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Posts Tagged ‘2010’

Guillaume Carnino, Les transformations de la technologie, 2010

du discours sur les techniques à la “techno-science”

Résumé

Cet article retrace les évolutions du terme « technologie », dans le contexte français, au cours du XIXe siècle. Le passage, aux alentours de 1850, d’un « discours sur les techniques » à une « techno-science » y est mis en valeur selon deux aspects principaux : industrialisation des pratiques artisanales opératoires et déploiement de « la science » en tant que productrice de faits à partir de machines et procédures. Telles sont les deux recompositions politiques qui produisent matériellement et linguistiquement la technologie entendue au sens contemporain, comme lorsqu’on parle des « nouvelles technologies ». Lire la suite…

Jean-Pierre Berlan, Interview par Article11, 2010

9 avril 2017 Laisser un commentaire

Tu ne t’intéresses pas au contenu de ton assiette ? L’agriculture, ça te broute ? Tu ne devrais pas, tant se joue là notre avenir. Avec l’industrialisation de l’agriculture et la marchandisation du vivant, c’est la mort qui pointe le bout de son nez. Celle de la diversité et – donc – de l’humanité. Le chercheur Jean-Pierre Berlan en livre ici une démonstration limpide et effrayante.

L’agriculture. Un petit tour dans l’actu, et puis s’en va… Vitrine cosmétique, le salon qui lui est dédié a eu droit – comme chaque année – aux honneurs des médias feignant de s’intéresser au sujet. Leur traitement reste toujours le même : le cul des vaches, la visite présidentielle et – de façon générale – le chant lyrique d’une profession fantasmée. En filigrane, la volonté farouche de ne pas aborder les questions qui fâchent. As-tu par exemple vu le moindre reportage sur la désastreuse industrialisation de l’agriculture ? Absolument pas. En a-t-on profité pour revenir sur les brevets déposés sur le vivant par les multinationales, la dangereuse évolution des clones pesticides brevetés, ou encore la pente mortifère empruntée depuis des dizaines d’années par (presque) tout le secteur ? Pas plus. T’a-t-on – enfin – expliqué ce que tu avais dans ton assiette ? Encore moins [1]. D’où cet étrange paradoxe : le mot « transparence » a beau être mis à toutes les sauces, l’origine et le mode de production de ce qui arrive dans nos gamelles reste un mystère. Lire la suite…

Radio: André Pichot, Biologie et société, 2010

Dans la série Racine de moins un, une émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, je vous propose d’écouter une conférence d’André Pichot, historien de la biologie, sur le thème « Biologie et société, de la bio-sociologie à la socio-biologie, et retour » qu’il à donnée à Nantes en novembre 2010. Ce retour historique sur les idées de sélection naturelle (Darwin) et d’hérédité montre à quel point elles sont traversées par des éléments et des notions empruntés au domaine social et politique. Il n’est pas étonnant qu’elles aient servi, en retour, à justifier et à naturaliser le fonctionnement des sociétés dont elles sont issues comme avec le darwinisme social et l’eugénisme. André Pichot décortique cet extraordinaire embrouillamini de science et d’idéologie qui est encore d’actualité aujourd’hui.

Ci-dessous un extrait de cette conférence:

Biologie et société

Les problèmes dont je vais vous parler sont compliqués. Pas compliqués intellectuellement, mais parce qu’ils sont entremêlés et que l’on ne sait jamais précisément de quoi on parle. C’est ce que j’appelle de la tératologie épistémologique, c’est-à-dire des monstruosités scientifiques, des productions scientifiques qui sont absolument monstrueuses d’un point de vue épistémologique. Lire la suite…

Génome humain: l’heure de la désillusion, 2010

8 septembre 2011 Laisser un commentaire

Nous reproduisons ici la traduction d’un article de la revue Prospect (Londres) paru dans Courrier International n°1025 du 24 au 30 juin 2010 qui viens confirmer en tous points le Mémoire pour rectifier les jugements du public sur la révolution biologique d’André Pichot.

Achevé depuis dix ans, le séquençage complet de nos gènes devait permettre de créer des médicaments innovants. Mais on les attend toujours…

Il y a dix ans, la première ébauche de séquence du génome humain fut présentée comme le début d’une ère nouvelle de la médecine. Francis Collins – qui dirigeait à l’époque le consortium international pour le séquençage du génome humain (IHGS) et qui se trouve aujourd’hui à la tête des Instituts américains de la santé (NIH) – affirmait que les connaissances acquises grâce aux travaux de séquençage allaient permettre aux médecins d’adapter les traitements au profil génétique des patients. Il voyait ce rêve devenir réalité avant 2010. Lire la suite…

L’idéologie de la sélection naturelle (1)

La sélection naturelle est devenue l’idéologie, ou plutôt le réflexe pavlovien du naturaliste et du biologiste. Alors même qu’il n’en ont pas besoin, ils doivent lui faire allégeance, la révérer, s’incliner devant elle en faisant entrer coute que coute leurs observations et résultats dans ce système d’interprétation. Cette lettre a été envoyée au début du mois de mai 2010 à la revue Pour la Science par courrier électronique; les auteurs de l’article n’ont pas condescendu à répondre à cette remise en question de leurs dogme…

L’article les parasites manipulateurs de F. Thomas et F. Libersat paru dans Pour la science n°391 – mai 2010 m’as beaucoup intéressé. En effet, la nature semble ici s’être donnée pour règle de développer l’adage «Pourquoi faire simple lorsque l’on peut faire compliqué?».

A la fin de l’article, les auteurs se posent légitimement «la question du maintient, au cour de l’évolution, de comportements aussi complexes et surprenants» (p. 42), mais y répondent d’une manière curieuse, qui ressemble fort à une pirouette. Bien sûr, ils cherchent la réponse dans le cadre de la «théorie néo-darwinienne»: ils nous disent donc que ces comportements, manipulatoires «accroissent la survie du parasite» (de combien?), «lui permettent de se reproduire» et que cette «innovation favorable» a donc été retenue.

Certes, un tel comportement est «favorable à la survie du parasite», sinon il ne survivrait pas! Voilà une constatation qui ne nous apprend rien. Si pour nos auteurs, la «théorie néo-darwinienne» se réduit à enregistrer l’évidence – l’organisme survit, donc son comportement et ses dispositions sont favorables à sa survie – elle nous est d’une piètre utilité…

La question pertinente à se poser n’est pas «pourquoi la sélection naturelle a-t-elle retenu ces manipulations?» (p. 42) (il faut remarquer que cette seconde question est très différente de la première et qu’elle contient déjà une réponse: la sélection naturelle), mais à mon sens serait plutôt: pourquoi ces parasites ont élaboré des « stratégies » de reproduction aussi compliquées, alors que d’autres « stratégies » plus simples existent – probablement parfois dans le même milieu avec des espèces proches – et sont non seulement tout aussi efficaces, mais certainement moins soumises aux aléas qu’impliquent les différents organismes hôtes ? Autrement dit (et pour évacuer un « pourquoi » problématique), si l’on se place dans le cadre de la sélection naturelle, ces « stratégies » compliquées sont-elles réellement plus avantageuses que des stratégies plus simples?

Pour le savoir, il me semble qu’il faudrait faire des études comparatives en éthologie, c’est-à-dire comparer entre elles les différentes stratégies reproductives d’organismes semblables et vivant dans les mêmes milieux. C’est une tâche qui n’est pas facile assurément, mais en l’absence d’une telle évaluation, donner une explication par la sélection naturelle (avantage reproductif) est un a priori que rien ne justifie. Or, une telle étude comparative n’est pas l’objet des travaux des auteurs, qui cherchent avant tout à comprendre les mécanismes employés par ces parasites pour se propager afin de combattre les maladies et pathologies qu’ils engendrent. C’est là une tâche tout à fait honorable et nécessaire, mais dont il faut reconnaître qu’elle n’a absolument pas besoin de la «théorie néo-darwinienne» pour être menée à bien ni justifier de ses résultats…

Et si ses « stratégies » compliquées ne présentent aucun avantage décisif dans la «lutte pour la vie» (si tant est qu’il y ait ici lutte), l’explication la plus économe en hypothèse ne pourrait-elle pas être alors que ces « stratégies » se sont développées tout simplement parce qu’elles sont possibles? Et parce qu’elles ne compromettent pas la survie et la reproduction du parasite? Ces comportements surprenants seraient en fait une voie compliquée dans laquelle ces êtres vivants ses sont engagés à l’aveugle, sans qu’il y ait là avantage ni utilité particulière, simplement parce que, cherchant avant tout à vivre et se reproduire, elle s’est un jour offerte à eux par hasard et qu’ils l’ont empruntée, élaborée et prolongée autant qu’ils ont pu? Autrement dit, ce ne serait pas une adaptation à une contrainte du milieu (le produit d’une implacable nécessité), mais seulement le produit de l’exploration par les êtres vivants de toutes les possibilités qui s’offrent à eux; le produit de la « liberté » inhérent à leur activité autonome.

Il me semble que trente ans après la publication de l’article de Gould et Lewontin, « The Spandrels of San Marco and the Panglossian Paradigm: A Critique of the Adaptationist Programme » (1979), la critique du « programme adaptationniste » serait à renouveller et étendre à la rhétorique de la sélection naturelle.

Thomas Heams et l’eugénisme

22 avril 2010 Laisser un commentaire

Thomas Heams et l’eugénisme

Voir article Hérédité dans Les mondes darwiniens (ch. 2, p. 38).

Le lyssenkisme y est qualifié très justement d’« affabulation criminelle à propos de l’hérédité ».

L’auteur concède, dans une phrase entre parenthèses, qu’il y a eu en même temps une « instrumentalisation de la génétique » par « plusieurs généticiens allemands de renom » ayant ainsi apporté une caution scientifique à la politique raciste du nazisme.

A lire cet article, on pourrait ainsi penser que seul les systèmes totalitaires ont instrumentalisé la génétique à des fins idéologiques. Manifestement, pour lui, l’eugénisme développé dans le « monde libre », aux Etats-Unis par exemple, n’est pas une « affabulation criminelle à propos de l’hérédité » qui mérite que l’on s’y attarde.

Peut-être Heams ignore ce qui s’est passé en occident, ou bien est-ce du révisionnisme rampant ? Dans les deux cas, c’est inquiétant.

Heams semble en tous cas plus préoccupé et indigné par la mort des généticiens russes que par la stérilisation forcée et l’extermination de centaines de milliers de simples mortels. Lyssenko et les généticiens allemands semblent être pour lui le type même des scientifiques qui ont succombé aux « forces extérieures à la science », en l’occurrence des pressions politiques. La réalité est un peu plus complexe et moins flatteuse pour nos darwiniens, car le darwinisme social était alors une « forces interne à la science » qui a fait beaucoup pour l’élaboration de l’eugénisme scientifique.

Il est donc plus difficile de trouver un ou plusieurs boucs émissaires pour l’eugénisme occidental qui permettraient de dédouaner « la science » de toute responsabilité dans cette sinistre histoire, car c’est bien toute la communauté scientifique, l’ensemble des biologistes (a quelques rares exceptions prés), aidés de nombreux médecins, qui ont véhiculé, popularisé et cautionné cette idéologie scientifique (comme dirait Georges Canguilhem)…

On ferait bien de s’en souvenir.

Jacques Hardeau

 

Nota bene: Ces critiques ont été communiquées, sous une autre forme, à Thomas Heams qui n’a pas daigné y répondre…

Les orphelins du progrès

26 mars 2010 Laisser un commentaire

Nous reproduisons ici un article paru dans Le Monde Magazine qui, malgré quelques insuffisances et son parti-pris non critique en faveur du GIEC, a le mérite de montrer que ce qui menace la société actuelle est bien moins un obscurantisme religieux qu’un scientisme aussi borné que fanatique.

Dans sa petite bibliothèque des horreurs, Jean-Paul Krivine a rangé homéopathes, militants anti-OGM, agriculteurs biodynamiques, sourciers et chiropracteurs au même rayon que les anti-évolutionnistes à crucifix et les amateurs d’ovni. A la tête de l’AFIS, l’Association française pour l’information scientifique, cet « ingénieur en intelligence artificielle » est un rationaliste qui bataille contre le plus grand risque qui puisse, selon lui, nous frapper : la remise en question de sa sainte trinité, « progrès, humanisme et universalité ».

L’homme est nerveux. Il se demande ce que je lui veux. J’ai bien précisé au téléphone que la revue dont il est le rédacteur en chef, Science et pseudo-sciences, m’avait il y a deux ans étrillé pour un reportage en Suède à la rencontre de ces « électro-sensibles » qui fuient dans les forêts les ondes des portables et de la WiFi. Crime de lèse-science : la revue expliqua comment je manipulais le lecteur, l’amenant à penser qu’une technologie inoffensive pouvait être un risque pour la santé. Disons-le simplement : je n’ai pas d’avis sur la dangerosité des ondes. Et je n’ai pas pris rendez-vous avec Jean-Paul Krivine pour régler des comptes mais pour tenter de comprendre d’où vient ce sentiment de citadelle assiégée qui l’anime. Lire la suite…