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Posts Tagged ‘2017’

Célia Izoard, La transition écologique brasse du vent, 2017

15 avril 2019 Laisser un commentaire

Nombre d’écolos s’émerveillent devant les promesses des énergies renouvelables. Pour eux, la « transition énergétique » consiste notamment à déployer un peu partout de gigantesques éoliennes. Livrées aux puissances du marché et à des besoins en électricité démesurés, ces machines géantes font disparaître milieux naturels et territoires habitables comme n’importe quel site industriel. Selon le Grenelle de l’environnement, il est prévu d’en implanter 9 500 sur le sol français d’ici trois ans, dont plus de 500 dans la campagne aveyronnaise qui, avec ses collines venteuses et dépeuplées, constitue un formidable « gisement ». Les autochtones ne l’entendent pas de cette oreille. Lire la suite…

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Aurélien Berlan, Anatomie du chez soi, 2017

De l’usage commun à la spéculation immobilière,
analyse de la propriété foncière

La propriété telle que nous la connaissons aujourd’hui n’a pas toujours existé. La bête noire de la critique sociale du XIXe siècle – la propriété dénoncée comme « vol » par le théoricien anarchiste Proudhon – en est un type historique bien particulier : la propriété privée bourgeoise ou lucrative, purement marchande, centrée sur le droit d’abusus. Mais la notion plus vaste de propriété foncière est composée de plusieurs strates et de divers droits, qu’il s’agit ici de déplier pour penser la garantie d’un « chez soi » à l’heure où la plupart des gens sont dépossédés de tout et contraints par là même de se vendre pour habiter quelque part.

Comme la plupart des idées que nous employons tous les jours, celle de propriété est constituée de plusieurs couches. On peut au moins en repérer trois : elle présente une dimension existentielle, une dimension juridique et une dimension marchande. Si l’on veut comprendre ce qui caractérise notre conception de la propriété, et ce en quoi elle est critiquable, il me semble indispensable de commencer par bien distinguer ces diverses significations, même si elles sont intimement liées dans nos esprits. Lire la suite…

Radio: Jean-Marc Royer, Le Monde comme projet Manhattan, 2017

13 mars 2018 Laisser un commentaire

Des laboratoires du nucléaire à la guerre généralisée au vivant

Si les deux premières parties de ce livre débutent par une toute autre histoire du nucléaire, sa troisième partie, la plus importante aux yeux de l’auteur, a pour ambition d’en tirer les conséquences dans les domaines théoriques, historiques, philosophiques et politiques. Précisons qu’il n’est pas question de faire avec cette présentation un quelconque résumé de l’ouvrage mais d’attirer l’attention du lecteur sur des aspects jugés majeurs. Par conséquent, il n’y retrouvera pas le soubassement argumentaire de certaines des affirmations avancées.

I – S’il s’agissait uniquement d’une autre histoire du nucléaire, quelle en serait sa spécificité ?

Seule une étude attentive des archives disponibles a permis de saisir les gigantesques dimensions historiques, politiques et industrielles de l’évènement-nucléaire qui a changé la face du monde (au sens propre et au sens figuré) ; de comprendre dans le détail de quelle manière les États-Unis en ont usé pour s’attribuer le rôle de gendarme du monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale 1 et plus généralement comment les complexes (scientifico-militaro-industriels) qui en furent à l’origine ont fini par gangréner tous les appareils d’États. Mais pour en prendre toutes les dimensions, ce ne fut pas suffisant : il a également fallu remonter dans le temps long pour donner toute sa profondeur à cet évènement, nous y reviendrons. Lire la suite…

Radio: Aude Vidal, On achève bien les éleveurs, 2017

10 mars 2018 Laisser un commentaire

Aude Vidal (dir.), On achève bien les éleveurs, éd. L’Echappée, 2017.

À l’origine de ce livre, le dessinateur Guillaume Trouillard. Loin de se contenter d’illustrer les entretiens qui sont ici retranscrits et mis en forme, il a ouvert les premières pistes de ce qui est devenu On achève bien les éleveurs. C’est lui que la lecture de La Liberté dans le coma, ouvrage du groupe Marcuse, a convaincu de la nécessité d’aborder la question du puçage des bêtes, du contrôle et plus globalement de l’administration du métier d’éleveur… et des résistances à cette lame de fond. C’est encore lui qui, après avoir découvert la chercheuse Jocelyne Porcher et l’éleveur Xavier Noulhianne dans l’émission de Ruth Stegassy sur France Culture, « Terre à terre », a souhaité que nous les rencontrions. Lire la suite…

Radio: La fête du vent à l’Amassada, 2017

7 février 2018 Laisser un commentaire

L’éolien industriel, faussement écolo mais vraiment répressif

L’éolien industriel s’appuie sur un mensonge majeur, affirme l’auteur de cette tribune : il serait une énergie parfaitement « verte », « propre », « renouvelable ». Les mécanismes de ce discours écoblanchissant ont été analysés par les militants de l’Amassada, lieu emblématique de l’opposition à l’éolien industriel. Ils sont exposés à une vive répression. Lire la suite…

Radio: Une histoire de la CFDT, 2017

26 janvier 2018 Laisser un commentaire

Une histoire du syndicat CFDT (Confédération française démocratique du travail) dans les années 1970.

Claude Carrey nous raconte l’histoire de la CFDT autogestionnaire. Puis Marie Ghis Malfilatre, nous raconte l’engagement de certains syndicalistes CFDT dans le mouvement de critique de l’industrie nucléaire et auprès du mouvement antinucléaire (voir: La Hague, grands soirs et petits matins). Le tout avant le « recentrage » opéré par Edmond Maire à la fin de cette décennie.

Conférences données lors de la Ve rencontre du groupe Écran Total de résistance à la gestion et l’informatisation de nos vies en automne 2017.

Claude Carrey, Une histoire de la CFDT autogestionnaire dans les années 1970.

Marie Ghis Malfilatre, La CFDT anti-nucléaire dans les années 1970.

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Dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, diffusée sur Radio Zinzine.

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Miquel Amorós, Vent debout contre le mal français, 2017

20 janvier 2018 Laisser un commentaire

Le recul théorique causé par la disparition de l’ancien mouvement ouvrier a permis l’hégémonie d’une philosophie surprenante, la première qui ne se fonde pas sur l’amour de la vérité, objet primordial du savoir. La pensée faible (ou philosophie de la postmodernité) relativise ce concept, qu’elle fait dériver d’un mélange de conventions, de pratiques et de coutumes instables dans le temps, quelque chose de « construit », et, par conséquent, d’artificiel, sans aucun fondement. Et dans la foulée, toute idée rationnelle de réalité, de nature, d’éthique, de langage, de culture, de mémoire, etc.

De plus, certaines autorités du petit monde postmoderne n’ont pas manqué de qualifier certaines d’entre elles de « fascistes ». Finalement en récupérant Nietzsche, il n’y a donc plus de la vérité, mais seulement de l’interprétation. En vérité, une telle démolition systématique d’une pensée qui naît avec les Lumières et réclame la constitution de la liberté – qui donnera naissance, plus tard, avec l’apparition de la lutte de classes moderne, à la critique sociale et aux idéologies révolutionnaires – par ceux qui plutôt que de se baigner dans l’eau claire de l’authenticité préfèrent se vautrer dans la boue de l’imposture – principalement les professeurs et les étudiants –, a toute les apparences d’une démystification radicale menée à bien par de véritables penseurs incendiaires, dont la finalité ne serait rien d’autre que le chaos libérateur de l’individualité exacerbée, la prolifération d’identités et l’abrogation de toute norme de conduite commune. Au lendemain d’une telle orgie de déconstruction, aucune valeur ni aucun concept universel ne tiendrait plus debout : être, raison, justice, égalité, solidarité, communauté, humanité, révolution, émancipation… seront tous qualifiés d’« essentialistes », c’est-à-dire, d’abominations « pro-natura ». Lire la suite…

Sivens, Après les pyromanes, les pompiers ?, 2017

8 décembre 2017 Laisser un commentaire

Les dessous du « projet de territoire » de Sivens

Inutile de revenir sur le projet de barrage initial et sur la manière dont les autorités tarnaises ont cherché, au mépris de tout, à passer en force pour l’imposer, jusqu’à assassiner un homme. Après la mort de Rémi Fraisse lors du grand rassemblement du 25 octobre 2014, l’État se sent obligé de prendre les choses en main et de secourir les autorités locales, trop heureuses de se débarrasser d’une patate devenue si chaude. Il en résulte un changement de tactique: alors que le Conseil Général et la Préfecture avaient jusque-là refusé le dialogue avec les opposants et tout misé sur la force brute, Ségolène Royal abat la carte de la concertation.

C’est ainsi qu’est annoncé un « projet de territoire » dans lequel les composantes citoyennes du mouvement d’opposition (Collectif Testet, Confédération Paysannne, FNE) se sont immédiatement engouffrées, en se réjouissant à l’idée d’être enfin entendues par ceux qui, auparavant, n’avaient cessé de faire la sourde oreille et de les mépriser. Lire la suite…

Sivens, Contester ou cogérer ?, 2017

8 décembre 2017 Laisser un commentaire

Sur la lutte contre le barrage du Testet à Sivens,
et les leçons que l’on peut en tirer
pour l’avenir des luttes territoriales

Aujourd’hui, l’État est l’incarnation officielle du pouvoir politique, il garantit l’ordre public et constitue le « monopole de la violence » considérée comme « légitime ». Face à lui, l’attitude des militants engagés dans les luttes territoriales (et non « écologistes », comme le disent les journalistes pour en réduire radicalement le contenu et la portée) liées aux projets d’aménagements du territoire et aux « zad » (zones à défendre) qu’ils suscitent, tend à prendre deux formes : la contestation et la cogestion.

Contester signifie mettre en doute, dénier à une institution et à ses agents le droit de gestion dont ils prétendent disposer au point, éventuellement, de les traiter en ennemis. Quand on conteste un projet d’aménagement du territoire, on se méfie de l’État, acteur du conflit qu’il s’agit de destituer symboliquement et matériellement, au lieu de lui reconnaître la légitimité dont il se pare. Il s’agit de faire sans lui et, éventuellement, contre lui. Car le dialogue ne suffit pas, il faut d’abord établir un rapport de forces. Logiquement, l’attitude contestatrice tend à élargir l’objet précis de la lutte à l’ensemble de l’ordre établi : ce n’est pas seulement contre un aéroport que l’on se bat, mais contre « l’aéroport et son monde », c’est-à-dire contre l’ensemble des institutions et des logiques qui génèrent ce genre de projet, contre le « système » et l’État qui le protège. En ce sens, la contestation tend à être radicale : elle prend les problèmes à la racine et n’hésite pas à entrer « en résistance ». Au sens fort, la contestation est tendanciellement antiétatique et subversive, voire insurrectionaliste. Lire la suite…

Yannick Ogor, Le Paysan impossible, 2017

30 novembre 2017 Laisser un commentaire

« J’ai choisi une vie d’éleveur de brebis et de maraîcher. Avant tout, je voulais fuir le néant du salariat. Devant l’horizon saturé de la société industrielle, j’aurais pu me satisfaire d’une discrète fréquentation du vivant : un petit jardin, une petite basse-cour, deux ou trois brebis, quelques fruitiers… […] Mais j’ai eu ce pressentiment tenace : qu’à ces petites fréquentations de la nature quelque chose manque, ou plutôt, que d’une fréquentation, on peut toujours s’absenter ; et que cela, confusément, je n’en voulais pas. Au contraire, je cherchais à être pris. »

Yannick Ogor, ancien animateur de la Confédération paysanne, éleveur et maraîcher en Bretagne, retrace la contestation agricole en France depuis soixante ans, ses tentatives et ses impasses. Mêlant récit autobiographique et histoire, il revient aux racines de la question agricole, éclaire les lieux de pouvoir et les faux-semblants qui structurent l’alimentation des masses. Pour qu’on puisse enfin se départir de l’immuable et mensongère figure du « paysan » qui ne sert qu’à justifier l’asservissement de l’agriculteur à la logique capitaliste et industrielle. Lire la suite…