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Posts Tagged ‘1996’

Goulven Laurent, La Biologie de Lamarck, 1996

21 février 2019 Laisser un commentaire

I. Invention du mot Biologie,
une nouvelle science

Il est significatif que ce soit dans les toutes premières années qui ont suivi son invention de la théorie Transformisme (ou de l’Évolution), que Lamarck ait éprouvé le besoin de créer un mot nouveau pour désigner l’étude de la vie. Le rapprochement des dates de ces deux événements dans l’œuvre de Lamarck est en effet assez suggestif : 1800, première proclamation et première formulation de la théorie de la transformation des espèces ; 1801, première proposition du mot Biologie.

Lamarck avait conscience de professer une nouvelle représentation du monde animé quand il défendait sa « conclusion particulière » [1], opposée à la « conclusion admise jusqu’à ce jour », sa vision transformiste opposée à la vision fixiste et créationniste de Cuvier.

Cette vision révolutionnaire de la transformation historique des êtres vivants allait entraîner immédiatement un autre élargissement de la pensée du naturaliste. II étend sa « physique terrestre » à l’origine des êtres vivants, et, par conséquence, à celui de l’apparition de la vie elle-même sur la terre. En raccordant les êtres entre eux dans une vision de passages graduels des uns aux autres, Lamarck entrevoit en effet la possibilité de les relier, à leur base, directement avec la matière elle-même. Lire la suite…

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André Pichot, Hérédité et évolution, 1996

Les polémiques sur l’inné et l’acquis font partie des traditions folkloriques les plus vivaces de la biologie. En général, on oppose les deux termes (l’hérédité des caractères acquis servant de repoussoir), mais c’est pour les réunir aussitôt en insistant sur leur égale nécessité et sur leur interpénétration qui rend impossible de les démêler dans l’être vivant. La récente remise en cause des dogmes de la génétique moléculaire semble avoir aiguisé le débat, et l’avoir déséquilibré en faveur de l’inné. Plus que jamais, l’hérédité est avancée comme explication. En revanche, on ne se donne jamais la peine de rechercher l’origine des notions d’héréditaire et d’acquis, ni de préciser leur rôle dans l’explication biologique. On fait comme s’il s’agissait de données naturelles évidentes, ayant toujours existé en biologie, et d’une utilité allant de soi. En réalité, sous leur apparente simplicité, ce sont des notions très ambiguës et même passablement biaisées. Lire la suite…

Roger Belbéoch, Le Commissariat à l’Énergie Atomique, 1996

2 octobre 2013 Laisser un commentaire

Sa raison d’être, la bombe, son alibi, la recherche

A propos de la reprise des essais nucléaires français, il y a eu dans la presse de nombreuses libertés vis à vis des faits historiques concernant les places respectives de la recherche militaire et civile au Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) : l’erreur la plus commune est d’inverser les rôles respectifs du militaire et du civil dans les motivations du CEA.

Le CEA est généralement présenté comme un organisme ayant été créé en octobre 1945 pour développer tous les aspects pacifiques de l’énergie nucléaire (à l’époque on disait « énergie atomique »). Sa création était en fin de compte l’accomplissement administratif des déclarations enthousiastes des scientifiques français : l’avenir ne pouvait être que radieux avec cette énergie « inépuisable », « quasi-gratuite », sans danger, déclarations qui suivirent la destruction totale d’Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945. L’orientation militaire du CEA ouvertement affirmée dans les années 50 est apparue alors comme une dérive perverse des buts assignés au CEA à sa création. Cela donna lieu à de vives protestations pour exiger le retour vers « l’atome pour la paix ». Lire la suite…

Bertrand Louart, Un ingénieur dans la Cité, 1996

7 juillet 2013 Laisser un commentaire

Ce conte a pour point de départ plusieurs faits réels, à savoir l’exposition “Les ingénieurs de la Renaissance : de Brunelleschi à Léonard de Vinci” qui a eu lieu à la Cité des Sciences et de l’Industrie de novembre 1995 à août 1996 et la réflexion du guide de cette exposition expliquant pourquoi les maquettes exposées ne pouvaient fonctionner.

Imaginons que par quelque tour de magie dû à la science moderne, une machine soit inventée qui permette d’amener à notre époque n’importe quel personnage du passé, de ressusciter pour quelques instants les disparus.

La Cité des Sciences et de l’Industrie, à Paris, soucieuse de promouvoir dans l’esprit du plus large public le respect et l’admiration dues aux réalisations scientifiques et technologiques, s’empresserait alors d’organiser non plus simplement des expositions, mais des démonstrations au cours desquelles elle confronterait les réalisations du passé avec celles du présent en convoquant spécialement un “acteur” de ce passé et en offrant à son inévitable admiration une rétrospective des sciences et techniques de son temps jusqu’à nos jours. Et par exemple, en même temps qu’une exposition sur les ingénieurs de la Renaissance, convoquerait par ce moyen extraordinaire un des ingénieurs de ce temps.

Voici donc ce qu’il advint à cette occasion. Lire la suite…

André Pichot, Racisme et biologie, 1996

10 octobre 2012 Laisser un commentaire

Brochure au format PDF

Après les récentes déclarations de M. Le Pen sur l’inégalité des races, Le Monde a publié un éditorial (le 11 septembre 1996), puis un article (de Nicolas Weill, le 13 septembre 1996) qui font appel à la biologie et à son histoire d’une manière quelque peu incertaine. Signe du biologisme ambiant, plutôt que de s’attaquer à la notion d’inégalité, ces textes semblent s’en prendre à celle de race. Faut-il rappeler que la biologie n’a rien à dire sur l’égalité, et que celle-ci relève de la philosophie du droit, pas de la génétique ? Lire la suite…

Alain Drouard, Un cas d’eugénisme «démocratique», 1996

29 septembre 2012 Laisser un commentaire

Quarante-cinq ans d’«hygiène génétique» au Danemark

Contrôle des mariages, stérilisation, castration, avortement, internement obligatoire… Pendant près d’un demi-siècle le Danemark a expérimenté un arsenal de mesures visant à éviter la perpétuation de tares mentales ou de maladies reconnues héréditaires, voire à endiguer des phénomènes sociaux, tel l’alcoolisme. Même si certaines dispositions sont proches de l’eugénisme nazi, les lois danoises ont été adoptées dans un contexte démocratique loin de toute hystérie idéologique. À l’heure des débats bioéthiques, cet exemple peut se révéler riche d’enseignements.

Dès 1788, le Danemark rendit obligatoires la déclaration et le traitement des maladies vénériennes et contagieuses, d’abord à l’échelle d’une province puis, un an après, pour l’ensemble du pays. Le premier en Europe du Nord, il adopta, en 1929, une loi de stérilisation et pratiqua une politique d’eugénisme « négatif » (c’est-à-dire visant à prévenir la procréation d’individus atteints de tares ou de maladies héréditaires), qui sera également celle de la Suède, de la Finlande et de la Norvège (1). Il se distingue aussi de ces pays parce qu’il n’a connu ni mouvement ni institutions eugénistes. Lire la suite…