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Posts Tagged ‘agriculture’

Écran Total, Aux assises de Technologos, une promotion à peine voilée de l’agriculture connectée, 2018

14 octobre 2018 Laisser un commentaire

Qu’est-ce qui a pris Technologos d’inviter le journaliste Vincent Tardieu aux assises de Technologos?

Rappelons tout d’abord que Technologos est une association «technocritique», pour reprendre le titre d’un livre de François Jarrige, axée sur la discussion et la diffusion d’idées. Combattre certains lieux communs, («la technique est neutre, ce n’est qu’un outil, la technologie va sauver le monde»), comme l’indique leur dernière lettre d’information, promouvoir la pensée d’auteurs comme Ellul ou Charbonneau. En me rendant à ces sixièmes assises, consacrées à l’agriculture, je ne m’attendais pas à des discours enflammés et des appels à l’action directe. Mais bon, en matière d’action et de ton à adopter, personne n’a encore trouvé la formule magique. À Écran Total *, on la cherche activement, mais en attendant, on ne crache pas sur des initiatives de discussion honnêtes et un peu approfondies, autrement dit en décalage avec ce qui se fait un peu partout, dans les colloques universitaires par exemple, où on déploie une belle énergie à noyer le poisson, à grands coups de power point et de pseudo-neutralité scientifique. Lire la suite…

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Bertrand Louart, Les causeries de l’été, 2010

26 septembre 2018 Laisser un commentaire

I

Dans divers coins de campagne s’organisent l’été des chantiers-rencontres-discussions-fiestas sur des lieux autogérés collectivement. Voici le compte-rendu ‑ forcément partiel et partial ‑ de quelques-unes de ces causeries, par notre envoyé spécial.

Première rencontre dans le Tarn en août, à la fête de Martre, où, la première journée, a lieu une discussion sur le livre et l’édition 1.

Florent, libraire itinérant sur les marchés, commence avec un exposé sur la « chaîne du livre ». Actuellement, il se publie en France 50 000 ouvrages par an. La « durée de vie » d’un livre ‑ le temps pendant lequel il se vend ‑ est en moyenne de trois mois. Ensuite, les gros éditeurs n’hésitent pas à envoyer au pilon le reste du tirage invendu. La pression de la concurrence est telle que ces dernières années on assiste dans le monde de l’édition à des concentrations de plus en plus importantes et à une approche marketing du livre, qui tend à devenir une marchandise périssable et jetable comme une autre. Lire la suite…

Hugues Berger, Je ne connaissais pas Jérôme Laronze, 2018

24 juillet 2018 Laisser un commentaire

Je ne connaissais pas Jérôme Laronze. Pas plus que je ne connaissais Angelo Garand, Joseph Guerdner, Amine Bentounsi, Rémi Fraisse, Adama Traoré ou les autres victimes de meurtres policiers 1. Mais parmi les horreurs que nous livre chaque jour l’actualité, celle-ci est tombée si près de moi que j’ai tremblé. Nous avions presque le même âge. Nos fermes étaient distantes de quelques kilomètres seulement. Nous étions tous deux révoltés par l’industrialisation de l’agriculture. Malheureusement, nous ne nous sommes jamais rencontrés.

J’ai appris la mort de Jérôme au détour d’une conversation. Un de ces faits divers qu’on a lus dans la presse et qui relance facilement une discussion en panne.

« L’agriculteur en cavale a été tué. Les gendarmes ont tiré alors qu’il leur fonçait dessus. »

Stupeur.

« Comment ? Tu n’as pas entendu parler de cette histoire de dingue ? »

Il faut dire que durant neuf jours, le journal local en a fait le personnage principal de son feuilleton. Rendez-vous compte ! Dans cette campagne où les journalistes attendent les accidents de la route pour faire la une, un agriculteur offre la trame d’un western. Présenté tantôt comme un forcené, tantôt comme un idéaliste rêveur, ils ont fait de Jérôme Laronze un cowboy. Combien de bêtises ont-elles été écrites à son sujet ? Combien de mensonges ont-ils circulé de bouche en bouche ? Lire la suite…

Xavier Noulhianne, Le Ménage des champs, 2016

2 décembre 2017 Laisser un commentaire

Après l’interview de Yannick Ogor qui présentait son ouvrage Le Paysan impossible, voici – dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle – une interview en deux parties de Xavier Noulhianne qui présente son livre Le Ménage des champs. Tous deux publiés par les éditions du Bout de la Ville.

Ci-dessous la présentation de l’ouvrage par l’éditeur:

Il est devenu banal de voir des ouvrages fustigeant « les dérives du productivisme » pour vendre les bienfaits d’une agriculture fonctionnant selon les principes de la science écologique. Ces livres, tous écrits par des spécialistes aux mains blanches, partagent la même condescendance, quand ce n’est pas du mépris, pour les agriculteurs. Ces derniers y sont décrits comme de stupides producteurs incapables de saisir la réalité des nuisances dont ils seraient la cause ; seule une petite minorité d’entre eux agirait pour le futur, héros purs, hors du temps et hors du monde. Dans ce livre, Xavier Noulhianne change le regard que nous portons habituellement sur le monde agricole. Lire la suite…

Yannick Ogor, Le Paysan impossible, 2017

30 novembre 2017 Laisser un commentaire

« J’ai choisi une vie d’éleveur de brebis et de maraîcher. Avant tout, je voulais fuir le néant du salariat. Devant l’horizon saturé de la société industrielle, j’aurais pu me satisfaire d’une discrète fréquentation du vivant : un petit jardin, une petite basse-cour, deux ou trois brebis, quelques fruitiers… […] Mais j’ai eu ce pressentiment tenace : qu’à ces petites fréquentations de la nature quelque chose manque, ou plutôt, que d’une fréquentation, on peut toujours s’absenter ; et que cela, confusément, je n’en voulais pas. Au contraire, je cherchais à être pris. »

Yannick Ogor, ancien animateur de la Confédération paysanne, éleveur et maraîcher en Bretagne, retrace la contestation agricole en France depuis soixante ans, ses tentatives et ses impasses. Mêlant récit autobiographique et histoire, il revient aux racines de la question agricole, éclaire les lieux de pouvoir et les faux-semblants qui structurent l’alimentation des masses. Pour qu’on puisse enfin se départir de l’immuable et mensongère figure du « paysan » qui ne sert qu’à justifier l’asservissement de l’agriculteur à la logique capitaliste et industrielle. Lire la suite…

Faut pas pucer, « Notre Bio n’a rien à cacher », 2012

29 avril 2017 Laisser un commentaire

Nous sommes des éleveurs de vaches et de brebis. Nous refusons de mettre des puces électroniques d’identification aux bêtes. Nous n’avons jamais considéré nos bêtes comme des machines, et nous ne nous considérons pas comme des producteurs de viande ou de lait, nous sommes des éleveurs, nous vivons avec des animaux, des compagnons.

C’est cette différence, un monde, qu’on nous vole lorsque des normes, des experts viennent décider les choses à notre place pour gérer, perfectionner, et sécuriser l’approvisionnement d’une organisation sociale démesurée, ou du moins en donner l’illusion. Les contrôles de plus en plus fréquents de notre travail nous humilient, nous rabaissent au rang de simples exécutants. Cette humiliation semble être devenue une conséquence obligée du mode de vie moderne, un mal nécessaire pour le bien de tous. Aujourd’hui, l’important succès de la traçabilité auprès de la population nous complique considérablement la tâche dans notre refus de mettre des puces électroniques aux brebis. Comment en est-on arrivé à un tel degré d’embrigadement et de soumission ? Comment, en France, le mouvement bio y a-t-il contribué, notamment en agriculture, en travaillant presque depuis sa naissance, dans les années 1960, au succès de la notion de traçabilité ? Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Interview par Article11, 2010

9 avril 2017 Laisser un commentaire

Tu ne t’intéresses pas au contenu de ton assiette ? L’agriculture, ça te broute ? Tu ne devrais pas, tant se joue là notre avenir. Avec l’industrialisation de l’agriculture et la marchandisation du vivant, c’est la mort qui pointe le bout de son nez. Celle de la diversité et – donc – de l’humanité. Le chercheur Jean-Pierre Berlan en livre ici une démonstration limpide et effrayante.

L’agriculture. Un petit tour dans l’actu, et puis s’en va… Vitrine cosmétique, le salon qui lui est dédié a eu droit – comme chaque année – aux honneurs des médias feignant de s’intéresser au sujet. Leur traitement reste toujours le même : le cul des vaches, la visite présidentielle et – de façon générale – le chant lyrique d’une profession fantasmée. En filigrane, la volonté farouche de ne pas aborder les questions qui fâchent. As-tu par exemple vu le moindre reportage sur la désastreuse industrialisation de l’agriculture ? Absolument pas. En a-t-on profité pour revenir sur les brevets déposés sur le vivant par les multinationales, la dangereuse évolution des clones pesticides brevetés, ou encore la pente mortifère empruntée depuis des dizaines d’années par (presque) tout le secteur ? Pas plus. T’a-t-on – enfin – expliqué ce que tu avais dans ton assiette ? Encore moins [1]. D’où cet étrange paradoxe : le mot « transparence » a beau être mis à toutes les sauces, l’origine et le mode de production de ce qui arrive dans nos gamelles reste un mystère. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Les cloneurs, 2005

11 novembre 2016 Laisser un commentaire

Personne ne niera que tant que le grain récolté est aussi la semence de l’année suivante, le sélectionneur semencier n’a pas de marché. En hommes d’affaires, les premiers semenciers professionnels de la deuxième moitié du XIXe siècle l’ont immédiatement compris et ont entamé leur guerre secrète contre cette concurrence déloyale que leur faisaient plantes et animaux en se reproduisant et se multipliant gratuitement dans le champ du paysan. Avec une grande finesse politique, ils ont aussi vu que la réussite de leur dessein final – stériliser les plantes et les animaux par un moyen biologique, légal ou autre – demandait de l’entourer d’un rempart de mensonges.

Les cow-boys de la recherche agronomique des États-unis et leurs partenaires de Delta and Pine Land Co., ainsi que Monsanto, ont heureusement dévoilé le pot-aux-roses avec leur brevet « contrôle de l’expression des gènes » de 1998. Terminator, cette méthode transgénique générique de stérilisation, est le plus grand triomphe technique de la biologie appliquée à l’agriculture. Il est aussi la plus grande faute politique que pouvaient commettre les industriels « des sciences de la vie » puisqu’il révélait le secret le mieux gardé de la biologie appliquée à l’agriculture : la loi du profit s’oppose à la loi de la vie. Et dans notre Économie, c’est la vie qui a tort. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Interdire le clonage humain ?, 2003

5 novembre 2016 Laisser un commentaire

Chacun a sa propre idée de l’éthique. Les laboratoires pharmaceutiques consacrent le tiers de leur chiffre d’affaires au marketing, à transformer les médecins en « prescripteurs » et, par là même, nos cotisations en profits records (17% sur les ventes contre 2,7% pour les constructeurs automobiles). L’éthique démocratique voudrait que nous ayons le choix de consacrer notre argent à sauver des millions de vies ou à enrichir actionnaires et dirigeants d’entreprises aux revenus obscènes. L’éthique officielle défend l’amiante et les chimères génétiques brevetées baptisées OGM, discute sans fin de savoir quand des cellules deviennent une personne, et a une tâche des plus urgente : faire du clonage reproductif humain un « crime contre l’espèce humaine ». Pourquoi cette hâte ? Lire la suite…

De la ZAD aux communaux, 2014

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Dossier La Tragédie des Communaux

Pour toute une famille de pensée, le peuple est incapable de gérer collectivement une ressource naturelle sans la surexploiter. Récit d’une imposture et de ses racines. Un dossier spécial que nous terminons avec ce texte sur l’avenir de la Zone à Défendre de Notre-Dame des Landes…

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Quelques pistes à explorer pour aller plus loin…

1.

Beaucoup de questions se posent actuellement sur le devenir des terres de Notre-Dame des Landes une fois le projet d’aéroport abandonné. Des pistes sont explorées par plusieurs composantes du mouvement, mais en réduisant trop souvent la question foncière à celle du statut juridique futur de ces terres, la question des usages à un enjeu de propriété. D’un autre côté, sur la ZAD, intronisée « zone de non droit » de l’aveu même du pouvoir, beaucoup de conflits d’usage se déploient. Qu’il s’agisse de l’usage des prairies et des champs ou de celui des routes et des chemins, de la chasse ou des pratiques agricoles, ces conflits sont multiples.

Le devenir de ces terres dépend entièrement de notre capacité à y vivre en commun aujourd’hui. Ces deux problématiques sont indissociables. Si nous ne parvenons pas, ici et maintenant, à concilier les différentes pratiques et la multiplicité des usages qui cohabitent sur les terres de la ZAD, alors il nous sera difficile de nous projeter ensemble dans un avenir sans aéroport. Lire la suite…