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Jacques Roger, Darwin, Haeckel et les Français, 1982

16 février 2016 Laisser un commentaire

On sait que les Français font assez triste figure dans l’histoire du darwinisme. Darwin s’en plaignait déjà à Dareste 1 et Huxley n’hésitait pas à parler d’une « conspiration du silence » 2. Mais surtout, on reproche aux Français de n’avoir pas compris l’originalité de la pensée darwinienne, de n’y avoir vu qu’un avatar du lamarckisme, et d’avoir finalement choisi Lamarck contre Darwin au moment où Weismann rendra le choix nécessaire.

Cette « non-introduction » du darwinisme en France au XIXe siècle a été magistralement étudiée par Yvette Conry 3 et il est inutile d’y revenir ici. Je voudrais seulement m’attarder sur le rôle joué dans cette affaire par le célèbre darwinien allemand Ernst Haeckel, dont l’influence en France a été considérable, et sur un petit livre qui, je crois, a donné aux Français la première occasion de découvrir dans leur langue la pensée de Haeckel, le petit ouvrage de Léon Dumont intitulé : Haeckel et la théorie de l’évolution en Allemagne, publié en 1873 à Paris chez Germer-Baillière. J’examinerai donc ici rapidement le « darwinisme » de Haeckel et la présentation qu’en fait Léon Dumont. Lire la suite…

James R. Moore, Le profil de la carrière de Darwin: son aspect ecclésiastique, 1982

26 mars 2015 Laisser un commentaire

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« Autant par ceux qu’elle diffame,
une époque se juge par ceux qu’elle honore,
et par la manière dont elle les honore. »

Georges Orwell devant ses calomniateurs, éd. Ivréa/EdN, 1997.

 Rarement la vie d’un « grand homme de science » aura été décortiquée avec autant de minutie que celle de Charles Darwin. Les publications, notamment dans le monde anglo-saxon – n’y voyez surtout aucun chauvinisme ! – sur sa vie, sa carrière, ses travaux, ses motivations, ses croyances, etc. sont innombrables.

Pourtant, il est à croire que toute cette production, sinon agiographique, du moins toujours fort respectueuse du « grand homme », loin d’éclaircir les ressorts à l’origine de ses idées, a pour fonction d’entretenir les mythes et légendes qui l’entourent et de dissimuler sous le fatras de l’analyse minutieuse du moindre détail biographique la profonde médiocrité de ce personnage, la très victorienne pauvreté et le très bourgeois conformisme de ses idées.

On a pu lire récemment, dans le dernier ouvrage de vulgarisation sur l’évolution du classificateur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, Guillaume Lecointre – qui réussit l’exploit de ne pas mentionner le nom de Lamarck (n’y voyez surtout aucun anti-chauvinisme !) – l’affirmation suivante dans une section finement intitulée “Darwin n’a-t-il pas mené au nazisme ?” :

« Dans ses livres scientifiques, Charles Darwin élabore un travail théorique dans le champ des sciences naturelles. En cela, il fait preuve à son époque d’une grande indépendance scientifique vis-à-vis du devoir dire social et religieux. »

Guillaume Lecointre, L’évolution, question d’actualité ?, éd. Quae, 2014, p. 103.

Cela est évidement totalement faux. La démarche intellectuelle de Darwin n’est en rien “scientifique”, elle est tout entière imprégnée de la Théologie naturelle de William Paley, qu’il tente de réfuter en puisant des éléments idéologiques dans le contexte politique, économique et social de son temps et en les projetant sur le monde vivant. D’ailleurs, ans son Autobiographie, il ne parle de ses travaux scientifiques que dans cette perspective.

Nombre d’auteurs anglo-saxons le reconnaissent ouvertement et l’article qui suit est une analyse très documentée qui restitue dans le contexte intellectuel et social propre à Darwin un certain nombre d’éléments qui sont à l’origine des mythes et légendes qui l’entourent. Ce faisant, on verra que non seulement « Darwin soutenait l’ordre naturel, existant, de la société », mais surtout contribua à le naturaliser…

Andréas Sniadecki, mars 2015.

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Quel genre de vie Darwin a-t-il mené ? Celle d’un dilettante rural, d’un voyageur au long cours, d’un scientifique professionnel ou d’un intellectuel de paroisse ? Vie de petite noblesse campagnarde ou de bourgeoisie urbaine ? Il est certain que la carrière de Darwin a offert un échantillon de tous ces modes d’existence. Elle n’est pas facilement classable, car dans l’Angleterre victorienne, beaucoup de « niches » sociales s’ouvraient à un homme bien né, pourvu d’une fortune familiale.

Selon les époques et les lieux, Darwin se montra dilettante, voyageur, professionnel et savant isolé. A chaque étape, sa vie a manifesté une combinaison de qualités bourgeoises et aristocratiques, provenant d’Edimbourg, de Cambridge et de son milieu culturel d’origine de l’ouest des Midlands. A aucun moment, il ne paraîtrait juste de généraliser touchant sa carrière, en prétendant : « Voici le genre de vie que Darwin a mené ». Lire la suite…

André Pichot, L’âme et la forme, 1982

10 janvier 2013 Laisser un commentaire

Introduction

Dans La Connaissance de la Vie [5], Georges Canguilhem écrit : « Nous soupçonnons que, pour faire des mathématiques, il nous suffirait d’être anges, mais pour faire de la biologie, même avec l’aide de l’intelligence, nous avons besoin parfois de nous sentir bêtes. » (p. 13) Ce par quoi il me semble faire appel à une notion de vécu dont nous aurions l’intuition immédiate en tant que nous sommes vivant(s) avant d’être pensant(s). Un vécu tel qu’il serait irréductible à la seule logique (et, a fortiori, à la mathématique). D’où un double problème, celui de la nature d’un tel vécu (et de son existence) et, d’autre part, celui de l’intuition que l’on peut en avoir autrement qu’en prêtant à l’être vivant le sentiment que nous avons de notre existence d’êtres pensants (c’est-à-dire autrement que par animisme). Lire la suite…