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Posts Tagged ‘2004’

Jean-Pierre Berlan, Brevet du vivant et modernité, 2004

6 septembre 2019 Laisser un commentaire

Jean-Pierre Berlan, directeur de recherche à l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA), dénonce le pillage et la marchandisation des ressources génétiques de la planète opérés par les États-Unis et l’Europe.

L’article 4 alinéa 1 de la directive européenne 98/44 sur la « brevetabilité des inventions biotechnologiques » indique que « les variétés végétales et les races animales ne sont pas brevetables ». L’alinéa 2 dit le contraire :

« Les inventions portant sur des végétaux ou des animaux dont l’application n’est pas techniquement limitée à une variété végétale ou à une race animale sont brevetables. »

Tout ce qui est transgénique est brevetable, puisque la transgénèse, par définition, ne connaît pas de barrière. Lire la suite…

Recension: E. F. Keller, Expliquer la vie, 2004

3 avril 2017 Laisser un commentaire

Evelyn Fox Keller, Expliquer la vie : modèles, métaphores et machines en biologie du développement, 2002, trad. fr. Gallimard, 2004.

Evelyn Fox Keller (née en 1936) est sans doute aujourd’hui l’une des figures les plus atypiques de l’histoire des sciences. Formée à la physique théorique, reconvertie à la biologie moléculaire, elle s’engage dès les années 1970 dans le mouvement féministe américain. La publication, en 1974, d’un premier article sur la place des femmes dans la société scientifique 1 l’entraîne sur la voie des Gender Studies qui cerneront dès lors le cadre théorique d’une partie de ses études sur la science.

Toutefois, dans sa quête des dimensions subjectives de l’activité scientifique, E. F. Keller semble privilégier depuis quelques années des pistes parallèles. Il en est ainsi dans son livre Refiguring Life : Metaphors of Twentieth Century Biology (1995) où elle tente d’analyser la portée effective des métaphores scientifiques – avec ce qu’elles recèlent de culturel et de métaphysique – pour illustrer le rôle du langage dans la science. Ironie de la démarche, c’est par l’exposition du concept d’« énoncé performatif » de J. L. Austin 2 que E. F. Keller aborde son ouvrage. Représentant éminent de la philosophie analytique d’Oxford, Austin se situe en effet à l’opposé des positions vaguement qualifiées de postmodernes d’E. F. Keller, dont il aurait sans aucun doute rejeté avec force les principes 3. Pour affirmer son ambition de décloisonner les savoirs, les cultures et de réconcilier la science avec ses détracteurs, E. F. Keller ne pouvait pas mieux s’y prendre. Lire la suite…

Miquel Amorós, La technologie comme domination, 2004

11 novembre 2015 Laisser un commentaire

La constatation que le cycle de luttes ouvrières inauguré par la révolte de Mai 68 s’était achevé dans les années 1980 par la défaite du prolétariat a conduit l’Encyclopédie des Nuisances (EdN), mon groupe de l’époque, à effectuer quelques déductions rapides. La première d’entre elles fut que la production moderne était uniquement production de nuisances, et par conséquent entièrement inutilisable (ou indétournable, comme l’auraient dit les situationnistes). La réappropriation de la société par la classe révolutionnaire ne pouvait se fonder sur l’autogestion du système productif, mais elle devait le démanteler. L’émancipation humaine ne pourrait jamais se réduire à une simple question de technique.

L’idée de trouver la liberté et le bonheur dans le développement des forces productives, à la façon du modèle progressiste bourgeois, était simplement une absurdité. Le développement de ces forces avait toujours été une arme contre la classe ouvrière et son projet d’émancipation; les racines de l’exploitation se trouvaient davantage dans ce développement (et les formes du travail et de survie qu’il imposait) que dans sa nature même. Après avoir produit un monde inutilisable, l’exploitation aspirait à devenir irréversible. Le groupe de l’EdN avait dit clairement que le dépassement historique de la société de classes passait par sa destruction complète et entière, et non par une autogestion de ses ruines, ou encore moins par un retour à un passé idyllique à l’abri de l’histoire. Cependant, la voie révolutionnaire pour la reconstruction d’une société libre posait des problèmes nouveaux que l’EdN avait à peine esquissés, comme celui de l’absence de sujet historique réel et celui de son contraire, le triomphe total de l’aliénation capitaliste ou, comme le disait l’Internationale Situationniste (IS), du spectacle. Lire la suite…

Jean-Jacques Salomon, L’impérialisme du progrès, 2004

2 décembre 2013 Laisser un commentaire

Est-ce être irrévérencieux ? Il y a de l’ironie et même de la dérision – et pourquoi pas, autant le dire, de l’hypocrisie – dans la notion de développement durable. C’est bien pourquoi elle semble si allègrement convenir aujourd’hui à tous les esprits, de droite comme de gauche, même à ceux qui s’en réclament comme d’un vœu pieux pour en faire leur commerce et leurs profits. Il suffit, en effet, de voir ce que la formule dénonce – l’idée d’un développement non durable – pour en percevoir toutes les contradictions.

Durable, traduction (ou interprétation) européenne de la notion première, anglo-saxonne, de soutenable, comporte au moins deux sens : qui se maintient (ce qui dure ne change pas) et qui continue ou perdure (pas d’arrêt, c’est voué à se prolonger indéfiniment). Or, qu’est-ce qui n’est pas durable (ou soutenable) ? C’est bien le développement tel que nous l’avons pratiqué jusqu’à maintenant et continuons de le pratiquer en croyant (ou en faisant comme si nous « y » croyions) que les choses peuvent continuer en l’état malgré tous les signaux qui s’accumulent tendant à confirmer que, précisément, cela ne peut pas se maintenir et/ou que le processus peut s’interrompre et même s’achever. Lire la suite…

Klaus-Gerd Giesen, Transhumanisme et génétique humaine, 2004

25 octobre 2013 Laisser un commentaire

Cet article fait partie du dossier Critique du transhumanisme

Les transhumanistes représentent-ils simplement une secte d’illuminés technophiles issus de la classe moyenne, en mal d’ascension sociale et de sensations fortes ? Le rêve d’un être humain programmable à l’image mécaniste d’un logiciel d’ordinateur et produit par des techniques de sélection, d’élimination ou de manipulation biologique, que les éleveurs appliquent aux espèces animales, n’est-il pas fantasmagorique? Raisonner ainsi signifierait sous-estimer un courant de pensée qui prend de l’ampleur et qui a surtout conscience du moment historique que nous vivons sur les plans tant technique qu’idéologique.

Le moins que l’on puisse dire est que l’humanisme se trouve de plus en plus sous le feu croisé, et nourri, de plusieurs idéologies émergentes, et les étonnants progrès de la génétique humaine n’y sont pas pour peu. Moult fois déclaré mort depuis Nietzsche et Heidegger il fait notamment l’objet de critiques acerbes de la part de ceux qui se réclament du transhumanisme. Les premières manifestations de ce courant de pensée remontent au début des années 1980, bien que l’adjectif « transhumaniste » ait déjà été utilisé en 1966 par le futuriste américano-perse F.M. Esfandiary, alors qu’il enseignait à la New School of Social Research de New York, ainsi que dans les ouvrages d’Abraham Maslow, Toward a Psychology of Being (1968), et de Robert Ettinger, Man into Superman (1972). Lire la suite…

CNRS, Totem et tabous, 2004

12 août 2013 Laisser un commentaire

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ou qui veut sauver la recherche ?

Toute action collective a son lot de confusion, de contradictions, de non-dits, qui sont parfois la condition de son émergence. Tout mouvement social a ses failles et ses limites, et il y a tant à redire quant à ceux qui émaillent l’actualité depuis une dizaine d’années. Mais avec Sauvons la Recherche, il faut dire haut et fort que l’opposition au néo-libéralisme a touché le fond. Après les grèves de décembre 1995, le mouvement des chômeurs de 1997, les luttes contre la libéralisation de l’éducation et des autres services publics, et l’agitation du printemps 2003 contre la réforme des retraites, un cap est franchi : la contestation de la logique de privatisation-dérégulation et de la rigueur budgétaire peut devenir franchement nuisible et catastrophique.

Toute l’audace du mouvement citoyen des chercheurs aura été de demander que tout continue, en pire. Manifestations et réunions des Etats Généraux n’ont été qu’une longue cérémonie d’adoration du totem de la Science et du Progrès. Le léger trouble qui était apparu ces dernières années dans les milieux scientifiques, suite aux destructions d’OGM notamment, a été refoulé par la revendication unanime de crédits plus abondants et de statuts plus sécurisants. Même les « jeunes précaires », qui se voient comme l’aile gauche du mouvement, ont soigneusement évité d’étendre les revendications d’ordre matériel à l’ensemble de l’existence et des conditions de vie. Les thésards et autres post-docs prolétarisés ont choisi l’aveuglement collectif, et l’Union Sacrée avec les vedettes médiatiques de la recherche française. Ils n’ont pas voulu admettre que la dénonciation des situations et des traitements dégradants n’a de sens que si l’on s’interroge sur le sens des activités de chacun. Interrogation il est vrai douloureuse, tant les responsabilités de la Technoscience sont écrasantes dans la situation présente de toute-puissance du complexe industrialo-marchand et d’apathie des populations, résignées comme jamais peut-être. Et tant la Recherche, dans son ensemble, a partie liée avec le développement capitaliste. Tout cela est resté tabou.

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Bertrand Louart, Technologie et société industrielle, 2004

7 juillet 2013 Laisser un commentaire

La technique est un élément omniprésent et inséparable de la condition humaine. Par exemple, tenir une fourchette ou des baguettes demande une certaine habileté que l’on peut qualifier de technique : « ensemble de procédés employés pour produire une œuvre ou obtenir un résultat déterminé » (Le Robert). De même un dessinateur ou un peintre utilise certaines techniques afin d’exprimer à sa manière, de faire partager des sentiments, des émotions, un ensemble d’impressions subjectives. La technique n’est donc pas employée qu’à des fins strictement utilitaires et fonctionnelles. Il est ainsi possible de juger, de discuter, de critiquer, de s’opposer et même de refuser certaines techniques, et pas seulement pour des raisons d’efficacité ou de manque d’efficacité ; mais en tout cas, cela n’a aucun sens d’être contre la technique, pas plus que d’être contre la gravitation ou le temps qu’il fait (malgré le changement climatique…). Les techniques ont pris plusieurs formes que l’on peut regrouper selon leur origine historique, des plus simples aux plus élaborées : Lire la suite…

Berlan et Lewontin, OGM ou CCB?, 2004

16 novembre 2012 Laisser un commentaire

Les mots contribuent à définir la réalité. Lorsque des intérêts considérables sont en jeu, ils sont rarement neutres et objectifs. Ils créent plutôt la confusion, égarent la réflexion, empêchent de penser la réalité. Les utiliser sans les passer au feu de la critique, c’est faire preuve du même discernement que les lévriers lancés à la poursuite d’un leurre en peau de lapin.

Les organismes génétiquement modifiés ou OGM illustrent cette corruption du langage : ce sont, en réalité, des clones chimériques brevetés (CCB). Un clone – à distinguer d’un individu ou d’une plante clonés – est une population d’organismes génétiquement identiques. Les « variétés » modernes de blé, d’orge, de colza, de maïs, de tomates, etc., sont constituées de plantes (ou de génotypes) identiques ou presque. Ce sont des clones. Lire la suite…

Nous n’avons pas à nous sentir responsables du monde dans lequel nous vivons

11 novembre 2012 Laisser un commentaire

Il y a des discours, des écrits et des faits qui pris séparément paraissent innocents mais réunis ne trompent pas. Des scientifiques affirment a posteriori, aujourd’hui encore, le bien-fondé qu’il y eut à organiser la recherche et le développement industriel qui ont produit la destruction totale de Hiroshima et de Nagasaki (avec plus de 200 000 victimes dont 100 000 morts), puisqu’on pouvait craindre que les nazis ne produisent la bombe atomique les premiers [1]. Or, non seulement l’Allemagne nazie avait capitulé avant que l’on utilisât l’arme nucléaire, mais encore la reddition du Japon pouvait-elle être obtenue sans bombardement atomique ni invasion (paix négociée). Ces deux essais in situ et en vraie grandeur devaient manifester la suprématie des États-Unis et aussi réaliser cette « révolution scientifique » que célébrait le journal Le Monde dans son édition du 8 août 1945. Lire la suite…

Jacques Roger et l’Évolution, 2004

30 août 2012 Laisser un commentaire

Résumé :

Jacques Roger a entrepris l’étude de la théorie de l’Évolution sous les deux points de vue qui lui étaient familiers, et qui ont fait de lui un des grands maîtres de l’histoire des sciences au XXe siècle. Il a en effet considéré l’Évolution en historien et en épistémologue. En historien rigoureux, qui a le souci de lire attentivement les textes des auteurs qu’il cite pour bien les connaître, et en épistémologue non moins rigoureux et averti, soucieux de bien les situer dans leur temps pour les bien analyser et les bien comprendre, mais aussi éventuellement en exposer les limites.

Absorbé par son étude des grands naturalistes du XVIIIe siècle, Jacques Roger n’est venu qu’assez tardivement dans sa carrière, vers les années 1970, à celle du XIXe, qui vit naître avec Lamarck la théorie de l’Évolution. Il reconnaissait lui-même volontiers que, s’il possédait, comme il me le disait, un « background » dans ce domaine, il lui manquait encore les connaissances précises et documentées qui permettent de posséder une maîtrise personnelle du sujet. En revanche, il connaissait déjà l’état actuel de la pensée évolutionniste, grâce à la lecture vaste et attentive qu’il faisait de la littérature qui lui était consacrée, et aussi grâce au fait qu’il avait établi une correspondance suivie et créé des liens d’amitié avec les chefs de file de la théorie néo-darwinienne que sont Ernst Mayr et Stephen J. Gould. C’est dans cette étude qu’il allait montrer la qualité de son esprit critique d’analyse, ce que nous verrons dans la deuxième partie de notre étude. Lire la suite…