François Jarrige, Redécouvrir le « sauvage » à la fin du XIXe siècle, 2020

L’expérience des anarchistes naturiens

Plongeons dans une histoire oubliée, celle qui ne se raconte pas dans les livres d’école. Les naturien·ne·s du XIXe siècle ont essayé·e·s d’agir contre les normes en place, pour s’en débarrasser, pour pencher la tête et entrer dans la forêt avec plus de questions que de certitudes. François Jarrige, en dévoilant cette histoire, nous offre un regard saisissant sur ce mouvement écologiste et anarchiste. Quelques résonances avec nos temps troublés ? Lire la suite »

René Riesel, Clandestinités, 2019

La revue de recherche et d’expression anarchiste Réfractions m’avait proposé de contribuer au dossier de son numéro de l’automne 2018, consacré à la clandestinité et à ses formes « atténuées ». Son titre, Discrets, secrets, clandestins et son éditorial évoquaient à raison ce qui, dans les conditions d’aujourd’hui (recours exponentiel aux techniques électroniques et numériques de quadrillage étatique et marchand et soumission conjointe des populations à leur déploiement ininterrompu – soumission qui résulte autant de la contrainte, de la propagande et de l’habituation que du voluptueux abandon avec lequel elles s’y adonnent) détermine en effet pour partie le regard qu’on peut porter sur la question. Non moins certes que ne l’imposent les traitements infligés aux « migrants », refoulés ou noyés en direct live et contraints à la clandestinité quand ils en réchappent, sans cesser pour autant d’être eux-mêmes le plus souvent constamment « connectés ». Mais non moins aussi que l’utilisation universelle des arguments « sécuritaires » sans réplique de la « mobilisation contre la menace terroriste ».

Les remarques et réflexions qui suivent viennent bien après coup. Elles ne prétendent pour autant ni épuiser le sujet ni traiter tous les thèmes voisins que Réfractions souhaitait aborder. Elles essaient surtout d’apprécier les rapports qu’entretiennent avec la clandestinité les pratiques – historiques mais aussi dernier cri de ceux que l’éditorial désignait comme des « groupes en résistance » et des « mouvements anarchistes ou assimilés » [sic]. Lire la suite »

Radio: Jocelyne Mallet, Une immersion chez les Gilets Jaunes, 2021

Les pauvres font l’Histoire, les autres la commentent. Ces mots relevés sur un mur, Sébastien Navarro aime les rappeler dans Péage Sud, son livre sur les Gilets Jaunes. Dans sa tournure un rien assassine, la phrase est censée secouer une habitude généralement prise sur les bancs d’école, sans y prendre garde, à savoir penser que l’Histoire est telle que la racontent les dominants. C’est le préjugé qu’a combattu avec force détermination Henri Guillemin (1903-1992), en tant qu’historien. Lire la suite »

Radio : Renaud Garcia, La collapsologie ou l’écologie mutilée, 2020

Je vous propose d’écouter l’intervention de Renaud Garcia, professeur de philosophie dans un lycée à Marseille, durant les rencontrés d’été 2020 organisées par l’association Crise & Critique.

Il présente le contenu de son livre intitulé La collapsologie ou l’écologie mutilée publié en octobre 2020 aux éditions l’Echappée. Renaud Garcia fait dans cet ouvrage une critique de la collapsologie au nom d’une écologie radicale, c’est-à-dire qui n’oublie pas la critique de la société capitaliste et industrielle. Lire la suite »

Jacques Luzi, Réfractions n°44, 2020

Revue Réfractions, recherches et expression anarchistes n°44,
“Avis de tempêtes : la fin des beaux jours ?”, printemps 2020.

 

Dans ce numéro, la revue Réfractions propose un ensemble de réflexions critiques sur la collapsologie (« science de l’effondrement »), qu’accompagne un texte de l’un de ses principaux promoteurs : Pablo Servigne, également auteur « historique » de la revue. Les différents ne portent pas tant sur l’inventaire des nuisances écologiques engendrées par l’industrialisme, ou sur les difficultés à surmonter (individuellement et collectivement) la coexistence de la catastrophe et du déni de la catastrophe, que sur la prétention d’ériger cet inventaire en prophétie scientifique « innovante », sur le déterminisme naturaliste (proche de la sociobiologie) et l’absence de mise en perspective sociohistorique (des idées et des faits), sur la réduction subséquente de la problématique du changement social à la gestion psychologique et technocratique, etc. Ce faisant, ce numéro développe un effort salutaire pour cerner ce qu’est (ou n’est pas) l’écologie politique. Lire la suite »

Renaud Garcia, Gustav Landauer : un appel au socialisme, 2020

Gustav Landauer est l’une des voix majeures du socialisme libertaire allemand. Face aux dégâts provoqués par l’industrialisation, il a fait l’éloge des communautés fédérées ancrées dans le monde rural et villageois ; face à la guerre mondiale, il a appelé, en non-violent, à la grève générale ; face au parlementarisme, il a loué la démocratie directe et les conseils ouvriers auto-administrés. En 1919, celui qui tenait le socialisme pour « l’expression de la véritable et authentique union des hommes » s’engagea dans la Révolution allemande, jusqu’à devenir commissaire du peuple et tomber, quatre mois après la marxiste Rosa Luxemburg, sous les coups de l’armée. Les éditions La lenteur ont récemment traduit et publié son Appel au socialisme : le philosophe Renaud Garcia l’a lu, et livre ici ses impressions. Lire la suite »

Bertrand Louart, À écouter certains écolos, on a l’impression que les machines nous tombent du ciel!, 2020

Nicolas Casaux : Je me suis entretenu avec Bertrand Louart, auteur, notamment, de Les êtres vivants ne sont pas des machines (éd. La Lenteur, 2018), animateur de l’émission Racine de Moins Un sur Radio Zinzine, rédacteur du bulletin de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle Notes & Morceaux choisis (éd. La Lenteur), contributeur au blog de critique du scientisme Et vous n’avez encore rien vu…, et membre de la coopérative européenne Longo maï où il est menuisier-ébeniste.

 

Nicolas Casaux : De plus en plus de gens se réclament désormais de l’anticapitalisme, y compris dans le grand capharnaüm qu’on appelle parfois « mouvement écologiste ». Le journaliste du Guardian George Monbiot, par exemple, mais aussi Naomi Klein ou encore Cyril Dion. Je cite ces trois là parce que leur « anticapitalisme » est à peu près le même (Dion et Monbiot renvoient aux thèses de Naomi Klein en ce qui concerne l’anticapitalisme et les changements sociaux qui devraient, selon eux, prendre place). Qu’en penses-tu ? Le capitalisme, c’est quoi ? Sont-ils anticapitalistes ?

Bertrand Louart : J’avoue que je n’ai pas comme toi la patience de lire la prose de toutes ces figures médiatiques. Mais je crois que l’on peut dire sans se tromper que leur anticapitalisme est tronqué : ils s’en prennent à tel ou tel aspect du système – ce qui est souvent justifié – sans voir l’unité et la dynamique globale. Lire la suite »

Radio: Renaud Garcia, Écologie sociale et entraide, 2019

Conférence de Renaud Garcia, professeur de philosophie dans un lycée à Marseille, sur le thème « Écologie sociale et Entraide, changement de vision globale contre les tenants de l’Effondrement » donnée au Centre Ascaso-Durruti de Montpellier en octobre 2019.

Renaud Garcia participe à la revue anarchiste Réfraction, dont le n°44, à paraître en 2020, sera consacré aux théories de l’effondrement des sociétés industrielles. En effet, Pablo Servigne a participé à cette revue il y a quelques années, avant de lancer avec son livre Comment tout peut s’effondrer en 2015 la « science de l’effondrement » ou « collapsologie » qui a eu cette année 2019 une large audience médiatique.

Renaud Garcia fait donc un retour critique sur les penseurs anarchistes et écologistes que sont Pierre Kropotkine et Murray Bookchin et la manière dont ils intégraient les préoccupations écologiques à leurs perspectives d’émancipation sociale.

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.
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Émission Racine de Moins Un n°57,
diffusée sur Radio Zinzine en novembre 2019.

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Lucet & Garcia, Famille et société, 2019

Résumé

Cet article traite d’une question apparemment excentrique de la pensée de Gustav Landauer : sa défense de la famille. Contrairement à la critique inaugurée par Marx qui y vit une institution de la domination de classe bourgeoise, Landauer y vit la cellule germinale de l’ « esprit de communauté » nécessaire au socialisme anarchiste. Les auteurs analysent son appropriation originale de certains aspects de la pensée proudhonienne de la famille, et son opposition à Otto Gross sur les questions de la répression patriarcale et de la libération des femmes. Ils s’interrogent pour finir sur l’actualité de cette démarche visant à discriminer dans l’être social les éléments qui méritent d’en être conservés et ceux qui doivent être transformés. Lire la suite »

Gustav Landauer, Appel au socialisme, 1911

Le socialisme culturel et communautaire de Gustav Landauer

 

Résumé

Au sein de la tradition libertaire, Gustav Landauer (1870-1919), qui se décrivait lui-même comme « anarchiste-socialiste » est peut-être l’auteur dont la pensée se prête le plus à des tentatives d’actualisation, et cela en raison de quelques caractéristiques de son idéal social, exposé dans son Appel au socialisme (1911).

Gustav Landauer, Appel au socialisme, tr. fr. J.-C. Angaut et A. Lucet, éd. La Lenteur, 2019.

Il s’agit d’abord d’un socialisme culturel, associé à une critique de la modernité capitaliste qui dénonce non seulement l’État et l’exploitation du travail, mais aussi la foi en le Progrès et la technique, ainsi que la disparition des formes de vie partagée. Il s’agit ensuite d’un socialisme critique à l’égard du marxisme, qui récuse sa croyance en un déterminisme historique implacable et son matérialisme étroit, qui refuse d’accorder au prolétariat en tant que tel le rôle de sujet révolutionnaire et qui réhabilite les activités de subsistance pour penser la transformation sociale. Il s’agit enfin d’un socialisme communautaire, qui revalorise les formes héritées du passé tout en prônant la constitution de nouvelles communautés, considérées comme des commencements, ici et maintenant, de la future société socialiste.

Associée à la dénonciation des faux besoins et du déclin du monde engendré par le développement capitaliste, cette insistance sur l’expérimentation sociale, qui ne renonce pas pour autant à la révolution, est sans doute ce qui peut continuer à faire de l’Appel au socialisme une source d’inspiration pour le présent. Lire la suite »