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Posts Tagged ‘1961’

Paul Goodman, Le réalisme utopique, 1961

10 juillet 2019 Laisser un commentaire

Le radicalisme de Paul Goodman repose sur un double utopisme :

— Un utopisme social de caractère réformiste (infléchir la société, à ses différents niveaux, vers plus de communauté et de convivialité) ;

— Un utopisme individuel de caractère révolutionnaire (affirmer dans les actes le primat, l’autonomie et la puissance de la personne, opposer souverainement le contre-pouvoir de la personne à la toute-puissance de la société technobureaucratique).

Dans le texte qui suit, Goodman se borne à exposer certains aspects de son utopisme social, l’autre versant de sa pensée se trouvant éclairé par l’œuvre romanesque (notamment The Empire City) et la vie même de l’auteur.

B. V.

Ambiguïtés

Après une longue période de réalisme « scientifique » marxiste et de réalisme « positif » capitaliste, nos experts en sciences sociales se sont mis à louer la « pensée utopiste ». Depuis la guerre, l’anthropologie culturelle des Américains a ainsi connu deux phases de développement : d’abord un torrent de critique sociale populaire et aujourd’hui un intérêt marqué pour les finalités et l’utopie. Que signifie ce nouveau langage ? Quand est-il utilisé ? Que cache-t-il ? Lire la suite…

Recension : A. Portmann, La forme animale, 1961

7 juillet 2014 Laisser un commentaire

Adolf Portmann, La forme animale, Paris, Éditions La Bibliothèque, coll. « L’ombre animale », 2013, 294 p., Préface et nouvelle traduction de Jacques Dewitte, ISBN : 978-2-909688-64-0.

 

On ne peut que saluer la récente réédition de cet ouvrage essentiel du biologiste suisse Adolf Portmann. Initialement paru en 1948, puis réédité en 1961 sous une forme augmentée, La forme animale était devenu quasiment inaccessible depuis de nombreuses années. En en proposant une traduction rénovée, les éditions La bibliothèque offrent l’opportunité de (re)découvrir la pensée largement ignorée d’une figure atypique du monde scientifique du XXe siècle. La forme animale fait partie de ces ouvrages relativement peu connus, mais dont l’influence sur plusieurs penseurs en sciences humaines, et parmi les plus importants, est pourtant manifeste. Spécialiste de l’œuvre de Portmann auquel il a consacré de nombreux écrits [1], le philosophe et traducteur de l’ouvrage Jacques Dewitte rappelle dans la préface qu’aussi bien Maurice Merleau-Ponty, Hannah Arendt, Karl Jaspers que Hans Jonas ont ainsi été marqués par la pensée de Portmann. On ajoutera à cette liste le philosophe et sociologue québécois Michel Freitag, qui s’est lui aussi appuyé sur les écrits du biologiste suisse pour réviser notre conception moderne de la vie animale et, plus fondamentalement, de l’existence humaine [2]. Lire la suite…

Jean Giono, Protestation contre l’installation d’un centre nucléaire à Cadarache, 1961

La municipalité de Manosque (Je cite cette ville parce que c’est la plus importante de la région), le Conseil général des Basses Alpes et les élus du département ont accepté bêtement (je tiens au mot), et même avec un enthousiasme de naïveté primaire et de politique de comice agricole, la création du Centre nucléaire de Cadarache.

Je voudrais poser trois questions :

1. Le centre, qui a été présenté aux populations comme un centre d’étude, ne serait il pas en fin de compte un centre de production ?

2. Est-il exact que le recrutement des spécialistes destinés à ce centre, qui devait être assuré par volontariat, a les pires difficultés pour trouver des volontaires et qu’on est obligé de désigner le personnel d’office ?

3. Étant donné qu’on va me répondre sûrement que même la production à Cadarache ne présentera aucun danger, pourquoi ce centre inoffensif n’a t il pas été installé tout simplement à Paris et plus spécialement dans les jardins inutiles de l’Élysée ? La proximité de la Seine lui assurerait plus certainement que la Durance le débit d’eau nécessaire à son fonctionnement.

Cadarache est à 8 kilomètres à vol d’oiseau de Manosque : 10 000 habitants ; à 4 kilomètres de Corbières, Sainte-Tulle, Vinon : ensemble d’environ 4 000 habitants ; à 9 kilomètres de Gréoux-les-Bains : station thermale ; à 600 mètres de la route nationale Marseille-Briançon, à trafic intense.

Si on me répond que le site de l’Élysée est magnifique, sans en disconvenir, je répondrai que celui de Cadarache ne l’est pas moins. Si on me dit que, malgré son innocuité certifiée, ce centre nucléaire ferait courir quelque danger à Paris et aux hôtes de l’Élysée, je répondrai que notre sort et celui de nos enfants présents et futurs nous sont également très chers.

Bref, il s’agirait de savoir quel est le prétexte qu’on peut faire valoir pour justifier physiquement et métaphysiquement l’implantation de ce centre nucléaire (assuré inoffensif comme tous les centres nucléaires) dans le site de Cadarache.

Jean Giono (1895-1970)