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Posts Tagged ‘2012’

Miquel Amorós, La décroissance revisitée, 2012

6 septembre 2014 Laisser un commentaire

« Bien que par modestie tu ne le crois pas,
les fleurs sur tes tempes paraissent laides. »
Ramón de Campoamor

Le constat de la crise actuelle comme résultat de la phase finale du capitalisme, la globalisation, a généré une réaction contre les grandes entreprises et la haute finance qui s’est matérialisée dans deux types de réponses, l’une politique, l’autre économique. La première essaie de soustraire l’État des influences du marché mondial par une série de mesures qui lui rendraient son autonomie et lui faciliteraient le contrôle des mouvements financiers. Dans le même temps, grâce à une réforme du parlementarisme, elle vise à renforcer le système des partis. Cela est résumé dans le “citoyennisme”. La deuxième réponse tente de mettre en place un système alternatif cohabitant avec le capitalisme, fondé sur l’expansion de ce que les Américains appellent le « troisième secteur » et les Européens « l’économie sociale ». Le retour donc à un État-nation revitalisé et la promotion de l’économie informelle et solidaire immergée dans la société marchandisée. Lire la suite…

Miquel Amorós, El decrecimiento revisitado, 2012

6 septembre 2014 Laisser un commentaire

“Aunque por tu modestia no lo creas,
las flores en tu sien parecen feas.”
Ramón de Campoamor

La constatación de la crisis presente como resultado de la etapa final del sistema capitalista, la globalización, ha originado una reacción contra las grandes corporaciones y las altas finanzas que se está materializando en dos clases de respuesta, una política y otra económica. La primera trata de sustraer al Estado de las influencias del mercado mundial, por una serie de medidas que le devuelvan su autonomía y le faciliten el control de los movimientos financieros. Al mismo tiempo, mediante una reforma del parlamentarismo, trata de fortalecer el sistema de partidos. Esto se resume en el “ciudadanismo.” La segunda, intenta fundar un sistema alternativo cohabitando con el capitalismo, basado en la expansión de lo que los americanos llaman “tercer sector” y los europeos, “economía social.” La vuelta pues al Estado-nación revitalizado y la promoción de una economía informal y solidaria sumergida en la sociedad mercantilizada.  Lire la suite…

Recension: J. Tresch, The Romantic Machine, 2012

14 juillet 2014 Laisser un commentaire

Référence :

John Tresch, The Romantic Machine. Utopian Science and Technology after Napoleon, Chicago, The University of Chicago Press, 2012, 472 p. ISBN: 978-0-226-81220-5. 40 dollars.

 

The Romantic Machine fournit un puissant antidote à toute forme de simplification historique, à la fois sur les sciences et les techniques pendant la période postrévolutionnaire (la « mécanique classique », « l’esprit de précision », le « déterminisme laplacien »), et sur le romantisme, auquel on accole volontiers des épithètes comme « nostalgique », « contre-révolutionnaire » ou « technophobe ». Parmi les expressions les plus connues de l’opposition romantisme/mécanisme, John Tresch réfère aux clichés sans cesse ressassés recourant à une série de dualismes convenus : matière/esprit, raison/émotion, qualité/nombre, organisme/machine, dualismes auxquels il ajoute quelques autres topoi attachés aux sciences et techniques postrévolutionnaires : leur rôle dans l’établissement d’un ordre bourgeois discipliné (Foucault), dans le processus de désenchantement du monde (Weber) ou dans la perte de l’aura par la mécanisation de la production (Benjamin). Or, aux yeux des romantiques, les machines pouvaient, devaient, allaient ré-enchanter le monde, faire advenir un ordre démocratique et produire du beau. L’oxymore « machine romantique » signifie d’abord que la machine n’était pas seulement associée à la froideur, la rationalité, ou « l’objectivité mécanique » (on trouvera une critique du modèle de Daston et Galison [1]), mais bien plutôt à l’imagination, à la conversion et aux métamorphoses fantastiques. Lire la suite…

Olivier Rey, Nouveau dispositif dans la fabrique du dernier homme, 2012

14 mars 2014 Laisser un commentaire

« Les hommes et les femmes que je vois dans les lieux publics marchent comme des paniers vides. Ils semblent des noix creuses, ou des courants d’air. […] Tout se passe comme si l’on avait mis ses idées à la banque, retiré des bijoux aussitôt enfermés dans des coffres à serrures compliquées. Cette humanité ne se défend plus contre l’oubli puisque, ce qu’elle aurait pu oublier, elle en a simplement fait dépôt. Nous ne sommes plus ces trouvères qui portaient en eux tous les chants passés, à quoi bon, depuis que l’on inventa les bibliothèques ? Et cela n’est rien : l’écriture, l’imprimerie n’étaient encore qu’inventions enfantines auprès des mémoires modernes, des machines qui mettent la pensée sur un fil ou le chant, et les calculs. On n’a plus besoin de se souvenir du moment que les machines le font pour nous : comme ces ascenseurs où dix voyageurs appuient au hasard des boutons, pour commander désordonnément l’arrêt d’étages divers, et l’intelligence construite rétablit l’ordre des mouvements à exécuter, ne se trompe jamais. Ici l’erreur est impensable et donc repos nous est donné de cette complication du souvenir. Ici le progrès réside moins dans l’habileté du robot, que dans la démission de celui qui s’en sert. J’ai enfin acquis le droit à l’oubli. Mais ce progrès qui me prive d’une fonction peu à peu m’amène à en perdre l’organe. Plus l’ingéniosité de l’homme sera grande, plus l’homme sera démuni des outils physiologiques de l’ingéniosité. Ses esclaves de fer et de fil atteindront une perfection que l’homme de chair n’a jamais connue, tandis que celui-ci progressivement retournera vers l’amibe. Il va s’oublier. »

Louis Aragon, Blanche ou l’oubli

On connaît cette histoire de l’homme qui a prêté un chaudron à un ami et qui se plaint, après avoir récupéré son bien, d’y découvrir un trou. Pour sa défense, l’emprunteur déclare qu’il a rendu le chaudron intact, que par ailleurs le chaudron était déjà percé quand il l’a emprunté, et que de toute façon il n’a jamais emprunté de chaudron. Chacune de ces justifications, prise isolément, serait logiquement recevable. Mais leur empilement, destiné à mieux convaincre, devient incohérent. Or c’est précisément à un semblable empilement d’arguments que se trouve régulièrement confronté quiconque s’interroge sur l’opportunité d’une diffusion massive de telle ou telle innovation technique. Lire la suite…

Philippe Godard, Apogée ou déclin de la Mégamachine?, 2012

26 janvier 2014 Laisser un commentaire

Le système technicien, « la Mégamachine », s’impose dans notre vie à travers l’internet, les systèmes de surveillance globaux ou encore la militarisation sans limite du monde, la diffusion d’informations qui ne sont que de la propagande, la nourriture transformée en alicaments pour parer l’empoisonnement généralisé des sols, de l’air et de l’eau, le culte insensé rendu à la vitesse et aux moteurs…

Il n’est plus la peine de retracer ces victoires de la Mégamachine, car elles constituent à peu près la totalité de notre vie quotidienne. Nous sommes submergés par les productions toxiques et nuisibles du système technicien, et l’une des meilleures voies politiques utopiques consiste précisément à tenter d’en sortir en produisant dès maintenant et par nos propres moyens ce dont nous avons besoin, la nourriture, les vêtements et le logement pour commencer.

Ce parcours qui nous a menés au XXIe siècle est une longue suite de renoncements à certains arts de vivre qui permettaient notre liberté, l’autorisaient et la rendaient exaltante. Plus que jamais, l’anarchie, l’abolition de tout pouvoir, devient une idée d’une actualité évidente. Nous n’en sommes pas déjà là, cependant ; d’un côté il y a cette tension vers l’utopie anarchiste, et de l’autre côté, au jour le jour, nous nous retrouvons dans un système fondé sur la chosification du monde et la réification de notre vie. Lire la suite…

Nicolas Le Dévédec, L’humain augmenté, un enjeu social, 2012

27 décembre 2013 Laisser un commentaire

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

« Human Enhancement » est l’expression aujourd’hui consacrée pour désigner l’« amélioration » technique des performances humaines, aussi bien physiques, intellectuelles qu’émotionnelles [1]. De la médecine anti-âge à la chirurgie esthétique, du dopage intellectuel à l’ingénierie génétique, des implants neuronaux à la nano-médecine, l’augmentation de l’humain renvoie à une diversité de techniques et de pratiques émergentes (Coenen et al., 2009). Source d’inquiétude pour les uns, motif d’espérance pour les autres, elle s’impose comme un enjeu majeur des sociétés occidentales, soulevant un nombre considérable de débats [2]. Comme on a pu parler de Nano-Hype à propos de l’engouement pour les nanotechnologies (Berube, 2009), on pourrait désormais tout aussi bien parler d’Enhancement-Hype.

Les positions dominantes sur l’augmentation humaine, essentiellement anglo-saxonnes, dont il sera question dans cet article tendent cependant à évacuer toute dimension sociale et politique du sujet. D’un côté, l’opposition entre « transhumanistes » et « bioconservateurs » procède d’une conception naturalisée de l’humain. De l’autre, la position des penseurs bioéthiciens se revendiquant d’une « troisième voie » pragmatique relève d’une approche gestionnaire. À l’encontre tant des débats passionnés sur l’avenir de la nature humaine que des positions bioéthiques libérales, cet article mettra en lumière les enjeux sociaux de l’humain augmenté. Dans la lignée d’études sociologiques contemporaines, nous verrons que la consommation de médicaments psychotropes et le recours aux nouvelles technologies reproductives recouvrent les problèmes de la médicalisation de la société (Conrad, 2007 ; Collin, 2013) et de l’instrumentalisation de l’humain (Habermas, 2001 ; Labrusse-Riou, 2002). Lire la suite…

Le Postillon, Geneviève Fioraso™, l’élue augmentée, 2012

18 décembre 2013 Laisser un commentaire

fioraso_postillon_couv-b87e0Vous avez certainement déjà entendu parler de « l’homme augmenté ». Ce vieux rêve de la science fiction, des eugénistes et des transhumanistes – augmenter les performances humaines grâce aux progrès technologiques – devient réalité dans les laboratoires du monde entier. Le jour où l’on verra des cyborgs dans la rue se rapproche. En attendant, on peut observer un prototype grenoblois : l’élue augmentée, plus connue sous le nom de « Geneviève Fioraso™ ».

Actuellement au poste de députée, d’adjointe à la Ville de Grenoble (chargée de l’économie, l’emploi, l’université et la recherche), de première vice-présidente de la Métro (chargée du développement économique, universitaire, scientifique et de l’innovation), et de présidente de la SEM Minatec Entreprises, c’est une innovation développée par le Parti socialiste en partenariat avec le Commissariat à l’énergie atomique et les grandes entreprises de la région. La preuve de la réussite de ce produit ? Geneviève Fioraso™ a été chargée de l’« innovation » dans l’équipe de campagne du candidat à la présidence de la République François Hollande. Tous les jours, Geneviève Fioraso™ se dépense sans compter pour « monter des projets » et « faire aboutir des dossiers ». Inlassablement, l’élue augmentée se dévoue avec le même élan pour la cause de l’Innovation, repoussant toujours plus loin les capacités de l’élu du peuple. La perfection du système est telle que Geneviève Fioraso™ ne s’arrête jamais, pas même pour penser : aucune réflexion ne vient retarder sa quête du Bien, c’est-à-dire du Progrès Technologique. Alors que Geneviève Fioraso™ se démène actuellement sur plusieurs fronts – de la ville intelligente à la promotion de la biologie de synthèse, de l’industrie innovante à sa réélection au poste de députée de la première circonscription de l’Isère – partons à la découverte des fonctionnalités de cette post-élue. Lire la suite…

Le Postillon, Quand les poubelles puent le Kafka, 2012

14 décembre 2013 Laisser un commentaire

Homme dans une PoubelleSavez-vous que chez vous, prochainement, votre mode de gestion de la collecte et du traitement des déchets devrait changer et passer sous la coupe de la « redevance incitative » ? Moi, je ne le savais pas. Alors quand un ami m’a expliqué que ce système est déjà mis en place à quarante kilomètres de Grenoble, que là-bas des « brigades vertes » fouillent les poubelles pour trouver les noms des mauvais « écocitoyens », que des habitants reçoivent des lettres leur reprochant de ne pas jeter assez de poubelles (et que c’est donc louche), forcément ça a piqué ma curiosité. J’ai donc pris mon vélo pour partir à la rencontre des moloks, des bons et des mauvais « écocitoyens ».

Depuis le début de l’année 2012, un curieux sujet hante les conversations des habitants du Sud-Grésivaudan, cette région que l’on traverse pour aller de Grenoble à Valence. De Vinay à Saint-Marcellin, de Pont-en-Royans à Saint-Antoine-l’Abbaye, des champs de noyers aux sommets des falaises du Vercors, un thème lancinant revient en boucle et résonne comme un long râle. Ce dont on parle tant dans ce pays, c’est de poubelles. Ou plutôt de « collecte et de traitement d’ordures ménagères », selon les mots des communicants.

Car ici, les habitants ont l’honneur de disposer d’un nouveau « système de gestion des déchets ». Un système « innovant », bien loin de ces antiques et primaires poubelles vertes et grises comme on en voit encore dans les rues des grandes villes. Ce système, en plus d’être « innovant », est « écologique » voire « éco-citoyen », car il n’a officiellement qu’un seul but : « diminuer la production des Ordures Ménagères Résiduelles », comme l’énonce si bien la novlangue qui a également inventé une expression pour dénommer le concept global : « la redevance incitative ». Lire la suite…

Recension: J.B. Fressoz, L’apocalypse joyeuse, 2012

11 novembre 2013 Laisser un commentaire

Jean-Baptiste Fressoz, L’apocalypse joyeuse. Une histoire du risque technologique, coll. L’Univers historique, éd. du Seuil, 2012, 320 p.

On aurait parfois tendance à l’oublier, mais l’histoire possède – lorsqu’elle est bien faite – une force critique extraordinaire. Par sa capacité à décentrer notre regard en éclairant les configurations passées, elle peut nous aider à dévoiler les enjeux du présent. L’une des forces du livre de Jean-Baptiste Fressoz, maître de conférences à l’Imperial College (Londres), est précisément de nous rappeler cette grandeur du métier d’historien. Dans L’Apocalypse joyeuse, l’auteur propose une histoire politique du risque technologique et défend une idée forte : l’Europe n’a pas attendu l’ère postmoderne pour penser le risque ; les acteurs du XIXe siècle positiviste et industriel n’ont cessé de percevoir et de penser les dangers du progrès, mais ils ont choisi de passer outre consciemment. Lire la suite…

L’exploration spatiale, « nouvelle frontière » du nucléaire ?

14 avril 2013 Laisser un commentaire

Le premier robot propulsé au plutonium s’est posé sur Mars lundi 6 août 2012. Il y a eu beaucoup de réjouissance et d’enthousiasme dans les grands médias, mais aucune mention de l’énorme danger que l’appareil a fait courir aux gens et aux autres formes de vie sur Terre avant d’arriver sur Mars. Cette sonde martienne, nommé « Curiosity » par la NASA, a un vilain défaut…

Dans sa déclaration sur l’impact environnemental (Environmental Impact Statement, EIS) de Curiosity, la NASA a dit que les chances étaient « globalement » de moins de 1 sur 220 pour que du plutonium soit dispersé durant sa mission. Si la fusée qui l’a porté depuis la Floride avait explosé au lancement (or une fusée sur 100 est détruite au lancement) ceci aurait dispersé du plutonium jusqu’à une centaine de kilomètres à la ronde, soit jusqu’à Orlando, dit la déclaration. Si la fusée n’avait pas réussi à vaincre la gravitation et à amener Curiosity sur Mars, mais qu’elle était retombée dans l’atmosphère, se désintégrant dans sa chute, c’est une grande partie de la Terre qui aurait été touchée par le plutonium. Lire la suite…