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Posts Tagged ‘anthropologie’

Radio: Anthropocène ou capitalocène?

25 juillet 2017 Laisser un commentaire

Dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, je vous propose d’écouter deux conférences qui traitent de l’anthropocène, période géologique durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau que l’activité humaine est devenue une «force géologique» majeure capable de marquer la lithosphère. Ce terme a été proposé par le météorologue et chimiste de l’atmosphère Paul Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995, pour désigner une nouvelle époque géologique, qui aurait débuté selon lui à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle. Lire la suite…

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Jocelyne Porcher, Le travail des animaux d’élevage: un partenariat invisible?, 2015

30 octobre 2016 Laisser un commentaire

« Je suis un homme et rien de ce qui est humain, je crois, ne m’est étranger », écrivait le poète Térence, et c’est bien pourquoi, en effet, au-delà de la validité de l’activité scientifique, les sciences humaines ont une indéniable légitimité à parler des êtres humains et à parler pour les êtres humains. Il n’en est pas de même en ce qui concerne les vaches, les cochons ou les chiens. Pour les sciences humaines, comme pour les sciences dites de la nature – qui, rappelons-le, sont elles aussi avant tout des sciences humaines – en première analyse, le poète aurait pu écrire : « Je ne suis pas une vache, et tout ce qui est vache, je crois, m’est étranger ». Au-delà de la rupture, constitutive pour les sciences, entre humanité et animalité, cette étrangeté, cette irréductible altérité, expliquent en partie la distance paradigmatique que les sciences humaines ont longtemps gardée vis à vis des animaux.

Pour les anthropologues, les animaux ont toujours fait partie des sociétés humaines, tout comme les rites et les contes, comme tout ce qui est produit par l’homme et destiné à son usage. En dépit du chemin qu’a fait l’anthropologie vers les animaux, les processus domesticatoires restent encore largement décrits comme des processus d’appropriation et d’exploitation de la nature et des animaux qui, loin de dissoudre l’étrangeté des bêtes, participent au contraire de leur mise à distance. La vache est cachée par le troupeau, l’affection par l’intérêt, le don par la prédation originelle et par l’accumulation du capital.

Or on peut penser, et c’est sur quoi se fonde ma proposition, que ce que nous appelons la domestication est avant tout un processus coopératif d’insertion des animaux dans les sociétés humaines par le travail, lequel porte en lui, comme l’écrivait Marx, une part d’exploitation et d’aliénation, mais aussi et surtout une perspective d’émancipation. Lire la suite…

Marc Levivier, Bref historique sur la fœtalisation et la néoténie, 2011

23 juillet 2016 Laisser un commentaire

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Biographie de Louis Bolk

Lodewijk – plus couramment Louis – Bolk naît à Overschie, aux Pays-Bas, le 10 décembre 1866. Il se forme en droit puis en 1888, contre la volonté de ses parents qui le voulaient pasteur, s’inscrit à la faculté de médecine d’Amsterdam. Diplômé en octobre 1896, il commence à travailler comme assistant de G. Ruge qui y enseigne l’anatomie humaine, dont il prend la place seize mois plus tard. En 1900, il fonde avec Cornelius Winkler (1822-1897) la revue d’anatomie Petrus Camper 1 dans laquelle il publie une partie de ses études sur le cervelet et son innervation et qui lui valent en 1902 un doctorat honoraire de l’université de Leiden. En 1901, avec Winkler, il rédige le rapport qui permettra la création du International Academic Committee for Brain Research, organisme visant la structuration internationale des recherches sur le système nerveux. La première institution spécialement créée dans cet objectif va loger dans une aile du nouveau département d’anatomie et d’embryologie de l’université d’Amsterdam où travaille Bolk.

À la même époque, l’exhumation de cadavres d’un vieux cimetière à proximité de l’institut d’anatomie l’amène à étudier des crânes humains et aussi des dents. Il va alors travailler sur l’ontogenèse des dents, la latéralisation et les différences de morphologie humaine selon les « races ». En effet, Bolk est, et il l’affirme lourdement à plusieurs reprises, un partisan de la théorie de l’inégalité des races. Bolk est, à la lettre, raciste 2. Il ne s’agit en rien de minimiser ce point, mais il faut indiquer ici qu’il n’est pas un cas isolé et que la consultation des revues scientifiques de cette même période confronte à un niveau de racisme inimaginable aujourd’hui.

En 1918, l’université d’Amsterdam lui décerne le titre de rector magnificus, et c’est lors de la cérémonie qu’il aurait exposé pour la première fois en public sa théorie de la fœtalisation qui fera l’objet de plusieurs communications. Cette théorie est accessible en français dès 1926, année durant laquelle Louis Bolk la présente lors du congrès organisé par l’association des Anatomistes de langue française, dont il est membre à vie. Mais c’est une conférence prononcée la même année lors d’un congrès d’anatomistes à Freiburg et ensuite publiée dans son intégralité qui va devenir le texte de référence : Das Problem der Menschwerdung. Lire la suite…

Louis Bolk, Le problème de l’anthropogenèse, 1926

21 juillet 2016 Laisser un commentaire

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Quand la conviction se fit peu à peu que la forme humaine est issue d’autres formes plus primitives, l’étude de notre structure fut dirigée dans un certain sens. L’étude des caractères spécifiques humains, à cause de ces caractères eux-mêmes, ou la recherche de l’essentiel de nos propriétés morphologiques fût reléguée à l’arrière-plan et vînt après l’étude de ces caractères dans un but préconçu.

Considérés comme éléments de l’anatomie comparée, ces caractères étaient appréciés en fonction de la construction d’un arbre généalogique de la race humaine. Le critérium dont on se servait pour déterminer leur valeur comme telle était la ressemblance plus ou moins grande avec le degré de développement chez des formes plus primitives. Il y avait une tendance marquée dans les recherches d’anatomie comparée : la généalogie et le problème de la descendance dominaient l’étude de la forme. Loin de moi, naturellement, l’idée de vouloir porter la moindre atteinte aux grands profits que la science a tirés des résultats de cette méthode scientifique. Lire la suite…

Adolf Portmann, Préface à une anthropologie, 1962

7 octobre 2015 Laisser un commentaire

Au cours des dernières dizaines d’années, s’est développé un puissant rameau de la recherche biologique, qui se donne pour but de construire d’importantes hypothèses en vue d’exposer la nature de l’humain ; l’étude du comportement, qui s’est taillé un nouveau domaine entre ses sœurs souvent bien séparées, la morphologie et la physiologie, montre chez beaucoup de ses spécialistes également la volonté de cheminer vers une forme nouvelle de pensée sur l’organisme. Le « comportement » réunit en une nouvelle unité la structure et la fonction. Mais on peut dire aussi que, par un effet secondaire, il apparaît un accroissement de la séparation entre l’organisme et le milieu, car cette nouvelle unité de degré supérieur permet d’embrasser des phénomènes plus amples. Cette nouvelle recherche est susceptible aussi de vaincre l’isolement des individus et elle rend possible de concevoir l’être individuel dans son ordre surindividuel, à l’intérieur de la totalité de l’espèce. Lire la suite…

Marshall Sahlins, La destruction de la conscience à la NAS, 2013

12 octobre 2013 Laisser un commentaire

Aux Etats-Unis, on connaissait les créationnistes, fondamentalistes chrétiens qui cherchent à interdire l’enseignement de l’évolution des espèces au profit du récit biblique de la Genèse. Mais dans les milieux académiques sévit également une autre forme d’obscurantisme : les fondamentalistes darwiniens qui, avec la sociobiologie, cherchent à naturaliser la lutte pour la vie dans les sciences humaines, avec la bénédiction et le soutien de l’Armée américaine. Au début de l’année 2013, l’anthropologue Marshall Sahlins a fait un coup d’éclat pour dénoncer cette évolution suicidaire au sein des institutions scientifiques. Ci-dessous la traduction d’un article de la presse américaine et d’une interview avec Marshall Sahlins.

Vendredi 23 février 2013, Marshall Sahlins, notre estimé collègue en anthropologie de l’Université de Chicago, a solennellement démissionné de la société scientifique la plus prestigieuse des États-Unis, la National Academy of Sciences [Académie Nationale des Sciences, NAS dans la suite].

Sahlins déclare que sa démission est provoquée par son « opposition à l’élection de Napoléon Chagnon et aux projets de recherche militaire de l’Académie. » Sahlins a été élu à la NAS en 1991. Voici la déclaration qu’il a publiée pour expliquer sa démission :

« Comme le prouvent ses propres écrits ainsi que le témoignage d’autres personnes, y compris celui des peuples amazoniens et des spécialistes qui observent cette région, Chagnon a fait beaucoup de mal aux communautés indigènes au sein desquelles il a effectué ses recherches. Parallèlement, ses déclarations “scientifiques” concernant l’évolution humaine et la sélection génétique en faveur de la violence masculine – comme dans l’étude célèbre qu’il a publiée dans la revue Science en 1988 – s’avèrent superficielles et sans fondement, ce qui n’est pas à l’honneur de l’anthropologie. Son élection à la NAS est, au mieux, une énorme bévue morale et intellectuelle de la part de ses membres. À tel point que ma propre participation à l’Académie est devenue gênante.

Je ne souhaite pas non plus me rendre complice de l’assistance, de l’encouragement et du soutien que la NAS procure à la recherche en sciences sociales afin d’améliorer les performances de l’armée américaine, étant donné tout ce que cette armée a coûté de sang, de richesse et de bonheur au peuple américain, et les souffrances qu’elle a infligées à d’autres peuples au cours des guerres inutiles de ce siècle. Je crois que la NAS, si elle s’engage dans ce type d’activités, devrait d’abord réfléchir au moyen de promouvoir la paix et non de faire la guerre. »

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