De Cadarache à Bure, mettre fin au délire nucléaire!

12 août 2019 Laisser un commentaire

«Pourquoi ce centre inoffensif n’a-t-il pas été installé tout simplement à Paris, et plus spécialement dans les jardins inutiles de l’Élysée? […] Si on me dit que, malgré son innocuité certifiée, ce centre nucléaire ferait courir quelque danger à Paris et aux hôtes de l’Élysée, je répondrai que notre sort et celui de nos enfants présents et futurs nous sont également très chers.»

Jean Giono, A propos de la construction de Cadarache, Provence, 1961.

En 70 ans, la filière nucléaire française a produit 1,62 million de m³ de déchets radioactifs, soit l’équivalent de 648 piscines olympiques de matériaux qui resteront hautement toxiques pour des centaines de milliers d’années (1). Chaque année, elle en produit 25 000 m³ de plus. A 30 km d’ici, 42 000 m3 de déchets nucléaires sont entreposés dans le gigantesque centre de Cadarache où, de l’aveu même des autorités, ils contaminent le sol et les eaux souterraines.

La « solution » décidée par l’État est l’enfouissement des plus dangereux de ces déchets à Bure, dans le nord-est de la France, une campagne sinistrée par les deux guerres mondiales et l’agro-industrie. Cette gigantesque poubelle nucléaire baptisée « Centre industriel de stockage géologique » (Cigéo), plongeant jusqu’à 500 mètres sous terre et comptant 300 km de galeries, devrait coûter au minimum 25 milliards d’euros d’argent public (2). Lire la suite…

From Cadarache to Bure, stop the nuclear madness immediately!

12 août 2019 Laisser un commentaire

« Why was this harmless centre not simply installed in Paris, and especially in the useless gardens of the Elysee? […] If I am told that, despite its certified safety, this nuclear centre would cause some danger in Paris and the guests of the Elysée, I will answer that our fate and that of our children present and future are also very dear to us. »

Jean Giono, on the construction of Cadarache, Provence, 1961.

In 70 years, the French nuclear industry has produced 1.62 million cubic meters of radioactive waste, the equivalent of 648 Olympic-sized swimming pools full of matter that will remain highly toxic for hundreds of thousands of years (1). Each year, it produces 25,000 m³ more. At 30 km from here, 42,000 m 3 of nuclear waste are stored in the gigantic centre at Cadarache where, as the authorities themselves admit, they contaminate the soil and groundwater.

The « solution » decided by the state is to bury the most dangerous waste at Bure, in the north-east of France, a rural region that has suffered from the two world wars and the impact of agribusiness. This gigantic nuclear rubbish dump, dubbed « Industrial Geological Storage Center » (Cigeo), up to 500 meters underground and with 300 km of galleries, should cost at least 25 billion euros of public money (2) . Lire la suite…

Radio: Aude Vidal, Égologie, 2017

6 août 2019 Laisser un commentaire

Aude Vidal présente son livre Égologie, écologie, individualisme et course au bonheur (éd. Le Monde à l’envers, 2017) lors d’une soirée à librairie libertaire La Gryffe à Lyon en janvier 2018.

Développement personnel, habitats groupés, jardins partagés, etc., face au désastre capitaliste, l’écologie se présente comme une réponse globale et positive, un changement de rapport au monde appuyé par des gestes au quotidien.

Comme dans la fable du colibri, «chacun fait sa part». Mais en considérant la société comme un agrégat d’individus, et le changement social comme une somme de gestes individuels, cette vision de l’écologie ne succombe-t-elle pas à la logique libérale dominante, signant le triomphe de l’individualisme ?

Elle anime Mon Blog sur l’écologie politique.

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Racine de moins un
Une émission
de critique des sciences, des technologies
et de la société industrielle.
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Émission Racine de Moins Un n°54, diffusée sur Radio Zinzine en août 2019.

Bernard Charbonneau, Un satan chrétien, 1994

25 juillet 2019 Laisser un commentaire

La parabole du Grand Inquisiteur de Dostoïevski

1. Un texte non littéraire

Rares sont les textes de notre patrimoine littéraire qui ne se réduisent pas à ce que notre société qualifie de culture, sorte d’écume brillante sous laquelle elle camoufle sa structure scientifique et technique. Mais, parfois, tel écrit ne s’en tient pas au divertissement du conte ou au récit des phantasmes d’un individu, il témoigne de l’essentiel : de la vérité fondamentale sans laquelle la réalité reste obscure et une vie humaine privée de sens.

Ces écrits qui nous parlent encore sont en général dispersés çà et là dans des œuvres poétiques, littéraires, théâtrales ou philosophiques. Paillettes d’or égarées dans la montagne de livres accumulée par la culture, formant plus rarement une œuvre achevée. C’est ainsi que, dans la littérature mondiale et russe, dans l’énorme roman Les Frères Karamazov, de Dostoïevski, il faut mettre à part La Parabole du Grand Inquisiteur, elle-même reflet d’un autre texte, plus ancien. Comme il arrive toujours quand une parole chargée de sens « jaillit de source », à la différence de l’énorme masse d’écrits enregistrés par la culture, elle échappe au temps. Enracinée aux origines de l’homme, en éclairant son présent elle annonce prophétiquement son avenir. Tel est le cas de la Parabole du Grand Inquisiteur, en dehors d’un certain nombre de passages dispersés dans l’œuvre de Dostoïevski, notamment dans les Possédés. Elle exprime méthodiquement les questions fondamentales, propres aux sociétés chrétiennes ou post chrétiennes, qui ont travaillé l’esprit du chrétien Dostoïevski, et qui se posent encore pour nous. Lire la suite…

Françoise Collin, La fabrication des humains, 1987

22 juillet 2019 Laisser un commentaire

« Les bébés-éprouvette », « les mères porteuses » ; ce sont ces formules qui ont fait et continuent de faire choc, sans que la complexité de ce qu’elles recouvrent soit toujours perçue. Elles répandent dans le grand public l’idée d’un pouvoir quasi magique de la science, mais aussi du caractère exceptionnel de ses applications à des cas de stérilité. Après tout, la vie continue, et les bonnes vieilles « techniques » de reproduction continuent à faire recette.

La nouveauté des « nouvelles techniques de reproduction » ce n’est pas seulement qu’elles séparent sexualité et reproduction, ni qu’elles divisent et répartissent les différents éléments et les différents moments de la reproduction, mais aussi et surtout qu’elles peuvent isoler, hors de toute personne, le moment de la fécondation et celui des premiers stades de l’embryon de telle sorte qu’il s’agit d’une opération technique de laboratoire ayant pour objet un matériau vivant parmi d’autres, susceptible de manipulations et de transformations. La fécondation in vitro, dissimulée sous les pratiques de fécondation assistée, est le point focal qui transforme l’imaginaire de la reproduction. La reproduction devient production du vivant, avec tout ce que la production comporte d’instrumentalisation. Nous avions ou faisions des enfants : nous produisons des gènes et des cellules, de qualité évaluable. Lire la suite…

Hans Magnus Enzensberger, L’industrie culturelle, 1965

21 juillet 2019 Laisser un commentaire

Chacun, fût-il l’être le moins indépendant, se flatte d’être souverain dans le domaine de sa conscience. Depuis qu’il n’est plus question que de l’âme, qu’on fasse appel au confesseur ou au psychanalyste, la conscience passe pour le dernier refuge que le sujet, devant un monde catastrophique, cherche et croit trouver en lui- même, comme si c’était une citadelle capable de résister à un siège quotidien. Même dans les pires conditions, celles du pouvoir totalitaire, nul ne veut s’avouer à lui-même qu’il y a peut-être longtemps déjà que la citadelle est tombée [1]. Nulle illusion n’est plus tenace, tant est vaste et profonde l’influence de la philosophie, même sur ses détracteurs. Car la fausse croyance que l’individu, faute de l’être ailleurs, peut rester le maître dans sa propre conscience est le produit d’une philosophie qui n’a cessé de dégénérer de Descartes à Husserl, une philosophie essentiellement bourgeoise, un idéalisme en pantoufles, ramené à la mesure du particulier. Lire la suite…

Pour une journée de l’hypocrisie mondiale, 2019

14 juillet 2019 Laisser un commentaire

une critique de la journée mondiale sans téléphone portable

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« Allô, c’est qui ? C’est toi ? Bon j’entends rien ! bon bah je voulais te dire que j’étais en retard mais j’arrive là en fait. »

France Télécom commercialise en 1991 le Bi-Bop, premier téléphone portable en France.

En 2007, Apple lance l’Iphone et 51% des Français ont un portable.

L’histoire très récente de cet outil de communication montre la pénétration exponentielle de ce gadget au sein de la population française et dans le monde. Il paraît dès lors urgent de s’interroger sur la question tant le téléphone et le smartphone sont en train de nous imposer une rupture brutale d’un point de vue social, psychologique, relationnel et organisationnel. Lire la suite…

Paul Goodman, Le réalisme utopique, 1961

10 juillet 2019 Laisser un commentaire

Le radicalisme de Paul Goodman repose sur un double utopisme :

— Un utopisme social de caractère réformiste (infléchir la société, à ses différents niveaux, vers plus de communauté et de convivialité) ;

— Un utopisme individuel de caractère révolutionnaire (affirmer dans les actes le primat, l’autonomie et la puissance de la personne, opposer souverainement le contre-pouvoir de la personne à la toute-puissance de la société technobureaucratique).

Dans le texte qui suit, Goodman se borne à exposer certains aspects de son utopisme social, l’autre versant de sa pensée se trouvant éclairé par l’œuvre romanesque (notamment The Empire City) et la vie même de l’auteur.

B. V.

Ambiguïtés

Après une longue période de réalisme « scientifique » marxiste et de réalisme « positif » capitaliste, nos experts en sciences sociales se sont mis à louer la « pensée utopiste ». Depuis la guerre, l’anthropologie culturelle des Américains a ainsi connu deux phases de développement : d’abord un torrent de critique sociale populaire et aujourd’hui un intérêt marqué pour les finalités et l’utopie. Que signifie ce nouveau langage ? Quand est-il utilisé ? Que cache-t-il ? Lire la suite…

Matthieu Amiech, En attendant les robots?, 2019

9 juillet 2019 Laisser un commentaire

Pas besoin d’automatisation totale
pour que la technologie éclipse l’humain

 

L’ouvrage d’Antonio Casilli, En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic (éd. Seuil), suscite un concert de louanges dans les médias mainstream (libéraux-progressistes), depuis sa parution en janvier 2019. Cela peut paraître surprenant, si l’on considère qu’il propose une enquête assez sérieuse sur l’envers du décor d’Internet, la sombre réalité sociale qui permet le fonctionnement des plateformes numériques comme Youtube, Amazon Mechanical Turk, Deliveroo, Uber…

La thèse de Casilli peut ainsi à première vue sembler une défense de l’être humain face à l’hypothèse d’une robotisation et d’une déshumanisation totales de notre monde : il montre par maints exemples que les processus d’automatisation en cours induisent structurellement beaucoup de travail humain. Pas seulement celui d’ingénieurs et d’experts en intelligence artificielle, qui conçoivent ces processus, mas aussi énormément de travail subalterne – travail de tâcherons, comme aime à dire l’auteur. Donc, contrairement à ce que claironnent les communicants de la Silicon Valley, relayés par le chœur des médias, nous ne serions pas entrés dans une phase d’élimination massive du travail humain par les robots, car ces robots ont besoin de ce travail pour fonctionner. Lire la suite…

Jean-Marc Lévy-Leblond, La science et le progrès, quel rapport ?, 2000

28 juin 2019 Laisser un commentaire

La science entretient avec l’idée de progrès un rapport privilégié, à un double titre. D’une part, depuis le XVIIIe siècle, la science est conçue comme le parangon du progrès, comme l’une des (rares) pratiques humaines où le progrès semble incontestable. Après tout, l’on peut discuter longuement pour savoir si le sens moral de l’humanité ou ses œuvres d’art témoignent d’un réel mieux au cours des siècles. Mais il semble exister un domaine où le doute n’est pas de mise : nos connaissances scientifiques ne sont- elles pas, de toute évidence, supérieures à celles de nos prédécesseurs, et en constant accroissement ? L’idée de progrès telle qu’elle s’est développée à l’époque des Lumières, ce grand projet qui visait l’ensemble des activités humaines, disposait ainsi d’au moins un exemple qui pouvait le garantir contre une trop manifeste utopie. D’autre part, la science, par-delà son statut comme exemple emblématique du progrès, se vit promue au rang de source même du progrès – de tout progrès : le progrès scientifique entraînerait le progrès technique, lui-même fécondant le progrès économique, origine à son tour du progrès social, qui provoquerait le progrès culturel, conduisant enfin au progrès moral, selon une causalité inéluctable – elle-même évidemment inspirée du déterminisme scientifique. Lire la suite…