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Posts Tagged ‘2010’

Miquel Amorós, La fête grecque, 2010

La banqueroute de l’État grec, en tant qu’accélérateur de la crise financière mondiale, ne peut qu’éveiller toute la sympathie de ceux qui désirent la fin du capitalisme. L’importance de l’événement est criante si l’on a en ligne de mire d’autres faillites étatiques possibles d’implication majeure, en particulier au Portugal, en Irlande et en Espagne, mais plus encore dans la mesure où il s’inscrit dans une crise sociale qui n’a pas cessé de s’approfondir. La révolte grecque qui a éclaté en décembre 2008 sous de si bons augures chemine d’un bon pas sans que les tentatives de pacification ou de sursis aient pu l’arrêter, alors même que sa fin est la condition sine qua non de la recomposition de l’État et de la santé des marchés financiers mondiaux (et s’ils nous épuisent, du fonctionnement correct des ordinateurs qui les dirigent). L’application d’un sévère plan d’austérité conçu par l’Union européenne et le Fonds monétaire international, deux des plus hautes instances du capitalisme, dépend de la pacification de la société grecque, afin que les dettes de l’État, détenues par les grandes banques européennes, puissent être transférées aux travailleurs, aux fonctionnaires et aux retraités grecs. Mais, de surcroît, le plus grand danger de la révolte ne réside pas en elle-même, dans les difficultés qu’elle offre au rétablissement de l’ordre économique dans un lieu précis de la géographie capitaliste, bien qu’elles soient considérables, mais plutôt dans le mauvais exemple qu’elle offre aux populations menacées par des mesures similaires, donc dans sa capacité de contagion, dans son effet domino. Il est à son comble quand la prochaine pièce qui menace de tomber est l’État espagnol. Et c’est un fait que le triomphe de la révolte grecque se trouve suspendu à son expansion, qu’il dépend de son internationalisation. Les maux grecs trouveront leur solution quand ils cesseront précisément d’être grecs. Lire la suite…

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Miquel Amorós, La fiesta griega, 2010

La bancarrota del Estado griego, en tanto que acelerador de la crisis financiera mundial, ha de despertar todas las simpatías de quienes deseen el fin del capitalismo. La importancia del hecho resulta patente al apuntar otras posibles quiebras estatales de mayor repercusión, concretamente en Portugal, Irlanda y España, pero sobre todo, al transcurrir inmerso en una crisis social que no ha cesado de profundizarse. La revuelta griega que arrancó en diciembre de 2008 con tan buenos augurios, camina a buen paso sin que los intentos de pacificación o reconducción hayan podido detenerla, y eso que su fin es la condición sine qua non de la recomposición del Estado y de la salud de los mercados financieros mundiales (y si nos apuran, del funcionamiento correcto de los ordenadores que los dirigen). La aplicación de un severo plan de austeridad diseñado por la Unión Europea y el Fondo Monetario Internacional, dos de las más altas instancias del capitalismo, depende de la pacificación de la sociedad griega, a fin de que las deudas del Estado, en poder de los grandes bancos europeos, puedan ser traspasadas a los trabajadores, los funcionarios y los pensionistas griegos. Pero, además, el mayor peligro de la revuelta no reposa en sí misma, en las dificultades que ofrezca al restablecimiento del orden económico en un lugar concreto de la geografía capitalista, aunque sean considerables, sino en el mal ejemplo que ofrece a las poblaciones amenazadas por medidas similares, en su capacidad de contagio, en su efecto dominó. Máxime cuando la siguiente ficha que amenaza en caer es el Estado español. Y es que el triunfo de la revuelta griega se halla suspendido a su expansión, depende de su internacionalización. Los males griegos encontrarán solución cuando dejen de ser precisamente eso, griegos. Lire la suite…

Fressoz & Locher, Le climat fragile de la modernité, 2010

Petite histoire climatique de la réflexivité environnementale

« On pourrait fixer le début de l’Anthropocène à la dernière partie du XVIIIe siècle : à ce moment-là, les analyses de l’air emprisonné dans les glaces polaires montrent le début de l’augmentation des concentrations mondiales de dioxyde de carbone et de méthane. Cette date se trouve également coïncider avec l’invention par James Watt de la machine à vapeur en 1784 » [1].

Paul Crutzen aurait aussi bien pu indiquer une autre coïncidence, à vrai dire plus troublante : la publication, en 1780, des Époques de la nature de Buffon. Au moment précis où l’humanité devient une force géologique, Buffon explique que « la face entière de la Terre porte aujourd’hui l’empreinte de la puissance de l’homme ». Cette influence s’exerce même sur le climat : en gérant convenablement son environnement, l’humanité pourra « modifier les influences du climat qu’elle habite et en fixer pour ainsi dire la température au point qui lui convient » [2]. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Le risque et la multitude, 2010

24 avril 2013 Laisser un commentaire

Réflexion historique sur l’échec vaccinal de 2009

Le débat actuel sur la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 est centré sur la gestion gouvernementale de l’épidémie : on questionne le choix de la vaccination de masse et le rôle des laboratoires pharmaceutiques dans l’élaboration de ce choix ; on critique surtout la communication du gouvernement et son incapacité manifeste à convaincre de la nécessité de se faire vacciner. L’argument de cet article est différent : il consiste à dire que l’échec vaccinal de 2009 est, plus profondément, celui du risque en tant que technologie de conviction et celui de la communication en tant que forme politique. Lire la suite…

Jean-Baptiste Fressoz, Risk and the Masses, 2010

24 avril 2013 Laisser un commentaire

A historical reflection on the vaccination failure of 2009

The current debate over the vaccination campaign against the H1N1 influenza virus is centred on the government’s handling of the epidemic. Questions have been asked about the decision to carry out mass vaccination and the role of pharmaceutical companies in making such a decision; criticism has focused particularly on the government’s communication and patent inability to convince people of the need to be vaccinated. This article will put forward a different argument: the vaccination failure of 2009 is, at a deeper level, due to the use of risk as a technology of persuasion, and communication as a political form. Lire la suite…

Bertrand Louart, Polémiques climatiques, 2010

4 août 2012 Laisser un commentaire

Article au format PDF

I. Lacunes

Après l’échec des négociations de Copenhague sur la réduction des gaz à effet de serre en décembre 2009, la polémique sur la réalité du changement climatique s’est déchaînée en France. L’outrance et le scientisme des parties en présence font oublier les incertitudes qui entourent la jeune « science du climat » ainsi que les enjeux sociaux et politiques.

Poisson d’avril !

Malgré nombre d’erreurs et quelques falsifications notoires, dénoncées immédiatement dès sa parution par la presse [1], le livre de Claude Allègre [2], a été un succès de librairie. Il expose un certain nombre de critiques à l’égard des méthodes et résultats du GIEC [3], et accuse les climatologues d’être « dévoyés par l’appétit d’argent », d’avoir trompé les citoyens et le gouvernement et d’avoir « cadenassé » les revues scientifiques à l’aide d’un système « mafieux » et « totalitaire ». Fort commodément Le Monde a fait d’Allègre le « chef de file en France des climato-sceptiques », alors que ce personnage n’est que le dernier représentant d’un scientisme technophile tout droit sorti des années 1950.

En réaction à cela, les chercheurs partisans des thèses du GIEC en France se sont couverts de ridicule avec la publication, le premier avril [sic] 2010, d’une pétition à la ministre de la Recherche et autres « autorités de tutelle », demandant à ces dernières de réaffirmer leur confiance envers les chercheurs face aux « accusations mensongères » lancées par Allègre et d’autres. A l’appui de cette revendication, ce texte invoque un « pacte moral entre les scientifiques et la société » qui les astreint à la « rigueur, à travers les processus critiques de relecture, de vérification, de publication des résultats ». Mais est-ce bien de la société dont il s’agit ici – c’est à dire l’ensemble des membres d’une organisation sociale – ou bien plutôt des institutions qui dominent cette société, c’est-à-dire l’État, l’industrie et le marché ? En effet, pourquoi s’adresser uniquement au ministre et autres autorités ? Pourquoi ne pas avoir fait une déclaration publique dénonçant directement les procédés malhonnêtes des personnes concernées ?

Le scientisme a toujours fait preuve de la même révérence envers le pouvoir et du même mépris vis-à-vis du public : ce dernier achète le livre d’Allègre, c’est donc qu’il ne peut rien y comprendre ; ce qui justifie que l’on ne s’adresse pas à lui, que l’on ne lui explique rien ; seule une autorité supérieure à l’autorité scientifique bafouée pourrait donc, selon les 600 signataires, rétablir la confiance du public à l’égard des chercheurs.

Il est évidemment plus aisé de dénoncer les critiques les moins bien fondées et les plus fallacieuses que d’affronter celles qui sont mieux fondées et plus étayées. Cela permet en outre de mettre ces dernières dans le même sac que les premières et ainsi les discréditer. Lire la suite…

Bertrand Louart, Aux origines idéologiques du darwinisme, 2010

Brochure au format PDF

Il y a 200 ans, Lamarck fondait la biologie en tant que science autonome ; il y a 150 ans, Darwin publiait L’Origine des espèces. L’histoire de la biologie abonde plus que toute autre en mythes et légendes. Son objet – la vie sur Terre – n’a toujours pas reçu de définition scientifique précise. Nous proposons de survoler cette étrange histoire où science et idéologie sont étroitement mêlées.

L’année 2009 a été l’occasion de plusieurs commémorations importantes pour les « sciences de la vie ». D’abord le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin (12 février 1809-1882), et les 150 ans de la publication de son célèbre ouvrage L’Origine des espèces (24 novembre 1859). Mais aussi – on a tendance à l’oublier – le bicentenaire de la publication de la Philosophie zoologique (14 août 1809) de Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829), ouvrage où il fonde la biologie en tant que science à part entière en exposant pour la première fois une théorie de l’évolution des êtres vivants, elle-même fondée sur une théorie expliquant leur nature singulière et leur dynamique interne.

Néanmoins, les magazines et les revues à destination du grand public et aussi les publications scientifiques font de Darwin le « fondateur de la biologie moderne ». Ce titre n’est certes pas usurpé, car c’est bien le darwinisme qui a contribué à structurer l’ensemble de la biologie depuis 150 ans, non sans quelques difficultés. Mais ses thuriféraires ne devraient pas y voir un motif de s’en vanter ni d’en être fiers : on peut dire sans trop exagérer qu’en effet depuis Darwin, la biologie s’est enfoncée dans la confusion des idées et la pauvreté de la réflexion. Etrange “biologie” que celle qui ne sait toujours pas ce qu’est un être vivant et qui n’a pas de définition de la vie. A tel point que certains biologistes en viennent à déclarer, sans rire, que « la vie n’existe pas ! » (cf. Henri Atlan, Question de vie, entre le savoir et l’opinion, éd. Seuil, 1994 ou Albert Jacquard, Petite philosophie à l’usage des non-philosophes, éd. Le livre de poche, 1997)

Dans cette brochure, nous voulons faire pièce à un certain nombre de légendes qui émaillent l’histoire de la biologie – notamment autour de Darwin et Lamarck – et par là montrer que celle-ci s’est fourvoyée dans une impasse autant que suggérer une voie nouvelle pour en sortir. Lire la suite…

Miguel Amorós, Nous, les anti-industriels, 2010

31 mars 2012 Laisser un commentaire

La foi en la croissance économique illimitée comme solution aux maux de la société est inhérente au régime capitaliste, mais ce n’est que depuis les années cinquante du siècle précédent qu’elle est devenue, sous le nom de développement, une politique d’État. Dès lors, la raison d’État devint essentiellement raison de marché. Pour la première fois, la survie des structures de pouvoir étatiques ne dépendait pas des guerres, fussent-elles « froides », mais d’économies, « chaudes » de préférence. La liberté, toujours associée au droit civil, s’exprimait toujours plus dans le droit commercial. Être libre, dorénavant, cela voulait dire, exclusivement, pouvoir travailler, acheter et vendre en toute liberté, sans réglementations ni entraves. Par la suite, le degré de liberté des sociétés capitalistes tendit à être déterminé par le pourcentage de chômeurs et le niveau de la consommation, c’est-à-dire par le degré d’intégration des travailleurs. Et, corollairement, la contestation sociale la plus authentique se définit comme refus du travail et de la consommation, c’est-à-dire comme négation de l’économie autonomisée vis-à-vis de la collectivité, comme critique anti-industrielle. Lire la suite…

Miguel Amorós, Nosotros, los antidesarrollistas, 2010

31 mars 2012 Laisser un commentaire

Para que el antidesarrollismo llene de contenido las luchas sociales ha de surgir una cultura política radicalmente diferente a la que hoy predomina.

La fe en el crecimiento económico ilimitado como solución a los males sociales ha sido inherente al régimen capitalista, peno no fue hasta los años cincuenta del siglo pasado cuando dicha fe, bajo el nombre de desarrollismo, se convirtió en una política de Estado. A partir de entonces, la Razón de Estado fue principalmente Razón de Mercado. Por primera vez, la supervivencia de las estructuras de poder estatales no dependía de guerras, aunque fueran “frías”, sino de economías, preferentemente “calientes”. La libertad, siempre asociada al derecho civil, pasaba cada vez más por el derecho mercantil. Ser libre fue a partir de entonces, exclusivamente, poder trabajar, comprar y vender libremente, sin regulaciones, sin trabas. En lo sucesivo, el grado de libertad de las sociedades capitalistas vino determinado por el porcentaje de parados y el nivel de consumo, es decir, por el grado de integración de los trabajadores. Y corolariamente, la protesta social más auténtica se definió como rechazo al trabajo y al consumismo, es decir, como negación de la economía independizada de la colectividad, como crítica antiindustrial, como antidesarrollismo. Lire la suite…

Jocelyne Porcher, Le stade ultime des productions animales : la production de viandes in vitro, 2010

27 février 2012 Laisser un commentaire

Dans le contexte de nouvelles réflexions sur la PAC, et concernant les productions animales, la question récurrente : « faut-il changer de modèle de production ? » pourrait sembler quelque peu incongrue. Il apparaît en effet de plus en plus nettement que la question n’est plus : « faut-il changer de modèle ? » mais, nolens volens, « comment le modèle est-il en train de changer ? ». Le changement auquel je vais m’intéresser, la production de viandes in vitro, que ses promoteurs qualifient d’aussi révolutionnaire que l’invention de l’automobile ou de l’informatique, devrait être connu et pris en compte par les politiques de développement agricole et rural car il pourrait bouleverser le paysage des productions animales et rendre caduques certaines prévisions.

Les productions animales visent à produire de la matière animale au plus vite et au moindre coût. Et cela en France depuis le milieu du XIXe siècle – et non depuis les années 1950 comme on le lit trop souvent en faisant débuter dans l’après guerre le processus d’industrialisation de l’élevage. Ainsi que l’écrit l’un des pionniers de la zootechnie, André Sanson (1826-1902), alors que le capitalisme industriel s’impose et que les entrepreneurs s’avisent de la manne financière inexploitée que recèlent la nature et les animaux domestiques :

On aura peine à croire, dans l’avenir, que cette façon de poser le problème zootechnique ait pu être considérée comme révolutionnaire, et qu’il ait fallu tant d’efforts pour la faire admettre […] On ne pourra pas s’expliquer que la production animale ait été, depuis si longtemps, envisagée autrement que comme une industrie obéissant avant tout aux lois économiques, de même que toutes les autres. [1]

Je voudrais montrer ici que la « production animale » comme industrie, id est le modèle industriel de productions animales, contient en elle-même sa propre négation et est en voie d’atteindre le stade ultime de son développement : la production biotechnologique de protéines animales. Et cela d’autant plus rapidement que l’on constate une convergence en ce sens des intérêts d’acteurs très différents, voire apparemment opposés. Ce changement radical de modèle de production de la « matière animale » risque toutefois d’entraîner dans son sillage la disparition de l’élevage en tant rapport historique multi-millénaire de travail avec les animaux. Et cela sans que nous ayons réellement pris la mesure de ce que nous sommes en train de perdre. Lire la suite…