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Posts Tagged ‘anti-capitalisme’

Aurélien Berlan, Pour en finir avec l’alternative «Progrès» ou «Réaction», 2014

22 décembre 2015 Laisser un commentaire

Il arrive souvent, chez les gens « de gauche », de penser que toute critique du « Progrès » (dans ses dimensions actuellement dominantes, celles du développement économique, scientifique et technologique) est forcément « réactionnaire », au sens où elle serait « de droite » et ferait le jeu des élites capitalistes. C’est notamment la position de Jacques Rancière qui dénonce aujourd’hui, au nom de l’égalité, toute critique des formes de vie modernes en termes d’aliénation – qu’il s’agisse de celle de Debord ou de celle de Finkielkraut, mises dans le même sac. Cette position nous semble intenable dans la mesure où les formes de vie modernes, basées sur le salariat et la consommation de masse, supposent des inégalités terribles entre les nations et au sein de chacune d’elles et où le « Progrès », économique et technoscientifique, fait en réalité le jeu du capitalisme.

Si l’on revient aux débats qui ont eu lieu dans l’Allemagne de 1900, où la révolution industrielle a été particulièrement rapide et brutale, on remarque une configuration qui peut nous aider à sortir de l’alternative désuète, héritée de la Révolution française, entre Progrès et Réaction, entre Rancière et Finkielkraut. Face au nouveau monde industriel engendré par le capitalisme, deux courants d’idées se faisaient alors concurrence : la critique sociale et la critique culturelle. Une critique pertinente du capitalisme nous semble aujourd’hui devoir articuler ces deux approches, sociale et culturelle. C’est la condition sine qua non pour sortir de l’alternative infernale « Progrès » ou « Réaction ». Lire la suite…

Patrick Marcolini, L’extrême droite est-elle technocritique?, 2014

16 décembre 2015 Laisser un commentaire

Il n’est pas rare pour des critiques de la technique de se faire accuser de fascisme, quand bien même les valeurs d’égalité et d’autonomie collective sous-tendraient leur analyse. Quel rapport l’extrême droite, au contraire, entretient-elle avec la modernité et la technologie ?

L’historien François Jarrige a récemment fait paraître une volumineuse histoire des « technocritiques », retraçant l’action de toutes celles et tous ceux qui, dans les deux derniers siècles, ont dénoncé le caractère néfaste des technologies de leur temps et tenté d’en enrayer les effets dévastateurs : briseurs de machines, utopistes sociaux, critiques philosophiques de la modernité, communautés alternatives, mouvements écologistes radicaux et autres groupes anti-industriels. Ce travail ne se borne pas à faire émerger des archives les figures de résistances au « progrès » technique beaucoup plus nombreuses et vigoureuses que l’historiographie classique ne le laissait croire. En exposant leurs raisons et en montrant leur clairvoyance face à des processus sociaux et environnementaux dont nous voyons aujourd’hui l’aboutissement désastreux, il réhabilite une critique de la société industrielle sur laquelle pesaient jusque-là de graves soupçons. En effet, pour reprendre les mots de François Jarrige :

« Dans le champ politique, la technocritique n’a bonne presse ni à gauche ni à droite. Pour la droite libérale, elle est le nouveau visage d’une obsession régulatrice tentant de brider la libre entreprise et le progrès. A gauche subsiste l’idée que “des pensées conservatrices, voire réactionnaires, alimentent aujourd’hui encore certaines actions technophobes”. »

François Jarrige, Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences, éd. La Découverte, 2014, p. 335-336.

Effectivement, pour une partie de la gauche, y compris de la gauche anticapitaliste, dès qu’on critique la technoscience, l’idéologie du progrès ou la société industrielle, le spectre de l’extrême droite n’est pas loin… Mais ce rapprochement est-il fondé ? L’extrême droite a-t-elle véritablement procédé à une critique de la science et de la technique modernes ? Lire la suite…

Bertrand Louart, Quelques éléments d’une critique de la société industrielle, 2003

20 août 2015 Laisser un commentaire

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Introduction

Du 9 au 11 octobre 2002 à Paris, l’association OGM Dangers a organisé des Rencontres de Vendémiaire, série de conférences sur le thème La science contestée avec deux intervenants chaque soir, suivie d’un débat avec le public (environ 20 à 25 personnes étaient présentes). Hervé Le Meur, président de l’association, m’avait invité à prendre la parole à la fin de ce cycle, après les autres intervenants 1.

Le texte qui suit a donc été rédigé – et grandement augmenté – à partir des notes prises pour organiser mon intervention orale, qui ne devait pas dépasser une demi-heure. C’était l’occasion d’exposer la critique de la société industrielle, de dénoncer les mythes sur lesquels elle est fondée et également de préciser certaines choses concernant les Lumières et la science qui bien souvent sont décriées sans beaucoup de nuances ni de précision historique. En conclusion, c’était plus particulièrement pour moi l’occasion de mettre en avant des perspectives pour s’opposer au développement délirant de cette société et pour tenter de sortir un tant soit peu de son système de faux besoins. Je n’avais fait alors qu’évoquer dans ses grandes lignes la nécessité de cette démarche de réappropriation des arts, des sciences et des métiers, et c’est à approfondir et développer cette dernière partie que je me suis attaché ici. Lire la suite…

Miquel Amorós, La peste citoyenne, 2015

16 juillet 2015 Laisser un commentaire

La classe moyenne et ses angoisses

Que l’économie et la politique marchent main dans la main est une chose connue. La conséquence logique d’une telle relation est que la politique réelle se doit d’être fondamentalement économique : à l’économie de marché correspond une politique de marché. Les forces qui dirigent le marché mondial, dirigent de facto la politique des États, à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur, ainsi qu’au niveau local. La réalité est la suivante : la croissance économique est la condition nécessaire et suffisante pour la stabilité sociale et politique du capitalisme. En son sein, le système de partis évolue selon le rythme du développement. Lorsque la croissance est importante, le système tend vers le bipartisme. Lorsqu’elle ralentit ou entre en récession, comme si elle obéissait à un mécanisme homéostatique, le panorama politique se diversifie. Lire la suite…

Recension: J. Ardillo, Les illusions renouvelables, 2007

9 juillet 2015 Laisser un commentaire

Ardillo_cvJosé Ardillo,

Les illusions renouvelables.

Énergie et pouvoir: une histoire,

éd. L’Échappée, 2015 (300 p., 16 euros).

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 Au début de cette année, les éditions L’Échappée ont traduit et publié Les illusions renouvelables. Énergie et pouvoir : une histoire de José Ardillo, ancien rédacteur du bulletin anti-industriel Los Amigos de Ludd (traduction française aux éditions La Lenteur) et qui participe actuellement à diverses publications libertaires espagnoles.

Même si ce livre date de 2007 – donc avant la crise financière de 2008 – il reste d’actualité en ce qu’il se veut une analyse historique et critique de la production et de l’usage de l’énergie dans la société capitaliste et industrielle. Le sous-titre est à cet égard explicite: énergie et pouvoir. En effet, ceux qui se revendiquent de l’écologie ont tendance à l’oublier, l’énergie n’est pas seulement cette force qui permet de faire tourner les machines qui nous sont utiles dans notre vie quotidienne à notre échelle individuelle. Lire la suite…

Vous avez dit “autonomie”?, 2005

Introduction croisée aux conceptions de l’autonomie de Cornélius Castoriadis et Ivan Illich

Il commence à y avoir pas mal de textes qui circulent sur Castoriadis, peut-être moins sur Illich. Mettre en parallèle, et de manière critique, leurs deux conceptions de l’autonomie permet de souligner à quel point nous pouvons entendre dans ce terme assez répandu des choses bien différentes. L’enjeu de ce texte est, au départ, d’engendrer un débat dans le cadre de rencontres. J’aimerais qu’il permette également à d’autres groupes, collectifs, etc. de reprendre et de ré-élaborer cette notion d’autonomie, pour bien la séparer des problématiques de l’autarcie ou de l’autosuffisance… Hop !

 

Texte réalisé en préparation à des rencontres organisées

avec la coopérative Longo maï de Grange Neuve à Limans, août-septembre 2005.

 

Avant-propos.

Je ne sais pas vraiment sur quoi tout cela va déboucher, sur quoi nous voudrons que cela débouche. Peut-être sera-ce l’occasion d’un débat, mais il est toujours difficile de le présager. Peut-être que cela restera un document de travail susceptible de fournir des points de repère. Il s’agira ici, pour moi, de présenter deux auteurs qui ont, chacun à leur manière, essayé de donner un sens spécifique au concept d’autonomie. Chez l’un comme chez l’autre, le terme n’est pas utilisé en référence à la “mouvance autonome” qui est née en Europe occidentale dans les années 1970. Il ne sera donc pas question ici de ces mouvements historiques. Mais, comme nous allons le voir, leurs pensées de l’autonomie ne sont pas sans rapport avec le contenu que nous avons ou pourrions donner à ce que nous nommons les luttes autonomes. Ce recours à des références théoriques ne vise donc pas tant à “augmenter l’érudition” qu’à nous permettre d’être plus clair, plus précis quand nous parlons d’autonomie. Et peut-être à orienter de manières nouvelles nos propres pratiques. Lire la suite…

François Jarrige, E. P. Thompson, une vie de combat, 2015

Grand historien de la classe ouvrière anglaise, figure intellectuelle majeure des débats sur le marxisme dans les années 1960-1970, militant antinucléaire à l’origine d’une critique écologiste du capitalisme : tels furent les visages multiples d’Edward Palmer Thompson (3 février 1924 – 28 août 1993), dont l’œuvre continue d’imprégner en profondeur l’ensemble des sciences sociales.

Longtemps peu connue en France, l’œuvre de l’historien anglais Edward P. Thompson fait désormais l’objet d’une importante reconnaissance dont témoignent des traductions et publications récentes [1]. Figure majeure de l’historiographie britannique et activiste insatiable, Thompson mena de front l’élaboration d’une œuvre originale et de virulents combats politiques. Son écho a d’ailleurs rapidement dépassé le seul monde des historiens : en renouvelant l’étude des classes sociales et du droit, en plaçant les acteurs et leur expérience au cœur de sa réflexion, en explorant de façon inédite les racines du capitalisme et les résistances populaires, il marqua de son empreinte les sciences sociales de la seconde moitié du XXe siècle. Même s’il fut l’objet de vives critiques de son vivant, il n’a cessé d’être canonisé depuis son décès en 1993. Un retour sur la trajectoire et les engagements de l’une des grandes figures intellectuelles du XXe siècle s’impose donc. Lire la suite…

Miquel Amorós, Qu’est-ce que l’anti-industrialisme et que veut-il?, 2014

9 janvier 2015 Laisser un commentaire

Le courant anti-industriel émerge, d’un côté, du bilan critique de la période qui s’achève avec l’échec du vieux mouvement ouvrier indépendant et la restructuration globale du capitalisme, il naît donc entre les années 70 et 80 du siècle passé. D’un autre côté, il surgit dans la tentative naissante de retour à la campagne de cette époque et dans les explosions populaires contre la présence permanente d’usines polluantes dans les centres urbains et contre la construction de centrales nucléaires, de lotissements, d’autoroutes et de barrages. C’est à la fois, une analyse théorique des nouvelles conditions sociales qui prend en compte l’apport de l’écologie et une lutte contre les conséquences du développement capitaliste bien que les deux n’aient pas toujours marché ensemble.

Nous pouvons le définir comme une pensée critique et une pratique antagonique nées des conflits provoqués par le développement de la phase ultime du régime capitaliste, lequel correspond à la fusion de l’économie et de la politique, du Capital et de l’État, de l’industrie et de la vie. En raison de sa nouveauté et aussi de l’extension de la soumission et de la résignation des masses déclassées, réflexion et combat ne vont pas toujours main dans la main ; l’une postule des objectifs que l’autre ne veut pas toujours assumer : la pensée anti-industrielle lutte pour une stratégie globale de confrontation, alors que la lutte seule se réduit à la tactique, ce qui bénéficie seulement à la domination et à ses partisans. Les forces mobilisées ne sont presque jamais conscientes de leur tâche historique, alors que la lucidité critique ne parvient pas toujours à éclairer les mobilisations. Lire la suite…

Miquel Amorós, La décroissance revisitée, 2012

6 septembre 2014 Laisser un commentaire

« Bien que par modestie tu ne le crois pas,
les fleurs sur tes tempes paraissent laides. »
Ramón de Campoamor

Le constat de la crise actuelle comme résultat de la phase finale du capitalisme, la globalisation, a généré une réaction contre les grandes entreprises et la haute finance qui s’est matérialisée dans deux types de réponses, l’une politique, l’autre économique. La première essaie de soustraire l’État des influences du marché mondial par une série de mesures qui lui rendraient son autonomie et lui faciliteraient le contrôle des mouvements financiers. Dans le même temps, grâce à une réforme du parlementarisme, elle vise à renforcer le système des partis. Cela est résumé dans le “citoyennisme”. La deuxième réponse tente de mettre en place un système alternatif cohabitant avec le capitalisme, fondé sur l’expansion de ce que les Américains appellent le « troisième secteur » et les Européens « l’économie sociale ». Le retour donc à un État-nation revitalisé et la promotion de l’économie informelle et solidaire immergée dans la société marchandisée. Lire la suite…

Miquel Amorós, El decrecimiento revisitado, 2012

6 septembre 2014 Laisser un commentaire

“Aunque por tu modestia no lo creas,
las flores en tu sien parecen feas.”
Ramón de Campoamor

La constatación de la crisis presente como resultado de la etapa final del sistema capitalista, la globalización, ha originado una reacción contra las grandes corporaciones y las altas finanzas que se está materializando en dos clases de respuesta, una política y otra económica. La primera trata de sustraer al Estado de las influencias del mercado mundial, por una serie de medidas que le devuelvan su autonomía y le faciliten el control de los movimientos financieros. Al mismo tiempo, mediante una reforma del parlamentarismo, trata de fortalecer el sistema de partidos. Esto se resume en el “ciudadanismo.” La segunda, intenta fundar un sistema alternativo cohabitando con el capitalismo, basado en la expansión de lo que los americanos llaman “tercer sector” y los europeos, “economía social.” La vuelta pues al Estado-nación revitalizado y la promoción de una economía informal y solidaria sumergida en la sociedad mercantilizada.  Lire la suite…