Radio: Atelier Paysan, La technoscience contre l’agriculture paysanne (épisode 3), 2019

Durant l’automne 2019, l’Atelier paysan, coopérative d’auto-construction de matériel agricole, a organisé une tournée de soirées-débats sur le thème « La technologie va-t-elle sauver l’agriculture ? La place de la machine dans l’autonomie paysanne » pour rencontrer localement les paysans et paysannes et prendre connaissance du poids et des impacts des machines, des robots, de l’informatique et des biotechnologies sur les vies des paysans et paysannes, sur l’environnement comme sur l’ensemble du modèle alimentaire. […]

Dans la série Racine de Moins Un, voici la troisième émission réalisée à partir de ces enregistrements (les deux précédentes) :

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Jean-Pierre Berlan – La technoscience contre l’agriculture paysanne

Le cas du maïs hybride : un mensonge historique des agronomes

L’affaire Terminator et la contestation des OGM ont révélé au grand public que les grands semenciers sont prêts à tout pour empêcher les agriculteurs d’utiliser le grain qu’ils récoltent. Mais pour Jean-Pierre Berlan, ancien économiste de l’INRA, cette confiscation du vivant à des fins de profit ne date pas d’hier.

Dans La Planète des clones, il montre que la grande innovation agronomique du XXe siècle, le maïs hybride, relève de la même logique : faire croire que les semences mises au point par des chercheurs sont plus productives que le grain récolté dans les champs. Ce livre se lit comme une enquête policière et démasque l’imposture du progrès le plus célébré de la science agronomique. Lire la suite »

François Jarrige, Les origines répressives du capitalisme, 2019

À propos de :

Peter Linebaugh,
Les pendus de Londres.
Crime et société civile au XVIIIe siècle,
CMDE/Lux, 2019.

 

L’ouvrage classique de Peter Linebaugh sur les pendus de Londres est enfin traduit en français. Il montre comment au XVIIIe siècle le capitalisme industriel s’est adossé à la justice répressive pour criminaliser un prolétariat attaché à des coutumes jugées dangereuses pour le nouvel ordre social.

Historien états-unien et marxiste engagé, Peter Linebaugh n’a cessé de militer contre la peine de mort et les ravages du capitalisme, tout en défendant les biens communs comme alternatives au néo-libéralisme [1]. Sa trajectoire et son œuvre restent pourtant assez mal connues en France. Traduit une première fois via son travail avec Marcus Rediker sur l’histoire de l’Atlantique révolutionnaire [2], la publication en français de son premier livre constitue un évènement éditorial. Lire la suite »

Aurélien Berlan, Snowden, Constant et le sens de la liberté à l’heure du désastre, 2019

Les géants du numériques ont aboli la « vie privée », face visible de la liberté des Modernes. C’est au contraire à l’autre versant de cette conception de la liberté qu’il faudrait renoncer : être délivrés des nécessités de la vie, rendue possible par l’instauration de dispositifs lointains et aliénants. Il s’agit alors de reconquérir la liberté de subvenir à nos vies.

 

Les appels à décréter « l’état d’urgence écologique » qui foisonnent aujourd’hui à l’adresse des États sont le dernier avatar d’une idée qui hante une partie du mouvement écologiste depuis longtemps. Compte tenu des liens historiques entre la dynamique des sociétés industrielles et la conception occidentale moderne de la liberté, enrayer l’aggravation des nuisances et la multiplication des catastrophes que ces sociétés provoquent supposerait d’engager une politique étatique volontariste, voire dirigiste, supposant de restreindre les libertés, que ce soit sous la forme d’un renouveau républicain ou d’une dictature verte [1]. Entre la nature et la liberté, il faudrait choisir – et vu le degré de dégradation environnementale déjà atteint, manifeste dans la brutalité de l’effondrement en cours du vivant, on n’aurait en réalité pas le choix. Lire la suite »

Daniel Cérézuelle, Une nouvelle théodicée ?, 2019

Remarques sur la sociologie des techniques de Bruno Latour

Une anthropologie symétrique pour socialiser les techniques

Bruno Latour est un auteur qui, depuis un quart de siècle, fait autorité dès qu’il s’agit de penser les relations entre technique et société. Son œuvre abondante connaît un succès considérable. Latour serait, paraît-il, « le penseur français vivant le plus lu dans le monde » [1], et on peut dire qu’il exerce aujourd’hui un magistère sur les études « science technique société » (STS) qu’il a contribué à orienter dans la direction très particulière du constructivisme social. Lire la suite »

Radio: Silvain Laurens, Militer pour la science, 2019

Certains savants considèrent que la science s’arrête aux portes des laboratoires. D’autres promeuvent auprès des citoyens l’« esprit scientifique », estimant que la science est le pilier d’un espace public reposant sur la vérité. C’est à ces derniers que s’intéresse le sociologue Sylvain Laurens avec son livre Militer pour la science, les mouvements rationalistes en France (1930-2005) (éd. de l’EHESS, 2019), qui cherche à rendre compte des conditions sociales et intellectuelles de l’engagement public des savants en faveur de la science et du rationalisme, notamment avec la création de l’Union rationaliste (UR) en 1930, de l’Association Française pour l’information scientifique (AFIS) en 1968 et de la zététique dans les années 1980. Lire la suite »

Antoine Costa, Gilets jaunes & Or noir, 2019

« Du groupe le plus défavorisé, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine à une démocratie parlementaire. Non pas qu’il se désintéresse de l’histoire, mais ses irruptions s’y manifestent parfois dans la violence. »

Dominique Strauss-Kahn, La Flamme et la Cendre, 2002.

 

LE SOIR DU 5 MAI 2017, à deux heures du début de la période de réserve de l’élection présidentielle qui interdit aux médias et aux partis politiques de s’exprimer (Macron sera élu deux jours plus tard) le site de Wikileaks publie ce qui s’appellera par la suite « les Macronleaks », 15 gigaoctets d’e-mails échangées entre 2009 et 2017 par l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Deux ans après, l’enquête ne donne rien, personne ne sait véritablement qui est l’origine du piratage, même si Le Monde affirme que « toutes les pistes mènent vers l’Est », un euphémisme pour désigner la Russie.

Il aura fallu du temps pour décortiquer les informations. Le 25 décembre 2018, un peu plus d’un mois après le démarrage du mouvement des Gilets jaunes, Wikileaks annonce via son compte twitter que « dès le début, la taxe carbone a été conçue pour compenser l’allègement des cotisations patronales ». Juan Branco, l’auteur du best-seller Crépuscule reprend l’information en la qualifiant d’ « exclusive ». En vérité cette information n’est pas un scoop et elle n’était pas secrète, mais le mouvement des Gilets jaunes va mettre en lumière l’insolence de cette politique : la fiscalité verte pèse lourdement sur les plus pauvres et elle ne sert que partiellement à financer la transition écologique, la majeure partie étant destiner à compenser des exonérations faites aux plus riches. Lire la suite »

Michel Barrillon, Révolution : le mot et la chose, 2019

de Copernic à la ZaD de Notre-Dame des Landes

Résumé

La « révolution » au sens de « commencement de quelque chose de nouveau » (Arendt), relève-t-elle de la nécessité historique (Marx, 1859) ? Ou de l’imagination sociale radicale des hommes (Castoriadis) ? D’une loi objective, immanente, indépendante de leur volonté ? Ou au contraire, de l’action collective volontaire de femmes et d’hommes animés par un idéal (Landauer, Arendt) ? Faut-il croire, avec Hannah Arendt, que, dès l’instant où la « question sociale » s’immisce dans un processus révolutionnaire, celui-ci est « dévoyé » et s’achève inévitablement en « régime de terreur » ?… Au-delà des débats théoriques, la question n’est pas tant de savoir ce que désigne le « concept » de révolution, que de s’interroger sur ce qu’il conviendrait de faire pour en finir avec l’ordre social existant et édifier une société « saine » (Fromm). À l’évidence, on ne saurait espérer un « dépassement progressiste » du capitalisme : contrairement à ce que prédisait Marx (1848, 1859, 1867), l’histoire a montré que le Progrès sans fin assure la perpétuation du système et non sa disparition. Il semble plus réaliste de rompre radicalement et globalement avec une civilisation industrielle mortifère qui s’évertue à dévaster la planète et à rendre l’humanité obsolète. Lire la suite »

Jérôme Baschet, Une juste colère, 2019

Introduction

Ceci n’est pas un livre sur le soulèvement des Gilets Jaunes. Il a été écrit alors que je me sentais pris dans le tsunami qui a déferlé à partir du 17 novembre 2018, même si je n’y ai pas participé directement, me trouvant alors au Chiapas. Et c’est sous le coup de l’intense émotion ressentie en lisant les premiers récits des journées de décembre ou en découvrant l’Appel de Commercy que j’ai jeté sur mon écran la lettre reprise en tête de ce livre. A cet égard, je persiste à revendiquer les vertus de l’enthousiasme qui ne me semble pas nécessairement conduire à abandonner tout esprit critique ni à renier l’exercice de la raison.

Je ne livre pas ici une analyse du soulèvement des Gilets Jaunes. Il en a été produit en abondance et d’autres encore viendront. J’ai plutôt cherché à aborder quelques questions qui pourraient être pertinentes dès lors qu’on se demande comment un tel mouvement pourrait amplifier encore sa dynamique. Des questions telles que : comment mieux identifier les racines des problèmes suscitant une si large colère? Quelles sont les formes de lutte les plus adéquates ? A quel mur se heurte-t-on ? Contre qui ou contre quoi s’agit-il de se battre ? Et que peut-on vouloir ?

S’il est impossible de qualifier de manière univoque le mouvement des Gilets Jaunes, et s’il faut bien reconnaître qu’il a été affecté par les dérives xénophobes ou racistes de certain.e.s et par les ambitions personnelles de quelques-un.e.s, il a balayé bien des idées reçues et ouvert des perspectives largement imprévues. Une véritable irruption populaire a fait vaciller le pouvoir. Celles et ceux qui avaient toujours tout accepté sans sourciller ont pu éprouver la force collective que leur confère leur capacité à dire non. Dynamitant les cadres de la politique classique et récusant avec une impressionnante clairvoyance toutes les formes de la représentation, ils ont pu, à travers les modalités de lutte qu’ils inventaient, retrouver l’expérience d’une véritable communauté et atteindre un haut degré de critique en acte des formes habituelles de la vie atomisée et appauvrie.

Pour les raisons que l’on évoquera plus loin, il y a lieu de penser que ce soulèvement – tout comme les mobilisations pour le climat qui ont pris leur essor au même moment – est annonciateur de nouvelles formes d’explosion sociale appelées à se multiplier dans les années à venir. Ce livre est écrit depuis le désir que les aspirations les plus aiguës qui se sont manifestées alors puissent gagner encore en puissance et frayer des chemins vraiment libérateurs. Lire la suite »

François Jarrige, Rapiécer le monde, 2019

Les éditions La Lenteur contre le déferlement numérique

Alors que le monde numérique s’installe avec un fatalisme et une rapidité déconcertante, les éditions La Lenteur maintiennent vivante une critique radicale du capitalisme High Tech et de ses ravages. Leurs publications proposent une analyse de la bureaucratie managériale pensée comme un phénomène social que la technologie contemporaine porte à son paroxysme.

 

A propos de :

Groupe Marcuse,
La Liberté dans le Coma.
Essai sur l’identification électronique et les motifs de s’y opposer
,
éd. La Lenteur, 2013, nouvelle édition en 2019 ;

Le Monde en pièces.
Pour une critique de la gestion. I. Quantifier
,
éd. La Lenteur, 2012 ;

Le Monde en pièce.
Pour une critique de la gestion. 2. Informatiser
,
éd. La Lenteur, 2019. Lire la suite »