Archive

Posts Tagged ‘André Pichot’

Radio: André Pichot, Biologie et société, 2010

Dans la série Racine de moins un, une émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, je vous propose d’écouter une conférence d’André Pichot, historien de la biologie, sur le thème « Biologie et société, de la bio-sociologie à la socio-biologie, et retour » qu’il à donnée à Nantes en novembre 2010. Ce retour historique sur les idées de sélection naturelle (Darwin) et d’hérédité montre à quel point elles sont traversées par des éléments et des notions empruntés au domaine social et politique. Il n’est pas étonnant qu’elles aient servi, en retour, à justifier et à naturaliser le fonctionnement des sociétés dont elles sont issues comme avec le darwinisme social et l’eugénisme. André Pichot décortique cet extraordinaire embrouillamini de science et d’idéologie qui est encore d’actualité aujourd’hui.

Ci-dessous un extrait de cette conférence:

Biologie et société

Les problèmes dont je vais vous parler sont compliqués. Pas compliqués intellectuellement, mais parce qu’ils sont entremêlés et que l’on ne sait jamais précisément de quoi on parle. C’est ce que j’appelle de la tératologie épistémologique, c’est-à-dire des monstruosités scientifiques, des productions scientifiques qui sont absolument monstrueuses d’un point de vue épistémologique. Lire la suite…

Radio: André Pichot, Biologie et solidarité, 2013

18 janvier 2016 Laisser un commentaire

Conférence d’André Pichot, historien de la biologie, sur le thème « biologie et solidarité » donné en juin 2013 au Collège de France dans le cadre du colloque “Entretiens sur les avatars de la solidarité”.

A travers l’histoire du darwinisme, Pichot retrace les diverses idéologies et doctrines informes qui ont servit à justifier « scientifiquement » la compétition ou (plus rarement) la solidarité dans les sociétés humaines à partir des connaissances en biologie. Un florilège de bêtises et de stupidités pourtant très sérieusement soutenues par nombre de scientifiques, encore aujourd’hui. Lire la suite…

André Pichot, La génétique, aspects épistémologiques et historiques, 2005

18 juin 2015 Laisser un commentaire

La notion de gène, omniprésente dans la biologie contemporaine, compte parmi les plus mal définies de cette discipline, et le flou de sa définition n’est pas pour rien dans les abus qui en sont faits. Tout comme celle (connexe) d’hérédité [1], cette notion est loin d’être claire et évidente, contrairement à ce que pourrait suggérer la facilité avec laquelle on en use et mésuse.

Sa genèse n’est pas facile à retracer. Les textes afférents sont d’une prolixité décourageante (par exemple, la traduction anglaise de Die Mutationstheorie de De Vries compte près de 1300 pages [2] ; celle de Das Keimplasma de Weismann, presque 500, mais en tous petits caractères [3]) ; et les quelques éléments que la postérité a retenus y sont perdus au milieu d’infinies controverses aujourd’hui sans signification. Ils sont difficiles à lire, d’une part à cause de la nature des problèmes abordés et de la manière dont ils sont abordés, d’autre part en raison de la multiplicité des thèses qui interfèrent et se contredisent souvent.

Ces ouvrages sont censés fonder la modernité en biologie, mais plus personne ne les lit et on ne s’y réfère que sur un mode incantatoire, comme à de vagues déités qu’il convient de révérer. La plupart ont un petit air monomaniaque ; chacun y va de sa construction intellectuelle où le manque d’arguments solides est compensé par une multitude d’anecdotes illustrant le propos plus qu’elles ne l’étayent.

Cette prolixité, cette insuffisance des fondements et la multiplicité des théories concurrentes sont autant de symptômes de la difficulté qu’il y eut à élaborer une notion de gène. En fait, celle-ci se dégagera peu à peu, tant bien que mal, et gardera toujours l’aspect composite d’une construction bancale, faite de bric et de broc, se prêtant mal à la théorisation et à la définition. S’il est une histoire peu linéaire et mêlant les thèses les plus hétéroclites, c’est bien la sienne. Lire la suite…

André Pichot, Hérédité et évolution, 1996

Les polémiques sur l’inné et l’acquis font partie des traditions folkloriques les plus vivaces de la biologie. En général, on oppose les deux termes (l’hérédité des caractères acquis servant de repoussoir), mais c’est pour les réunir aussitôt en insistant sur leur égale nécessité et sur leur interpénétration qui rend impossible de les démêler dans l’être vivant. La récente remise en cause des dogmes de la génétique moléculaire semble avoir aiguisé le débat, et l’avoir déséquilibré en faveur de l’inné. Plus que jamais, l’hérédité est avancée comme explication. En revanche, on ne se donne jamais la peine de rechercher l’origine des notions d’héréditaire et d’acquis, ni de préciser leur rôle dans l’explication biologique. On fait comme s’il s’agissait de données naturelles évidentes, ayant toujours existé en biologie, et d’une utilité allant de soi. En réalité, sous leur apparente simplicité, ce sont des notions très ambiguës et même passablement biaisées. Lire la suite…

André Pichot, De la «natura medicatrix» à l’organisme en panne, 1995

12 février 2015 Laisser un commentaire

D’Hippocrate à Galien, l’émergence des deux principaux modèles de la maladie

Pour Hippocrate et Aristote, la maladie est un combat mené par le corps, naturellement enclin à la santé. Avec l’interprétation de Galien (IIe siècle de notre ère), elle est considérée comme un dysfonctionnement de l’organisme. Ce changement de perspective place le médecin dans un nouveau rôle et jette les fondements de représentations de l’organisme encore en vigueur.

La médecine fut d’une efficacité très aléatoire jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle. On a tendance à en conclure, un peu vite, qu’une grande ignorance régnait auparavant. C’est méconnaître les efforts qu’il a fallu accomplir pour arriver aux succès actuels, et surtout méconnaître que, malgré toutes ses prouesses techniques, la médecine moderne se réfère encore à deux philosophies médicales antiques qu’elle associe tant bien que mal, celle d’Hippocrate (environ 460-360 av. J.-C.) et celle de Galien (129-200 ap. J.-C.). Lire la suite…

André Pichot, L’âme et le corps? no problem!, 1999

5 août 2014 Laisser un commentaire

Daniel C. Dennett vous a accordé un entretien fabuleux (La Recherche, septembre 1999, p. 102). On regrette vraiment qu’il n’ait pas développé plus longuement ses idées. Aussi, en voilà un petit complément à ma façon. Spécialement admirable sa conception de l’esprit comme « arène » où les pensées luttent entre elles. J’en connais un exposé plus complet chez Léon Dumont en 1873 :

« Il se produit, à l’intérieur de chacun de nous, une sorte de concurrence vitale entre les idées, un combat pour l’admission et la conservation ; et quand le régime de notre esprit est libéral, quand aucune direction autoritaire ne vient s’interposer, les pensées les plus fortes et les plus vivaces, c’est-à-dire les plus vraies, finissent toujours par étouffer et chasser les plus faibles, c’est-à-dire les plus contraires à la vérité. L’esprit humain construit lui-même la vérité ; cette vérité est la dernière résultante des pensées des générations s’exerçant sur la réalité des choses. »

L. Dumont, Haeckel et la théorie de l’évolution en Allemagne, Germer-Baillière, Paris, 1873, p. 15.

Lire la suite…

Bertrand Louart, Eine kritische Geschichte der Biologie, 2013

4 avril 2014 Laisser un commentaire

It is above all against this shabby mechanization of our scientific imagination, which kills all ability to notice the unforeseen, that I protest, against this mat finish over a chaos of unrecognized ignorance, this butcher-like brutality with things that cry for gentle caution.

Erwin Chargaff, Essay on Nucleic Acids, chapter 11, 1963.

 

The comparison of the universe to a machine of human contrivance is so obvious and natural, and is justified by so many instances of order and design in nature, that it must immediately strike all unprejudiced apprehensions, and procure universal approbation. Whoever attempts to weaken this theory, cannot pretend to succeed by establishing in its place any other, that is precise and determinate.

David Hume, Dialogues concerning Natural Religion, 1779.

 

André Pichot ist Historiker und Wissenschaftsphilosoph. Er forscht an der Universität von Nancy. 2011 hat er ein umfangreiches Werk publiziert, das eine sehr kritische Analyse der modernen Biologie beinhaltet. Hier eine Übersicht über dieses ungewöhnliche Buch.

 

Seit den Neunzigerjahren hat André Pichot ein Dutzend Werke über Wissenschaftsgeschichte geschrieben, im speziellen über seine Lieblingsdisziplin, die Biologie. Die Geschichte, die er schreibt, ist allerdings nicht die eines ruhig dahingleitenden Forschungsprozesses, der wie selbstverständlich zum Triumph der aktuellen Theorien über das Leben führt. Im Gegenteil, es ist eine überraschende und komplexe Geschichte, voller Irrtümer und Sackgassen, plötzlicher Wendungen und unbrauchbarer Neuorientierungen. Eine Geschichte, umgeben von Mythen, Legenden und falschen Ideen, von Betrügereien und zweifelhaften Angelegenheiten mit dem Resultat, dass es etliche Leichen im Keller gibt… Es ist vor allem die Schilderung des Triumphs einer völlig irre geleiteten Auffassung, die sich entgegen allen Beweisen des Gegenteils durchgesetzt hat, nämlich die des Lebewesens als Maschine. Lire la suite…

Recension: A. Pichot, Aux origines des théories raciales, 2008

20 novembre 2013 Laisser un commentaire

André Pichot,

Aux origines des théories raciales. De la Bible à Darwin

éd. Flammarion, 2008, 520 p.

 

« Le darwinisme n’est pas une théorie scientifique qui a connu maintes dérives idéologiques, c’est une idéologie à qui la génétique a fini par donner un aspect à peu près scientifique » (p. 299).

Telle est la thèse qui conduit André Pichot, dans son dernier livre, à opérer un bouleversement des catégories habituelles de pensée : Darwin n’est plus le champion de la vision scientifique du monde en lutte contre la conception obscurantiste du créationnisme et du finalisme religieux, mais l’une des figures du grand mouvement idéologique emportant aussi bien la biologie que les religions au XIXe siècle, et qui conduit finalement aux diverses théories du racisme « scientifique » : la biologisation de l’ordre social. Darwin ne l’aurait donc pas emporté contre son temps mais, tout au contraire, serait le produit des idées dominantes de son époque, auxquelles il aurait fourni en retour une arme puissante en la notion de sélection naturelle, susceptible de donner au capitalisme comme au colonialisme alors en expansion le fondement naturel qui leur manquait. Lire la suite…

Patrick Dupouey, Épistémologie de la biologie, 1997

2 août 2013 Laisser un commentaire

Patrick Dupouey, Épistémologie de la biologie, éd. Nathan, 1997.

Ce petit livre constitue un résumé intéressant de la question épistémologique en biologie. Néanmoins, sa conclusion est surprenante.

En effet, selon l’auteur, la « singularité et l’originalité du vivant » pourraient être « davantage un effet du regard humain qu’un fait objectif ». Lire la suite…

Une autre biologie est-elle possible ?

7 juillet 2013 Laisser un commentaire

Dans sa façon de rendre compte de l’évolution des espèces, le darwinisme n’a pas réellement su rendre compte de ce qu’est le vivant, en le présentant comme un simple jouet soumis au jeu de la sélection naturelle. Mais une autre conception matérialiste du vivant est envisageable, en s’inspirant par exemple des théories de Jean-Baptiste Lamarck, qui permet de reconnaître l’autonomie de son développement.

L’année 2009 est décidément l’année Darwin (1809-1882) : c’est le bicentenaire de sa naissance (12 février 1809) et les cent cinquante ans de la publication de L’Origine des espèces (24 novembre 1859). Lorsque, dans les revues et les magazines, on fait de Darwin le « fondateur de la biologie moderne », ce titre n’est certes pas usurpé. Mais ses thuriféraires ne devraient pas y voir un motif de s’en vanter et d’en être fiers : on peut dire sans trop exagérer que, depuis Darwin, la biologie s’est enfoncée dans la confusion des idées et la pauvreté de la réflexion sur le vivant. En effet, nous avons affaire à d’étranges « sciences de la vie » qui n’ont toujours pas de définition précise et unanime de la notion de vie, à une curieuse « biologie » qui ne sait toujours pas ce qu’est un être vivant ! Lire la suite…