Mara Hvistendahl, Inside China’s Vast New Experiment in Social Ranking, 2018

In 2015, when Lazarus Liu moved home to China after studying logistics in the United Kingdom for three years, he quickly noticed that something had changed: Everyone paid for everything with their phones. At McDonald’s, the convenience store, even at mom-and-pop restaurants, his friends in Shanghai used mobile payments. Cash, Liu could see, had been largely replaced by two smartphone apps: Alipay and WeChat Pay. One day, at a vegetable market, he watched a woman his mother’s age pull out her phone to pay for her groceries. He decided to sign up.

To get an Alipay ID, Liu had to enter his cell phone number and scan his national ID card. He did so reflexively. Alipay had built a reputation for reliability, and compared to going to a bank managed with slothlike indifference and zero attention to customer service, signing up for Alipay was almost fun. With just a few clicks he was in. Alipay’s slogan summed up the experience: “Trust makes it simple.” Lire la suite »

Célia Izoard, La voiture autonome? Une catastrophe écologique, 2019

L’industrie automobile prépare activement la généralisation des véhicules autonomes. Problème : leur mise en œuvre à grande échelle aurait des conséquences écologiques très néfastes.

Dans le principe, la prouesse technologique consistant à remplacer par des machines les innombrables opérations complexes qu’effectue une personne au volant paraît difficilement compatible avec l’idée de sobriété. Lire la suite »

Faut Pas Pucer, Au Forum toulousain de la Robotique Agricole, 2018

Ce mardi 11 décembre 2018, le Forum International de Robotique Agricole à Toulouse-Labège a été interrompu pendant une heure par une trentaine d’opposants.

Nous avons occupé la scène du grand amphithéâtre du centre des congrès Diagora, en déployant plusieurs banderoles : « Des paysans, des animaux, pas des robots » ; « Des chantiers collectifs, pas des robots sélectifs » ; « Débranchez-les tous ». Le tract ci-dessous a été distribué aux centaines de personnes qui assistaient aux conférences depuis le matin. Quelques participants à cette perturbation étaient vêtus d’un gilet jaune.Lire la suite »

Célia Izoard, Des robots dans la ville, 2016

Fin septembre, les organisateurs de la Toulouse robot race (en français courant, course de robots de Toulouse), annonçaient une déferlante de machines menaçantes dans les rues de la ville. Les ingénieurs et passionnés d’informatique allaient faire rouler leurs engins autonomes à tombeau ouvert. Fascinés par les robots boiteux, les médias étaient là pour relayer l’événement.

Reportage de notre envoyée spéciale Célia Izoard – journaliste et traductrice.Lire la suite »

Écran Total, Aux assises de Technologos, une promotion à peine voilée de l’agriculture connectée, 2018

Qu’est-ce qui a pris Technologos d’inviter le journaliste Vincent Tardieu aux assises de Technologos?

Rappelons tout d’abord que Technologos est une association «technocritique», pour reprendre le titre d’un livre de François Jarrige, axée sur la discussion et la diffusion d’idées. Combattre certains lieux communs, («la technique est neutre, ce n’est qu’un outil, la technologie va sauver le monde»), comme l’indique leur dernière lettre d’information, promouvoir la pensée d’auteurs comme Ellul ou Charbonneau. En me rendant à ces sixièmes assises, consacrées à l’agriculture, je ne m’attendais pas à des discours enflammés et des appels à l’action directe. Mais bon, en matière d’action et de ton à adopter, personne n’a encore trouvé la formule magique. À Écran Total *, on la cherche activement, mais en attendant, on ne crache pas sur des initiatives de discussion honnêtes et un peu approfondies, autrement dit en décalage avec ce qui se fait un peu partout, dans les colloques universitaires par exemple, où on déploie une belle énergie à noyer le poisson, à grands coups de power point et de pseudo-neutralité scientifique.Lire la suite »

Célia Izoard, Les technologies bouleversent le quotidien pour mieux conserver le statu quo, 2017

« Il faut tout changer pour que rien ne change. »

Cette formule célèbre de l’écrivain sicilien Tommasi dans Le Guépard résume la frénésie d’innovation des dirigeants politiques. François Fillon voudrait faire de la France « une start-up nation », Jean-Luc Mélenchon, nouvelle icône de la réalité virtuelle, une « République numérique », et Marine Le Pen, un « pays d’innovation ». Véritable Shiva de l’innovation, Emmanuel Macron n’aurait pas assez de mains pour actionner tous les leviers par lesquels il promet de la stimuler. Même Benoît Hamon, dont les réserves à ce sujet constituent une anomalie au PS, ne remet pas en cause le développement de la numérisation et l’automatisation, mais propose de compenser les suppressions d’emplois par une taxe sur les robots et le revenu universel. Le caractère inéluctable du développement technoscientifique est le seul consensus qui traverse l’ensemble de la classe politique.Lire la suite »

Pierre Souyri, La généralisation de l’automation, 1979

Vraisemblablement, le capitalisme va chercher à combiner les diverses ripostes qu’il peut opposer à la chute du taux de profit, plutôt que de se lancer à fond dans des politiques aux conséquences au demeurant réactionnaires de réduction massive du capital variable par la baisse des salaires et d’organisation du chômage dans les pays avancés, et qui, à terme, mèneraient le système à l’impasse et sans doute à la régression historique. L’utilisation conjointe et combinée des politiques inflationnistes, de stagnation et de baisse du niveau de vie, d’appel à la main-d’œuvre immigrée et d’exportation de certaines industries, se réalise dans les faits depuis 1974 et contribue certainement au rétablissement partiel du taux de profit. Mais de telles politiques risquent d’être très conjoncturelles. Pour exploiter les innovations technologiques que le système a mises en réserve et implanter les nouveaux ensembles productifs fondés sur une technologie de pointe à haute productivité, il faut réaliser un bond en avant dans les techniques mêmes de l’organisation du travail, c’est-à-dire généraliser l’automation dans les usines et les bureaux.

Pierre Souyri, La dynamique du capitalisme au XXe siècle, éd. Payot, 1983, p. 246.Lire la suite »

Recension : D. Noble, Le progrès sans le peuple, 2016

David Noble, Le progrès sans le peuple. Ce que les nouvelles technologies font au travail, traduit de l’américain par Célia Izoard, éd. Agone, 2016.

Publié initialement en anglais au début des années 1990, ce petit ouvrage regroupe divers textes de combats rédigés au cours des années 1980, lorsque les discours managériaux, la mondialisation économique et les mutations technologiques remodelaient en profondeur les mondes du travail aux États-Unis. Très loin d’un travail universitaire classique, il s’agit d’un ouvrage engagé et pamphlétaire, qui visait à diffuser un « message de résistance » auprès des classes populaires confrontées à « la propagande des grands groupes qui se poursuit sans relâche et sans honte » (p. 8).

Le livre de David Noble est à la fois un essai politique, une synthèse historique, mais aussi un témoignage personnel et vivant sur les mutations du capitalisme contemporain. En dépit de son ancienneté et de ses références évidemment un peu datées, ce livre reste précieux pour penser les enjeux contemporains ; vingt ans après sa première publication sa lecture demeure d’ailleurs toujours aussi rafraîchissante et éclairante pour appréhender le monde en train d’advenir.Lire la suite »

François Jarrige, Les hommes remplacés par des robots, 2014

De plus en plus de tâches sont automatisées, accomplies par des machines. Un gigantesque appareillage technique permet de répondre à nos besoins sans que nous n’ayons à utiliser nos mains ni notre cerveau. Dépendant d’esclaves mécaniques qui produisent à sa place, l’homme sans travail n’a-t-il plus qu’à revendiquer le droit à la paresse ?

Deux économistes américains viennent de publier un ouvrage intrigant et fascinant intitulé Le second âge des machines 1. Analysant les effets des rapides transformations technologiques en cours avec l’informatisation et l’expansion considérable du numérique, ils proposent une thèse forte : nous serions entrés dans un « deuxième âge des machines » qui se caractériserait par l’automatisation des activités dans lesquelles les humains et les « fonctions cognitives » étaient considérées jusque là comme indispensables. Alors que le premier âge des machines, celui qui s’était engagé avec la « Révolution industrielle » du début du XIXe siècle, se caractérisait par l’automatisation des tâches nécessitant un effort physique, le nouvel âge des machines viserait quant à lui au remplacement des fonctions intellectuelles elles-mêmes.Lire la suite »

Célia Izoard, Lettres aux roboticiens, 2015

La revue Z écrit à des chercheurs du LAAS-CNRS à Toulouse

CouvertureZ9Philippe Soueres et Jean-Paul Laumond font partie des roboticiens de l’équipe Gepetto du LAAS-CNRS qui nous ont reçus pour nous expliquer quel sens ils voyaient à développer des robots humanoïdes dans la société d’aujourd’hui. Quelques semaines plus tard, nous leur avons adressé ces courriers.

Situé sur le campus de la fac de sciences, le Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes (LAAS) est, avec ses quelque 500 chercheurs, la plus grosse unité du CNRS en France. En partenariat étroit avec les grands groupes (Alcatel, Orange, Siemens, Freescale…), on y développe depuis 1968 tout un monde d’objets emblématiques de ce qu’on appelle le high-tech et de sa convergence avec les paysages de la science- fiction : réseaux informatiques, puces électroniques, capteurs, micro-drones, robots-compagnons, interfaces vivant- machine, bio- et nanotechnologies.

Z est allé à la rencontre des chercheurs de l’équipe Gepetto, qui travaillent sur les grands programmes actuels de robotique humanoïde, et leur a soumis un questionnaire sur la responsabilité sociale des chercheurs, qui leur demandait notamment :

« Disposez-vous d’un moyen de contrôler quel organisme va exploiter vos travaux et à quelles fins ? »

« Qu’est-ce qui définit, selon vous, une recherche socialement bénéfique ? »

« Pensez-vous que le scientifique/ l’équipe de recherche devrai(en)t avoir plus de contrôle sur les applications résultant de ses/leurs découvertes ? »

« Pensez-vous que des revendications de ce type (le fait d’exiger un contrôle sur les applications, ou le financement d’une recherche scientifique socialement bénéfique) devraient trouver leur place aux côtés de revendications pour le statut ou le salaire ? »

Le but de ces rencontres était d’ouvrir un débat « à la source » sur les conséquences de la robotisation du monde. Après avoir entendu plusieurs chercheurs exposer leurs travaux, nous avons adressé à deux d’entre eux une lettre ouverte contestant les justifications de la recherche actuelle en robotique.Lire la suite »