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Posts Tagged ‘1922’

Eugène Zamiatine, Les contes de fées révolutionnaires de Wells, 1922

Les plus dentelées, les plus aériennes des cathédrales gothiques n’en sont pas moins bâties de pierre ; et les plus fabuleux, les plus absurdes contes de fées de n’importe quel pays n’en sont pas moins composés de la terre, des arbres et des animaux de ce pays. Dans les contes de fées de la forêt, il y a le lutin des bois, hirsute et rabougri comme un pin, dont le rire tire son origine de l’écho de la forêt ; dans les contes de la steppe, il y a le chameau blanc magique, qui vole comme du sable fouetté par le vent ; dans les contes des régions polaires, il y a le chaman-baleine et l’ours blanc au corps d’os de mammouth. Mais imaginez un pays dont le seul sol fertile est de l’asphalte ; et sur ce sol d’épaisses forêts – des cheminées d’usines – ; et des troupeaux de bêtes d’une seule espèce – des automobiles – ; et aucun parfum de printemps si ce n’est les vapeurs d’essence. Ce pays de pierre, d’asphalte, de fer, de pétrole, de mécanique s’appelle le Londres du XXe siècle, et naturellement il a dû produire ses propres lutins de fer motorisés, ses propres contes de fées mécaniques et chimiques. Il existe de tels contes de fées urbains : Herbert Wells nous les raconte. Ce sont ses romans fantastiques. Lire la suite…

Lewis Mumford, L’histoire des utopies, 1922

25 avril 2012 Laisser un commentaire

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Extraits traduits et commentés

Il s’agit du premier ouvrage de Lewis Mumford, publié en 1922 [1]. Il dit l’avoir mûri pendant dix ans. On y trouve déjà les thèmes qui traverseront toute son œuvre.

Voici comment il justifie son étude des utopies :

Il y a bien longtemps qu’utopie est synonyme d’irréel et impossible. Nous avons placé l’utopie hors du monde et contre lui. En réalité, ce sont nos utopies qui nous rendent le monde supportable […] », et plus loin : « Mais pourquoi devrions-nous éprouver le besoin de parler d’utopie et du monde des idées ? […] Pour la plupart d’entre nous, le véritable choix est entre une utopie d’évasion sans but et une utopie de reconstruction empirique. Dans un monde aussi rempli de frustrations que le monde ’réel’, il semble que d’une manière ou d’une autre, nous devions consacrer à l’utopie une bonne partie de notre vie intellectuelle. [p. 11 et 15-16] Lire la suite…

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Jules Isaac, Paradoxe sur la science homicide, 1922

7 décembre 1922 Laisser un commentaire

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Jules Isaac (1877-1963) offre, bien au-delà de sa notoriété comme co-auteur des fameux manuels d’histoire Malet et Isaac, l’une des plus nobles figures intellectuelles de la première moitié du vingtième siècle. Compagnon de Péguy, cet agrégé d’histoire va d’abord s’engager dans la défense de Dreyfus et, hors parti, pour le socialisme.

Blessé pendant la Première guerre mondiale, il en revient avec une conscience de « mort-vivant » mais « libéré des préjugés ». Le niveau jusque-là inconcevable de la violence technicisée pendant ces années renvoie les anticipations antérieures (comme celle de Robida) au niveau d’aimables bluettes. À partir de cette expérience, Jules Isaac écrit en 1922 ce « Paradoxe sur la science homicide », qui rompt avec le scientisme bien-pensant de l’époque et s’avère à bien des égards prémonitoire – évoquant, par exemple, la libération des « réserves d’énergie emprisonnées dans l’atome ». Lire la suite…