Archive

Posts Tagged ‘1973’

André Gorz, L’idéologie sociale de la bagnole, 1973

27 avril 2015 Laisser un commentaire

Le vice profond des bagnoles, c’est qu’elles sont comme les châteaux ou les villa sur la Côte : des biens de luxe inventés pour le plaisir exclusif d’une minorité de très riches et que rien, dans leur conception et leur nature, ne destinait au peuple. A la différence de l’aspirateur, de l’appareil de T.S.F. ou de la bicyclette, qui gardent toute leur valeur d’usage quand tout le monde en dispose, la bagnole, comme la villa sur la côte, n’a d’intérêt et d’avantages que dans la mesure où la masse n’en dispose pas. C’est que, par sa conception comme par sa destination originelle, la bagnole est un bien de luxe. Et le luxe, par essence, cela ne se démocratise pas : si tout le monde accède au luxe, plus personne n’en tire d’avantages ; au contraire : tout le monde roule, frustre et dépossède les autres et est roulé, frustré et dépossédé par eux. Lire la suite…

Publicités

André Gorz, The Social Ideology of the Motorcar, 1973

27 avril 2015 Laisser un commentaire

The worst thing about cars is that they are like castles or villas by the sea: luxury goods invented for the exclusive pleasure of a very rich minority, and which in conception and nature were never intended for the people. Unlike the vacuum cleaner, the radio, or the bicycle, which retain their use value when everyone has one, the car, like a villa by the sea, is only desirable and useful insofar as the masses don’t have one. That is how in both conception and original purpose the car is a luxury good. And the essence of luxury is that it cannot be democratised. If everyone can have luxury, no one gets any advantages from it. On the contrary, everyone diddles, cheats, and frustrates everyone else, and is diddled, cheated, and frustrated in return. Lire la suite…

Jacques Roger, Transformisme, 1973

8 août 2014 Laisser un commentaire

Le transformisme est une théorie selon laquelle les espèces végétales et animales, loin d’être fixes, se sont transformées graduellement au cours du temps et de leur dissémination à la surface du globe, et se sont engendrées les unes les autres. Le fait même de la transformation et de la filiation des espèces n’est plus discuté par personne : il n’y a plus de biologiste fixiste. En revanche, l’ampleur, les causes et les modalités des transformations font encore l’objet de discussions, malgré l’existence d’une théorie dominante, largement admise, surtout par les biologistes. Lire la suite…

Georges Canguilhem, La question de l’écologie, 1973

11 novembre 2012 Laisser un commentaire

la technique ou la vie

Il ne sera pas directement question de pollution, de déchets, de pesticides devenus pestifères et de tout l’arsenal de termes dont le journalisme s’est emparé pour répondre à l’intérêt d’un public, orienté précisément par le journalisme lui-même.

Remarquons tout de suite que pollution, déchets et le reste désignent des phénomènes de dégradation qualitative, effets d’opérations et de processus techniques sur lesquels reposent la prospérité des sociétés industrielles contemporaines, quel qu’en soit le régime politique. L’aboutissement de la dégradation qualitative généralisée c’est, bien sûr, l’état d’inertie, d’indifférence irréversible qu’évoque, immédiatement et décisivement, le mot même de Mort.

C’est, en somme, de la Mort et donc de la Vie qu’il doit être question sous le nom d’écologie, une fois enlevés les vêtements – trop souvent oripeaux – idéologiques dont on recouvre un ensemble de faits, d’hypothèses, de conclusions et de prévisions réunis avec plus ou moins de cohérence et de rigueur. Lire la suite…

Bernard Charbonneau, La gueule bourée, 1973

16 mars 2012 Laisser un commentaire

Dans le terrain vague tout est vague, les mots n’ont plus de sens précis. Et pas seulement les grandes entités : la Liberté, la Paix, la Justice, mais ceux qui désignaient les objets les plus concrets : le poulet, la pêche, le pain. On est en train de nous l’ôter de la bouche pour la bourrer de plastique ; il faut le crier sur les toits.

Au rayon des fruits et légumes

La production – de bagnoles, d’acier et de plastique – augmente. En vertu de quoi celles d’arbres, de maisons et de nourriture dignes de ce nom, diminue. La quantité progresse, donc (qu’on excuse ce donc, mais dans notre système il en est ainsi) la qualité régresse. On le sait et on le dit maintenant de “l’environnement”, mais guère encore des aliments. Et pourtant la mainmise de l’industrie sur l’agriculture, autant que par le ravage des paysages, se traduit par la disparition des nourritures qui, tout en nourrissant le corps sont une délectation pour les sens et une joie pour l’esprit. Ah ! Tous les jours casser la croûte ! Essayez donc avec l’étron blanchâtre qui sort de “l’usine à pain” ! Certes, si l’on s’en tient à la taille, à la forme et à la couleur, nos fruits sont beaux, mais si l’on s’en réfère au goût, il détecte vite que le spectacle de la pêche est gonflé d’eau et de chimie. On produit, paraît-il, du poulet en un mois, mais ce n’est plus du poulet, c’est son cadavre, son fantôme. Les mots trompent : la miche, la fraise… Tentés par la couleur, nous y mordons à pleines dents, mais pouah ! ce n’est plus de la fraise, c’est du vermillon de la Badische Anilin. Ces fruits de cire ne sont pas faits pour les dents, mais pour les yeux. Sous prétexte de nourrir le peuple, on le soumet au supplice de Tantale : ces raisins d’Espagne sont trop beaux, ce n’est plus du Malaga mais du Dattier. Et pour l’eau, c’est pareil : crevant de soif, vous vous précipitez vers le robinet : ce n’est plus de l’eau, mais de l’eau lourde, du protoxyde d’azote qui gonfle votre estomac. Au lieu d’étancher, on étouffe notre soif.

Et ne l’oublions jamais, cette société se développe. Sans cesse, il lui faut plus de fric, sans cesse l’impérialisme industriel cherche de nouveaux domaines à conquérir. Hier c’était la pomme, demain, ce sera la patate, et après le poulet, le bœuf sera mis en batterie ; restent le mouton et la crevette qui se baladent encore dans la nature et prétendent y trouver leur provende. Mais bientôt ce sera leur tour, et nous n’aurons plus qu’un plat au menu quotidien : du plastique, de toutes sortes de formes et de couleurs. Et un beau jour, quand le dernier mitron aura disparu, les Français ayant perdu le goût du pain, il n’y aura plus de problème.

En attendant, il faut réagir, et d’abord s’informer. Lire la suite…