Archive

Posts Tagged ‘anarchisme’

Jan Waclav Makhaïski, Anciens et nouveaux maîtres, 1905

8 novembre 2017 Laisser un commentaire

Le centenaire de la Révolution Russe

Voici cent ans, la révolution russe mettait à bas le régime tsariste. En octobre 1917 la prise du pouvoir par les bolchéviks, avec à leur tête Lénine instaura ce qu’il appelait le « communisme », en fait un capitalisme d’État.

Ces événements eurent un retentissement mondial, ne serait-ce que parce que, après la mort de Lénine et la prise du pouvoir par Staline, le mouvement ouvrier né de la révolution industrielle du XIXe siècle et son aspiration à l’émancipation sociale furent identifiés aux partis politiques et aux régimes staliniens soutenus par l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Frères ennemis, le « monde libre » et le « camp soviétique », patrie du « socialisme réel », furent bien d’accord pour réprimer dans le sang toutes les révoltes populaires, de la révolution espagnole jusqu’au printemps de Prague, et noyer sous les mensonges et les calomnies les aspirations à un monde libéré de toutes les formes de domination hiérarchique et d’exploitation capitaliste. Lire la suite…

Publicités

Confédération Nationale du Travail, Le congrès confédéral de Saragosse, 1936

24 octobre 2017 Laisser un commentaire

Prolégomènes à la révolution de juillet 1936

Préface

La CNT (Confédération Nationale du Travail) est née en Espagne en 1910, au cœur des luttes revendicatives immédiates, mais aussi comme organisation quantitative du courant anarchiste espagnol. Durant quelque trente ans, la CNT sera en Espagne la principale force du mouvement ouvrier. La CNT comptera jusqu’à deux millions de membres en 1936, et fait unique dans l’histoire du syndicalisme, n’aura qu’un seul représentant rémunéré. Durant trente ans, la CNT ne se reconnaît pas comme partenaire social, ne conclut aucun accord de salaire, et prépare inlassablement « la révolution sociale » et le « communisme libertaire ».

Le programme adopté en mai 1936 au Congrès de la CNT à Saragosse, deux mois avant le soulèvement révolutionnaire contre le putsch fasciste de Franco, est l’un des plus beaux programmes jamais avancés par une organisation révolutionnaire du passé. Il se verra partiellement appliqué par les masses anarchistes, tandis que leurs “chefs”, avec une lugubre constance, s’enfonceront dans les compromissions du frente popular. Les thèses du Congrès de Saragosse furent dès les premières heures de Juillet 1936, la référence de tous les libertaires espagnols, le Congrès ayant prévu en détail la conduite à tenir en cas de putsch fasciste, et les bases sur lesquelles pouvaient se développer les collectivisations des terres et de l’économie. Lire la suite…

Pierre Kropotkine, La stérilisation des inaptes, 1912

4 février 2016 Laisser un commentaire

Allocution de Pierre Kropotkine au premier Congrès international sur l’eugénisme, à Londres en août 1912.

A la fin du XIXe siècle, les États-Unis avaient déjà interdit le mariage pour les arriérés mentaux, les alcooliques et les personnes atteintes de maladies vénériennes. En 1907, l’Indiana est le premier État à adopter des lois sur la stérilisation des « inaptes » et des « indésirables ». Suivront en 1909, Washington, le Connecticut et la Californie, puis en 1911, le Nevada et l’Iowa.

Dans une lettre à Jean Grave où il commente cette rencontre, Kropotkine ajoute : « “Stérilisation” des “indésirables”, c’était le clou, et chez les Anglais, une haine sourde des pauvres. Si “vieillesse pouvait”, elle les aurait tous châtrés. » Lire la suite…

Peter Kropotkine, The Sterilization of the Unfit, 1912

4 février 2016 Laisser un commentaire

Lecture delivered by Peter Kropotkin before the Eugenics Congress held in London in August 1912.

Permit me to make a few remarks: one concerning the papers read by Professor Loria and Professor Kellogg, and another of a more general character concerning the purposes and the limitations of Eugenics.

First of all I must express my gratitude to Professor Loria and to Professor Kellogg for having widened the discussion about the great question which we all have at heart—the prevention of the deterioration and the improvement of the human race by maintaining in purity the common stock of inheritance of mankind.

Granting the possibility of artificial selection in the human race, Professor Loria asks: « Upon which criterion are we going to make the selection? » Here we touch upon the most substantial point of Eugenics and of this Congress. I came this morning with the intention of expressing my deep regret to see the narrow point of view from which Eugenics has been treated up till now, excluding from our discussions all this vast domain where Eugenics comes in contact with social hygiene. This exclusion has already produced an unfavorable impression upon a number of thinking men in this country, and I fear that this impression may be reflected upon science altogether. Happily enough the two papers I just mentioned came to widen the field of our discussions. Lire la suite…

Émile Gautier, Le darwinisme social, 1880

14 janvier 2016 Laisser un commentaire

Présentation

Nous proposons ci-dessous le texte où a été employé pour la première fois l’expression « darwinisme social », une brochure (112 pages, éd. Derveaux, 1880) du journaliste français, militant et théoricien anarchiste Émile Gautier (19 janvier 1853 – 20 janvier 1937). Gautier s’oppose à l’interprétation anti-socialiste que fait Ernst Haeckel (1834-1919) – grand vulgarisateur du darwinisme dans la seconde moitié du XIXe siècle – du mécanisme de la sélection naturelle appliqué à la société.

Dans sa critique, Gautier reprend, sans probablement le savoir, une idée de Lamarck : les effets des « lois de la nature » se modifient selon les circonstances dans lesquelles elles sont appliquées. Partant de là, pour lui, la « lutte pour la vie » permanente impliquée par la « loi de la sélection naturelle » diminue d’intensité à mesure que les institutions sociales se développent. L’assistance mutuelle et la solidarité sociale sont les moteurs du progrès de l’humanité et constituent le véritable contenu du « darwinisme social », bien plus que la lutte et la victoire du « plus apte ».

C’est en quelque sorte le précurseur de l’effet réversif de l’évolution®, un siècle avant que l’hagiographe officiel du darwinisme en France Patrick Tort ne le revendique !

Cette occurrence est signalée par Mike Hawkins dans son ouvrage Social Darwinism in European and American thought, 1860-1945 (éd. Cambridge University Press, 1997, p. 177) qui emploie le terme de « tract » (qui signifie en anglais tract, opuscule ou brochure) pour désigner cette brochure, que manifestement il a lue. Patrick Tort a manifestement lu le livre de Hawkins puisque dans une interview donnée au journal Libération en 2008, il désigne cette brochure comme un « tract », que manifestement il n’a pas lu.

Selon Patrick Tort, dont l’œuvre consiste à laver Darwin de toute tache, le darwinisme social devrait plus justement être attribué à Herbert Spencer (1820-1903), celui-ci ayant prétendument « détourné » l’idée de « lutte pour la vie » et de « survie du plus apte » vers les domaines politiques et sociaux. C’est oublier que Darwin reprend la première dans le titre de son ouvrage de 1859 et la seconde dans le mécanisme de la sélection naturelle. Et ici Gautier s’oppose à la même généralisation faite par Haeckel à partir des idées exprimées par Darwin. La chose porte donc bien le nom qui lui convient.

Gautier est impliqué dans le « procès des 66 », qui s’ouvre le 8 janvier 1883, à la suite des violentes manifestations des mineurs de Montceau-les-Mines d’août 1882 et des attentats à la bombe perpétrés à Lyon en octobre 1882. Avec Pierre Kropotkine (1842-1921) et quelques autres anarchistes, Gautier l’un des accusés les plus en vue du procès.

Cette brochure a-t-elle inspiré Kropotkine pour son ouvrage L’entr’aide, un facteur de l’évolution, qu’il rédigera à partir des années 1890 ? Nous ne saurions le dire…

Jacques Hardeau, janvier 2016. Lire la suite…

Recension: R. Garcia, Le désert de la critique, 2015

20 novembre 2015 Laisser un commentaire

Avez-vous lu Michel Foucault ? Moi non plus. Mais vous avez certainement entendu qu’aujourd’hui on préfère « déconstruire » la pensée, les idées, la vision du monde d’un tel ou de tel autre, plutôt que d’en faire la critique ou la démystification.

C’est que ces deux dernières opérations supposent qu’il existerait encore quelque chose comme une vérité historique ou une réalité tangible à l’aune desquelles il serait possible de porter un jugement sur les pensées, les idées, etc. Or, tout le monde sait – ou devrait savoir – que rien de tout cela n’existe vraiment puisque ce ne sont que le produit de « constructions » sociales, politiques, économiques, etc. qui visent à asseoir la domination de groupes sur d’autres : il n’y a donc plus d’erreur à réfuter, mais bien seulement des idéologies à déconstruire. Même un Éric Zemmour, en parlant de son best-seller Le suicide français, a déclaré : « En écrivant ce livre, j’ai voulu déconstruire les déconstructeurs » !

Parmi les intellectuels et philosophes des années 1970 (Deleuze, Guattari, Derrida, etc.), c’est certainement Michel Foucault qui, en abordant de nombreux thèmes politiques inexplorés – le pouvoir disciplinaire, la fabrication de la délinquance, la normalisation psychiatrique et sexuelle, les résistances tactiques, etc. –, a le plus fait pour populariser ce terme et cette attitude, que ce soit dans les milieux intellectuels, universitaires ou médiatiques, mais aussi chez les militants de la gauche radicale comme au sommet de l’État. Ainsi, par exemple, pour les 30 ans de la mort du philosophe, 2014 fut célébrée comme « l’année Foucault » par les milieux intellectuels et médiatiques ; un portrait géant fut même déployé sur la façade de la mairie du 4e arr. de Paris par son maire, membre du Parti Socialiste… Lire la suite…