Jean-Pierre Berlan, Lettre ouverte aux agriculteurs progressistes qui s’apprêtent à semer du maïs transgénique, 2006

Les semences conventionnelles de « variétés hybrides » de maïs coûtent environ 150 euros/ha. Les semences transgéniques coûtent sans doute plus cher à moins que, comme Innovateur chargé d’ouvrir la voie au Progrès, vous ne bénéficiiez de conditions spéciales qui, de toute façon, ne dureront pas.

Bref, le coût des semences à l’hectare représente l’équivalent de 15 à 18 voire même dans certains cas, 20 quintaux de production. Vous semez environ 15 kilogramme à l’hectare. Un quintal de semences « hybrides » de maïs coûte plus de 1 000 euros, alors que le quintal de maïs grain tourne autour de 9 euros.

Un quintal de semences de maïs « hybride » vaut donc 100 fois plus cher qu’un quintal de maïs grain. Si vous pouviez semer le grain récolté, vous économiseriez environ 150 euros par hectare. Ce serait autant de bénéfice en plus pour vous. Sur une centaine d’hectares, cela représente 15 000 euros. Je ne crois pas qu’il y ait de désaccord sur ces chiffres. Lire la suite »

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Jean-Pierre Berlan, De la bannette au pain, 2019

De la bannette au pain est un Duologos mis en scène et en bouche par Jean-Pierre Berlan et François Palanque en 2019 avec le coup de main de Julien Pillet. Une joyeuse conférence-exposition-dégustation-discussion sur l’extraordinaire diversité et beauté des blés de pays.

Jean-Pierre Berlan est ingénieur-chercheur en agronomie et sciences économiques et François Palanque, acteur-chercheur en clowneries en tous genres.

Animés par « l’amour de la recherche, celui du travail et de l’émerveillement », nos deux experts-compères mènent une recherche permanente et enthousiaste, en résistance à la destruction galopante de la biodiversité. Lire la suite »

Radio: Nicolas Decôme, Pourquoi l’Atelier Paysan ? (épisode 5), 2021

Je vous propose aujourd’hui d’écouter Nicolas Decôme nous présenter l’Atelier Paysan, cette coopérative d’autoconstruction de matériel agricole.

La coopérative vient de publier deux ouvrages collectifs, l’essai politique Reprendre la terre aux machines, manifeste pour une autonomie paysanne et alimentaire, éd. Seuil, coll. Anthropocène, paru en mai 2021 (288 pages, 20 €) et un premier rapport d’ Observations sur les technologies agricoles publié en auto-édition en septembre 2021.

Nicolas Decome présente l’Atelier Paysan, ses origines et son histoire. Il revient sur l’histoire du complexe agro-industriel et les conséquences de la mécanisation sur le monde paysan. L’Atelier Paysan estime qu’une refonte générale du système de production agricole est nécessaire, ainsi qu’un autre rapport à l’alimentation. L’appel à la responsabilité individuelle, ce « chacun doit faire sa part », ne mettra jamais fin au modèle alimentaire industriel et marchand. Celui-ci est une machine à produire artificiellement au moindre coût, une machine à confisquer les savoirs et savoir-faire, à enrichir les industries technologiques, à déshumaniser.

L’enquête critique menée par l’Atelier Paysan identifie les différent verrous qui protègent le système de production agricole et le  modèle alimentaire industriel. Pour sortir l’agriculture et l’alimentation du marché concurrentiel européen qui tire les prix et la qualité vers le bas, il propose d’instaurer localement une sécurité sociale de l’alimentation qui permettrait à chacun de choisir son alimentation en connaissance de cause et d’assurer aux producteurs un revenu décent.

Il est temps d’échapper à notre enfermement dans les niches d’un marché alimentaire réservé aux classes aisées et de reprendre entièrement la terre aux machines.

Mangeurs de tous les pays, unissons-nous!

Cet enregistrement est issu d’un exposé faite dans un lycée, et donc il a un caractère très pédagogique !

Merci à Adrien D. pour cet enregistrement.

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.

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Émission Racine de Moins Un n°70,
diffusée sur Radio Zinzine en octobre 2021.

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40 ans de radio Zinzine

François Jarrige, Amalgames sur les Amap, 2010

L’autosuffisance agricole des villes, une vaine utopie ?

 

 

L’agriculture de proximité et les « circuits courts » suscitent aujourd’hui un engouement certain auprès de nombreux citadins. Offrent-ils pour autant de véritables promesses d’autosuffisance alimentaire pour les villes ? D’une manière générale, quel rôle les espaces agricoles périurbains peuvent-ils jouer dans la promotion de l’autosuffisance urbaine ? Roland Vidal et André Fleury reviennent sur les fonctions à la fois alimentaires, environnementales et paysagères des espaces agricoles à proximité des villes. Loin des idées reçues, analysant la réalité à la fois économique et écologique de l’agriculture urbaine, ils invitent à repenser les liens entre ville durable et agriculture urbaine.

Réponse de François Jarrige à la suite.

 

N’en déplaise aux architectes qui rêvent de potagers verticaux, aucune ville au monde n’est en mesure d’assurer son autosuffisance alimentaire en l’état actuel des savoir-faire de notre civilisation. En revanche, cette autosuffisance peut être imaginée à l’échelle d’une région urbaine impliquant au minimum sa périphérie rurale. On peut dès lors se demander quelle doit être l’échelle de cette région et dans quelle logique spatiale elle doit être comprise. De ce point de vue, les différentes fonctions que l’agriculture est appelée à remplir vis-à-vis de la ville ne relèvent pas du même type d’espace. L’approvisionnement alimentaire, inscrit de longue date dans une logique d’échanges commerciaux, relèverait plutôt d’un espace compris comme un réseau, alors que les fonctions environnementales ou paysagères, non délocalisables par nature, relèveraient davantage de ce que Roger Brunet appelle une aire dans sa typologie des chorèmes [1]. Lire la suite »

L’Atelier Paysan, Reprendre la terre aux machines, 2021

La clef à molette des champs

 

Loin de se limiter aux seules métropoles, le déferlement high-tech s’abat aussi sur les campagnes et les activités agricoles, transformant peu à peu les anciens paysans en simples opérateurs de machines. Pour contrer ce mouvement de fond, une coopérative d’autoconstruction de machines agricoles s’est monté il y a une dizaine d’années en Isère. L’Atelier paysan – c’est son nom – aujourd’hui installé à Renage, à trente kilomètres de Grenoble, connaît un petit succès et une croissance importante ces dernières années. Discussion avec deux de ses membres autour de la philosophie, des questionnements et des limites de cette structure

 

L’Atelier paysan est né presque en même temps que le Postillon : Il y a un peu plus de 10 ans. À l’époque Fabrice Clerc, qui travaille pour Adabio, une association pour le développement de l’agriculture biologique, rencontre Joseph Templier, paysan installé en Isère, à Saint-Blaise-du-Buis. Comment ça s’est passé ?

Fabrice Clerc : À l’époque Joseph avait une ferme en maraîchage bio sur laquelle il faisait de la culture en « planches permanentes », une méthode qu’il avait découverte lors d’un voyage en Allemagne, grâce à trois machines qu’il a conçues et autoconstruites : le vibroplanche, le cultibutte et la butteuse à planche.

Il était parti du constat que les machines agricoles conventionnelles entraînent un appauvrissement de la terre. Au delà de ça, on partageait également l’idée que ces machines engendrent une perte d’autonomie de la paysannerie : en amont tu ne choisis pas l’outil avec lequel tu travailles et en aval elles induisent une production standardisée que tu ne pourras pas écouler en vente directe et qui t’impose donc de te conformer aux impératifs de la filière. C’est une double contrainte terrible dans laquelle tu te retrouves coincé. Lire la suite »

TomJo, Écologisme et transhumanisme, 2016

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

Ecologistes, végans et sympathisants de gauche prolifèrent au sein du mouvement transhumaniste. Après Le Monde, Le Nouvel Obs et Politis, Primevère, le plus grand salon écologiste français, invitait en 2016 un de ses représentants à s’exprimer. Didier Cœurnelle, vice-président de l’Association française transhumaniste, est élu Vert en Belgique. Il aurait eu les mots pour séduire les visiteurs de Primevère, avec une « vie en bonne santé beaucoup plus longue, solidaire, pacifique, heureuse et respectueuse de l’environnement, non pas malgré, mais grâce aux applications de la science » 1. Il aura fallu les protestations d’opposants aux nécrotechnologies pour que le salon annule son invitation 2. Les transhumanistes ne luttent pas contre les nuisances. Technophiles et « résilients », ils comptent sur l’ingénierie génétique, la chimie et les nanotechnologies pour adapter la nature humaine et animale à un milieu saccagé.

Faut-il un État mondial inter-espèces pour lutter contre les dominations entre humains et animaux ? Voire entre animaux, avec des prédateurs devenus herbivores après modification génétique ?

Même si leurs idées prêtent à rire, les transhumanistes ne sont pas des ahuris victimes d’une indigestion de mauvaise science-fiction. Ils sont écologistes et végans (c’est-à-dire refusant de consommer les produits issus des animaux), certes. Parfois même bouddhistes. Mais aussi philosophes, généticiens, informaticiens, sociologues ou start-uppers rétribués par Harvard, Oxford, la London school of economics ou Google. La plupart d’entre eux veulent le bien de la planète et de ses habitants, lutter contre les oppressions, tout en augmentant notre espérance de vie jusqu’à « la mort de la mort ».Lire la suite »

Jean-Pierre Berlan, Lettre au Président de la commission du Plan chargée du rapport sur les OGM, 2002

Cher collègue,

Veuillez excuser le ton parfois vif de cette lettre et prenez-la pour ce qu’elle est : le témoignage de mon inquiétude (partagée par la majorité de nos concitoyens) à propos de l’agriculture transgénique et, pour ce qui nous concerne directement, à propos de l’avenir d’une recherche qui n’a plus rien d’agronomique et qui est coupée de la société et passée – par naïveté, ignorance, résignation, ou opportunisme, peu importe – au service des « investisseurs ». L’idée de finir ma carrière derrière des barbelés et des miradors, comme les chercheurs du nucléaire, pour éviter l’intrusion de « vandales » m’est  aussi insupportable qu’à vous même.Lire la suite »

Le sperme de ruminant est une marchandise

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Tuer la vie dans l’œuf

« Pour les agriculteurs, ressemer sa propre récolte sera interdit ou taxé », titrait Le Monde du 29 novembre 2011. Dans le meilleur des mondes, l’étape suivante serait d’interdire aux éleveurs l’échange de gamètes mâles non certifiés… Et nous vivons dans le meilleur des mondes ! Rencontre avec un éleveur ovin.

Le mois dernier, CQFD vous promettait un papier sur « l’interdiction des mâles reproducteurs dans les fermes ». Entretemps, on s’est rendu compte que ce n’était pas écrit. Pas encore. Pas en ces termes. Ce qui est écrit depuis 2007 dans le Code rural et de la pêche maritime que Jean-Louis Meurot a sorti de ses archives et posé sur la table de sa cuisine, c’est ça :

« Art. L. 653-6. – À compter du 1er janvier 2015, le matériel génétique support de la voie mâle acquis par les éleveurs de ruminants est soumis à obligation de certification, qu’il s’agisse de semence ou d’animaux reproducteurs. »Lire la suite »

Xavier Noulhianne, Puçage électronique: retour sur une histoire commune de l’industrialisation et l’administration de l’élevage, 2011

Depuis le 1er juillet 2010, le puçage électronique des animaux est obligatoire pour toutes les nouvelles naissances en ovin et caprin. L’opposition à cette nouvelle phase de la politique de traçabilité et de poursuite de la politique d’industrialisation généralisée de l’agriculture, bien que démarrée dès 2006 pour certains, n’en est encore qu’à un stade embryonnaire. Cette nouvelle avancée dans la traçabilité a tout de suite été associés à une industrialisation de l’élevage. C’est l’occasion de revenir sur l’histoire contemporaine de l’élevage, sur les origines de cette politique d’industrialisation, dont le puçage n’est qu’un des moments, ainsi que sur les mécanismes qui la mettent, en mouvement. L’industrialisation, mouvement historique mondial, prend des formes et des parcours différents en fonction du domaine, du pays et de l’époque qui assiste à son éclosion. L’industrialisation de l’élevage en France a des particularités très… françaises. Son impulsion fut étatique, intervenant au milieu des années 60 et se matérialisant dans une loi appelée Loi sur l’élevage [1] promulguée sous De Gaulle par Edgar Faure. Cette phase de mise en place d’une production industrielle est, en effet, le résultat de la mise en place concomitante de méthodes scientifiques de production et d’une mécanique administrative apte à gérer cette expérimentation à l’échelle nationale. Pour bien comprendre la spécificité républicaine d’une intervention coopérative de la science et de l’administration accouchant de l’élevage “moderne”, au sens industriel, il est intéressant de remonter à la moitié du XVIIIe siècle au Royaume Uni, pour savoir ce à quoi cet élevage moderne voulait être une alternative ou, dit autrement, ce qu’elle s’est donnée comme objectif de faire disparaître. Lire la suite »

Xavier Noulhianne, Ab Absurdo ou AB : La certification d’un avenir industriel & durable de l’agriculture, 2011

Le raisonnement ab absurdo consiste à démontrer la vérité d’une conclusion par l’absurdité de son contraire. Ainsi, quand nous voulons démontrer que la conclusion la plus logique au bouleversement ininterrompu de leurs conditions d’existence dans lequel se sont, qu’ils le veuillent ou non, lancés les hommes, est l’accession à l’histoire consciente, en trouvons-nous la preuve dans l’absurdité de la société aujourd’hui existante ; laquelle se montre concrètement opposée à tout ce qu’il y avait pu y avoir de prometteur dans le processus historique dont elle constitue la conclusion provisoire.

Encyclopédie des Nuisances, Dictionnaire de la déraison dans les arts, les sciences les métiers – Fascicule n°3 – Mai 1985.

En abordant un sujet comme de celui de la Bio-industrie ou du Bio-business, donc de l’industrialisation de l’agriculture biologique, le premier réflexe serait de distinguer, assez légitimement, dans la situation actuelle d’un côté la bio-historique des petits producteurs et de l’autre la Bio-­industrie naissante, taillée pour la production de masse ; l’une parée de toutes les vertus, l’autre affublée de toutes les dérives et de tous les dévoiements.

Se contenter d’une telle vision dualiste reviendrait à rester aveugle sur au moins deux points. Tout d’abord que depuis 1991 ces deux tendances sont régies par la même réglementation CE n°2092/91 devenue RCE n°834/2007 & n°889/2008. Or cette réglementation, tout en prétendant avoir été faite par les petits producteurs, pour leur protection, a assisté en son sein, depuis sa création, à la naissance et aux développements d’une production bio qui n’a plus grand chose à envier à la production conventionnelle. Si bien que l’on ose se demander, après vingt ans, si elle n’aurait pas été faite à dessein. D’autre part, imaginer que le processus qui est en train d’aboutir à une industrialisation généralisée de toutes les productions, matérielles ou immatérielles, et qui s’entête à vouloir légitimer l’emploi du terme de société industrielle pour désigner ce monde-ci, puisse ne pas toucher, en quelque manière que ce soit, les petits producteurs de la bio-historique, parce que nous serions naturellement armés pour résister à cette industrialisation, reviendrait à se tromper sur la nature même de ce processus et à ne pas voir ce qu’il a déjà imprimé dans nos pratiques quotidiennes.Lire la suite »