior.

The first chapters define the concept of autonomy and examine its history and its epistemological context. Later chapters demonstrate how changes in autonomy took place during the major evolutionary transitions and investigate the generation of organs and physiological systems. They synthesize material from various disciplines including zoology, comparative physiology, morphology, molecular biology, neurobiology and ethology. It is argued that the concept is also relevant for understanding the relation of the biological evolution of man to his cultural abilities.

Finally the relation of autonomy to adaptation, niche construction, phenotypic plasticity and other factors and patterns in evolution is discussed. The text has a clear perspective from the context of systems biology, arguing that the generation of biological autonomy must be interpreted within an integrative systems approach. Lire la suite…