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Posts Tagged ‘animal’

Rob Wallace, Agrobusiness et épidémie, 2020

23 mars 2020 Laisser un commentaire

D’où viens le coronavirus ?

 

Pas un jour ne passe sans qu’un gouvernement ne prenne des mesures spectaculaires face à l’épidémie de coronavirus. L’état d’urgence est déclaré, des millions de personnes sont confinées, les vols provenant d’Europe sont interdits aux États-Unis et les écoles françaises sont fermées. S’il est évident que face aux progrès de la maladie, des mesures s’imposent, il n’en demeure pas moins que les causes profondes de l’apparition du coronavirus demeurent absentes tant des débats qui font rage en ce moment que des politiques sanitaires menées par les différents gouvernements. Dans cet entretien réalisé le 11 mars 2020, le biologiste Rob Wallace souligne la responsabilité de l’agro-industrie dans l’émergence de nouvelles infections et esquisse des mesures radicales pour les empêcher : des mesures contre le capital.

Quel danger représente ce nouveau coronavirus ?

Rob Wallace : Cela dépend de différents facteurs. Où en est l’épidémie locale dans votre région ? Au début, au pic, à la fin ? Quelle est la qualité de la réponse en matière de santé publique ? Quelles sont les données démographiques locales ? Quel âge avez-vous ? Êtes-vous immunologiquement compromis ? Quel est votre état de santé sous-jacent ? Et puis il y a des facteurs qui ne sont pas diagnostiquables, par exemple, est-ce que votre immunogénétique, la génétique sous-jacente à votre réponse immunitaire, s’aligne ou non avec le virus ?

Toute cette agitation autour du virus n’est donc qu’une tactique pour nous faire peur ?

Non, certainement pas. Au niveau des populations, le Covid-19 affichait un taux de mortalité de 2 à 4 % au début de l’épidémie à Wuhan. En dehors de Wuhan, le taux de mortalité baisse à environ 1 %, voire moins, mais il paraît aussi augmenter par endroits, notamment en Italie et aux États-Unis. Sa mortalité ne semble donc pas très élevée par rapport, par exemple, au SRAS à 10 %, à la grippe de 1918 à 5-20 %, à la « grippe aviaire » H5N1 à 60 % ou, à certains endroits, au virus Ebola à 90 %. Mais elle dépasse certainement le taux de 0,1 % de la grippe saisonnière. Le danger ne se limite pas au taux de mortalité. Nous devons nous attaquer à ce que l’on appelle la pénétrance ou le taux d’attaque communautaire, c’est-à-dire la proportion de la population mondiale touchée par l’épidémie. Lire la suite…

Rob Wallace, Agribusiness would risk millions of deaths, 2020

23 mars 2020 Laisser un commentaire

The coronavirus is keeping the world in a state of shock. But instead of fighting the structural causes of the pandemic, the government is focusing on emergency measures. A talk with Rob Wallace (Evolutionary Biologist) about the dangers of Covid-19, the responsibility of agribusiness and sustainable solutions to combat infectious diseases

How dangerous is the new coronavirus?

Rob Wallace: It depends on where you are in the timing of your local outbreak of Covid-19: early, peak level, late? How good is your region’s public health response? What are your demographics? How old are you? Are you immunologically compromised? What is your underlying health? To ask an undiagnosable possibility, do your immuogenetics, the genetics underlying your immune response, line up with the virus or not?

So all this fuss about the virus is just scare tactics?

No, certainly not. At the population level, Covid-19 was clocking in at between 2 and 4% case fatality ratio or CFR at the start of the outbreak in Wuhan. Outside Wuhan, the CFR appears to drop off to more like 1% and even less, but also appears to spike in spots here and there, including in places in Italy and the United States.. Its range doesn’t seem much in comparison to, say, SARS at 10%, the influenza of1918 5-20%, »avian influenza« H5N1 60%, or at some points Ebola 90%. But it certainly exceeds seasonal influenza’s 0.1% CFR. The danger isn’t just a matter of the death rate, however. We have to grapple with what’s called penetrance or community attack rate: how much of the global population is penetrated by the outbreak. Lire la suite…

Frédéric J. J. Buytendijk, L’homme et l’animal, 1958

17 juin 2018 Laisser un commentaire

essai de
psychologie comparée

L’analogie entre le comportement de l’animal et celui de l’homme est frappante et en même temps si énigmatique qu’elle a toujours suscité tâtonnement et provoqué de nombreuses tentatives d’interprétation.

Le professeur Buytendijk (1887-1974), un des maîtres de la psychologie comparée, expose les recherches faites dans ce domaine et donne une synthèse des explications psychologiques et philosophiques.

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Résumé encyclopédique

La psychologie comparée

L’analogie entre le comportement de l’animal et celui de l’homme est frappante et en même temps si énigmatique qu’elle a depuis toujours suscité l’étonnement et provoqué les tentatives d’interprétation et d’explication. Essayer de comprendre cette analogie n’est possible qu’à partir d’une conception déterminée de la nature humaine, de l’origine du monde et de l’essence de sa vie. Dès lors les résultats diffèrent suivant le point de départ choisi. Lire la suite…

André Pichot, La Philosophie zoologique de Lamarck, 1994

12 avril 2018 Laisser un commentaire

Portrait de LamarckLa Philosophie zoologique passe souvent pour un livre confus. Ce jugement est injuste. Il est vrai que le style de Lamarck est parfois assez relâché ; il est également vrai que l’ouvrage comprend quelques répétitions fastidieuses, et que son plan n’est pas parfait. Mais ces défauts cèdent assez facilement dès qu’on y met un peu de bonne volonté. Les principales difficultés tiennent surtout à ce que Lamarck se réfère à la biologie et à la chimie du XVIIIe siècle, et que celles-ci sont un peu oubliées de nos jours. En effet, bien que ses principaux ouvrages datent du début du XIXe, Lamarck est un homme du XVIIIe siècle (il a 65 ans quand paraît la Philosophie zoologique), et plus spécialement du XVIIIe siècle matérialiste et sensualiste (avec, en arrière-plan, un vague déisme). Pour bien saisir sa démarche et ne pas se méprendre sur ce qu’il écrit, il convient de le replacer dans ce cadre historique.

Un autre point important pour comprendre la Philosophie zoologique est de ne pas la limiter à un exposé du transformisme (Lamarck n’emploie ni le mot de transformisme, ni celui d’évolution qui n’avait pas à l’époque le sens que nous lui donnons aujourd’hui). Le transformisme n’occupe, avec la taxonomie, que la première des trois parties de l’ouvrage. Lamarck dit même s’être surtout intéressé aux deuxième et troisième parties, qui sont consacrées, respectivement, à une biologie générale, où sont établies les caractéristiques organisationnelles qui différencient les êtres vivants et les objets inanimés, et à une sorte de psychophysiologie, où la psychologie est présentée dans le prolongement de la biologie grâce aux présupposés évolutionnistes. Le projet de Lamarck était bien plus large que la seule transformation des espèces ; il entendait, par sa Philosophie zoologique, jeter les bases d’une biologie en tant que science autonome, et d’une psychologie continuant cette biologie ; l’invention du transformisme y est subordonnée. Lire la suite…

Radio: Aude Vidal, On achève bien les éleveurs, 2017

10 mars 2018 Laisser un commentaire

Aude Vidal (dir.), On achève bien les éleveurs, éd. L’Echappée, 2017.

À l’origine de ce livre, le dessinateur Guillaume Trouillard. Loin de se contenter d’illustrer les entretiens qui sont ici retranscrits et mis en forme, il a ouvert les premières pistes de ce qui est devenu On achève bien les éleveurs. C’est lui que la lecture de La Liberté dans le coma, ouvrage du groupe Marcuse, a convaincu de la nécessité d’aborder la question du puçage des bêtes, du contrôle et plus globalement de l’administration du métier d’éleveur… et des résistances à cette lame de fond. C’est encore lui qui, après avoir découvert la chercheuse Jocelyne Porcher et l’éleveur Xavier Noulhianne dans l’émission de Ruth Stegassy sur France Culture, « Terre à terre », a souhaité que nous les rencontrions. Lire la suite…

Aurélien Berlan, Libérer les animaux ou se délivrer d’eux ?, 2016

L’élevage n’a pas bonne presse, de nos jours. Il essuie de nombreuses critiques : sociales en raison de son emprise sur les terres arables, écologiques du fait des pollutions qu’il génère, sanitaires à cause des épidémies qu’il provoque et qui affectent parfois la santé humaine, mais aussi éthiques, liées à la violence qu’il fait subir aux animaux. C’est à cette critique éthique que je voudrais m’intéresser dans la perspective de ses implications pratiques et de ses présupposés politiques. L’« éthique animale » ouvrent sur deux démarches possibles : soit on cherche à minimiser la souffrance des bêtes en se préoccupant de leur « bien-être », de manière plutôt « réformiste » puisqu’il s’agit d’une politique des « petits pas en avant » supposant de collaborer avec les pouvoirs en place : exploitants, politiques, chercheurs ; soit on milite, dans le sillage du mouvement vegan, pour leur « libération » sur un mode apparemment plus « révolutionnaire » puisqu’il s’agit de rompre radicalement avec l’exploitation des animaux. Dans le monde des préoccupations « animalitaires » 1, la première position est celle des « welfaristes » (de l’anglais welfare, « bien-être ») et la seconde celle des « abolitionnistes » 2.

Tout l’intérêt du travail de Jocelyne Porcher, sur lequel je vais largement m’appuyer, est de dynamiter les lignes de front de ce débat. Elle propose une critique radicale de « l’élevage industriel » (en dévoilant la contradiction que cette expression occulte) et, dans le même mouvement, de ses critiques « welfaristes » et « abolitionnistes ». Car pour elle, toutes ces positions apparemment inconciliables vont en réalité dans le même sens : en finir avec l’élevage, rompre le lien multimillénaire qu’il tisse entre humains et animaux. Lire la suite…

Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, Quelques considérations sur la Girafe, 1827

Le pacha d’Égypte qui avait déjà donné au Roi de fort beaux animaux, tels que l’Éléphant d’Afrique, des Chevaux arabes, des Gazelles etc., consulta, sur un autre envoi qu’il voulait faire, le consul français M. Drovetti ; celui-ci désigna une Girafe, et le pacha en fit aussitôt demander dans le Sennaar et au Dar-Four. De pauvres arabes sur la lizière des terres cultivées entre ces deux grandes provinces en nourrissaient deux très-jeunes avec le lait de leurs chamelles. Elles furent bientôt conduites et vendues au gouverneur du Sennaar, qui les envoya en présent à Mehemet-Ali pacha.

Ces Girafes firent route, d’abord à pied avec une caravane qui se rendit du Sennaar à Siout, ville de l’Égypte supérieure, ensuite étant embarquées sur le Nil, pour être transportées de Siout au Caire. Le pacha les garda trois mois dans ses jardins, voulant leur donner le temps de se reposer et de raffermir leur santé ; puis il les envoya par la voie du Nil, à Alexandrie, où elles furent remises, l’une au consul de France, et l’autre au consul d’Angleterre. C’étaient deux jeunes femelles ; l’individu donné au roi d’Angleterre aurait, dit-on, péri à Malte.

La Girafe destinée au roi de France fut embarquée pour Marseille sur un bâtiment Sarde : elle eut à souffrir quelques mauvais temps ; néanmoins elle se remit très-promptement ; et près avoir satisfait, elle et ses serviteurs, aux lois de la quarantaine, elle entra dans Marseille le 14 novembre 1826. M. le préfet, comte de Villeneuve, la plaça dans des dépendances de son hôtel, et lui fit donner des soins qui furent efficaces : car elle n’a cessé de jouir, durant son séjour à Marseille, de la meilleure santé. Lire la suite…

Philippe Descola, À chacun ses animaux, 2009

Je ne répondrai pas directement à la question de savoir s’il faut libérer les animaux, d’abord parce que je manque de compétences pour l’aborder autrement qu’en livrant une opinion non étayée, mais aussi et surtout parce que c’est une question remarquablement ethnocentriste. On voit bien qu’elle fait référence aux thèses du philosophe australien Peter Singer sur la libération animale et aux débats fort vifs suscités par les revendications des organisations animalitaires quant à la transformation du statut des animaux de rente, des animaux de compagnie et de certaines catégories d’espèces sauvages afin de faire valoir à leur endroit un régime juridique nouveau.

Cette question est sans aucun doute cruciale et il est de plus en plus manifeste que l’un des grands défis politiques du XXIe siècle sera de trouver les moyens de donner aux non-humains des formes de représentation à la mesure de la place considérable qu’ils occupent dans nos collectifs. C’est parce que nous avons refusé de le faire jusqu’à présent, c’est parce que nous, les Modernes, nous nous sommes constamment attachés à séparer la nature de la société, à dissocier ce qui relève de la sphère des conventions et des normes, d’une part, et ce qui relève des phénomènes s’accomplissant indépendamment de la volonté humaine, d’autre part, que nous nous trouvons dans la situation présente, incapables de penser une destinée commune à la couche d’ozone, aux habitants des bidonvilles, aux poulets en batterie, à l’effet de serre et aux insectes pollinisateurs. Lire la suite…

Thomas Droulez, L’homme, la bête et le zombi, 2009

24 décembre 2017 Laisser un commentaire

L’originalité de l’esprit animal :
entre le réflexe et la réflexion, la conscience

La définition du terme « animalité » apparaît d’emblée comme très problématique si l’on entend par là, non simplement une sorte de qualification morale servant à établir un repoussoir par rapport à l’« humanité », mais plutôt une caractérisation positive de ce qui constitue l’originalité et la spécificité de l’essence de la vie animale, à la fois par rapport à l’essence de la vie végétale et celle de la vie humaine.

Il est intéressant de revenir aux implications de l’étymologie même des mots « animal » et « animalité ». L’animal c’est d’abord, dans une approche intuitive ancienne, l’animé, l’être doté d’une anima, c’est-à-dire d’un souffle de vie, d’une respiration gonflant ses tissus ou d’un tressaillement agitant ses membres, et, par extensions et abstractions successives, d’une force subtile communiquant un mouvement autonome à son corps.

Mais cette approche « pneumatologique » primitive et naïve ne permet pas, en soi, de distinguer ce qui, dans la communauté des êtres dits « animés », sépare la croissance d’une plante des mouvements coordonnés et parfois imprévisibles d’un animal. Ne faudrait-il pas, à l’intérieur même du domaine du vivant, établir une distinction entre différents types d’« âmes » spécialisées assurant différentes fonctions, un peu à la manière d’Aristote qui distinguait l’âme végétative ou nutritive, l’âme sensitive ou désirante et l’âme intellective ou réflexive ? L’on retrouve une idée semblable dans certaines conceptions orthogénétiques de l’évolution du vivant ou dans certaines interprétations récapitulationnistes de la psychologie du développement : cette hiérarchie et cette imbrication des fonctions seraient ainsi réinterprétées non plus dans un sens fixiste mais dans un sens évolutionniste, en faisant de chaque être vivant une sommation ou une récapitulation de certaines fonctions qu’il partage avec ses précurseurs et de certaines autres fonctions qui lui sont propres et préfigurent elles-mêmes l’avènement d’êtres ultérieurs. Le problème qu’il y a à surmonter dans l’optique d’une définition unitaire de ce qui fonde l’originalité de la vie animale provient surtout de la multiplicité des créatures vivantes plus ou moins exotiques et complexes que l’on entend regrouper et englober sous une même définition. Il y a donc un effort à faire si l’on tient à discerner et distinguer rigoureusement ce qui doit l’être. Il sera donc question ici de l’« animalité » de l’animal dans une perspective existentielle et surtout psychologique, cherchant à naviguer entre les écueils respectifs du « chauvinisme » anthropocentriste et du « libéralisme » panpsychiste. Ces deux types d’annexion de la vie animale oublient que l’un des véritables tournants de l’évolution du vivant s’est joué dans l’apparition des animaux, à savoir, comme nous allons le voir, la constitution d’une ouverture perceptive au monde et d’une auto-mobilité qui, libérée du réflexe, a rendu possible l’apparition de la conscience. Lire la suite…

Guy Kastler, Vache folle, À quand la prochaine crise?, 2001

14 décembre 2017 Laisser un commentaire

Introduction

Les réponses aux crises sanitaires provoquées par la progression de la MVF (Maladie de la Vache Folle) sont toutes données au nom du principe de précaution. En réalité, elles visent avant tout à protéger certains intérêts économiques, quitte à prendre des risques inconsidérés avec la santé des consommateurs. L’interdiction de l’utilisation des FVO (farines de viande et d’os) n’arrêtera pas la production de farines contaminées qui restent, avant leur incinération le principal facteur de dissémination de prions anormaux dans l’environnement. Elle n’arrêtera pas non plus la production de dérivés bovins contaminés qui, utilisés par l’agro-alimentaire et la pharmacie, sont le principal facteur de transmission de la maladie à l’homme, bien avant la consommation de viande. Bien en deçà de l’utilisation des FVO (farines de viande et d’os) dans l’alimentation des ruminants, ce sont les pratiques contre-nature de l’élevage intensif qui ont fait le lit de la MVF : intoxication médicamenteuse sélection génétique à outrance, alimentation à base de concentrés protéiques et azotés non ruminés. Seul l’arrêt définitif de ces pratiques fera disparaître la MVF et les risques de transmission à l’homme. Lire la suite…