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Sezin Topçu, Critique du nucléaire et gouvernement de l’opinion, 2011

12 mars 2021 Laisser un commentaire

Où en est-on en France de la critique du nucléaire ? Quels enseignements tirer de plus de 30 ans de contestation de cette technologie ? Quelles ont été les stratégies de « gouvernement de l’opinion » déployées par les industries de l’atome ? Et comment penser les nouvelles techniques rhétoriques et managériales que ces dernières promeuvent aujourd’hui avec pour mots d’ordre la « participation », la « transparence » et la « responsabilité » ? Contretemps s’entretient avec Sezin Topçu, qui vient de signer une thèse sur « L’agir contestataire à l’épreuve de l’atome ».

 

Fabien Locher : Dans votre thèse, vous avez proposé une histoire longue de la critique antinucléaire en France. Pouvez-vous en présenter ici les grandes lignes ?

Sezin Topçu : Je me suis intéressée à la trajectoire du mouvement antinucléaire français depuis les années 1970 pour comprendre comment il s’est transformé, affaibli puis renouvelé au cours du temps, et ce dont il est désormais porteur – étant donné que le problème nucléaire ne cesse de se poser, à divers niveaux, qu’il s’agisse d’accidents, de déchets, de prolifération ou de destruction des écosystèmes. Lire la suite…

Christian Ferrer, Hommage aux luddites, 2011

27 mars 2020 Laisser un commentaire

Le code sanglant

Depuis la plus haute antiquité, la corde a toujours constitué un châtiment ignominieux. En méditant sur sa familiarité structurelle personnelle avec l’échafaud, on saisit pourquoi cette peine symbolise le plus haut degré de dénigrement de la personne. N’y ont accédé que les délinquants de plus bas étage ou les réfractaires ; qui refusait de ployer les genoux devait courber la nuque de force. Quelques condamnés de l’époque moderne furent des martyrs : on se souvient, à chaque 1er mai, de Parsons, Spies et de leurs compagnons [1] de potence.

Mais peu se rappellent du nom de James Towle qui fut, en 1816, le dernier « casseur de machine » auquel on rompit le cou. Il chuta dans la trappe en hurlant un hymne luddite jusqu’à ce que ses cordes vocales ne forment qu’un seul nœud. Un cortège funèbre de trois mille personnes entonna la fin de l’hymne à sa place, a cappella. Trois ans auparavant, sur quatorze échafauds alignés, s’étaient balancés tout autant de condamnés accusés de pratiquer le « luddisme », surnom d’un nouveau crime récemment entré dans les textes. À l’époque existaient des dizaines de délits qualifiés faisant accéder leurs auteurs au royaume des cieux en passant par le nœud coulant. Nombreux étaient, en effet, les actes susceptibles de faire couper le fil de la vie : assassinat, adultère, vol, blasphème, dissidence politique… En 1830, on pendit un enfant à peine âgé de neuf ans pour avoir dérobé quelques craies de couleur et cet état de fait dura jusqu’en 1870, lorsqu’un décret humanitaire réajusta les crimes et délits en quatre catégories seulement. Les dures lois régnant alors sur les îles Britanniques étaient appelées the Bloody Code (le code sanglant). Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, De l’agronomie mercenaire à l’agronomie libératrice, 2011

30 octobre 2019 Laisser un commentaire

Résumé

Depuis la révolution industrielle, le sélectionneur s’efforce de remplacer les variétés paysannes par des copies d’une plante sélectionnée, que le terme « clone » désigne de façon adéquate. Les lignées des XIXe et XXe siècles sont des clones homozygotes ; les hybrides du XXe siècle sont des clones hétérozygotes ; les OGM sont des clones pesticides brevetés. Cette dévotion à la sélection-clonage applique au vivant les principes industriels de l’uniformité et de la standardisation. Du certificat d’obtention au brevet en passant par les hybrides que l’agriculteur ne peut re-semer, cette dévotion témoigne de l’objectif du sélectionneur, à savoir séparer la production de la reproduction. Comme il y a toujours un gain à remplacer une variété de « n’importe quoi » par des copies du « meilleur n’importe quoi » extrait de la variété, aucune justification n’est nécessaire. Ainsi, les débats interminables sur l’hétérosis qui, selon les généticiens, justifie le recours aux hybrides, sont une mystification destinée à naturaliser ce but mortifère.

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Jean-Pierre Berlan, From a Mercenary to an Emancipated Agronomy, 2011

30 octobre 2019 Laisser un commentaire

Abstract

Since the Industrial Revolution, plant breeders have strived to replace farm varieties with “copies” of selected plants that can be fittingly called “clones.” “Pure lines” of wheat, barley, and other autogamous species are homozygous clones, twentieth-century maize “hybrids” (and other allogamous species) are heterozygous clones, while GMOs are patented pesticide clones. This devotion to cloning is founded: a) on logic since there is always a gain to be made from replacing any particular variety with all its diversity with copies of the “best” selected plant extracted from the variety; b) on the industrial principles of uniformity, standardization, and normalization; and c) on the drive for property rights. Pure lines, being homogenous and stable, are legally protected by a “breeder’s certificate.” “Hybrids” carry a built in biological breeder’s protection device since farmers have to buy back their seeds every year and GMOs are legally protected by patents. Since cloning rests on an irrefutable logical principle, it requires no justification. The endless debates about heterosis which, according to geneticists, makes it necessary to “hybridize” maize are, then, a smokescreen to conceal the first success of the historical drive to make reproduction a privilege.

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Mathieu Gaulène, De quoi la Fondation Sasakawa est-elle le nom?, 2011

A lire le bilan de la Fondation franco-japonaise Sasakawa (FFJS), branche française de la très influente Fondation Sasakawa, on serait tenté de penser que l’on a là à faire à une banale institution culturelle japonaise. Pourtant, à de nombreuses reprises ces dernières années, des affaires ont rappelé ce qui se cache derrière cette fondation. Dernière en date, le procès de Karoline Postel-Vinay a servi de piqûre de rappel. Lire la suite…

Radio: Célia Izoard, Avez-vous déjà entendu parler du CLODO ?, 2011

4 octobre 2018 Laisser un commentaire

Le Comité pour la Liquidation ou le Détournement des Ordinateurs

Avez-vous déjà entendu parler du CLODO ? À Toulouse, entre 1980 et 1983, ce mystérieux Comité pour la Liquidation ou le Détournement des Ordinateurs faisait la une des journaux en incendiant des usines d’informatique. C’est avant, bien sûr. Avant que nous ayons (presque) tous un iPod dans la poche et un portable à la main. À une époque où les gens étaient tellement sceptiques sur l’utilité d’un ordinateur à la maison que le gouvernement s’était mis à distribuer des Minitel à tour de bras…

La nuit du 5 avril 1980, à Toulouse, les locaux de la société Phillips Informatique sont en feu. Trois jours plus tard, on signale un incendie à la compagnie d’informatique CII-Honeywell-Bull. Le procédé est rudimentaire : ordinateurs, fichiers et documents ont été entassés dans le hall et brûlés. Le 10 avril, c’est-à-dire le lendemain de l’incendie de la CII, une fausse alerte à la bombe nécessite l’évacuation des locaux d’IBM, à Toulouse. On fait des rapprochements avec un attentat qui avait visé l’ancien siège de DATA Systems le 24 novembre 1977… Lire la suite…

Bertrand Louart, Des machines simples contre l’industrialisme !, 2011

25 septembre 2018 Laisser un commentaire

Certainement, au cours de ce colloque, on va dire beaucoup de mal de l’industrie et des machines. Pourtant, dans une perspective d’émancipation sociale, il faut reconnaître que l’apport majeur du capitalisme à cette perspective est bel et bien la machine.

Assurément, la machine est également le principal soutien de ce système d’exploitation planétaire de la nature et des hommes. Sans la machine, pas de capitalisme industriel, comme l’a bien montré Karl Polanyi. Mais sans la machine, je crois qu’il n’y aura pas non plus de sortie du capitalisme.

Mais je ne parle pas ici de toutes les machines que nous avons actuellement autour de nous. Certainement pas des « réseaux sociaux » sur internet et autres applications sur téléphone portables, dont on a fait des gorges chaudes à l’occasion des récentes « révolutions arabes » et dont on oublie un peu vite qu’ils participent ici surtout à la contre révolution managériale, d’abord en formant la population à une disponibilité de tous les instants et à une confusion entre vie privée et publique. Lire la suite…

Henri Mora, Le travail et la marchandise, 2011

19 janvier 2017 Laisser un commentaire

Tout est si bien porté par la manière de considérer le monde qu’il paraît impossible de le voir différemment. Vendre et acheter se révèle être la seule occupation de nos contemporains afin de répondre à leur « soucis incessant d’améliorer leur sort ». Mais n’est-ce point le travail, non comme activité humaine, mais parce qu’il se trouve à l’origine des rapports sociaux qu’il crée en tant que producteur de richesse (de « plus-value »), qui détermine l’évolution de l’histoire et des conditions sociales, économiques et humaines, comme il détermine l’évolution des moyens de production ? Lire la suite…

Marc Levivier, Bref historique sur la fœtalisation et la néoténie, 2011

23 juillet 2016 Laisser un commentaire

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Biographie de Louis Bolk

Lodewijk – plus couramment Louis – Bolk naît à Overschie, aux Pays-Bas, le 10 décembre 1866. Il se forme en droit puis en 1888, contre la volonté de ses parents qui le voulaient pasteur, s’inscrit à la faculté de médecine d’Amsterdam. Diplômé en octobre 1896, il commence à travailler comme assistant de G. Ruge qui y enseigne l’anatomie humaine, dont il prend la place seize mois plus tard. En 1900, il fonde avec Cornelius Winkler (1822-1897) la revue d’anatomie Petrus Camper 1 dans laquelle il publie une partie de ses études sur le cervelet et son innervation et qui lui valent en 1902 un doctorat honoraire de l’université de Leiden. En 1901, avec Winkler, il rédige le rapport qui permettra la création du International Academic Committee for Brain Research, organisme visant la structuration internationale des recherches sur le système nerveux. La première institution spécialement créée dans cet objectif va loger dans une aile du nouveau département d’anatomie et d’embryologie de l’université d’Amsterdam où travaille Bolk.

À la même époque, l’exhumation de cadavres d’un vieux cimetière à proximité de l’institut d’anatomie l’amène à étudier des crânes humains et aussi des dents. Il va alors travailler sur l’ontogenèse des dents, la latéralisation et les différences de morphologie humaine selon les « races ». En effet, Bolk est, et il l’affirme lourdement à plusieurs reprises, un partisan de la théorie de l’inégalité des races. Bolk est, à la lettre, raciste 2. Il ne s’agit en rien de minimiser ce point, mais il faut indiquer ici qu’il n’est pas un cas isolé et que la consultation des revues scientifiques de cette même période confronte à un niveau de racisme inimaginable aujourd’hui.

En 1918, l’université d’Amsterdam lui décerne le titre de rector magnificus, et c’est lors de la cérémonie qu’il aurait exposé pour la première fois en public sa théorie de la fœtalisation qui fera l’objet de plusieurs communications. Cette théorie est accessible en français dès 1926, année durant laquelle Louis Bolk la présente lors du congrès organisé par l’association des Anatomistes de langue française, dont il est membre à vie. Mais c’est une conférence prononcée la même année lors d’un congrès d’anatomistes à Freiburg et ensuite publiée dans son intégralité qui va devenir le texte de référence : Das Problem der Menschwerdung. Lire la suite…

Recension: T. Leroux, Le laboratoire des pollutions industrielles, 2011

Thomas Le Roux,

Le laboratoire des pollutions industrielles. Paris, 1770-1830,

éd. Albin Michel, 2011, 560 p.

 

Partant de la mise sous tutelle administrative des pollutions industrielles et de celles de leurs intérêts sous-jacents, Thomas Le Roux propose ici une histoire de la grande transformation du rapport des Parisiens à leur environnement qui s’est opérée au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Il désigne ce moment comme celui du « triomphe de l’industrialisme ». Paris voyait en effet s’affirmer, bien que de façon progressive mais non sans brutalité, la réhabilitation de la production industrielle au sein même de la ville. L’industrialisation de la cité s’imposait comme l’une des conditions de réalisation des progrès de la civilisation moderne. Elle s’affirmait comme le fer de lance du soutien à la concurrence avec l’Angleterre. Mais l’obsession de la modernité et la recherche de sa puissance devenaient aussi la justification d’un accroissement de la pollution ; la capitale était le point d’ancrage de sa régulation, et – pour reprendre le titre du livre – le « laboratoire » politique, à la fois modèle, foisonnement de matières pour la jurisprudence, mais aussi l’objet d’un réquisitoire contre une dérégulation de fait des activités les plus polluantes. Lire la suite…