Archive

Posts Tagged ‘1955’

John von Neumann, Pourrons-nous survivre à la technologie ?, 1955

23 octobre 2019 Laisser un commentaire

En 1955, deux ans avant de crever d’un cancer des os, l’abominable scientifique John von Neumann (1903-1957), écrivit un article pour la revue Fortune, intitulé “Pourrons-nous survivre à la technologie ?”. C’était poser la question à l’un des pires ennemis de l’humanité que le Livre Noir de la Science ait connu, et l’un des mieux à même d’y répondre.

Son collègue Richard Feynman, précurseur des nanotechnologies, l’évoquait ainsi, à propos des beaux jours passés ensemble à Los Alamos alors qu’ils participaient au projet Manhattan, à la réalisation de la bombe atomique :

« Et puis, j’ai connu von Neumann, le célèbre mathématicien. […] Je dois à von Neumann d’avoir compris que nous n’avons pas à nous sentir responsables du monde dans lequel nous vivons. Depuis lors, je n’ai cessé de me sentir “socialement irresponsable”, et je me suis toujours bien porté. Cette irresponsabilité active qui est la mienne est née de ces conseils que von Neumann me donnait lors de nos promenades. »

Que John von Neumann, juif hongrois né Janos Lajos Neumann en 1903, naturalisé américain en 1937, ait combattu l’Allemagne nazie et l’Union soviétique sur le front militaro-scientifique, cela va de soi. Il fit ce que faisaient ses collègues, dans tous les camps ; quitte à en changer quand on ne leur donnait plus les moyens de leurs passionnantes recherches. Von Neumann y apporta cependant un génie démoniaque et une insouciance allègre, de l’ordre de l’instinct de mort tel que décrit par Freud dans Malaise dans la civilisation. Ce n’est pas rien que d’être considéré à la fois comme « le père » de la bombe H, de la « théorie des jeux », de l’architecture des ordinateurs et même, de la « singularité technologique ». C’est-à-dire de cette théorie du développement exponentiel des technologies et du dépassement de l’homme par les « machines intelligentes ». Lire la suite…

John von Neumann, Can We Survive Technology?, 1955

23 octobre 2019 Laisser un commentaire

For the kind of explosiveness that man will be able to contrive by 1980, the globe is dangerously small, its political units dangerously unstable.

 

« The great globe itself » is in a rapidly maturing crisis — a crisis attributable to the fact that the environment in which technological progress must occur has become both undersized and underorganized. To define the crisis with any accuracy, and to explore possibilities of dealing with it, we must not only look at relevant facts, but also engage in some speculation. The process will illuminate some potential technological developments of the next quarter-century.

In the first half of this century the accelerating industrial revolution encountered an absolute limitation — not on technological progress as such but on an essential safety factor. This safety factor, which had permitted the industrial revolution to roll on from the mid-eighteenth to the early twentieth century, was essentially a matter of geographical and political Lebensraum: an ever broader geographical scope for technological activities, combined with an ever broader political integration of the world. Within this expanding framework it was possible to accommodate the major tensions created by technological progress. Lire la suite…

Karl Polanyi, La liberté et la technique, 1955

Lors de cette série de conférences auxquelles j’ai l’honneur d’apporter ma contribution, la question du prix à payer pour le progrès technique a été soulevée. En effet, notre foi inébranlable dans le caractère globalement positif des changements provoqués par le progrès scientifique ne devrait pas nous faire oublier ses aspects négatifs. Nous devrions toujours garder en mémoire que le progrès de la civilisation a été acquis au prix fort en termes de valeurs humaines et que, si l’on veut bien comprendre ce qu’est notre propre civilisation, ces sacrifices ne doivent pas être négligés. Voir dans ceux-ci, comme nous tentons de le faire dans ces allocutions, une aliénation partielle de l’homme par rapport à lui-même se révèle d’autant plus fructueux pour envisager la question que cela implique la nécessité de dépasser cette aliénation par une attitude constructive.

Le débat porte sur le fait de savoir si les symptômes inquiétants de ce conformisme paralysant qui nous menace doivent être imputés aux conséquences d’une civilisation technique en développement trop rapide. Si c’est le cas, quelle approche positive peut être proposée pour parer au danger menaçant la liberté ? Lire la suite…