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Posts Tagged ‘1998’

Patrick Petitjean, La critique des sciences en France, 1998

17 décembre 2016 Laisser un commentaire

Au début était une mystification d’Alan Sokal, visant un courant intellectuel qualifié de « postmoderne ». Il s’agit cependant d’un combat politique et c’est sur ce terrain que le débat doit aussi être mené. Rappelons d’abord quelques éléments – notamment historiques – du débat sur la science dans le contexte français.

Dans le contexte américain, la mystification d’Alan Sokal pouvait avoir un sens politique. Dans l’immense domaine des « études culturelles », il y a à boire et à manger, il y a de multiples idéologies implicites, et donc matière à débat politique sur les implications de telles ou telles analyses – encore que le « pour ou contre les études culturelles » ne définit pas un camp politique de gauche et un de droite. Comme en témoigne le contenu de la revue Social Text, on ne peut réduire les « études culturelles » aux vocables « postmodernistes et relativistes ».

Par ailleurs, il existe un véritable adversaire politique : la droite religieuse américaine. Le créationnisme, notamment, n’est pas seulement une idéologie, c’est une véritable force politique qui rejette la science ; la combattre ne peut qu’être sympathique, même si cette droite américaine s’oppose, tout autant que Sokal, aux « études culturelles ». Il y a matière à débats, il y a un adversaire ; mais il ne suffit pas que Sokal mette en avant sa participation à la lutte des sandinistes au Nicaragua pour faire de son combat un combat de gauche, et pour transformer ses adversaires en des stipendiés de la droite. Lire la suite…

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D. Nelkin et S. Lindee, Du gène comme icône culturelle, 1998

4 juillet 2015 Laisser un commentaire

Les gènes ont envahi films, magazines, talk-shows, feuilletons, romans et sites Internet. Du gène du divorce à celui de l’homosexualité, du crime ou de l’échec professionnel, les représentations populaires façonnent en silence notre univers mental. Fini le libre arbitre et la responsabilité morale, plus besoin de programmes d’aide sociale, terminé le débat sur l’éducation puisque nos comportements et nos capacités, disent en filigrane ces messages, seraient guidés par une constitution innée, un caractère inaltérable, une sorte de justice biologique immuable. Pourquoi l’image de l’homme prisonnier de son ADN est-elle aujourd’hui tellement à la mode ? Lire la suite…

Un récit de lutte de Chooz, 1998

21 novembre 2014 Laisser un commentaire

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En 1977, quand arrive à Chooz la rumeur de projet d’une nouvelle centrale nucléaire, c’est dans l’optimisme que s’organisent les opposants. Deux ans plus tard, un référendum local exprime un « non » clair et net à ce projet.

Mais d’impérieuses raisons politiques et économiques exigent qu’un « petit village des Ardennes n’arrête pas la marche de la France ».

Par la persuasion et par la force, EdF et l’État vont donc imposer la construction de Chooz-B. Par delà alternance virtuelle et fausses promesses, le giscardisme et le “socialisme de gouvernement” montreront le vrai visage de la démocratie nucléaire : propagande, matraques, gaz et blindés.

Des affrontements de l’enquête d’utilité publique à la liaison avec les ouvriers de la Chiers, ce récit évoque les péripéties d’une lutte qui marqua la Pointe des Ardennes et de nombreux Ardennais.

 

Le nucléaire créera des emplois
Dans les cimetières, on aura besoin de bras
Le nucléaire créera des emplois
Dans les cimetières et les commissariats !
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Claus Peter Ortlieb, Objectivisme inconscient, 1998

3 octobre 2014 Laisser un commentaire

Nous publions ce texte qui émane d’un des tenants de la critique de la Valeur allemand (Wertkritik) parce qu’il expose bien un certain nombre de présupposés de la méthode scientifique expérimentale. Notamment son lien étroit avec la technique et le caractère inconscient de son emploi, en rapport avec l’abstraction qu’implique l’exigence d’objectivité.

Nous ajoutons à la suite nos commentaires sous forme de quatre remarques.

 

On trouvera difficilement un autre sous-système de la société moderne qui, tant dans l’image qu’il a de lui-même que dans l’opinion publique, se montre aussi résistant à la critique que les sciences dures, la « science authentique » au sens de cette phrase de Kant selon laquelle « en chaque théorie particulière de la nature se trouve autant de science authentique que de mathématiques » [1].

Les sciences de la nature ne manquent pas d’être critiquées, surtout depuis les années 1970, notamment par le féminisme et les mouvements alternatifs. Le fait que l’utilisation sociale des découvertes scientifiques soit un sujet plus que délicat est évident pour beaucoup de scientifiques ; et de leurs rangs proviennent les critiques les plus rigoureuses et les plus compétentes de tels développements.

Mais que peut-il y avoir de critiquable dans la connaissance scientifique en elle-même, dans la découverte de lois naturelles et faits irréfutables ? Ainsi, la critique féministe ne prend pas au sérieux la question d’une autre science ni ne la perçoit comme problème : au contraire, elle la réfute avec la réplique moqueuse de savoir si par hasard, à partir de maintenant, la loi de la chute des corps ne sera plus valable ou si deux et deux cesseront de faire quatre ; réplique qui rend toute discussion ultérieure superflue. Lire la suite…

Notes & Morceaux choisis

22 mars 2014 Laisser un commentaire

Bulletin critique des sciences, des technologies et de la société industrielle

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Numéro 1 en 1998

– Numéro 13 paru en février 2018 –

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Déclaration d’intention

Notes & Morceaux Choisis est né en 1998, au moment où le mouvement des chômeurs de Paris (Assemblée de Jussieu) opérait une éphémère liaison avec le mouvement anti-OGM, qui, sous le « parapluie » de la Confédération paysanne, avait réalisé les premières destructions de maïs génétiquement modifié. Les deux premiers numéros – alors simples « feuilles » de quelques pages photocopiées à une centaine d’exemplaires et distribuées gratuitement de la main à la main –, ne prétendaient pas nécessairement avoir de suite ; ils évoquaient un certain nombre de thèmes (la destruction de l’autonomie du vivant par les OGM et le scientisme ambiant, et l’éthique de la peur qui paralyse l’imagination et la critique) portés par l’actualité et auxquels mon parcours m’avait rendu attentif. Ayant fait quelques années auparavant l’expérience du dogmatisme, du conformisme et, pour tout dire, du néant de sa pensée de l’enseignement des sciences à l’université, je venais d’abandonner mes études officielles en la matière pour les poursuivre officieusement à ma manière, si bien que le moment me semblait opportun pour articuler la critique sociale et la critique scientifique. Lire la suite…

Miquel Amorós, Pour servir à éclaircir quelques aspects de la pratique critique en ces temps malades, 1998

6 avril 2013 Laisser un commentaire

« Malheur ! Au pays de quels mortels suis-je venu ?

Sont-ils violents, sauvages, et sans justice,

ou sont-ils accueillants pour l’étranger

et leur esprit respecte-t-il les dieux ? »

Homère, L’Odyssée, Chant XIII.

 

 

D’après Brecht, sombre est l’époque où les gens demandent à être déchargé du souci de la défense de leurs intérêts réels et de leur liberté. C’est l’époque du cynique, qui maudit la société et méprise ses conventions, c’est aussi l’époque du dissident, qui refuse de se soumettre au fait accompli et, à contre courant prend parti pour la liberté. La dissidence ne signifie pas exil intérieur, car elle agit et prend des risques. Elle est fondamentalement résistance et sécession. Cette position oblige à se libérer d’une grande part du bagage théorique de l’époque antérieure et à pénétrer dans la nouvelle avec ce qui est là, puisqu’il ne s’agit pas de conserver la mémoire d’un passé, ni de la communiquer de manière orthodoxe à de nouveaux individus conscients, mais bien d’inciter à penser et à provoquer un dialogue entre ceux qui se reconnaissent égaux, sans redouter de se contredire. La crise de la pensée révolutionnaire ne pourra commencer à être résolue que dans les conditions de libres discussions ; en période de crise, le vide théorique est la véritable catastrophe. On ne peut permettre que l’ennemi ait le monopole de la parole quand il possède des forces aussi puissantes ; la perte de cette bataille, celle des idées, charrie toutes les autres. Lire la suite…

Miquel Amorós, Contribución al esclarecimiento de algunos aspectos de la acción durante los malos tiempos, 1998

6 avril 2013 Laisser un commentaire

“¡Ay de mí!  ¿Qué gentes habitarán esta

tierra a que he llegado?¿Serán violentos,

salvajes e injustos, u hospitalarios y temerosos

de los dioses?

Homero, La Odisea

Según Brecht, son sombríos los tiempos en que la gente pide que se le descargue de la preocupación de defender sus intereses reales y su libertad. Son los tiempos del cínico, que abomina de la sociedad y desprecia sus convenciones, y son los tiempos también del disidente, que no quiere someterse a los hechos consumados y, a contracorriente, toma partido por la libertad. La disidencia no significa exilio interior porque actúa, y por lo tanto, corre riesgos. Es fundamentalmente resistencia y secesión. Esta posición obliga a liberarse de gran parte del bagaje teórico de la época anterior y a penetrar en la nueva sólo con lo puesto, ya que no se trata de conservar la memoria de un pasado y comunicarla de forma ortodoxa a los nuevos individuos conscientes, sino de incitar a pensar, de provocar un diálogo entre los que se reconocer iguales sin temor a contradecirse. Para encontrar soluciones primero hay que suscitar preguntas. La crisis del pensamiento revolucionario no podrá ser remontada sino en condiciones de libre discusión; en una situación de crisis, el anquilosamiento ideológico y su consecuencia principal, el vacío teórico, son la verdadera catástrofe. No se puede permitir que el enemigo se despache a gusto cuando tiene de su parte fuerzas ingentes: la pérdida de esa batalla, la de las ideas, acarrea la derrota de todas las demás. Lire la suite…

Miquel Amorós, Le parti de l’État, 1998

« Celui qui est cause du pouvoir d’autrui, l’est aussi de sa propre perte. »

Machiavel

 

Un spectre hante le monde à l’affût des vivants ; le spectre de l’État. La question de sa nature a cessé d’être la question centrale de notre époque. Après avoir vaincu le second assaut prolétarien contre la société de classes, les intérêts de l’État se soumettent à ceux du capital et l’initiative passe directement à la puissance financière. En effet, la bourse a dissout les frontières et partout le holding, le trust, la multinationale passent au dessus des instances politiques et administratives. Les députés, les leaders syndicaux, les intellectuels, les ministres, etc. cèdent le pas aux managers, aux experts, au marketing. Le principe de la compétitivité prend le pas sur le principe de l’organisation et l’État se plie à la suprématie du marché. Le pouvoir réel se manifeste peu dans la conduite administrative et la politique quotidienne parce qu’il n’est déjà plus aux mains du fonctionnariat. Le pouvoir, en grandissant, échappe à l’État. Le progrès de la bureaucratisation s’est arrêté et à nouveau, État et capital, bureaucrates et financiers, sont des réalités séparées. A l’opposé de l’évolution des cinquante dernières années, la tendance historique actuelle se dirige dans le sens de la perte progressive d’hégémonie de l’État. Lire la suite…

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Miquel Amorós, El partido del estado, 1998

«Quien es causa del poder de otro, lo es de su propia ruina»

Maquiavelo

 

Un fantasma pena por el mundo al acecho de los vivos; el fantasma del Estado. La pregunta sobre su naturaleza ha dejado de ser la cuestión central de nuestra época. Vencido el segundo asalto proletario contra la sociedad de clases, los intereses estatales se supeditan a los del Capital y la iniciativa pasa definitivamente a las finanzas. En efecto, la Bolsa ha disuelto fronteras, y en todas partes, el holding, el trust, la multinacional, pasan pon encima de las instancias políticas y administrativas. Los diputados, los líderes sindicales, los intelectuales, los ministros, etc., ceden paso a los mánagers, a los expertos, al marketing. El principio de competitividad se impone sobre el principio de organización y el Estado se doblega ante la supremacía del Mercado. El poder real se manifiesta poco en la actuación administrativa y en la política cotidiana, porque ya no está en manos del funcionariado. El poder, en su crecimiento, se escapa del Estado. El progreso de la burocratización se ha detenido y, de nuevo, Estado y Capital, burócratas y financieros, son realidades separadas. En contraste con la evolución de los últimos cincuenta años, la tendencia histórica actual se dirige en el sentido de la pérdida progresiva de hegemonía del Estado. Lire la suite…

Miquel Amorós, Die Partei des Staates, 1998

« Wer Ursache der Macht von anderen ist,
ist es auch zu seinem eigenen Verderben. »

Machiavelli

Ein Gespenst geht um die Welt, auf der Lauer nach Lebenden; das Gespenst des Staates. Seine Beschaffenheit ist nicht mehr die zentrale Frage unserer Epoche. Den zweiten proletarischen Ansturm gegen die Klassengesellschaft einmal überwunden, ordnen sich die Interessen des Staates jenen des Kapitals unter und die Initiative fällt endgültig dem Finanzwesen zu. Die Börse hat tatsächlich Grenzen aufgelöst, und überall setzen sich die Holding, der Trust, das multinationale Unternehmen über die politischen und administrativen Instanzen hinweg. Die Abgeordneten, die Gewerkschaftsführer, die Intellektuellen, die Minister, etc. treten hinter die Manager, die Experten und das Marketing zurück. Das Konkurrenzprinzip setzt sich gegen das Organisationsprinzip durch und der Staat fügt sich der Vormachtstellung des Marktes. Die tatsächliche Macht manifestiert sich wenig in der administrativen Führung und der täglichen Politik, denn sie liegt nicht länger in den Händen des Funktionariats. Während die Macht anwächst, entrinnt sie dem Staat. Das Fortschreiten der Bürokratisierung hielt inne und Staat und Kapital, Bürokraten und Finanzleute sind wieder getrennte Realitäten. Im Gegensatz zur Entwicklung der letzten fünfzig Jahre zeigt die gegenwärtige historische Tendenz in Richtung eines allmählichen Verlustes der Hegemonialmacht des Staates. Lire la suite…