Archive

Posts Tagged ‘1945’

Radio: Martin Buber, Utopie et Socialisme, 1945

4 janvier 2017 Laisser un commentaire

En cette année d’érection pestidentielle, il est bon de ne pas se laisser confisquer les mots par les vendeurs de boniments et la faconde des endormeurs, aussi «socialistes» et «insoumis» qu’ils puissent mensongèrement se prétendre.

C’est pourquoi, dans la série Racine de Moins Un, je vous propose d’écouter Patrick Marcolini, qui dirige la collection Versus aux éditions L’Échappée où il publie des ouvrages de philosophie politique, et qui nous présente cette fois la nouvelle édition du livre Utopie et Socialisme (1945) d’une des grandes figures du judaïsme libertaire Martin Buber (1878-1965). Contre le socialisme scientifique de Marx et Engels et à l’opposé du socialisme d’État d’hier ou du socialisme prétendument «réaliste» d’aujourd’hui, Buber réhabilite un «socialisme utopique» qui n’a rien de chimérique:

«Ce n’est pas l’État, le marché ou la technologie qui font société, mais bien les relations communautaires de voisinage, de travail et d’entraide, ainsi que la capacité des personnes à s’associer librement. Or, une révolution est condamnée à l’échec si elle n’a pas posé au préalable les fondations du monde auquel elle aspire. C’est donc ici et maintenant qu’il faut reconstruire des structures de vie collective où chacun considère autrui comme son égal. Elles seront autant d’îlots de socialisme voués à s’agrandir et se fédérer, pour aboutir enfin à la communauté des communautés.» (extrait de la 4e de couv.) Lire la suite…

Publicités

Tracts largués sur le Japon suite à Hiroshima, 1945

29 mars 2014 Laisser un commentaire

Le 8 août 1945, des tracts imprimés sur de petites feuilles de papier sont largués sur le Japon. Ils demandent à la population japonaise de faire pression sur le gouvernement japonais pour arrêter la guerre, sinon d’autres bombes atomiques seront employées.
On peut légitimement se poser la question de savoir quels sont les imbéciles ou les cyniques à l’origine de cette initiative. Quoi qu’il en soit, ces tracts son une sorte d’aboutissement de la doctrine du « bombardement stratégique », élaboré durant les années 1920 et particulièrement mis en œuvre durant la Seconde guerre mondiale :

« les idées essentielles : disloquer les industries clés de l’ennemi et en particulier l’armement, les transports et les centres de communications, et provoquer dans la population ennemie des réactions suffisamment fortes pour qu’elle impose la paix à son gouvernement ; les crétins qui les élaborent ont pourtant vu l’inverse se produire à Londres [durant la Première guerre mondiale] »

Roger Godement, Science, technologie, armement, 1997.

. Lire la suite…

Une du journal Le Monde du 8 août 1945

9 septembre 2013 Laisser un commentaire

Les américains lancent leur première bombe atomique sur le japon

Science Bombe AtomiqueUne révolution scientifique

Washington, 6 août 1945 — la première bombe atomique de cette guerre a été lancée aujourd’hui par un avion américain sur l’importante base navale d’Hiroshima, dans l’île de Hondo.

C’est le président Truman lui-même qui, par un communiqué, a annoncé à la Maison Blanche la mise en action de cette nouvelle bombe, dont la force d’explosion est 2 000 fois celle de la plus grande bombe connue jusqu’à présent dans l’armée américaine. Lire la suite…

Albert Camus, Entre l’enfer et la raison, 1945

7 septembre 2013 Laisser un commentaire

Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. Lire la suite…

Albert Camus, Between Hell and Reason, 1945

7 septembre 2013 Laisser un commentaire

The world is what it is, which is to say, nothing much. This is what everyone learned yesterday, thanks to the formidable concert of opinion coming from radios, newspapers, and information agencies. Indeed we are told, in the midst of hundreds of enthusiastic commentaries, that any average city can be wiped out by a bomb the size of a football. American, English, and French newspapers are filled with eloquent essays on the future, the past, the inventors, the cost, the peaceful incentives, the military advantages, and even the life-of-its-own character of the atom bomb. Lire la suite…

Bernard Charbonneau, An deux mille, 1945

25 juin 2013 Laisser un commentaire

Le fait

Le 6 août 1945, une déclaration du président des Etats-Unis Truman suivie d’une déclaration de l’ancien premier ministre anglais Winston Churchill nous annonçait que l’aviation américaine s’était servie pour la première fois de bombes atomiques. Un seul engin lancé sur le port de guerre japonais d’Hiroshima avait anéanti la plus grande partie de la ville. La fumée de l’explosion, visible de 200 km, s’était élevée à 23 km de hauteur. Les chefs d’Etat prévoient l’emploi de bombes plus puissantes encore.

Sur deux risques à courir

Il me faut d’abord proclamer le caractère prodigieux de l’événement. Pour une fois, l’importance de l’accident historique est directement en rapport avec sa puissance de sensation. Une lumière fulgurante nous illumine sur la marche du monde où nous vivons ; le seul danger est d’en être ébloui. On ne passe pas impunément du plan de la vie quotidienne à celui du roman d’anticipation, de la lutte journalière pour le bifteck à celui de l’Apocalypse.

Comme pour tout événement essentiel, il faut s’attendre à voir se déclencher les processus de justification qui permettent au monde d’assimiler l’inassimilable, d’autant plus inévitables que si l’emploi de l’énergie atomique risque d’être un danger mortel pour l’homme, la prise de conscience de ce danger risquerait d’être mortelle pour ce monde. Lire la suite…

Georges Henein, Prestige de la terreur, 1945

12 février 2012 Laisser un commentaire

Finir les fers au pied, c’eût été le but d’une vie. Mais c’est une volière à barreaux. Indifférent, autoritaire, sans gêne, le bruit du monde fluait et refluait à travers le grillage ; le captif, au fond, était libre : il pouvait prendre part à tout, rien ne lui échappait au dehors ; il eût pu même déserter la cage ; les barreaux se distendaient sur la largeur d’un mètre ; il n’était même pas pris.

Franz Kafka.

Le 8 août 1945

Ceci n’est pas une thèse. Car une thèse non seulement s’écrit de sang froid et avec toutes les précautions littéraires d’usage, mais encore nécessite une accumulation de références et de données plus ou moins statistiques à quoi je m’en voudrais de sacrifier le mouvement de révolte et de fureur qui me dicte ce texte. De plus, l’ancien public des thèses, désertant toute réflexion prolongée, se complait aujourd’hui dans la lecture des multiples Digests en circulation et dans le récit des intrigues sentimentales, diplomatiques et policières qu’une presse rompue à toutes les ignominies lui sert, chaque matin, avec le déjeuner.

Ceci n’est pas une thèse et ne se satisfait pas de n’être qu’une protestation. Ceci est ambitieux. Ceci demande à provoquer les hommes couchés dans le mensonge ; à donner un sens et une cible et une portée durable au dégoût d’une heure, à la nausée d’un instant. Les valeurs qui présidaient à notre conception de la vie et qui nous ménageaient, ça et là, des îlots d’espoir et des intervalles de dignité, sont très méthodiquement saccagées par des événements où, pour comble, l’on nous invite à voir notre victoire, à saluer l’éternelle destruction d’un dragon toujours renaissant. Mais à mesure que se répète la scène, n’êtes vous pas saisi du changement qui s’opère dans les traits du héros ? Il vous est pourtant facile d’observer qu’à chaque nouveau tournoi, Saint-Georges s’apparente sans cesse de plus près au dragon. Bientôt Saint-Georges ne sera plus qu’une variante hideuse du dragon. Bientôt encore, un dragon camouflé, expert à nous faire croire, d’un coup de lance, que l’Empire du Mal est terrassé ! Lire la suite…