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Posts Tagged ‘affaire Sokal’

Patrick Petitjean, La critique des sciences en France, 1998

17 décembre 2016 Laisser un commentaire

Au début était une mystification d’Alan Sokal, visant un courant intellectuel qualifié de « postmoderne ». Il s’agit cependant d’un combat politique et c’est sur ce terrain que le débat doit aussi être mené. Rappelons d’abord quelques éléments – notamment historiques – du débat sur la science dans le contexte français.

Dans le contexte américain, la mystification d’Alan Sokal pouvait avoir un sens politique. Dans l’immense domaine des « études culturelles », il y a à boire et à manger, il y a de multiples idéologies implicites, et donc matière à débat politique sur les implications de telles ou telles analyses – encore que le « pour ou contre les études culturelles » ne définit pas un camp politique de gauche et un de droite. Comme en témoigne le contenu de la revue Social Text, on ne peut réduire les « études culturelles » aux vocables « postmodernistes et relativistes ».

Par ailleurs, il existe un véritable adversaire politique : la droite religieuse américaine. Le créationnisme, notamment, n’est pas seulement une idéologie, c’est une véritable force politique qui rejette la science ; la combattre ne peut qu’être sympathique, même si cette droite américaine s’oppose, tout autant que Sokal, aux « études culturelles ». Il y a matière à débats, il y a un adversaire ; mais il ne suffit pas que Sokal mette en avant sa participation à la lutte des sandinistes au Nicaragua pour faire de son combat un combat de gauche, et pour transformer ses adversaires en des stipendiés de la droite. Lire la suite…

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Pierre Thuillier, La mystification d’Alan Sokal, 1997

9 décembre 2013 Laisser un commentaire

Les penseurs « postmodernes » manquent-ils de rigueur et de culture scientifique ? Pour le savoir, un physicien américain a expérimenté.

« Il faut dénoncer la paresse et l’imposture intellectuelle, d’où qu’elles viennent ». Telle est la justification qu’a fournie le physicien Alan Sokal, de l’Université de New York, après s’être livré à un brillant canular qui a fait couler beaucoup d’encre. Rappelons les faits. Lire la suite…

Girolamo Ramunni, La fraude scientifique, 2003

29 septembre 2012 Laisser un commentaire

Celui par qui le scandale arrive ?

Pourquoi l’affaire Hendrick Schön a-t-elle défrayé la chronique des quotidiens et des revues scientifiques prestigieuses comme Nature, Science ou New Scientist ? Plusieurs raisons ont été avancées : il s’agit d’une fraude qui a touché la physique ; elle a été perpétrée dans l’un des grands laboratoires de la physique, les Laboratoires Bell ; des revues comme Nature, Science et Applied Physics Letters se sont trouvées dans la tourmente pour avoir publié des articles de Hendrick Schön. « Tragedy is the only word that adequately describes the four years that Hendrick Schön spent at Bell Labs in New Jersey » [1] écrivait le rédacteur en chef de New Scientist. La communauté des physiciens a-t-elle été secouée par un drame tout shakespearien ? Pourtant, si l’on prend une certaine distance vis-à-vis de l’affaire, on constate qu’il ne s’agit que d’un cas parmi d’autres. Un fait divers dans l’histoire de la physique, très marginal, comme le sont les cas de fraudes en science. Certes, en 2002, la physique a été particulièrement frappée par la fraude. Un deuxième cas a touché un autre laboratoire prestigieux, un laboratoire public, le Laurence Berkeley National Laboratory. Victor Ninov, le principal auteur d’un article publié dans la Physical Review a été licencié car la preuve a été fournie que les données d’observation de l’élément 118 avaient été fabriquées.

Rappelons brièvement les éléments de ce que nous appellerons par la suite l’affaire Schön. Hendrick Schön était considéré comme un brillant physicien, recruté par les Bell Labs avant qu’il ait terminé sa thèse préparée à Constance. Il avait considéré l’offre des Bell Labs comme la chance de sa vie et joué sa carrière en se faisant remarquer non seulement pour ses idées très brillantes mais aussi pour sa capacité incroyable de travail. C’était un stakhanoviste de la recherche et il a publié en 2001 environ un article par semaine. Entre 1998, date de son recrutement, et 2001, il a publié plus de 70 articles. Lire la suite…

Patrick Petitjean, La critique des sciences en France, 1998

Au début était une mystification d’Alan Sokal, visant un courant intellectuel qualifié de « postmoderne ». Il s’agit cependant d’un combat politique et c’est sur ce terrain que le débat doit aussi être mené. Rappelons d’abord quelques éléments – notamment historiques – du débat sur la science dans le contexte français.

Dans le contexte américain, la mystification d’Alan Sokal pouvait avoir un sens politique. Dans l’immense domaine des « études culturelles », il y a à boire et à manger, il y a de multiples idéologies implicites, et donc matière à débat politique sur les implications de telles ou telles analyses – encore que le « pour ou contre les études culturelles » ne définit pas un camp politique de gauche et un de droite. Comme en témoigne le contenu de la revue Social Text, on ne peut réduire les « études culturelles » aux vocables « postmodernistes et relativistes ».

Par ailleurs, il existe un véritable adversaire politique : la droite religieuse américaine. Le créationisme, notamment, n’est pas seulement une idéologie, c’est une véritable force politique qui rejette la science ; la combattre ne peut qu’être sympathique, même si cette droite américaine s’oppose, tout autant que Sokal, aux « études culturelles ». Il y a matière à débats, il y a un adversaire ; mais il ne suffit pas que Sokal mette en avant sa participation à la lutte des sandinistes au Nicaragua pour faire de son combat un combat de gauche, et pour transformer ses adversaires en des stipendiés de la droite.

Alan Sokal et Jean Bricmont partent en guerre contre « l’évolution intellectuelle de certains milieux universitaires américains », convertis selon eux au « postmodernisme, un courant intellectuel caractérisé par le rejet plus ou moins explicite de la tradition rationaliste des Lumières » et en attaquent donc les maîtres-à-penser. Une fois encore, le public est convoqué pour rejouer la grande scène du Bien (la Raison, les Lumières) contre le Mal (l’obscurantisme moderne, à savoir le relativisme et le postmodernisme). La mystification, puis le livre et les réponses systématiques de Sokal à ses détracteurs, ont provoqué une inflation de polémiques sur le réseau internet. Lire la suite…

Basarab Nicolescu, Scientisme, l’autre affaire Sokal, 2006

30 octobre 2011 Laisser un commentaire

L’affaire Sokal a démarré par un canular. Un physicien mathématicien de l’Université de New York, inconnu en dehors d’une poignée de physiciens, envoie en 1994 à la revue Social Text, poste avancé du postmodernisme, un article dont le titre surprenant était Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique [1]. Le texte était truffé de citations correctes des physiciens comme Bohr et Heisenberg ou des philosophes, sociologues, historiens des sciences ou psychanalystes comme Kuhn, Feyerabend, Latour, Lacan, Deleuze, Guattari, Derrida, Lyotard, Serres ou Virilio. Même Lupasco est cité dans la bibliographie : le tiers inclus est donné comme exemple de « logique féministe »… Commentant ces citations, et ceci par des affirmations quelque peu délirantes, Sokal donne l’impression d’une adhésion totale au postmodernisme et, tout particulièrement au courant relativiste associé aux Cultural Studies. Les éditeurs de la revue sont ravis de l’adhésion rêvée d’un physicien à leur cause et publient immédiatement le texte de Sokal, sans aucune vérification. Lire la suite…