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Posts Tagged ‘1971’

François Bott, Les situationnistes et l’économie cannibale, 1971

22 décembre 2018 Laisser un commentaire

Au début de l’année 1968, un critique, traitant de la théorie situationniste, évoquait, en se moquant, une « petite lueur qui se promène vaguement de Copenhague à New York ». Hélas, la petite lueur est devenue, la même année, un incendie, qui a surgi dans toutes les citadelles du vieux monde. A Paris, à Prague, à Rome, à Mexico et ailleurs, la flambée a ressuscité la poésie, la passion de la vie dans un monde de fantômes. Et beaucoup de ceux qui, alors, ont refusé le sort qui leur était fait, la mort sournoise qui leur était infligée tous les matins de la vie, beaucoup de ceux-là – jeunes ouvriers, jeunes délinquants, étudiants, intellectuels – étaient situationnistes sans le savoir ou le sachant à peine.

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Roger Godement, Mathématiciens (purs) ou putains (respectueuses) ?, 1971

25 septembre 2012 Laisser un commentaire

Chers Collègues,

Vous m’invitez à participer à une 1972 Summer School on Modular Functions qui sera financée par l’OTAN. Je n’y participerai pas dans de telles conditions, et vous le savez parfaitement bien puisque je vous l’ai dit il y a déjà quelques mois.

Je ne suis à vendre à aucune espèce de militaire ; j’ai commis une fois dans ma vie (en 1965, à la Boulder Conference on Algebraic Groups) l’erreur de participer à une réunion financée, totalement ou en partie, par une organisation militaire, et je pense que c’est déjà beaucoup trop pour mon goût. Je ne vois aucune relation entre les fonctions modulaires et une institution telle que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Si vous en voyez une, cela montre que les vertus éducatives des mathématiques sont vraiment très réduites, puisqu’on trouve partout dans le monde des dizaines de milliers d’étudiants de première année qui seraient en mesure de vous expliquer qu’un scientifique ne peut pas coopérer décemment, même et surtout pour la cause de la science, avec des gens dont la seule vocation scientifique est de transformer le progrès scientifique en armements. Je préférerais accepter de l’argent de nos maquereaux parisiens – ils ne tuent presque jamais personne -, ou de la branche américaine de la Maffia (puisqu’elle désire entrer dans les affaires régulières, elle pourrait s’intéresser au financement de la théorie des fonctions modulaires, ne serait-ce que pour le prestige…). Lire la suite…

Roger Godement, Pourquoi faites-vous des sciences ?, 1971

25 septembre 2012 Laisser un commentaire

Comment passe-t-on de la science pure à la science appliquée, à la technologie, à la quincaillerie ? Existe-t-il une idéologie de la science ? Les mathématiques sont-elles un instrument de répression des fils de prolos en France, et peuvent-elles servir à les libérer en Chine ? Avez-vous réfléchi aux obstacles psychologiques que doit surmonter le chercheur débutant ? Existe-t-il des hiérarchies sociales à l’intérieur du milieu scientifique ? Le problème est-il de faire calculer les réacteurs des Mirages par des fils de prolos plutôt que par des fils de bourgeois ? Possède-t-on des informations statistiques sur l’origine sociale des scientifiques ? Lire la suite…

Alexandre Grothendieck, Comment je suis devenu militant, 1971

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Ce qui suit reproduit approximativement la présentation d’Alexandre Grothendieck par lui-même au cours de la discussion publique Le Travailleur Scientifique et la Machine Sociale qui a eu lieu à la Faculté des Sciences de Paris (Paris VI), le mardi 15 décembre 1970, avec la participation du comité Survivre. Un compte-rendu de cette discussion par Denis Guedj suit le présent exposé. Le cas de A. Grothendieck, décrit par lui-même dans les lignes qui suivent, nous paraît d’autant plus symptomatique d’un certain mouvement nécessaire qui s’amorce depuis quelques temps, “pour elle-même”. L’espoir de la survie nous semble en premier lieu lié à celui que de tels “réveils” ne restent pas des cas isolés, mais finissent par former un courant d’une puissance toujours croissante. Notre but ‑ celui de Survivre ‑ est d’y contribuer dans la mesure de nos forces.

Il est assez peu courant que des scientifiques se posent la question du rôle de leur science dans la société. J’ai même l’impression très nette que plus ils sont haut situés dans la hiérarchie sociale, et plus par conséquent ils se sont identifiés à l’establishment, ou du moins contents de leur sort, moins ils ont tendance à remettre en question cette religion qui nous a été inculquée dès les bancs de l’école primaire : toute connaissance scientifique est bonne, quelque soit son contexte ; tout progrès technique est bon. Et comme corollaire : la recherche scientifique est toujours bonne. Aussi les scientifiques, y compris les plus prestigieux, ont-ils généralement une connaissance de leur science exclusivement “de l’intérieur”, plus éventuellement une connaissance de certains rapports administratifs de leur science avec le reste du monde. Se poser une question comme : « La science actuelle en général, ou mes recherches en particulier, sont-elles utiles, neutres ou nuisibles à l’ensemble des hommes ? » ‑ cela n’arrive pratiquement jamais, la réponse étant considérée comme évidente, par les habitudes de pensée enracinées depuis l’enfance et léguées depuis des siècles. Pour ceux d’entre-nous qui sommes des enseignants, la question de la finalité de l’enseignement, ou même simplement celle de son adaptation aux débouchés, est tout aussi rarement posée. Lire la suite…

Alexandre Grothendieck, La nouvelle église universelle, 1971

Le numéro 9 de Survivre, et une partie au moins du suivant, est centré sur le scientisme, ou l’idéologie scientiste, qui nous paraît revêtir une importance de premier plan dans l’analyse et l’explication du rôle de la science et des scientifiques dans l’évolution de la société moderne. Le présent article est un premier essai d’une description systématique de cette nouvelle idéologie et de ses dogmes principaux. La plupart des autres articles pourront être interprétés comme autant d’illustrations de l’influence de cette idéologie dans la pratique quotidienne du scientifique. Cette influence sera analysée plus systématiquement dans un autre article, en préparation pour le prochain numéro, qui pourra être considéré comme une continuation naturelle du présent article.

Dans le présent numéro, nous avons délibérément laissé de côté l’examen critique de la méthode scientifique elle-même, et l’étude des mécanismes par lesquels celle-ci a engendré l’idéologie scientiste, avec le cortège de ses sous-produits. Nous y reviendrons par la suite ainsi que sur des façons dont les scientifiques et techniciens peuvent dès à présent dépasser constructivement dans leur pratique quotidienne les contradictions particulières à leur état. Lire la suite…