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Posts Tagged ‘2013’

Guillaume Carnino, La victoire par la science, 2013

1 décembre 2016 Laisser un commentaire

Jusqu’à récemment (et parfois encore), l’histoire de l’humanité était présentée comme une succession linéaire de progrès indiscutables et cumulatifs courant des premiers hominidés aux sociétés industrielles avancées (si l’on excepte la parenthèse médiévale invariablement noircie à dessein). La montée en puissance des préoccupations écologiques a participé à la dissolution progressive de ce discours béatement progressiste, et plusieurs travaux ont ainsi fait exploser la linéarité fantasmée du développement technique humain. Pour le dire autrement, la vision d’une modernité enchanteresse, reléguant la maladie, la mort et l’injustice dans les tréfonds des âges sombres a fait long feu, et aujourd’hui, en parallèle d’un discours critique de la mondialisation économique et politique, le postulat d’une technologisation linéaire et inéluctable des sociétés humaines a été invalidé : avant d’être massivement imposées aux populations, l’industrialisation, la mécanisation et la bureaucratisation furent confrontées à d’importantes difficultés.

Aujourd’hui, l’histoire de la modernité a donc été en partie inversée : plutôt qu’une progression harmonieuse et linéaire d’un âge sombre vers un avenir radieux, la constitution des sociétés industrielles avancées apparaît bien davantage comme la production d’un ordre hiérarchique inédit. Dès lors, s’interroge-t-on, comment un tel consensus, quasi universel, a-t-il pu être construit, alors même que de nombreuses et parfois tenaces résistances ont émaillé l’ensemble du processus d’industrialisation ? Lire la suite…

Eva Hemmungs Wirtén, Passé et présent des biens communs, 2013

28 avril 2016 Laisser un commentaire

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Dossier La Tragédie des Communaux

Pour toute une famille de pensée, le peuple est incapable de gérer collectivement une ressource naturelle sans la surexploiter. Récit d’une imposture et de ses racines. Un dossier spécial.

De l’utilisation des terres au partage d’informations

La notion de biens communs (commons), autrefois un mode ancien de gestion des forêts et pâturages, désigne aujourd’hui nos recherches et nos collectes d’informations. Pour comprendre cette mutation, cet essai montre comment l’ancienne économie des communaux permet d’éclairer le paysage moderne de l’information.

Ouverture et enclosure

Dans son film documentaire, Les Glaneurs et la glaneuse (2000), Agnès Varda revisite la pratique traditionnelle du glanage dans la France d’aujourd’hui. Son voyage à travers le pays à la recherche de déchets et d’objets de rebuts variés commence justement par la terre et par les tonnes de pommes de terre trop peu uniformes pour la vente en supermarché. En fouillant le tas de légumes imparfaits, elle trouve rapidement la première des pommes de terre en forme de cœur qui deviendra le symbole de son film et de sa suite, Les glaneurs et la glaneuse : deux ans après en 2002. Des grappes de raisin à l’art du collage, des pommes aux installations, Varda juxtapose avec fluidité nos usages de ressources tangibles et plus intangibles – ce qui « tombe entre les mots », comme le viticulteur et psychanalyste Jean Laplanche le dit poétiquement de son œuvre. Le film de Varda me servira ici de point de départ pour explorer les deux processus parallèles d’ouverture et d’enclosure. Lire la suite…

Eva Hemmungs Wirtén, The Commons, Old and New, 2013

28 avril 2016 Laisser un commentaire

From Land Use to Information Sharing

The idea of the Commons prospers today as a powerful trope of twenty-first century sharing. To tell the story of how yesterday’s digging and grazing became today’s googling and sampling, we need to look more closely at the way the unique properties of the modern information landscape come into focus by reference to the old commons economy: through the concepts of user rights, openness and enclosure.

Openness and Enclosure

In her documentary Les glaneurs et la glaneuse (2000), Agnès Varda revisits the traditional practice of gleaning within present-day France. Her cross-country travels searching for waste and miscellaneous discarded items begin appropriately with the land and tons of potatoes not uniform enough for the supermarket. Rummaging through the far-from-perfect heap, she quickly finds the first of the heart-shaped spuds that were to become a symbol of the successful film and her 2002 follow-up Les glaneurs et la glaneuse: deux ans après. From grapes and apples to art, collages, and installations, Varda seamlessly juxtaposed our use of tangible resources with more intangible ones – including that which ‘falls in-between language,’ as the viticulturist/psychoanalyst Jean Laplanche poetically described his own work. In this text, I want to use Varda’s film as a starting point to explore the two parallel processes of enclosure and openness. Lire la suite…

Fabien Locher, Les pâturages de la Guerre froide, 2013

26 avril 2016 Laisser un commentaire

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Dossier La Tragédie des Communaux

Pour toute une famille de pensée, le peuple est incapable de gérer collectivement une ressource naturelle sans la surexploiter. Récit d’une imposture et de ses racines. Un dossier spécial.

Résumé

L’article de Garrett Hardin paru en 1968, « La tragédie des communs », est une référence essentielle dans les débats sur la propriété, l’environnement, l’économie des ressources matérielles et immatérielles. Sa thèse : l’incompatibilité entre propriété commune et durabilité. Or, si ce texte est sans cesse mobilisé, on sait très peu de choses des logiques historiques qui ont présidé à son élaboration, à sa réception ; très peu de choses sur son auteur Garrett Hardin, sur sa trajectoire, ses motivations, les éléments vis-à-vis desquels son propos fait sens lorsqu’il décide, fin 1968, de formuler un raisonnement dont l’onde de choc s’est propagée jusqu’à notre époque de crise environnementale, de réflexion sur les communs numériques. Ce constat a motivé notre enquête. Son ambition est de contribuer, par le détour de l’histoire, aux réflexions contemporaines sur les différentes formes du « commun ». S’y révèlent aussi certaines dimensions méconnues de l’environnementalisme américain au XXe siècle : ses liens étroits et complexes à la configuration de Guerre froide ; la place qu’y occupent des courants combinant souci de l’environnement et projet de contrôle de la « qualité » des populations. Enfin, cette histoire de la « tragédie des communs » est aussi un chapitre de l’histoire du néolibéralisme, lorsque celui-ci s’empare de la question du gouvernement des ressources et des environnements. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Pour une histoire désorientée de l’énergie, 2013

24 février 2016 Laisser un commentaire

Du fait de la crise climatique, l’histoire de l’énergie connaît actuellement un regain d’intérêt. Selon certains historiens, l’examen des « transitions énergétiques » du passé permettrait d’élucider les conditions économiques propices à l’avènement d’un système énergétique renouvelable 1. Cette histoire de l’énergie à visée gestionnaire repose sur un sérieux malentendu : ce qu’elle étudie sous le nom de « transition énergétique » correspond en fait très précisément à l’inverse du processus qu’il convient de faire advenir de nos jours.

La mauvaise nouvelle est que si l’histoire nous apprend bien une chose, c’est qu’il n’y a en fait jamais eu de transition énergétique. On ne passe pas du bois au charbon, puis du charbon au pétrole, puis du pétrole au nucléaire. L’histoire de l’énergie n’est pas celle de transitions, mais celle d’additions successives de nouvelles sources d’énergie primaire. L’erreur de perspective tient à la confusion entre relatif et absolu, entre local et global : si, au XXe siècle, l’usage du charbon décroît relativement au pétrole, il reste que sa consommation croît continûment, et que globalement, on n’en a jamais autant brûlé qu’en 2013.

S’extraire de l’imaginaire transitionniste n’est pas aisé tant il structure la perception commune de l’histoire des techniques, scandée par les grandes innovations définissant les grands âges techniques. À l’âge du charbon succéderait celui du pétrole, puis celui (encore à venir) de l’atome. On nous a récemment servi l’âge des énergies renouvelables, celui du numérique, de la génétique, des nanos etc. Cette vision n’est pas seulement linéaire, elle est simplement fausse : elle ne rend pas compte de l’histoire matérielle de notre société qui est fondamentalement cumulative 2. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Varech, botanique et politique, 2013

22 janvier 2016 Laisser un commentaire

Le succès médiatique des vocables « durable » ou « soutenable » dans les années 1990 a pu donner l’illusion qu’ils désignaient un modèle économique nouveau, restant à inventer, et permettant de résoudre le problème de l’épuisement des ressources tout en continuant la croissance économique 1. En fait, les pratiques de soutenabilité et les réflexions théoriques sur ces pratiques sont anciennes. L’idée de défendre les intérêts des générations futures est un leitmotiv des régulations forestières depuis le XVIIe siècle 2.

On la trouve par exemple explicitement formulée au début du XVIIIe siècle dans la science forestière allemande à travers la notion de « Nachhaltigkeit ». Grâce à des coupes organisées selon des rotations parfois longues de deux siècles (pour les mâts des navires de guerre), on pouvait garantir au monarque et à son armée un approvisionnement prévisible en même temps qu’un revenu stable aux propriétaires des forêts. Ce premier régime de durabilité repose sur une conception mathématique de la nature se reproduisant de manière itérative et dont on pouvait prédire avec certitude le futur. Elle implique dans les faits de limiter ou d’interdire les droits d’usage des villageois, tel le droit de pâture des bêtes ou de prélèvement de bois 3. Ce régime de durabilité se construit contre des usages communs conçus comme incontrôlables, afin de soumettre la nature à une rationalité mathématique claire et prévisible. Lire la suite…

Radio: André Pichot, Biologie et solidarité, 2013

18 janvier 2016 Laisser un commentaire

Conférence d’André Pichot, historien de la biologie, sur le thème « biologie et solidarité » donné en juin 2013 au Collège de France dans le cadre du colloque “Entretiens sur les avatars de la solidarité”.

A travers l’histoire du darwinisme, Pichot retrace les diverses idéologies et doctrines informes qui ont servit à justifier « scientifiquement » la compétition ou (plus rarement) la solidarité dans les sociétés humaines à partir des connaissances en biologie. Un florilège de bêtises et de stupidités pourtant très sérieusement soutenues par nombre de scientifiques, encore aujourd’hui. Lire la suite…

Arnaud Michon, Du nucléaire au renouvelable, critique du système énergétique, 2013

7 avril 2015 Laisser un commentaire

Pour dresser ce tableau critique sur le nucléaire et le renouvelable, je vais m’appuyer sur Le Sens du vent, le livre que j’ai publié il y a trois ans, qui portait précisément sur ce sujet. Je crois utile de commencer par quelques remarques élémentaires. D’emblée, il faut dire que quelles que soient les sources d’énergie renouvelable auxquelles je me suis intéressé (à savoir l’eau, le soleil et surtout le vent), je me suis avant tout attaché à leurs applications électriques, c’est-à-dire à leur capacité à produire, à l’aide de matériaux et de mécanismes divers, de l’électricité. Cette précision est nécessaire car l’énergie ne se résume pas, loin s’en faut, à l’électricité. Le soleil, comme on le sait, produit naturellement de la chaleur ; l’éolien lui-même a longtemps servi à produire de l’énergie mécanique (pour pomper de l’eau, par exemple).

Précisons par la même occasion qu’en France comme dans la plupart des pays industrialisés, l’électricité ne représente qu’à peu près un quart de l’énergie consommée (surtout constituée de pétrole, comme on s’en doute). C’est une distinction à bien garder en tête quand on se propose de critiquer le système énergétique. Une fois faite cette distinction énergie/électricité, je dois préciser que je ne vois aucun mal, sur le principe, à produire de l’électricité avec du soleil de l’eau ou du vent. J’irai même jusqu’à dire, si l’on me permet cette parenthèse « idéaliste », qu’au sein d’une organisation sociale qui serait parvenue à se libérer des conditions présentes et à considérer tout autrement la question de ses besoins d’énergie, il y aurait tout lieu de faire un usage abondant des énergies renouvelables (pas seulement pour produire de l’électricité). Mais nous n’en sommes pas là. Lire la suite…

Jean-Baptiste Malet, Amazon, l’envers de l’écran, 2013

11 juillet 2014 Laisser un commentaire

Avec ses patrons célébrés par Hollywood, ses écrans lisses et ses couleurs acidulées, l’économie numérique évoque l’immatérialité, l’horizontalité, la créativité. Enquêter sur Amazon révèle une autre facette. Celle d’usines géantes où des humains pilotés par ordinateur s’activent jusqu’à l’épuisement.

 

Détachant son regard des affiches du syndicat allemand Vèr.di – le syndicat unifié des services – punaisées au mur de la salle de réunion, Mme Irmgard Schulz se lève soudain et prend la parole. Elle raconte :

« Au Japon, Amazon vient de recruter des chèvres pour qu’elles broutent aux abords d’un entrepôt. L’entreprise les a badgées avec la même carte que celle que nous portons autour du cou. Tout y est : le nom, la photo, le code-barres. »

Nous sommes à la réunion hebdomadaire des employés d’Amazon à Bad Hersfeld (Land de Hesse). En une image, l’ouvrière logistique vient de résumer la philosophie sociale de la multinationale de vente en ligne, qui propose au consommateur d’acheter en quelques clics et de se faire livrer sous quarante-huit heures un balai-brosse, les œuvres de Marcel Proust ou un motoculteur [1]. Lire la suite…

Olivier Rey, Mesure relative et mesure absolue, 2013

16 juin 2014 Laisser un commentaire

Résumé.

Dans l’espace homogène que la science moderne a substitué à l’ancien cosmos, au sein d’un espace infiniment étendu et infiniment divisible, sans éléments minimaux ou maximaux propres à fixer une échelle ni rien qui puisse faire borne ou limite, la mesure semblait vouée à n’être qu’une notion purement relative. Pourtant, dans ses derniers travaux, Galilée a montré que la variation non linéaire de certaines variables physiques par rapport à d’autres suffit à donner une valeur absolue à certains ordres de grandeur. L’échelle des phénomènes n’est pas un paramètre qui vient s’ajouter à leur forme, elle influe de manière déterminante sur cette forme qui, en retour, ne peut exister qu’à certaines échelles. Lire la suite…