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Posts Tagged ‘automobile’

Olivier Rey, Le transhumanisme comme régression, 2014

27 mars 2018 Laisser un commentaire

Au début du XVIIe siècle, Cervantès a mis en scène dans le premier roman moderne, Don Quichotte, un personnage si imbu de romans de chevalerie que c’est à travers eux qu’il appréhendait la réalité, ce qui lui valut bien des déboires. Au XIXe siècle, Flaubert a raconté une histoire similaire : à la place de Don Quichotte parcourant l’Espagne, madame Bovary dans la campagne normande, à la place des romans de chevalerie qui ont détraqué l’esprit du Quichotte, les romans d’amour de style troubadour qui ont égaré Emma. Là encore, la confrontation à la réalité est douloureuse. Peut-être qu’au XXIe siècle, il faudra écrire l’histoire d’un être gavé de propagande transhumaniste, et déconfit de ne pas trouver dans les implants, prothèses, augmentations et autres interfaces corps-machine l’accomplissement et l’enchantement qu’on lui prédisait et qu’il se promettait. Lire la suite…

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Recension: Écraseurs! Les méfaits de l’automobile, 2015

25 mars 2016 Laisser un commentaire

Écraseurs !

Les méfaits de l’automobile

documents réunis par Pierre Thiesset,

éd. Le pas de côté, 2015, 334 p., 16 euros.

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Ce livre très riche et foisonnant, dont le titre claque comme un avertissement ou une menace, propose une exploration des premiers temps de l’automobile, entre les années 1880 et le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Pierre Thiesset, qui a fondé et anime la jeune maison d’édition Le Pas de côté, s’est visiblement plongé avec délectation dans la presse et la littérature de la mal nommée « Belle Epoque » pour recueillir des centaines de textes et d’images évoquant la vaste controverse qui accompagne, en France, les débuts de l’automobile. En dépit d’essais antérieurs, en général peu concluants, la voiture sans cheval ne commence réellement à prendre son essor que dans les années 1870-1880 lorsque divers constructeurs proposent leurs premiers modèles. Mais durant plusieurs décennies, la nouvelle trajectoire technique reste fragile et vivement contestée, associée à un élitisme illégitime, ou considérée comme trop dangereuse, voire parfaitement irrationnelle. L’histoire des débuts de l’automobile et de la motorisation des transports terrestres a déjà suscité de nombreux travaux qui ont montré la complexité et les ambivalences du processus. La vision héroïque de l’automobile s’imposant naturellement comme un prodige technologique ardemment désiré par les populations ne tient plus. Lire la suite…

Norbert Wiener, Lettre au syndicaliste Walter Reuther, 1949

8 janvier 2016 Laisser un commentaire

South Tamworth, 13 août 1949.

A Walter Reuther,
Union of Automobile Workers (UAW),
Détroit, Michigan.

Cher Monsieur Reuther,

Tout d’abord, je vais me présenter. Je suis professeur de mathématiques au Massachusetts Institute of Technology, et auteur d’un livre paru récemment, La Cybernétique. Comme vous le verrez si vous connaissez ce livre, je m’intéresse depuis longtemps à la question des automates et de leurs conséquences sociales. Ces conséquences me paraissent tellement énormes que j’ai tenté à plusieurs reprises d’entrer en contact avec le mouvement syndical, pour essayer de leur expliquer ce que l’on peut attendre des automates dans un futur proche. Cette situation a atteint un point critique, car j’ai été approché récemment par un grand groupe industriel qui m’a demandé de le conseiller sur l’opportunité de fabriquer des servo-mécanismes, c’est-à-dire des mécanismes de commande artificielle, dans le cadre de son programme de développement. Lire la suite…

Norbert Wiener, Letter to UAW President Walter Reuther, 1949

8 janvier 2016 Laisser un commentaire

Letter from a leading scientist to the head of the American auto workers union warning him about new technology and the negative impact it would have on manufacturing workers.

South Tamworth, August 13, 1949

Walter Reuther
Union of Automobile Workers
Detroit, Michigan

Dear Mr. Reuther,

First, I should like to explain who I am. I am Professor of Mathematics at the Massachusetts Institute of Technology, and I am the author of the recently published book, Cybernetics. As you will see, if you know of this book, I have been interested for a long time in the problem of automatic machinery and its social consequences. These consequences seem to me so great that I have made repeated attempts to get in touch with the Labor Union movement, and to try to acquaint them with what may be expected of automatic machinery in the near future. This situation has been brought to a head by the fact that I have been approached recently by one of the leading industrial corporations with the view to advising them as to whether to go into the problem of making servo-mechanisms, that is, artificial control mechanisms, as part of their extended program. Lire la suite…

André Gorz, L’idéologie sociale de la bagnole, 1973

27 avril 2015 Laisser un commentaire

Le vice profond des bagnoles, c’est qu’elles sont comme les châteaux ou les villa sur la Côte : des biens de luxe inventés pour le plaisir exclusif d’une minorité de très riches et que rien, dans leur conception et leur nature, ne destinait au peuple. A la différence de l’aspirateur, de l’appareil de T.S.F. ou de la bicyclette, qui gardent toute leur valeur d’usage quand tout le monde en dispose, la bagnole, comme la villa sur la côte, n’a d’intérêt et d’avantages que dans la mesure où la masse n’en dispose pas. C’est que, par sa conception comme par sa destination originelle, la bagnole est un bien de luxe. Et le luxe, par essence, cela ne se démocratise pas : si tout le monde accède au luxe, plus personne n’en tire d’avantages ; au contraire : tout le monde roule, frustre et dépossède les autres et est roulé, frustré et dépossédé par eux. Lire la suite…

André Gorz, The Social Ideology of the Motorcar, 1973

27 avril 2015 Laisser un commentaire

The worst thing about cars is that they are like castles or villas by the sea: luxury goods invented for the exclusive pleasure of a very rich minority, and which in conception and nature were never intended for the people. Unlike the vacuum cleaner, the radio, or the bicycle, which retain their use value when everyone has one, the car, like a villa by the sea, is only desirable and useful insofar as the masses don’t have one. That is how in both conception and original purpose the car is a luxury good. And the essence of luxury is that it cannot be democratised. If everyone can have luxury, no one gets any advantages from it. On the contrary, everyone diddles, cheats, and frustrates everyone else, and is diddled, cheated, and frustrated in return. Lire la suite…