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Posts Tagged ‘1981’

Recension : M. Sahlins, Critique de la sociobiologie, 1976

7 janvier 2018 Laisser un commentaire

Marshall Sahlins,
Critique de la sociobiologie. Aspects anthropologiques,
éd. Gallimard, coll. Bibliothèque des Sciences humaines, 1980.

(The Use and Abuse of Biology.
An Anthropological Critique of Sociobiology, 1976)

Le caractère le plus remarquable de ce petit ouvrage, paru il y a cinq ans déjà aux États-Unis, est sans doute que Sahlins ait jugé bon de l’écrire, nous révélant par là, et de façon incidente, l’ampleur de la crise que semblent traverser actuellement les sciences humaines outre-Atlantique. Certes, Sahlins a toujours pourfendu avec vigueur le réductionnisme mécaniste – notamment l’écologie culturelle –, mais il paraît néanmoins étonnant qu’il ait cru devoir exposer aussi longuement une réfutation argumentée des prétentions de la sociobiologie à fournir une explication totalisante des phénomènes culturels. L’enjeu n’est bien sûr pas négligeable, puisque tant la sociobiologie que l’écologie culturelle visent à remettre en cause l’autonomie de la culture et du social en décrétant que l’ensemble des interactions humaines sont déterminées en dernière analyse par des dispositions biologiques. Ce qui surprend, c’est qu’un tel projet scientifique soit admis par beaucoup aux États-Unis comme épistémologiquement viable, incitant par là Sahlins à prendre sa plume pour une critique qui n’est pas aussi circonstancielle et polémique qu’il y paraît de prime abord. Lire la suite…

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Erwin Chargaff, Prémices d’une nouvelle barbarie, 1981

13 octobre 2011 Laisser un commentaire

Dans son admirable autobiographie Heraclitean Fire 1, parue en 1978, tout à la fois itinéraire scientifique et philosophique, Chargaff se décrit en quelque sorte lui-même en intitulant un de ses chapitres More foolish and more wise (plus fou et plus sage).

De nombreux épisodes dramatiques et parfois cocasses jalonnent sa vie. A Vienne, sa ville natale, la sauvage répression des milices ouvrières du parti social-démocrate par Schuschnigg, puis l’Anschluss et l’entrée des nazis qui le chassent de son pays le conduisent comme tant d’autres, aux États-Unis où, dès 1934, il recommencera à expérimenter et à enseigner au Mount Sinaï Hospital et à l’Université de Columbia à New York. Dès 1949, Chargaff décrit certaines irrégularités dans la composition de l’ADN et formule le concept de « complémentarité » (la loi de Chargaff), et un peu plus tard, met en évidence l’« appariement des bases » qui est la preuve la plus importante du fait que l’ADN a une structure de double hélice.

Biochimiste, Chargaff ne « situe » cependant pas sa découverte. La description finale de la structure de l’ADN vaudra en 1953 à Watson et Crick le prix Nobel que méritait bien, cependant, le génial et malchanceux biochimiste viennois.

La sombre vision qu’a Chargaff tout à la fois de l’avenir de la science et celle de l’humanité a-t-elle été suscitée par ces avanies ou provient-elle de son tempérament foncièrement pessimiste ? Quoi qu’il en soit, sa voix détonne dans l’univers ouaté, confortable et souvent béat de la communauté scientifique contemporaine, comme celle d’un moderne Isaïe prophétisant la chute du Temple et l’arrivée des quatre cavaliers de l’Apocalypse. Lire la suite…