Célia Izoard, La transition écologique brasse du vent, 2017

15 avril 2019 Laisser un commentaire

Nombre d’écolos s’émerveillent devant les promesses des énergies renouvelables. Pour eux, la « transition énergétique » consiste notamment à déployer un peu partout de gigantesques éoliennes. Livrées aux puissances du marché et à des besoins en électricité démesurés, ces machines géantes font disparaître milieux naturels et territoires habitables comme n’importe quel site industriel. Selon le Grenelle de l’environnement, il est prévu d’en implanter 9 500 sur le sol français d’ici trois ans, dont plus de 500 dans la campagne aveyronnaise qui, avec ses collines venteuses et dépeuplées, constitue un formidable « gisement ». Les autochtones ne l’entendent pas de cette oreille. Lire la suite…

Publicités

Gilets jaunes, Nos cerveaux valent mieux que leurs robots !, 2019

14 avril 2019 Laisser un commentaire

Contre Villani (député En Marche vers le désastre) et l’intelligence artificielle

Cédric Villani

Au service de quoi ?

Jeudi 4 avril 2019, les milieux d’affaires tarnais avaient convié dans l’amphithéâtre d’honneur de l’Ecole des Mines d’Albi l’excellent Cédric Villani [1], député En Marche et mathématicien, pour disserter sur l’économie numérique et la société du big data.

Il a été interrompu par un cloud d’opposant.es à la Start-up Nation qui se sont introduit.es sur le podium afin d’y exposer un avis quelque peu contradictoire sous la forme d’une lettre et d’un tract.

La lettre en question :

 

Cher Cédric Villani,

Nous vous remercions de vous être déplacé à Albi à l’occasion de cette conférence sur « L’économie numérique » à l’Ecole des Mines, car nous avions justement des choses à vous dire.

Tout d’abord, nous avons le plaisir de vous remettre un compteur communicant Linky. Prenez-le, il est offert : c’est nous tous qui finançons, via la TURPE [2], leur déploiement à hauteur de 7 milliards d’euros. Lire la suite…

Atecopol, Lettre de chercheur.es aux jeunes et moins-jeunes, 2019

4 avril 2019 Laisser un commentaire

S’il fallait reconnaître un mérite à la catastrophe annoncée que constitue le réchauffement climatique, c’est celui de rendre inévitablement politique la question de notre environnement et de nos modes de vie. Alors que la tradition universitaire française et probablement mondiale voudrait que seules les sciences sociales se mêlent aux débats de société, de plus en plus de chercheurs en sciences dites « dures » rentrent dans la mêlée.

Nous publions ici une tribune émanant de plusieurs chercheurs participant à un Atelier d’écologique politique (Atecopol), communauté pluridisciplinaire de scientifiques travaillant ou réfléchissant aux multiples aspects liés aux bouleversements écologiques. Dans l’objectif de tisser des liens entre des connaissances dispersées et de réfléchir à la façon de les partager avec l’ensemble de la société, afin d’oeuvrer avec elle aux moyens de réorienter notre trajectoire en changeant en profondeur les modes de fonctionnement socio-économiques actuels. Lire la suite…

James C. Scott, Agriculture, villes, gouvernements, 2013

2 avril 2019 Laisser un commentaire

Le texte qui suit est une critique écrite par l’anthropologue et politologue de Yale James C. Scott du livre Le monde jusqu’à hier : Ce que nous apprennent les sociétés traditionnelles de Jared Diamond.

*

On peut raisonnablement estimer qu’une culture est dans le pétrin lorsque ses meilleurs intellectuels commencent à piller l’inventaire culturel de ses ancêtres et de ses subalternes contemporains afin de trouver des conseils sur l’art de vivre. Le malaise est d’autant plus remarquable lorsque la culture en question est la déclinaison américaine moderne du rationalisme des Lumières et du Progrès, qui n’est pas connue pour sa capacité à douter ni pour son manque de sang-froid. Plus le trouble est profond, plus nous semblons nous être égarés, plus nous devons chercher loin, spatialement et temporellement, pour trouver des modèles culturels en mesure de nous aider. Dans les plus puissantes versions de cette quête, il y a un endroit – un Shangri-La – ou une époque, un âge d’or, qui promet de réorienter notre boussole culturelle. L’anthropologie et l’histoire recèlent implicitement la possibilité de fournir de tels modèles. L’anthropologie peut nous présenter des formes radicalement différentes et satisfaisantes de rapports humains et de coopération sociale qui ne dépendent pas de la famille nucléaire ou de la richesse héritée. L’histoire nous montre que les arrangements sociaux et politiques que nous tenons pour acquis sont le résultat d’une conjoncture historique unique. Lire la suite…

James C. Scott, Crops, Towns, Government, 2013

2 avril 2019 Laisser un commentaire

Jared Diamond, The World until Yesterday:
What Can We Learn from Traditional Societies?,
Penguin, September 2013.

It’s a good bet a culture is in trouble when its best-known intellectuals start ransacking the cultural inventory of its ancestors and its contemporary inferiors for tips on how to live. The malaise is all the more remarkable when the culture in question is the modern American variant of Enlightenment rationalism and progress, a creed not known for self-doubt or failures of nerve. The deeper the trouble, the more we are seen to have lost our way, the further we must go spatially and temporally to find the cultural models that will help us. In the stronger versions of this quest, there is either a place – a Shangri-la – or a time, a Golden Age, that promises to reset our compass to true north. Anthropology and history implicitly promise to provide such models. Anthropology can show us radically different and satisfying forms of human affiliation and co-operation that do not depend on the nuclear family or inherited wealth. History can show that the social and political arrangements we take for granted are the contingent result of a unique historical conjuncture. Lire la suite…

Ivan Illich, Le travail fantôme, 1980

30 mars 2019 Laisser un commentaire

Le roman de Nadine Gordimer Burger’s Daughter était sur mon bureau lorsque j’ai commencé à ébaucher cet essai. L’auteur y montre avec une rare maîtrise l’image arrogante du libéralisme de notre époque renvoyée par le brillant et cynique miroir de sa terre natale, l’État policier d’Afrique du Sud. Son héroïne souffre d’une « maladie » :

« L’incapacité d’ignorer qu’une vie normale et saine a pour condition la souffrance d’autres êtres humains. »

Dans Feminization of America, Ann Douglas dégage une idée similaire. Pour elle, la « maladie » vient de la perte d’une sentimentalité – une sentimentalité attachée à des valeurs qui sont précisément celles que la société industrielle détruit. Quiconque souffre de cette perte de sentimentalité prend conscience de la ségrégation : celle que nous connaissons maintenant, ou celle qui sera notre lot après la révolution.

Dans cet essai je veux explorer pourquoi, dans une société industrielle, une telle ségrégation existe inéluctablement ; pourquoi, sans ségrégation basée sur le sexe ou la pigmentation, sur les diplômes ou la race ou sur l’adhésion à un parti, une société construite sur le postulat de la rareté ne peut exister. Et, pour approcher en termes concrets les formes méconnues de la ségrégation, je veux parler de la bifurcation fondamentale du travail qu’implique le mode de production industriel. Lire la suite…

Ivan Illich, Critique de la pensée du risque, 2002

30 mars 2019 Laisser un commentaire

Ivan Illich est mort brusquement le 2 décembre 2002. Le matin même, il avait retravaillé ce texte et l’avait pourvu de notes. Au cours des semaines précédentes, nous nous étions rencontrés régulièrement pour méditer ensemble sur la bonne manière d’aborder par écrit la destruction de l’expérience concrète et sensuelle du présent par l’obsession pour le risque statistique. C’est finalement l’essai de Gerd Gigerenzer, Penser le risque. Apprendre à vivre dans l’incertitude [1] qui nous a offert l’occasion de mettre nos ruminations communes par écrit sous forme d’une recension critique. Après m’avoir congédiée plus d’une fois après lecture de mes premiers brouillons, il m’a finalement invitée à m’asseoir à sa table et, durant de longues heures, nous avons discuté des formules les plus aptes à exprimer une position commune et avons patiemment forgé les phrases les exprimant. Je lui suis très reconnaissante de ses dernières corrections, que j’ai introduites seule dans notre texte.

Silja Samerski

Lire la suite…

Olivier Rey, Déniaiser la science, 2016

26 mars 2019 Laisser un commentaire

La révolution scientifique moderne ne s’est pas accomplie en un jour, ni même en un siècle. Mais rétrospectivement, le tournant des XVIe et XVIIe siècles se révèle avoir été une période décisive, dont Galilée fut l’un des héros. Dans un registre très différent, Francis Bacon joua lui aussi un rôle majeur dans l’avènement de la nouvelle science. Son œuvre principale, le Novum Organum Scientiarum, sous-titré Indicia de interpretatione naturae (Indications sur l’interprétation de la nature) entendait fournir, en opposition à l’ancien Organon aristotélicien, un cadre neuf à la connaissance et à ses développements. Il s’agissait, avec le Novum Organum, de débarrasser la philosophie naturelle des défauts de méthode qui jusque-là avaient vicié sa pratique, et de lui indiquer la nouvelle démarche – reposant sur la collecte et le classement des faits, l’induction et l’expérimentation – qu’elle devait adopter : les progrès des sciences et des techniques qui en résulteraient seraient sans commune mesure avec tout ce qui avait précédé. Illustrant cette conviction, la page de titre montrait un navire en train de franchir les colonnes d’Hercule – c’est-à-dire quittant la mer fermée à laquelle le Nec plus ultra antique confinait sa navigation, pour voguer vers le grand large. Le Plus ultra, qu’un siècle plus tôt Charles Quint avait pris pour devise de son empire, était désormais le mot d’ordre de la science. Lire la suite…

Marc Bloch, Avènement et conquêtes du moulin à eau, 1935

17 mars 2019 Laisser un commentaire

I

Au moment où les premières roues de moulin commencèrent à battre le fil des rivières, l’art de moudre les céréales avait déjà, en Europe et dans les civilisations méditerranéennes, un passé beaucoup plus que millénaire. À l’origine, il faut imaginer le plus rudimentaire des procédés : les grains concassés à coups de pierres brutes. Mais dès la préhistoire, à des dates et en des lieux qu’il ne nous appartient pas ici de rechercher, un pas décisif avait été franchi par l’invention de véritables outils. C’étaient, tantôt le mortier avec son pilon, tantôt, allant et venant sur un support allongé, le rouleau de pierre que les statuettes égyptiennes mettent aux mains de femmes, généralement agenouillées. Puis apparut la meule tournante. Imaginée dans le bassin de la Méditerranée et peut-être en Italie, au cours des deux ou trois siècles qui précédèrent l’ère chrétienne, elle avait pénétré en Gaule peu avant la Conquête [1]. Elle pouvait être mue, elle aussi, par l’homme et le fut, en effet, souvent. Lire la suite…

Marc Bloch, Les inventions médiévales, 1935

17 mars 2019 Laisser un commentaire

I

Pendant le moyen âge, « sauf l’invention de la poudre, la technique… resta en grande partie stationnaire » [1]. Voici moins de quinze ans que cette phrase a été écrite. Elle était dès lors scandaleuse au regard de quelques rares spécialistes. Que tous les historiens, je le veux croire, et, sans conteste, beaucoup de personnes simplement cultivées s’accordent aujourd’hui à la juger telle, l’honneur en revient, avant tout, aux découvertes comme aux vigoureuses campagnes du Commandant Lefebvre des Noettes [2]. Nous savons maintenant, à n’en pas douter, qu’au moment où elles partirent à la conquête des grandes routes océanes, les sociétés européennes disposaient d’un outillage infiniment supérieur à celui de l’Empire romain à son déclin. Mais nous savons encore très mal comment, à quelles dates au juste et sous l’action de quelles causes ces divers progrès avaient été réalisés. Sur l’histoire de l’un d’eux j’ai présenté plus haut quelques faits et quelques conjectures. Pour reprendre un à un tous les postes du bilan, il faudra des équipes de chercheurs. C’est dans l’espoir d’aider peut-être à leur effort que je voudrais grouper ici diverses remarques, dont beaucoup ne seront guère plus que des questions. Lire la suite…