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Posts Tagged ‘Areva’

Mathieu Gaulène, Le nucléaire en Asie, 2016

Auteur de nombreux articles sur Fukushima et ses suites, la politique énergétique du Japon ou l’opposition au nucléaire, le journaliste Mathieu Gaulène vient de publier un livre intitulé Le nucléaire en Asie. Fukushima, et après ? aux éditions Picquier. L’auteur dresse un bilan très documenté sur le nucléaire en Asie, cinq ans après la catastrophe. L’occasion pour le blog de Fukushima de lui poser quelques questions.

Question : Où étiez-vous en mars 2011 et qu’avez-vous ressenti lors du début de la catastrophe nucléaire ?

Mathieu Gaulène : En mars 2011, j’étais encore à Paris et je me préparais à aller vivre au Japon. Cet évènement m’a beaucoup choqué et dès les premières heures j’ai pensé au risque d’un accident nucléaire. J’avais en fait réalisé un mémoire sur le mouvement antinucléaire japonais en 2009, et durant mes recherches à Tokyo et Rokkasho-mura, où une usine de retraitement a été construite par la France, j’avais pu constater l’incurie de l’industrie nucléaire nippone, son arrogance alors même que de nombreux signaux d’alertes étaient déjà au rouge. Lire la suite…

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François Jarrige, Bure, des hiboux face aux autruches, 2018

12 janvier 2019 Laisser un commentaire

Le futur centre de stockage géologique des déchets les plus radioactifs du parc français de Bure (Meuse) est le théâtre de résistances que le gouvernement français tente d’étouffer par tous les moyens. Ces militants responsables ne font pourtant que répondre à l’injonction présidentielle de juin 2017 consistant à « make our planet great again ».

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La répression se déploie avec une force inédite autour du projet d’enfouissement des déchets nucléaire à Bure, témoignant des enjeux politiques considérables qui se jouent là-bas. Une cinquantaine de procès, 28 interdictions de territoire, deux ans de prison ferme et plusieurs centaines de mois avec sursis cumulés, voici le résultat d’une situation absurde qui se déroule sans que personne ou presque ne s’en offusque.

Depuis l’ouverture en juin 2017 d’une instruction judiciaire pour « association de malfaiteurs » et l’évacuation, en février 2018, du bois Lejuc, la police et la justice surveillent et tentent d’asphyxier la lutte locale dans un contexte où le projet doit entrer dans sa phase de réalisation concrète. Les premiers travaux pour construire une voie ferrée censée acheminer les déchets démarrent cet automne alors que la demande d’autorisation de construction n’a pas officiellement été déposée, prévue initialement mi-2018 elle le sera en 2019. Les autorités inquiètent vont tout faire pour que le calendrier soit respecté et que l’opposition reste confinée, il ne faut surtout pas que Bure devienne une grande cause comparable à Notre-Dame-des-Landes. Lire la suite…

Thierry Ribault, Nucléaire : une maladie d’État, 2017

12 juin 2017 Laisser un commentaire

Les formes multiples que revêt la transmission intergénérationnelle de cette maladie d’État qu’est le nucléaire, ne semblent pas émouvoir. Au contraire. « Le nucléaire est un choix français et un choix d’avenir. C’est le rêve prométhéen ! », selon Emmanuel Macron, rejoint par Corinne Lepage. S’agit-il d’un rêve prométhéen ou d’un cauchemar ?

« C’est dit c’est fait », gazouillait sans ponctuation, Ségolène Royal sur les réseaux sociaux, deux semaines avant les élections présidentielles, annonçant la signature et la publication du décret autorisant l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim. Il fallait bien une fois de plus sauver les apparences, trompeuses par définition. De fait, outre l’ « indemnisation » de 450 millions d’euros qui sera versée à EdF d’ici à 2021 pour compenser les pertes de recettes des deux réacteurs, et les indemnités versées jusqu’en 2041 au même opérateur en fonction de paramètres tels que l’évolution des tarifs de l’électricité, c’est aussi au prix d’un démarrage à venir de l’EPR de Flamanville, dont le chantier a été lancé en 2007 et le coût initial de 3,3 milliards d’euros réestimé en 2015 à 10,5 milliards, que la fermeture de Fessenheim a été concédée. Où l’on voit à l’œuvre Mme Royal, présidente de la COP 21, chargée des relations internationales sur le climat, candidate (perdante, bien que le poste ait été « promis à une femme ») à la direction du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et accessoirement représentant spécial de la communauté des « responsables » passés maîtres dans l’art de relancer le nucléaire en se donnant des airs d’en sortir.

On s’en étonnera peu, tant les chantages sont monnaie courante dans ce secteur d’activité où se vérifie pleinement la loi selon laquelle tout ce qui n’est jamais sanctionné est véritablement permis. C’est que le nucléaire est en effet une maladie d’État. Qu’il en soit propriétaire ou non, que le « parc » sur lequel il est censé veiller soit en marche ou à l’arrêt, qu’il finance l’avant catastrophe, la préparation à celle-ci, ou sa « gestion » après qu’elle soit survenue, l’État doit indéfiniment ponctionner les ressources collectives pour faire face à la récidive atomique. Nous proposons de rendre compte de quelques manifestations récentes et pour le moins spectaculaires des différentes facettes de cette infirmité structurelle qui touche l’État atomique dans de nombreux pays. Lire la suite…

AREVA en Inde

18 avril 2011 Laisser un commentaire

L’industrie nucléaire française irradie à travers le monde. Voici un rapide aperçu de ses projets et des méthodes employées pour les imposer en Inde, une des démocraties les plus populeuses du globe.

Il y a actuellement deux projets nucléaires en cours. A Haripur (sur la pointe ouest du Bengale, à la frontière avec l’Orissa), le gouvernement local a mis le projet de centrale, en partenariat avec les Russes, en veilleuse, suite à de nombreux conflits causés les quatre dernières années par des expulsions forcées de populations au profit d’usines chimiques géantes (Dow Chemical) et de l’industrie automobile (Tata). Malgré une terreur organisée (viols, pogroms, police tirant sur la foule), les populations ne sont pas parties. Comme des élections ont lieu dans deux mois le gouvernement ne parle plus de Haripur. Mais le prochain gouvernement, quel que soit le parti qui gagnera, va sûrement remettre en selle le projet. Lire la suite…

Indécent

1 avril 2011 Laisser un commentaire

A droite comme à gauche, certains hommes et femmes politiques ont trouvé «indécentes» les manifestations antinucléaires organisées pendant la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Malheur à celui par qui le scandale arrive: en France, le scandale n’est pas l’existence du nucléaire, mais celle… des antinucléaires! Franchement, comment peut-on être antinucléaire dans le pays le plus nucléarisé au monde? Car c’est bien en France qu’il y a le plus d’installations nucléaires par habitant, même si le «parc» de réacteurs est moins considérable qu’aux États-Unis ou en Russie. Pour une fois que la France se trouve en pointe dans un secteur industriel…

Ceux qui critiquent – sans rien proposer à la place, comme d’habitude – devraient écouter par exemple notre ministre de l’Industrie et de l’Energie, Eric Besson, qui quelques jours après le début de la catastrophe au Japon rappelait cet argument de poids: «la facture énergétique française est 40% moins élevée que celle de nos voisins européens grâce au nucléaire». Faire des économies, c’est important en temps de crise. EdF, je t’aime!

Et puis le nucléaire, ça crée des emplois. Quel malheur ce séisme au Japon, juste au moment où AREVA négociait avec l’Inde la construction de six EPR à côté de la ville portuaire de Jaïtapur, dans une zone hautement sismique, avec comme argument de vente que le Japon n’avait jamais connu de problèmes nucléaires graves alors que ce pays est truffé de failles géologiques. Heureusement, le conseiller du Président, Henri Guaino, est optimiste: il pense que le drame que vit le Japon pourrait finalement avoir des conséquences bénéfiques pour l’industrie nucléaire française, car «la France s’est surtout manifestée par son souci de sécurité». A nous les parts de marché! AREVA, mon amour!

La sécurité! La sécurité, vous dis-je! Nos nucléocrates sont tout de même plus intelligents que ceux des Japonais: il ne leur viendrait pas à l’esprit de mettre un réacteur nucléaire sur une faille sismique. Sauf à Fessenheim et à Cadarache. Ah, que voulez-vous? Le risque zéro n’existe pas! Et puis, en France, ont ne peut pas avoir en même temps un séisme ET un tsunami, surtout en Alsace ou en Provence. C’est encore Eric Besson qui nous le dit: voyez comme nous sommes malins! CEA, embrasse-moi!

Il n’y a pas de problème. Donc pas besoin de «référendum», de «débat» ou de «Grenelle du nucléaire». Comme le dit encore Besson: «J’ai moi-même participé, il y a quelques années à l’Assemblée nationale, à un grand débat sur l’avenir du nucléaire lorsque j’étais député; et c’est quelque chose qui revient régulièrement.» Et puisqu’à droite comme à gauche tout le monde soutient l’industrie nucléaire, c’est bien la preuve que ce débat était démocratique. D’ailleurs la directrice d’AREVA, Anne Lauvergeon, est une ancienne membre du cabinet de François Mitterrand. Et le PS, qui était plutôt hostile au nucléaire dans les années 1970, s’est converti au nucléaire en arrivant au pouvoir dans les années 1980.

Areva dégage !

Authentique publicité pour AREVA détournée pour lui rende sa signification véritable…

Car en politique, il faut être réaliste: «Il faut que ceux qui prônent la sortie du nucléaire disent exactement comment ils entrevoient cela et surtout, quelles seraient les conséquences économiques, financières, sociales pour les Français.» Nous dit encore Besson. Même le porte-parole du PS, qui est quand même un parti politique sérieux, a admis que «l’on ne peut pas sortir du nucléaire du jour au lendemain». L’élu UMP Claude Birraux juge «qu’on peut avoir un débat, bien entendu, mais le problème est que ceux qui le réclament ont déjà préempté la discussion». Avouons qu’il est non seulement indécent, mais surtout vraiment malhonnête de la part des antinucléaires de profiter du fait que les événements leur donnent raison pour essayer seulement de se faire entendre!

Car tous les dirigeants, décideurs et responsables qui défendent courageusement le nucléaire contre les critiques injustifiées, les doutes inutiles et les peurs irrationnelles agitées dans l’opinion publique par des irresponsables (probablement stipendiés par le lobby pétrolier, comme le dit Marine Le Pen) qui non seulement n’ont même pas les compétences scientifiques pour parler de l’atome, mais en plus n’ont aucun pouvoir de décision et n’ont même pas assez d’argent pour se payer des campagnes de publicité dans les médias (ils se contentent d’agiter des banderoles qu’ils ont souvent fabriquées eux-mêmes, preuve qu’ils veulent retourner à l’âge des cavernes); tous nos nucléocrates, donc, sont bien désarmés et pas du tout organisés face à ces obscurantistes. Le ministre de l’Industrie, Eric Besson, a prononcé cette phrase désabusée et désespérée, mardi 15 mars au micro de RTL en réponse à un lâche journaliste qui lui demandait sournoisement «on a l’impression quand même, parfois, d’être confronté à une forme d’arrogance de la part de ceux qui défendent le nucléaire»: «L’histoire du lobby nucléaire est un mythe absolu… S’il existe je ne l’ai jamais rencontré. Il faut me dire où il loge.»

Le lobby nucléaire n’existe pas en France, c’est pourtant une évidence! Car la radioactivité est un phénomène naturel, donc l’industrie nucléaire est également un phénomène naturel: elle est apparue spontanément et par hasard en France et personne n’y peut rien. Toute résistance est inutile: une catastrophe, même nucléaire, est naturelle; c’est de la géologie, de la physique, de la chimie, etc., n’importe quel scientifique vous le dira.

Il va donc falloir apprendre à vivre avec le nucléaire, un point c’est tout. Les antinucléaires sont trop sentimentaux et moralistes, ils agitent des peurs irrationnelles: peurs de la souffrance, de la maladie, de la mort; morale de la responsabilité vis-à-vis de l’autre et des générations futures; attachement à l’individu comme sujet, comme origine et fondement de la société. Alors qu’un phénomène naturel, une machine, une industrie, un État, n’ont pas peur, n’ont ni sentiment ni moralité: ils existent, ils fonctionnent, ils gèrent; des choses et des êtres humains en tant que choses. Un point c’est tout. Vive la mort, à bas la sensibilité et l’intelligence!

Tranbert

Article paru dans L’Ire des chênaies n°386, hebdomadaire de Radio Zinzine.