Archive

Posts Tagged ‘Antiquité’

Julian Jaynes, La naissance de la conscience dans l’effondrement de l’esprit bicaméral, 1976

Le problème de la conscience

 

Ô, quel monde de visions cachées et de silences entendus que cette contrée immatérielle de l’esprit ! Quelles essences ineffables que ces souvenirs irréels et ces rêveries invisibles ! Et l’intimité de tout cela ! Théâtre secret de monologues silencieux et de conseils anticipés, invisible demeure de tous les états d’âme, de toutes les songeries et de tous les mystères, séjour infini des déceptions et des découvertes. Un royaume entier sur lequel chacun de nous règne seul et replié sur soi, interrogeant ce que nous voulons, ordonnant ce que nous pouvons. Un ermitage caché dans lequel nous pouvons nous livrer à loisir à l’étude du livre agité de ce que nous avons fait et de ce qui nous reste à faire. Un monde intérieur qui est plus moi-même que tout ce que je peux trouver dans un miroir. Cette conscience qui est l’essence de tous mes moi, qui est tout, sans être cependant quoi que ce soit, qu’est-elle donc ?

Et d’où est-elle issue ?

Et pourquoi ?

Lire la suite…

Karel Čapek, La mort d’Archimède, 1938

Ainsi donc l’histoire d’Archimède ne s’est pas passée tout à fait de la manière dont on nous la raconte. S’il est vrai qu’il a été tué pendant la conquête de Syracuse par les Romains, il n’est pas exact que ce fut un simple soldat romain qui pénétra dans sa demeure pour piller, ni qu’Archimède, plongé dans l’étude d’une construction géométrique, lui ait crié en colère : « Ne touche pas à mes cercles ! »

En premier lieu, Archimède n’était point du tout ce professeur distrait, vivant dans l’ignorance de ce qui se passait autour de lui ; c’était au contraire un vrai soldat, qui avait inventé et construit des machines de guerre pour la défense de Syracuse ; deuxièmement, le soldat romain n’était nullement un pillard ivre, mais l’érudit et ambitieux Lucius, capitaine de légion, sachant très bien à qui il avait l’honneur de parler, et qui n’était nullement venu pour piller. Lire la suite…

André Pichot, De la «natura medicatrix» à l’organisme en panne, 1995

12 février 2015 Laisser un commentaire

D’Hippocrate à Galien, l’émergence des deux principaux modèles de la maladie

Pour Hippocrate et Aristote, la maladie est un combat mené par le corps, naturellement enclin à la santé. Avec l’interprétation de Galien (IIe siècle de notre ère), elle est considérée comme un dysfonctionnement de l’organisme. Ce changement de perspective place le médecin dans un nouveau rôle et jette les fondements de représentations de l’organisme encore en vigueur.

La médecine fut d’une efficacité très aléatoire jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle. On a tendance à en conclure, un peu vite, qu’une grande ignorance régnait auparavant. C’est méconnaître les efforts qu’il a fallu accomplir pour arriver aux succès actuels, et surtout méconnaître que, malgré toutes ses prouesses techniques, la médecine moderne se réfère encore à deux philosophies médicales antiques qu’elle associe tant bien que mal, celle d’Hippocrate (environ 460-360 av. J.-C.) et celle de Galien (129-200 ap. J.-C.). Lire la suite…