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Posts Tagged ‘1978’

Chantal de Crisenoy, Lénine face aux Moujiks, 1978

19 octobre 2017 Laisser un commentaire

Présentation de l’éditeur

Lénine n’aime pas le paysan russe, le moujik : dès ses premiers écrits, dans sa polémique avec les populistes russes, il se montre convaincu que la révolution ne pourra venir que des secteurs avancés de la société, de la grande industrie, non pas des campagnes archaïques. Selon lui, le moujik est un « petit-bourgeois », réactionnaire, viscéralement adverse à la classe ouvrière.

Les faits démontrent l’exact inverse : en 1905, la paysannerie réclame comme un seul homme l’abolition du salariat; durant la révolution elle prend les armes par millions, exproprie les grands domaines, revendique l’union avec les ouvriers, qui viennent à peine de quitter la communauté villageoise, et en partagent les souffrances et les espérances. Pourtant, Lénine continue de mépriser cette classe, qui persiste à contredire son marxisme modernisateur. Lire la suite…

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Recension : E. P. Thompson, Misère de la théorie, 1978

18 mars 2017 Laisser un commentaire

Edward P. Thompson, Misère de la théorie. Contre Althusser et le marxisme anti-humaniste, traduit de l’anglais par Alexia Blin, Antony Burlaud, Yohann Douet et Alexandre Féron, Montreuil, L’Échappée, 2015.

L’œuvre historique d’Edward Palmer Thompson (1924-1993), le grand historien marxiste britannique, est désormais bien connue en France, ses principaux travaux sont disponibles et considérés comme des classiques de l’historiographie des XVIIIe et XIXe siècles 1. Quoique traduits tardivement, ses écrits – qu’il s’agisse de sa réflexion sur les classes, sur l’expérience des acteurs, sur le rôle du droit dans les cultures populaires – sont aujourd’hui l’objet de nombreuses discussions et appropriations, notamment dans l’historiographie du XIXe siècle.

Mais cette œuvre brillante reste souvent pensée à l’écart des engagements et prises de positions politiques de son auteur, et une sorte de voile pudique continue de planer sur ses nombreux écrits non historiques, qu’il s’agisse des poèmes, de la science-fiction ou, surtout, des très nombreux textes d’interventions politiques qui ont émaillé son parcours. Car Thompson ne fut jamais un historien comme les autres, un érudit prudent sagement cantonné dans son champ de spécialité. Son travail fut nourrit par ses combats radicaux. De son entrée au parti communiste en 1942 à ses engagements anti-nucléaires des années 1980, il chercha en permanence à comprendre le monde dans lequel il vivait, mais aussi à le transformer en s’appuyant sur l’histoire des luttes passées pour mieux résister aux illusions du présent. Lire la suite…

Erwin Chargaff, La goutte d’eau continuelle, 1978

Quand j’ai rencontré F. H. C. Crick et J. D. Watson à Cambridge dans les derniers jours de mai 1952, ils m’ont fait l’effet d’un couple mal assorti. Cet événement nullement mémorable – « César tombant dans le Rubicon » – a été bien souvent peint et repeint, retouché et reverni. Les diverses hagiographies [1]dues à leur plume ou à d’autres ont si généreusement accumulé les auréoles jetables que j’ai du mal, malgré ma bonne mémoire des circonstances comiques et ma profonde admiration pour les Marx Brothers, à gratter ces incrustations de légende. Je vais néanmoins essayer de dégager les faits en espérant que les portraits brossés seront moins déformés que le fameux autoportrait du Parmesan visible au musée de Vienne. Lire la suite…

Erwin Chargaff, Gullible’s Troubles, 1978

When I first met F. H. C. Crick and J. D. Watson in Cambridge, in the last days of May, 1952, they seemed to me an ill-matched pair. This intrinsically unmemorable event has so often been painted — « Caesar Falling into the Rubicon » — repainted, touched up, or varnished in the several auto- and allo-hagiographies that even I, with my good memory for comic incidents and great admiration for the Marx Brothers films, find it difficult to scrape off the entire legendary overlay. I hope that the resulting portraits will be in sharper focus than the famous picture of Parmigianino in the Vienna museum. Lire la suite…