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Posts Tagged ‘agriculture’

Faut pas pucer, « Notre Bio n’a rien à cacher », 2012

29 avril 2017 Laisser un commentaire

Nous sommes des éleveurs de vaches et de brebis. Nous refusons de mettre des puces électroniques d’identification aux bêtes. Nous n’avons jamais considéré nos bêtes comme des machines, et nous ne nous considérons pas comme des producteurs de viande ou de lait, nous sommes des éleveurs, nous vivons avec des animaux, des compagnons.

C’est cette différence, un monde, qu’on nous vole lorsque des normes, des experts viennent décider les choses à notre place pour gérer, perfectionner, et sécuriser l’approvisionnement d’une organisation sociale démesurée, ou du moins en donner l’illusion. Les contrôles de plus en plus fréquents de notre travail nous humilient, nous rabaissent au rang de simples exécutants. Cette humiliation semble être devenue une conséquence obligée du mode de vie moderne, un mal nécessaire pour le bien de tous. Aujourd’hui, l’important succès de la traçabilité auprès de la population nous complique considérablement la tâche dans notre refus de mettre des puces électroniques aux brebis. Comment en est-on arrivé à un tel degré d’embrigadement et de soumission ? Comment, en France, le mouvement bio y a-t-il contribué, notamment en agriculture, en travaillant presque depuis sa naissance, dans les années 1960, au succès de la notion de traçabilité ? Lire la suite…

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Jean-Pierre Berlan, Interview par Article11, 2010

9 avril 2017 Laisser un commentaire

Tu ne t’intéresses pas au contenu de ton assiette ? L’agriculture, ça te broute ? Tu ne devrais pas, tant se joue là notre avenir. Avec l’industrialisation de l’agriculture et la marchandisation du vivant, c’est la mort qui pointe le bout de son nez. Celle de la diversité et – donc – de l’humanité. Le chercheur Jean-Pierre Berlan en livre ici une démonstration limpide et effrayante.

L’agriculture. Un petit tour dans l’actu, et puis s’en va… Vitrine cosmétique, le salon qui lui est dédié a eu droit – comme chaque année – aux honneurs des médias feignant de s’intéresser au sujet. Leur traitement reste toujours le même : le cul des vaches, la visite présidentielle et – de façon générale – le chant lyrique d’une profession fantasmée. En filigrane, la volonté farouche de ne pas aborder les questions qui fâchent. As-tu par exemple vu le moindre reportage sur la désastreuse industrialisation de l’agriculture ? Absolument pas. En a-t-on profité pour revenir sur les brevets déposés sur le vivant par les multinationales, la dangereuse évolution des clones pesticides brevetés, ou encore la pente mortifère empruntée depuis des dizaines d’années par (presque) tout le secteur ? Pas plus. T’a-t-on – enfin – expliqué ce que tu avais dans ton assiette ? Encore moins [1]. D’où cet étrange paradoxe : le mot « transparence » a beau être mis à toutes les sauces, l’origine et le mode de production de ce qui arrive dans nos gamelles reste un mystère. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Les cloneurs, 2005

11 novembre 2016 Laisser un commentaire

Personne ne niera que tant que le grain récolté est aussi la semence de l’année suivante, le sélectionneur semencier n’a pas de marché. En hommes d’affaires, les premiers semenciers professionnels de la deuxième moitié du XIXe siècle l’ont immédiatement compris et ont entamé leur guerre secrète contre cette concurrence déloyale que leur faisaient plantes et animaux en se reproduisant et se multipliant gratuitement dans le champ du paysan. Avec une grande finesse politique, ils ont aussi vu que la réussite de leur dessein final – stériliser les plantes et les animaux par un moyen biologique, légal ou autre – demandait de l’entourer d’un rempart de mensonges.

Les cow-boys de la recherche agronomique des États-unis et leurs partenaires de Delta and Pine Land Co., ainsi que Monsanto, ont heureusement dévoilé le pot-aux-roses avec leur brevet « contrôle de l’expression des gènes » de 1998. Terminator, cette méthode transgénique générique de stérilisation, est le plus grand triomphe technique de la biologie appliquée à l’agriculture. Il est aussi la plus grande faute politique que pouvaient commettre les industriels « des sciences de la vie » puisqu’il révélait le secret le mieux gardé de la biologie appliquée à l’agriculture : la loi du profit s’oppose à la loi de la vie. Et dans notre Économie, c’est la vie qui a tort. Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Interdire le clonage humain ?, 2003

5 novembre 2016 Laisser un commentaire

Chacun a sa propre idée de l’éthique. Les laboratoires pharmaceutiques consacrent le tiers de leur chiffre d’affaires au marketing, à transformer les médecins en « prescripteurs » et, par là même, nos cotisations en profits records (17% sur les ventes contre 2,7% pour les constructeurs automobiles). L’éthique démocratique voudrait que nous ayons le choix de consacrer notre argent à sauver des millions de vies ou à enrichir actionnaires et dirigeants d’entreprises aux revenus obscènes. L’éthique officielle défend l’amiante et les chimères génétiques brevetées baptisées OGM, discute sans fin de savoir quand des cellules deviennent une personne, et a une tâche des plus urgente : faire du clonage reproductif humain un « crime contre l’espèce humaine ». Pourquoi cette hâte ? Lire la suite…

De la ZAD aux communaux, 2014

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Dossier La Tragédie des Communaux

Pour toute une famille de pensée, le peuple est incapable de gérer collectivement une ressource naturelle sans la surexploiter. Récit d’une imposture et de ses racines. Un dossier spécial que nous terminons avec ce texte sur l’avenir de la Zone à Défendre de Notre-Dame des Landes…

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Quelques pistes à explorer pour aller plus loin…

1.

Beaucoup de questions se posent actuellement sur le devenir des terres de Notre-Dame des Landes une fois le projet d’aéroport abandonné. Des pistes sont explorées par plusieurs composantes du mouvement, mais en réduisant trop souvent la question foncière à celle du statut juridique futur de ces terres, la question des usages à un enjeu de propriété. D’un autre côté, sur la ZAD, intronisée « zone de non droit » de l’aveu même du pouvoir, beaucoup de conflits d’usage se déploient. Qu’il s’agisse de l’usage des prairies et des champs ou de celui des routes et des chemins, de la chasse ou des pratiques agricoles, ces conflits sont multiples.

Le devenir de ces terres dépend entièrement de notre capacité à y vivre en commun aujourd’hui. Ces deux problématiques sont indissociables. Si nous ne parvenons pas, ici et maintenant, à concilier les différentes pratiques et la multiplicité des usages qui cohabitent sur les terres de la ZAD, alors il nous sera difficile de nous projeter ensemble dans un avenir sans aéroport. Lire la suite…

Lettre ouverte à Emmanuelle Charpentier

15 octobre 2015 Laisser un commentaire

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Il y a trois ans, les scientifiques Emmanuelle Charpentier (France) et Jennifer Doudna (USA) ont découvert une molécule capable de remplacer facilement des séquences d’ADN, y compris sur les cellules reproductrices. Avec l’enzyme CRISPR-Cas9, modifier l’ADN de n’importe quel être vivant devient presque aussi simple qu’un copier-coller.

En avril 2015, un groupe de chercheurs chinois annonce avoir réalisé des essais sur des embryons humains, dans le but de réparer le gène responsable d’une maladie sanguine héréditaire. Cependant, les résultats se sont avérés peu concluants. Sur 86 embryons, l’enzyme CRISPR-Cas9 n’aurait permis de remplacer le gène défaillant que dans quelques cas, et des mutations inattendues se sont produites. C’est pour cela que cette expérience a été arrêtée. Lire la suite…

La Douloureuse, 2015

28 juillet 2015 Laisser un commentaire

Quelques propositions suite à l’expulsion de la ZaD de Sivens le 6 mars 2015

« Faute de soleil, sache mûrir dans la glace. »

Henri Michaux, Poteaux d’angle.

« Nous disons les choses ainsi parce que nous les voyons ainsi et nous les voyons ainsi parce que nous avons appris à les dire ainsi. C’est le syndrome Pucinar. (Pucinar était un chat à moitié sauvage. Il était méchant parce qu’on se méfiait de lui et on se méfiait de lui parce qu’il était méchant.) »

Emmanuel Hocquard, Une grammaire de Tanger.

Automne 2014. L’État français s’inquiète de la multiplication des Zones à Défendre sur le territoire. La situation devient plus qu’embarrassante lorsque la justice légitime l’opposition à l’implantation d’un Center Parcs dans les Chambaran et que l’opinion publique, émue par la mort d’un opposant au barrage de Sivens, semble pencher en faveur de la contestation. Pour Manuel Valls, il est urgent de réaffirmer l’autorité de l’État afin de rassurer les milieux d’affaires : rien ni personne n’empêchera la poursuite des grands projets lucratifs. Hiver 2015. A Sivens, l’État s’est fait la main, sans résistance ou presque. La liquidation du Testet lui a servi de laboratoire pour adapter ses méthodes contre-insurrectionnelles à la nouvelle forme de contestation représentée par les ZaD. En l’occurrence, le principal ingrédient du succès fut de s’appuyer sur d’autres forces que les forces de l’ordre : des milices, censées incarner « la population locale en colère » ou « les paysans » [1] – ce qui tient beaucoup à une particularité de la lutte de Sivens : s’opposer à un projet qui, dans le discours au moins, profiterait à « l’agriculture ». Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Agriculture et élevage: sélection aristocratique et sélection bourgeoise, 2009

10 février 2015 Laisser un commentaire

De l’influence sociale sur les pratiques de sélection

Le vivant possède deux propriétés fondamentales et paradoxales : celle de se reproduire et de se multiplier en conservant ses caractéristiques; celle de changer, d’évoluer, de s’adapter. Le temps géologique a accumulé une extraordinaire variabilité génétique inter et intraspécifique. Au cours de leur bien brève histoire, les hommes ont domestiqué les plantes et les animaux, les ont sélectionnés et adaptés de plus en plus finement à leurs besoins en utilisant cette variabilité naturelle et en l’élargissant. L’agriculture est le produit de ces deux propriétés complémentaires qui se sont constamment appuyées l’une sur l’autre.

Mais vers 1760 pour les animaux et un siècle plus tard pour les plantes, ces deux propriétés deviennent antagoniques avec l’émergence d’une nouvelle catégorie sociale, celle du sélectionneur/investisseur. Il ne s’agit plus d’améliorer les animaux pour satisfaire des besoins, mais pour faire de l’argent de transformer « l’hérédité » en marchandise. La faculté du vivant de se reproduire et de se multiplier s’oppose alors au « droit naturel » du profit et l’agriculture et l’élevage à la sélection et au sélectionneur. La sélection n’est qu’un moyen de faire un profit. Dès lors, l’objectif final du sélectionneur/investisseur (et plus tard de la génétique agricole) ne peut être que de lutter contre cette malheureuse propriété des plantes et des animaux de se re-produire et de se multiplier dans le champ du paysan. Lire la suite…

François Jarrige, Faut pas pucer!, 2014

4 février 2014 Laisser un commentaire

En octobre dernier, une « transhumance urbaine » réunissant des éleveurs et leurs brebis a été organisée à Lyon pour protester contre le puçage électronique. Alors que les protestations bretonnes dits des « bonnets rouges » – qui défendent notamment l’agriculture productiviste au nom de l’emploi – font la une des médias, celles des petits éleveurs résistant depuis plusieurs années au puçage de leurs animaux sont largement passées sous silence. Ce mouvement est pourtant au cœur des mutations industrielles en cours, il mérite d’être soutenu et sorti de l’ombre.

A la suite des épizooties de fièvres aphteuses qui ont louché le nord de l’Europe en 2001, l’Union européenne a engagé une vaste réforme de l’identification et de la traçabilité des ovins et des caprins, et imposé la généralisation des puces électroniques au nom de la « traçabilité », de la sécurité alimentaire et même, affirme-t-elle, de la protection de l’environnement. Depuis 2010-2011, l’identification des animaux domestiques et d’élevage est devenue obligatoire. Tous les chats nés après le 1er janvier 2012 doivent ainsi être tatoués ou – de plus en plus fréquemment – dotés d’une puce électronique (ou transpondeur) insérée sous la peau. La plupart des personnes n’ont sans doute pas entendu parler de cette mesure et ne se soucient guère de son application. Depuis le 1er juillet 2010, le puçage électronique des animaux d’élevage a également été rendu obligatoire pour toutes les nouvelles naissances d’ovins et de caprins. Cette mesure suscite, dans un silence assez général, l’opposition d’éleveurs qui veulent préserver leur existence et leur mode de vie. Lire la suite…

Là où tout a été « géré », plus rien ne pousse, 2011

5 septembre 2013 Laisser un commentaire

Suite à quelques discussions et impressions ressenties lors de rencontres avec les personnes proches et/ou intervenant autour de la sphère agricole et paysanne, nous avons eu envie d’écrire ce texte.

Il s’agit ici de réfléchir autour de plusieurs questions que nous estimons cruciales. Que révèle le fonctionnement gestionnaire de notre société ? Que signifie-t-il en particulier dans le cas de la production agricole et de l’installation à la campagne ? Quels sont les moyens d’agir contre et à distance du monde de l’économie ?
Le but n’est pas de porter un discours qui a tout vu, tout entendu. Toutefois, sans analyse, sans auto-critique, nous nous voyons coincés dans un périmètre circonscrit par un certain nombre de sphères que nous connaissons déjà bien : le monde associatif, le militantisme, le syndicalisme, la citoyenneté, le management … La tentation est forte, lorsque l’on écrit un texte de ce genre, de faire table rase, mais les écrits qui résultent d’une telle ambition se révèlent assez méprisants et leur éventuelle lucidité est rendue peu désirable par le ton de contempteurs qu’adoptent leurs auteurs. Le propos serait plutôt, ici, de forger des mots et des concepts à même de rendre notre position sur le sujet à la fois visible et intelligible.
Nous ne voulons pas être des snipers, réfugiés dans une tour d’ivoire, seulement des paysans dilettantes, révoltés et curieux. Lire la suite…

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