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Posts Tagged ‘alimentation’

TomJo, Écologisme et transhumanisme, 2016

21 novembre 2016 Laisser un commentaire

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

Ecologistes, végans et sympathisants de gauche prolifèrent au sein du mouvement transhumaniste. Après Le Monde, Le Nouvel Obs et Politis, Primevère, le plus grand salon écologiste français, invitait en 2016 un de ses représentants à s’exprimer. Didier Cœurnelle, vice-président de l’Association française transhumaniste, est élu Vert en Belgique. Il aurait eu les mots pour séduire les visiteurs de Primevère, avec une « vie en bonne santé beaucoup plus longue, solidaire, pacifique, heureuse et respectueuse de l’environnement, non pas malgré, mais grâce aux applications de la science » 1. Il aura fallu les protestations d’opposants aux nécrotechnologies pour que le salon annule son invitation 2. Les transhumanistes ne luttent pas contre les nuisances. Technophiles et « résilients », ils comptent sur l’ingénierie génétique, la chimie et les nanotechnologies pour adapter la nature humaine et animale à un milieu saccagé.

Faut-il un État mondial inter-espèces pour lutter contre les dominations entre humains et animaux ? Voire entre animaux, avec des prédateurs devenus herbivores après modification génétique ?

Même si leurs idées prêtent à rire, les transhumanistes ne sont pas des ahuris victimes d’une indigestion de mauvaise science-fiction. Ils sont écologistes et végans (c’est-à-dire refusant de consommer les produits issus des animaux), certes. Parfois même bouddhistes. Mais aussi philosophes, généticiens, informaticiens, sociologues ou start-uppers rétribués par Harvard, Oxford, la London school of economics ou Google. La plupart d’entre eux veulent le bien de la planète et de ses habitants, lutter contre les oppressions, tout en augmentant notre espérance de vie jusqu’à « la mort de la mort ». Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Lettre au Président de la commission du Plan chargée du rapport sur les OGM, 2002

18 mars 2013 Laisser un commentaire

Cher collègue,

Veuillez excuser le ton parfois vif de cette lettre et prenez-la pour ce qu’elle est : le témoignage de mon inquiétude (partagée par la majorité de nos concitoyens) à propos de l’agriculture transgénique et, pour ce qui nous concerne directement, à propos de l’avenir d’une recherche qui n’a plus rien d’agronomique et qui est coupée de la société et passée – par naïveté, ignorance, résignation, ou opportunisme, peu importe – au service des « investisseurs ». L’idée de finir ma carrière derrière des barbelés et des miradors, comme les chercheurs du nucléaire, pour éviter l’intrusion de « vandales » m’est  aussi insupportable qu’à vous même. Lire la suite…

Le sperme de ruminant est une marchandise

4 février 2013 Laisser un commentaire

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Tuer la vie dans l’œuf

« Pour les agriculteurs, ressemer sa propre récolte sera interdit ou taxé », titrait Le Monde du 29 novembre 2011. Dans le meilleur des mondes, l’étape suivante serait d’interdire aux éleveurs l’échange de gamètes mâles non certifiés… Et nous vivons dans le meilleur des mondes ! Rencontre avec un éleveur ovin.

Le mois dernier, CQFD vous promettait un papier sur « l’interdiction des mâles reproducteurs dans les fermes ». Entretemps, on s’est rendu compte que ce n’était pas écrit. Pas encore. Pas en ces termes. Ce qui est écrit depuis 2007 dans le Code rural et de la pêche maritime que Jean-Louis Meurot a sorti de ses archives et posé sur la table de sa cuisine, c’est ça :

« Art. L. 653-6. – À compter du 1er janvier 2015, le matériel génétique support de la voie mâle acquis par les éleveurs de ruminants est soumis à obligation de certification, qu’il s’agisse de semence ou d’animaux reproducteurs. » Lire la suite…

Xavier Noulhianne, Puçage électronique: retour sur une histoire commune de l’industrialisation et l’administration de l’élevage, 2011

29 juin 2012 Laisser un commentaire

Depuis le 1er juillet 2010, le puçage électronique des animaux est obligatoire pour toutes les nouvelles naissances en ovin et caprin. L’opposition à cette nouvelle phase de la politique de traçabilité et de poursuite de la politique d’industrialisation généralisée de l’agriculture, bien que démarrée dès 2006 pour certains, n’en est encore qu’à un stade embryonnaire. Cette nouvelle avancée dans la traçabilité a tout de suite été associés à une industrialisation de l’élevage. C’est l’occasion de revenir sur l’histoire contemporaine de l’élevage, sur les origines de cette politique d’industrialisation, dont le puçage n’est qu’un des moments, ainsi que sur les mécanismes qui la mettent, en mouvement. L’industrialisation, mouvement historique mondial, prend des formes et des parcours différents en fonction du domaine, du pays et de l’époque qui assiste à son éclosion. L’industrialisation de l’élevage en France a des particularités très… françaises. Son impulsion fut étatique, intervenant au milieu des années 60 et se matérialisant dans une loi appelée Loi sur l’élevage [1] promulguée sous De Gaulle par Edgar Faure. Cette phase de mise en place d’une production industrielle est, en effet, le résultat de la mise en place concomitante de méthodes scientifiques de production et d’une mécanique administrative apte à gérer cette expérimentation à l’échelle nationale. Pour bien comprendre la spécificité républicaine d’une intervention coopérative de la science et de l’administration accouchant de l’élevage “moderne”, au sens industriel, il est intéressant de remonter à la moitié du XVIIIe siècle au Royaume Uni, pour savoir ce à quoi cet élevage moderne voulait être une alternative ou, dit autrement, ce qu’elle s’est donnée comme objectif de faire disparaître. Lire la suite…

Xavier Noulhianne, Ab Absurdo ou AB : La certification d’un avenir industriel & durable de l’agriculture, 2011

29 juin 2012 Laisser un commentaire

Le raisonnement ab absurdo consiste à démontrer la vérité d’une conclusion par l’absurdité de son contraire. Ainsi, quand nous voulons démontrer que la conclusion la plus logique au bouleversement ininterrompu de leurs conditions d’existence dans lequel se sont, qu’ils le veuillent ou non, lancés les hommes, est l’accession à l’histoire consciente, en trouvons-nous la preuve dans l’absurdité de la société aujourd’hui existante ; laquelle se montre concrètement opposée à tout ce qu’il y avait pu y avoir de prometteur dans le processus historique dont elle constitue la conclusion provisoire.

Encyclopédie des Nuisances, Dictionnaire de la déraison dans les arts, les sciences les métiers – Fascicule n°3 – Mai 1985.

En abordant un sujet comme de celui de la Bio-industrie ou du Bio-business, donc de l’industrialisation de l’agriculture biologique, le premier réflexe serait de distinguer, assez légitimement, dans la situation actuelle d’un côté la bio-historique des petits producteurs et de l’autre la Bio-­industrie naissante, taillée pour la production de masse ; l’une parée de toutes les vertus, l’autre affublée de toutes les dérives et de tous les dévoiements.

Se contenter d’une telle vision dualiste reviendrait à rester aveugle sur au moins deux points. Tout d’abord que depuis 1991 ces deux tendances sont régies par la même réglementation CE n°2092/91 devenue RCE n°834/2007 & n°889/2008. Or cette réglementation, tout en prétendant avoir été faite par les petits producteurs, pour leur protection, a assisté en son sein, depuis sa création, à la naissance et aux développements d’une production bio qui n’a plus grand chose à envier à la production conventionnelle. Si bien que l’on ose se demander, après vingt ans, si elle n’aurait pas été faite à dessein. D’autre part, imaginer que le processus qui est en train d’aboutir à une industrialisation généralisée de toutes les productions, matérielles ou immatérielles, et qui s’entête à vouloir légitimer l’emploi du terme de société industrielle pour désigner ce monde-ci, puisse ne pas toucher, en quelque manière que ce soit, les petits producteurs de la bio-historique, parce que nous serions naturellement armés pour résister à cette industrialisation, reviendrait à se tromper sur la nature même de ce processus et à ne pas voir ce qu’il a déjà imprimé dans nos pratiques quotidiennes. Lire la suite…

A propos de «l’affaire de la dioxine», 1999

25 juin 2012 Laisser un commentaire

« Contrairement à certaines craintes exprimées au départ, l’origine de la contamination serait toujours la même. »

Libération, 25 juillet 1999.

Les patrons de l’agro-alimentaire et leurs politiciens ne se contentent pas de nous empoisonner ; ils osent, en plus, venir nous parler de santé et d’hygiène, et nous imposer la délirante conception qu’ils en ont, en faisant passer de nouvelles lois et réglementations contre ce qui reste de paysans et de production artisanale, au moment même où les derniers résultats catastrophiques de l’agriculture industrielle s’étalent dans nos assiettes.

La production industrielle s’efforce ainsi de faire disparaître tout ce qui lui est étranger, et résistait encore par sa seule existence à l’appauvrissement général, pour ne nous laisser d’autre choix que ses ersatz empoisonnés, et supprimer tout point de comparaison, qui est toujours si évidemment à son désavantage. Lire la suite…

Bernard Charbonneau, La gueule bourée, 1973

16 mars 2012 Laisser un commentaire

Dans le terrain vague tout est vague, les mots n’ont plus de sens précis. Et pas seulement les grandes entités : la Liberté, la Paix, la Justice, mais ceux qui désignaient les objets les plus concrets : le poulet, la pêche, le pain. On est en train de nous l’ôter de la bouche pour la bourrer de plastique ; il faut le crier sur les toits.

Au rayon des fruits et légumes

La production – de bagnoles, d’acier et de plastique – augmente. En vertu de quoi celles d’arbres, de maisons et de nourriture dignes de ce nom, diminue. La quantité progresse, donc (qu’on excuse ce donc, mais dans notre système il en est ainsi) la qualité régresse. On le sait et on le dit maintenant de “l’environnement”, mais guère encore des aliments. Et pourtant la mainmise de l’industrie sur l’agriculture, autant que par le ravage des paysages, se traduit par la disparition des nourritures qui, tout en nourrissant le corps sont une délectation pour les sens et une joie pour l’esprit. Ah ! Tous les jours casser la croûte ! Essayez donc avec l’étron blanchâtre qui sort de “l’usine à pain” ! Certes, si l’on s’en tient à la taille, à la forme et à la couleur, nos fruits sont beaux, mais si l’on s’en réfère au goût, il détecte vite que le spectacle de la pêche est gonflé d’eau et de chimie. On produit, paraît-il, du poulet en un mois, mais ce n’est plus du poulet, c’est son cadavre, son fantôme. Les mots trompent : la miche, la fraise… Tentés par la couleur, nous y mordons à pleines dents, mais pouah ! ce n’est plus de la fraise, c’est du vermillon de la Badische Anilin. Ces fruits de cire ne sont pas faits pour les dents, mais pour les yeux. Sous prétexte de nourrir le peuple, on le soumet au supplice de Tantale : ces raisins d’Espagne sont trop beaux, ce n’est plus du Malaga mais du Dattier. Et pour l’eau, c’est pareil : crevant de soif, vous vous précipitez vers le robinet : ce n’est plus de l’eau, mais de l’eau lourde, du protoxyde d’azote qui gonfle votre estomac. Au lieu d’étancher, on étouffe notre soif.

Et ne l’oublions jamais, cette société se développe. Sans cesse, il lui faut plus de fric, sans cesse l’impérialisme industriel cherche de nouveaux domaines à conquérir. Hier c’était la pomme, demain, ce sera la patate, et après le poulet, le bœuf sera mis en batterie ; restent le mouton et la crevette qui se baladent encore dans la nature et prétendent y trouver leur provende. Mais bientôt ce sera leur tour, et nous n’aurons plus qu’un plat au menu quotidien : du plastique, de toutes sortes de formes et de couleurs. Et un beau jour, quand le dernier mitron aura disparu, les Français ayant perdu le goût du pain, il n’y aura plus de problème.

En attendant, il faut réagir, et d’abord s’informer. Lire la suite…

Jocelyne Porcher, Le stade ultime des productions animales : la production de viandes in vitro, 2010

27 février 2012 Laisser un commentaire

Dans le contexte de nouvelles réflexions sur la PAC, et concernant les productions animales, la question récurrente : « faut-il changer de modèle de production ? » pourrait sembler quelque peu incongrue. Il apparaît en effet de plus en plus nettement que la question n’est plus : « faut-il changer de modèle ? » mais, nolens volens, « comment le modèle est-il en train de changer ? ». Le changement auquel je vais m’intéresser, la production de viandes in vitro, que ses promoteurs qualifient d’aussi révolutionnaire que l’invention de l’automobile ou de l’informatique, devrait être connu et pris en compte par les politiques de développement agricole et rural car il pourrait bouleverser le paysage des productions animales et rendre caduques certaines prévisions.

Les productions animales visent à produire de la matière animale au plus vite et au moindre coût. Et cela en France depuis le milieu du XIXe siècle – et non depuis les années 1950 comme on le lit trop souvent en faisant débuter dans l’après guerre le processus d’industrialisation de l’élevage. Ainsi que l’écrit l’un des pionniers de la zootechnie, André Sanson (1826-1902), alors que le capitalisme industriel s’impose et que les entrepreneurs s’avisent de la manne financière inexploitée que recèlent la nature et les animaux domestiques :

On aura peine à croire, dans l’avenir, que cette façon de poser le problème zootechnique ait pu être considérée comme révolutionnaire, et qu’il ait fallu tant d’efforts pour la faire admettre […] On ne pourra pas s’expliquer que la production animale ait été, depuis si longtemps, envisagée autrement que comme une industrie obéissant avant tout aux lois économiques, de même que toutes les autres. [1]

Je voudrais montrer ici que la « production animale » comme industrie, id est le modèle industriel de productions animales, contient en elle-même sa propre négation et est en voie d’atteindre le stade ultime de son développement : la production biotechnologique de protéines animales. Et cela d’autant plus rapidement que l’on constate une convergence en ce sens des intérêts d’acteurs très différents, voire apparemment opposés. Ce changement radical de modèle de production de la « matière animale » risque toutefois d’entraîner dans son sillage la disparition de l’élevage en tant rapport historique multi-millénaire de travail avec les animaux. Et cela sans que nous ayons réellement pris la mesure de ce que nous sommes en train de perdre. Lire la suite…

Michel Le Gris, Travailler l’anachronisme, 2010

26 janvier 2012 Laisser un commentaire

Michel Le Gris, 58 ans, exerce depuis 1984 le métier de caviste à Strasbourg, à l’enseigne du Vinophile. Philosophe de formation, il a également publié un livre important sur le goût du vin et sa standardisation à l’heure de sa production industrielle : Dionysos crucifié, Essai sur le goût du vin à l’heure de sa production industrielle, aux éditions syllepse (1999). Nous avons voulu savoir comment il concevait son travail, en relation avec la critique sociale développée dans son livre.

Vous défendez une conception exigeante du métier de caviste. En quoi consiste-t-elle ?

Avant les années 1970, on parlait moins de « caviste » que de marchand de vin, une activité qui a aujourd’hui quasiment disparu. Le travail des derniers marchands de vin que j’ai pu connaître, à Paris dans les années 1960, ressemblait par quelques côtés à celui que faisaient les sommeliers dans la grande restauration, à savoir amener des vins au stade où ils ont développé toutes leurs qualités, un peu comme un vrai fromager n’est pas quelqu’un qui revend du fromage, mais quelqu’un qui affine du fromage jusqu’au moment où il estime qu’il est à point pour être proposé. Certains marchands de vin à Paris dans les années 1960 faisaient ce genre de choses. Cet aspect du travail, qui à mes yeux a une importance cruciale, a aujourd’hui à peu près disparu. D’après ce qu’on m’a dit, en France, nous ne sommes plus que quelques-uns, très rares, à agir de la sorte. Lire la suite…

Marcellin Berthelot, En l’an 2000…, 1894

5 avril 1894 Laisser un commentaire

Marcellin Berthelot (1827-1907), chimiste et homme d’État (il fut ministre de l’Instruction publique, puis des Affaires étran­gères), « pontife du scientisme républicain » (selon Pierre Thuillier), prononça ce discours au banquet de la Chambre Syndicale des Produits Chimiques, le 5 avril 1894.

Messieurs,

Je vous remercie d’avoir bien voulu nous inviter à votre banquet et d’avoir réuni dans ces agapes fraternelles, sous la présidence de l’homme dévoué au bien public qui est assis devant moi, les serviteurs des laboratoires scientifiques, parmi lesquels j’ai l’honneur de compter depuis bientôt un demi-siècle, et les maîtres des usines industrielles, où se crée la richesse nationale. Par là vous avez prétendu affirmer cette alliance indissoluble de la science et de l’industrie, qui caractérise les sociétés modernes. Vous en avez le droit et le devoir plus que personne, car les industries chimiques ne sont pas le fruit spontané de la nature : elles sont issues du travail de l’intelligence humaine. Lire la suite…