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Posts Tagged ‘2007’

Baudouin Jurdant, La colonisation scientifique de l’ignorance, 2007

30 avril 2018 Laisser un commentaire

Où l’on montre que la vulgarisation scientifique a quelque chose à voir avec la propagation du scientisme et avec sa mise en scène dans la psychanalyse

Dans cette intervention, je défendrai la thèse suivante : la vulgarisation scientifique, entendue comme cette opération qui, dès les débuts de la science moderne en Europe, tente de faire partager par un large public, la vision qu’ont les scientifiques du monde et de ses problèmes, peut sans doute être considérée comme l’outil de propagation privilégié de l’idéologie scientiste. Lire la suite…

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Erich Hörl, The unadaptable fellow, 2007

3 janvier 2018 Laisser un commentaire

Notes sur Günther Anders et la question de la cybernétique

Une critique de l’ « adaptive behaviour »

L’idée selon laquelle le sens de l’être-ensemble a radicalement changé sous l’influence des hautes technologies traverse toute l’œuvre de Günther Anders depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle est le nerf de son opposition virulente à la technique. Si, autrefois, l’être-avec, l’être-les-uns-avec-les-autres ou l’être-à-plusieurs a été la relation ontico-ontologique prédominante – et Anders ne cessera de reprocher à Heidegger de l’avoir oublié ou du moins négligé –, dans l’ère technocratique, c’est l’être-avec-des-machines qui est passé au premier plan. Cette transformation a profondément modifié l’être-avec, la co-existence 1. L’ « agir-avec », le « collaborer-avec », le « faire-avec », le « fonctionner-avec » sont devenus les formes dénaturées de l’être-avec dans lesquelles l’homme vit avec les machines et conformément à leurs exigences.

À l’époque métatechnique, comme on pourrait l’appeler en reprenant ce néologisme à Max Bense 2, les phénomènes techniques semblent avoir tellement pénétré les relations humaines que la question de la co-existence et les problèmes relatifs à la constitution d’une analytique co-existentiale semblent d’abord se poser – et c’est là qu’est le scandale – à propos du mode d’être des machines. Car une machine n’est jamais seule, comme le souligne Anders, elle travaille toujours avec d’autres machines, elle appartient à un « parc de machines » (AM, 119) qui marque de son empreinte – celle du dispositif technocratique – toutes les relations possibles, celles entre les hommes et les machines aussi bien que celles entre les hommes eux-mêmes. L’historicité même de l’ère technocratique, une ère dans laquelle le monde est devenu essentiellement technique, se révèle déterminée par une forme bien particulière de coexistence entre l’homme et la machine. Comme l’explique Anders, « le Sujet de l’Histoire », c’est désormais la technique ; nous, nous ne sommes plus que des êtres « co-historiques » (AM, 9 et 227 sq.). Lire la suite…

Jacques Dewitte, Hans Jonas, 2007

16 février 2017 Laisser un commentaire

philosophe de la nature

Hans Jonas (1903-1993) est principalement connu en France comme le philosophe par excellence de l’écologie critique. Comme celui qui s’oppose à l’artificialisation du vivant et à l’exploitation sans frein de la nature, au nom d’un nouvel impératif catégorique : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » ; ou, pour l’exprimer négativement : « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie » ; « Ne compromets pas les conditions de la survie indéfinie de l’humanité sur terre » ; ou encore, formulé de nouveau positivement : « Inclus dans ton choix actuel l’intégrité future de l’homme comme objet secondaire de ton vouloir. » [Le principe responsabilité, 1990, pp. 30-31.] Qu’on l’accepte ou qu’on le refuse, il ne fait pas de doute que le « principe responsabilité » est au cœur des débats contemporains les plus aigus et les plus lourds de conséquences pour l’avenir. Toutefois, on en saisirait mal la portée si on l’isolait de l’ensemble de la trajectoire philosophique de Hans Jonas, qui est beaucoup plus riche et importante qu’on ne l’imagine le plus souvent dans l’hexagone. Lire la suite…

Recension: S. Pouteau (dir.), Génétiquement indéterminé, 2007

15 novembre 2016 Laisser un commentaire

Sylvie Pouteau (dir.),
Génétiquement indéterminé.
Le vivant auto-organisé,
éd. Quae, 2007, 169 p.

Le vivant obéit à des lois internes, difficiles à appréhender. Faut-il pour autant recourir à des explications de mécanismes et de programmes conçus sur le modèle des machines fabriquées par l’homme ? Plus les hommes de science étudient le vivant comme s’il s’agissait d’une machine encore inconnue, plus le « moteur » leur paraît compliqué et plus il y a de questions. Le vaste domaine que représente la génétique animale et végétale n’a pas échappé aux interrogations de ses chercheurs.

Ce questionnement a atteint un seuil très sensible, au point d’avoir ébranlé le confort intellectuel jusqu’ici offert par le « vivant-machine » et le déterminisme génétique. D’où la dédicace assez émouvante présentée en tête de ce livre par la coordinatrice scientifique, S. Pouteau :

« à tous ceux qui auront l’enthousiasme et le courage de frayer de nouvelles approches pour comprendre l’organisme vivant et le délivrer du statut de machine dans lequel il est resté confiné depuis les Lumières dont il est permis de penser qu’elles n’ont pas suffisamment brillé en la matière. »

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François Jarrige, Le mauvais genre de la machine, 2007

10 mars 2016 Laisser un commentaire

Résumé

Au XIXe siècle, « l’ancien régime typographique » laisse la place à l’ère des productions imprimées industrielles. Si l’impression se transforme rapidement dès la première moitié du XIXe siècle, le travail d’assemblage des caractères en plomb réalisé par le compositeur change peu avant l’introduction des linotypes au tournant du XXe siècle. Cette stabilité du système technique, généralement expliquée par l’imperfection des méthodes de composition mécanique, s’enracine en réalité dans la complexité des rapports sociaux et des enjeux culturels soulevés par les nouveaux procédés. En France en effet, comme en Angleterre, les premières machines à composer mises au point au cours des années 1840 sont précocement associées au travail des femmes. Les fabricants jouent de cette identification pour promouvoir des machines permettant d’utiliser une main-d’œuvre bon marché. De leur côté, les ouvriers du livre instrumentalisent la dimension sexuée des artefacts techniques pour préserver l’espace de travail. Ni transformation inexorable, ni impossibilité technique, le changement des méthodes de composition émerge finalement au terme d’un processus lent d’acclimatation et de négociation entre les différents acteurs du monde de l’imprimerie. Lire la suite…

Roger Alfred Stamm, Une exploration «intégrative» de la vie, 2007

27 septembre 2015 Laisser un commentaire

Le morphologiste Adolf Portmann (27 mai 1897-28 juin 1982) était un chercheur et un enseignant reconnu. Avec sa « biologie de la forme », et sa conception de l’être humain en tant qu’entité libre et culturelle, il œuvra contre la perte de l’intégrité du vivant. Vingt-cinq ans après sa mort, en cette époque de technologie génique, cela vaut la peine de se souvenir de lui. Roger Alfred Stamm – professeur émérite de l’université de Lunebourg et curateur des archives Portmann à l’Université de Bâle – donne ici un bref aperçu sur lui.

 

Adolf Portmann grandit à Bâle et enseigna, de 1926 à 1968, la zoologie à l’Université de cette ville, pendant plus de 35 ans comme professeur titulaire et directeur de l’Institut de Zoologie.

Parmi les zoologistes du XXe siècle, Adolf Portmann était sans conteste quelqu’un dont la recherche méritait tout particulièrement le qualificatif de « gœthéenne ». Portmann était morphologiste, et donc le représentant d’une spécialité aujourd’hui à peine soutenue, cependant fondamentale pour la connaissance des êtres vivants. L’évolution embryonnaire et celle du jeune animal étaient son point fort, et Portmann a découvert des choses essentielles sur les stades évolutifs des crabes, des escargots et des seiches, des oiseaux et des mammifères. Nous lui devons les aperçus décisifs sur la fonction des oiseaux et mammifères nidicoles et nidifuges, mais aussi une connaissance approfondie de l’évolution du cerveau chez ces groupes d’animaux. Lire la suite…

Recension: J. Ardillo, Les illusions renouvelables, 2007

9 juillet 2015 Laisser un commentaire

Ardillo_cvJosé Ardillo,

Les illusions renouvelables.

Énergie et pouvoir: une histoire,

éd. L’Échappée, 2015 (300 p., 16 euros).

 .

 Au début de cette année, les éditions L’Échappée ont traduit et publié Les illusions renouvelables. Énergie et pouvoir : une histoire de José Ardillo, ancien rédacteur du bulletin anti-industriel Los Amigos de Ludd (traduction française aux éditions La Lenteur) et qui participe actuellement à diverses publications libertaires espagnoles.

Même si ce livre date de 2007 – donc avant la crise financière de 2008 – il reste d’actualité en ce qu’il se veut une analyse historique et critique de la production et de l’usage de l’énergie dans la société capitaliste et industrielle. Le sous-titre est à cet égard explicite: énergie et pouvoir. En effet, ceux qui se revendiquent de l’écologie ont tendance à l’oublier, l’énergie n’est pas seulement cette force qui permet de faire tourner les machines qui nous sont utiles dans notre vie quotidienne à notre échelle individuelle. Lire la suite…

Robert Shapiro, Les premiers pas de la vie, 2007

5 février 2015 Laisser un commentaire

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L’apparition soudaine d’une grande molécule telle que l’ADN ou l’ARN est improbable. En revanche, des petites molécules fonctionnant en réseau ont pu constituer l’ébauche de la vie sur Terre.

Les découvertes extraordinaires inspirent souvent de grandes déclarations. Ainsi, James Watson, immédiatement après avoir élucidé la structure de l’ADN avec Francis Crick, courut au Eagle, le pub local, et y annonça qu’ils avaient découvert le secret de la vie. Rien de moins ! La structure en question – la double hélice – méritait-elle un tel enthousiasme ? Presque, car elle stocke les informations nécessaires au fonctionnement cellulaire dans un langage constitué de quatre éléments chimiques, des nucléotides (A, T, C et G), qui jouent le même rôle que les 26 lettres de notre alphabet.

Ces informations sont stockées dans deux longs brins, chacun imposant la nature de son partenaire grâce à la complémentarité des bases (A et T, C et G). On en déduisit un mécanisme de réplication : les deux brins se séparent et de nouveaux nucléotides s’alignent le long de chacun des brins isolés conformément aux règles de complémentarité puis sont associés, de sorte qu’ils constituent deux nouveaux brins. On obtient deux doubles hélices identiques, un préalable à la division cellulaire. Lire la suite…

Robert Shapiro, A Simpler Origin for Life, 2007

5 février 2015 Laisser un commentaire

The sudden appearance of a large self-copying molecule such as RNA was exceedingly improbable. Energy-driven networks of small molecules afford better odds as the initiators of life.

Extraordinary discoveries inspire extraordinary claims. Thus James Watson reported that, immediately after they had uncovered the structure of DNA, Francis Crick “winged into the Eagle (pub) to tell everyone within hearing that we had discovered the secret of life”. Their structure – an elegant double helix – almost merited such enthusiasm. Its proportions permitted information storage in a language in which four chemicals, called bases, played the same role as twenty six letters do in the English language.

Further, the information was stored in two long chains, each of which specified the contents of its partner. This arrangement suggested a mechanism for reproduction, that was subsequently illustrated in many biochemistry texts, as well as on a tie that my wife bought for me at a crafts fair: The two strands of the DNA double helix parted company. As they did so, new DNA building blocks, called nucleotides, lined up along the separated strands and linked up. Two double helices now existed in place of one, each a replica of the original. Lire la suite…

Recension: F. Jarrige, Au temps des « tueuses de bras », 2007

10 novembre 2013 Laisser un commentaire

François Jarrige, Au temps des « tueuses de bras ». Les bris de machines et la genèse de la société industrielle (France, Angleterre, Belgique, 1780-1860), coll. Carnot, éd. Presses Universitaires de Rennes, 2009, 372 p.

S’interroger sur les « bris de machines » durant la première industrialisation c’est d’abord partir en quête d’un phénomène « bizarre » pour reprendre le mot de l’historien Henri Hauser qui notait, dès 1934, qu’ « il y aurait toute une étude à faire sur le détail de cette agitation révolutionnaire d’un genre spécial, bizarre conclusion au siècle du « progrès des lumières » » [1]. Cet objet est en effet propice à de nombreux malentendus et à beaucoup d’ambiguïtés. Depuis deux siècles, la question des bris de machines s’apparente à une énigme qui n’a cessé de susciter l’interrogation et l’étonnement. Récemment, l’intérêt pour ce type d’actions s’est renforcé en dehors du champ académique, une certaine fascination a même pu se développer pour les briseurs de machines peints sous les traits romantiques des premiers résistants à un ordre industriel jugé tyrannique. Parlez des briseurs de machines et on vous parlera immanquablement de José Bové et de la question des OGM. La signification de ce type de violence populaire pourrait sembler a priori évidente : les émeutes contre les machines ne seraient que l’un des avatars de « l’ignorance » des classes populaires, de la routine d’un peuple aveugle face à son propre intérêt, incapable de comprendre les bienfaits que lui apporte le capitalisme industriel, ses nouvelles méthodes productives et ses nouveaux rapports sociaux. Les bris de machines ne seraient alors que l’une des manifestations de cette résistance au changement et au progrès que tous ceux qui revendiquent le titre de « modernisateur », hier comme aujourd’hui, voient dans les actions de la foule. Lire la suite…