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Posts Tagged ‘automobile’

Paul Goodman, Le réalisme utopique, 1961

10 juillet 2019 Laisser un commentaire

Le radicalisme de Paul Goodman repose sur un double utopisme :

— Un utopisme social de caractère réformiste (infléchir la société, à ses différents niveaux, vers plus de communauté et de convivialité) ;

— Un utopisme individuel de caractère révolutionnaire (affirmer dans les actes le primat, l’autonomie et la puissance de la personne, opposer souverainement le contre-pouvoir de la personne à la toute-puissance de la société technobureaucratique).

Dans le texte qui suit, Goodman se borne à exposer certains aspects de son utopisme social, l’autre versant de sa pensée se trouvant éclairé par l’œuvre romanesque (notamment The Empire City) et la vie même de l’auteur.

B. V.

Ambiguïtés

Après une longue période de réalisme « scientifique » marxiste et de réalisme « positif » capitaliste, nos experts en sciences sociales se sont mis à louer la « pensée utopiste ». Depuis la guerre, l’anthropologie culturelle des Américains a ainsi connu deux phases de développement : d’abord un torrent de critique sociale populaire et aujourd’hui un intérêt marqué pour les finalités et l’utopie. Que signifie ce nouveau langage ? Quand est-il utilisé ? Que cache-t-il ? Lire la suite…

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Célia Izoard, La voiture autonome? Une catastrophe écologique, 2019

20 avril 2019 Laisser un commentaire

L’industrie automobile prépare activement la généralisation des véhicules autonomes. Problème : leur mise en œuvre à grande échelle aurait des conséquences écologiques très néfastes.

Dans le principe, la prouesse technologique consistant à remplacer par des machines les innombrables opérations complexes qu’effectue une personne au volant paraît difficilement compatible avec l’idée de sobriété. Lire la suite…

Gilets jaunes : démocratie directe versus réseaux sociaux

12 décembre 2018 Laisser un commentaire

« Macron démission ! » Oui, et après ?

Si c’est pour mettre à sa place un autre oligarque, un autre homme ou une femme providentiels qui assouvira ses obsessions narcissiques et ses fantasmes de puissance en prétendant nous représenter, à quoi bon battre le pavé dans le froid et sous la pluie ? Quand une majorité de citoyens ne veulent plus payer l’impôt et expriment leur défiance envers les « corps intermédiaires » (partis, syndicats, associations…) qui les grugent depuis des décennies, quand l’abstention devient le parti majoritaire, quand des centaines de milliers de Français bloquent leur pays pour réclamer la démission du chef de l’État, c’est bien que l’actuelle « démocratie représentative » (qui n’a plus de démocratie que le nom) est en faillite. Nous devons retrouver notre souveraineté en inventant d’autres formes d’organisation. Lire la suite…

Célia Izoard, Des robots dans la ville, 2016

28 novembre 2018 Laisser un commentaire

Fin septembre, les organisateurs de la Toulouse robot race (en français courant, course de robots de Toulouse), annonçaient une déferlante de machines menaçantes dans les rues de la ville. Les ingénieurs et passionnés d’informatique allaient faire rouler leurs engins autonomes à tombeau ouvert. Fascinés par les robots boiteux, les médias étaient là pour relayer l’événement.

Reportage de notre envoyée spéciale Célia Izoard – journaliste et traductrice. Lire la suite…

Radio: Jean-Baptiste Fressoz, Le mythe de la transition énergétique, 2018

13 novembre 2018 Laisser un commentaire

Conférence de Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement, qui montre comment la « transition énergétique » est un mythe forgé par des experts afin de neutraliser la charge critique de la « crise de l’énergie » et du changement climatique. Il montre comment les choix technologiques des États et des classes dominantes ont systématiquement écarté les énergies renouvelables et les solutions collectives, imposant partout la recherche de la puissance et du résultat immédiat au détriment du rendement et de l’économie de ressources.

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Le mythe de la transition énergétique

63 mn

Racine de moins un, une émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle diffusée sur Radio Zinzine.

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Olivier Rey, Le transhumanisme comme régression, 2014

27 mars 2018 Laisser un commentaire

Au début du XVIIe siècle, Cervantès a mis en scène dans le premier roman moderne, Don Quichotte, un personnage si imbu de romans de chevalerie que c’est à travers eux qu’il appréhendait la réalité, ce qui lui valut bien des déboires. Au XIXe siècle, Flaubert a raconté une histoire similaire : à la place de Don Quichotte parcourant l’Espagne, madame Bovary dans la campagne normande, à la place des romans de chevalerie qui ont détraqué l’esprit du Quichotte, les romans d’amour de style troubadour qui ont égaré Emma. Là encore, la confrontation à la réalité est douloureuse. Peut-être qu’au XXIe siècle, il faudra écrire l’histoire d’un être gavé de propagande transhumaniste, et déconfit de ne pas trouver dans les implants, prothèses, augmentations et autres interfaces corps-machine l’accomplissement et l’enchantement qu’on lui prédisait et qu’il se promettait. Lire la suite…

Recension: Écraseurs! Les méfaits de l’automobile, 2015

25 mars 2016 Laisser un commentaire

Écraseurs !

Les méfaits de l’automobile

documents réunis par Pierre Thiesset,

éd. Le pas de côté, 2015, 334 p., 16 euros.

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Ce livre très riche et foisonnant, dont le titre claque comme un avertissement ou une menace, propose une exploration des premiers temps de l’automobile, entre les années 1880 et le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Pierre Thiesset, qui a fondé et anime la jeune maison d’édition Le Pas de côté, s’est visiblement plongé avec délectation dans la presse et la littérature de la mal nommée « Belle Epoque » pour recueillir des centaines de textes et d’images évoquant la vaste controverse qui accompagne, en France, les débuts de l’automobile. En dépit d’essais antérieurs, en général peu concluants, la voiture sans cheval ne commence réellement à prendre son essor que dans les années 1870-1880 lorsque divers constructeurs proposent leurs premiers modèles. Mais durant plusieurs décennies, la nouvelle trajectoire technique reste fragile et vivement contestée, associée à un élitisme illégitime, ou considérée comme trop dangereuse, voire parfaitement irrationnelle. L’histoire des débuts de l’automobile et de la motorisation des transports terrestres a déjà suscité de nombreux travaux qui ont montré la complexité et les ambivalences du processus. La vision héroïque de l’automobile s’imposant naturellement comme un prodige technologique ardemment désiré par les populations ne tient plus. Lire la suite…

Norbert Wiener, Lettre au syndicaliste Walter Reuther, 1949

8 janvier 2016 Laisser un commentaire

South Tamworth, 13 août 1949.

A Walter Reuther,
Union of Automobile Workers (UAW),
Détroit, Michigan.

Cher Monsieur Reuther,

Tout d’abord, je vais me présenter. Je suis professeur de mathématiques au Massachusetts Institute of Technology, et auteur d’un livre paru récemment, La Cybernétique. Comme vous le verrez si vous connaissez ce livre, je m’intéresse depuis longtemps à la question des automates et de leurs conséquences sociales. Ces conséquences me paraissent tellement énormes que j’ai tenté à plusieurs reprises d’entrer en contact avec le mouvement syndical, pour essayer de leur expliquer ce que l’on peut attendre des automates dans un futur proche. Cette situation a atteint un point critique, car j’ai été approché récemment par un grand groupe industriel qui m’a demandé de le conseiller sur l’opportunité de fabriquer des servo-mécanismes, c’est-à-dire des mécanismes de commande artificielle, dans le cadre de son programme de développement. Lire la suite…

Norbert Wiener, Letter to UAW President Walter Reuther, 1949

8 janvier 2016 Laisser un commentaire

Letter from a leading scientist to the head of the American auto workers union warning him about new technology and the negative impact it would have on manufacturing workers.

South Tamworth, August 13, 1949

Walter Reuther
Union of Automobile Workers
Detroit, Michigan

Dear Mr. Reuther,

First, I should like to explain who I am. I am Professor of Mathematics at the Massachusetts Institute of Technology, and I am the author of the recently published book, Cybernetics. As you will see, if you know of this book, I have been interested for a long time in the problem of automatic machinery and its social consequences. These consequences seem to me so great that I have made repeated attempts to get in touch with the Labor Union movement, and to try to acquaint them with what may be expected of automatic machinery in the near future. This situation has been brought to a head by the fact that I have been approached recently by one of the leading industrial corporations with the view to advising them as to whether to go into the problem of making servo-mechanisms, that is, artificial control mechanisms, as part of their extended program. Lire la suite…

André Gorz, L’idéologie sociale de la bagnole, 1973

27 avril 2015 Laisser un commentaire

Le vice profond des bagnoles, c’est qu’elles sont comme les châteaux ou les villa sur la Côte : des biens de luxe inventés pour le plaisir exclusif d’une minorité de très riches et que rien, dans leur conception et leur nature, ne destinait au peuple. A la différence de l’aspirateur, de l’appareil de T.S.F. ou de la bicyclette, qui gardent toute leur valeur d’usage quand tout le monde en dispose, la bagnole, comme la villa sur la côte, n’a d’intérêt et d’avantages que dans la mesure où la masse n’en dispose pas. C’est que, par sa conception comme par sa destination originelle, la bagnole est un bien de luxe. Et le luxe, par essence, cela ne se démocratise pas : si tout le monde accède au luxe, plus personne n’en tire d’avantages ; au contraire : tout le monde roule, frustre et dépossède les autres et est roulé, frustré et dépossédé par eux. Lire la suite…